Archives mensuelles : février 2008

Dans mon jardin l’hiver…

     Le jardin sous la neige est un concentré d’hiver ; chaque recoin, chaque bordure, toutes touffes renferment des tableaux à diluer dans la grande toile boréale, synthèse de la saison en cours.

jardin sous la neige

     Attirés par la nourriture offerte les oiseaux s’attablent selon leur habileté, qui à guetter au sol les miettes du festin en cours, qui à becqueter suspendu les noix au travers du grillage ou le saindoux collé aux parois de la demie coque de noix de coco. Familiers on les observe comme jamais, notant au passage les vives couleurs portées sur le guide ornithologique et qui ne sont nullement exagération du peintre.

rouge-gorge

mésange bleue à table

mésange bleue

     S’agissant de la couleur des oiseaux et si vous aimez l’exotisme des Terres Australes et Antarctiques Françaises, allez-donc voir le blog du Chef de District de la République aux Kerguelen, M. Y. Libessart qui raconte sur des pages tout en humour la vie dans ces contrées lointaines (« les manchots de la République« , blog en liens à gauche):

http://kerguelen.blogs.liberation.fr/libessart/2008/03/la-diagonale-du.html

et spécialement sur cette page les moeurs du Gorfou-sauteur

gorfou sauteur

_______________________________________________________________________

     Dans le sous-bois, devant la creute aux blaireaux et renards la neige accumulée sur les pieds de scolopendres dessine des structures de rosaces que l’approche transforme en étoiles pour le spectacle joué en nocturne pour les hôtes de ces lieux.

la colonie de scolopendres

pied de scolopendre en étoile

     A quelques pas, profitant de l’éclairage de la bordure, surgit le perce-neige, lui le bien nommé, royal décor d’hiver comme l’est le lys estival. Quand vous en aurez le temps, approchez-vous de la corolle suspendue la tête en bas à son olive d’émeraude, c’est bien du vert que vous verrez en un accent qui cache son coeur nivéal à peine piqueté par l’orange des discrètes étamines.

perce-neige

gros plan sur fleur de perce-neige

« Les perce-neige sont les comètes mouchées de vert d’un Soleil de cristal en fusion. Fin d’hiver… »

Yves Paccalet, L’odeur du soleil dans l’herbe, Journal de nature, R. Laffont, Paris, 1992, p. 141

Ambiances d’hiver

     Evidemment ce peut être le brouillard avec le risque de ne rien voir, avec cependant la possibilité de suggérer, de rendre compte autrement. Par exemple la tour du Palais communal de Sienne, ou les champs cultivés qui furent de bataille sur le Chemin des Dames et qui prennent alors un sens particulier auquel la pleine lumière n’aurait pas fait songer.

brouillard sur la tour de Sienne

brouillard sur le Chemin des Dames

     Davantage carte postale l’église ou le paysage sous la neige demeurent charmants. Toujours ils évoquent la première neige attendue des jours d’enfance, la valeur ajoutée au convenu, à ce que l’on ne regarde plus parce qu’on le voit chaque jour.

église de Paissy sous la neige

Ravin du Mourson à Paissy sous la neige

     Mais au fond, lorsqu’il s’agit de restituer une ambiance, de raconter, de laisser sourdre des émotions cachées dans des souvenirs masqués est-il rien de mieux que l’habileté du peintre ? Le thème de l’hiver et de la neige est l’un des plus abondants et vous avez sans doute en mémoire l’un ou l’autre de ces tableaux. En mémoire de mon ami Raymond Buttner je clos ces ambiances d’hiver par l’une de ses suites qu’il affectionnait. Détrempe et gouache sur papier teinté, beaucoup de sobriété et de vérité pour évoquer ici l’hiver dans un paysage de bosquet germinois.

gouache d'un sous-bois sous la neige

Confiseries hivernales

     Sur la vitre embuée le froid nocturne a dessiné des motifs que le confort des intérieurs contemporains renvoie aux temps préhistoriques, aux mazures des pauvres. S’ils n’ont que cela, à défaut d’un mieux-être toujours reporté aux lendemains qui chanteront, heureux sont-ils cependant si leur regard accroche sur leur fenêtre ces morsures de l’hiver que l’on nomme fleurs de glace. J’ai connu de ces bouquets fanés aux premiers rayons du jour, dans ma jeunesse et même au-delà ; ils demeurent somptueux dans la mémoire.

fleurs de glace

     Plus étonnants encore sont ces emballages inattendus provoqués par une pluie suivie d’une chute rapide et forte de la température. Redoutées de ceux qui doivent se déplacer ces anomalies climatiques sont un réservoir inouï de richesses temporaires pour qui prend alors le temps de regarder autour de lui. Avez-vous jamais été saisi d’admiration devant des baies glacées, de vielles grappes de graines desséchées et métamorphosées en lumineuses chenilles  ?

baies de cotoneaster enrobées de glace

chenilles de glace

     Semblent alors banales toutes formes de stalactites bien qu’à y regarder de près on ait de quoi se satisfaire de ces fantaisies d’un jour d’hiver.

stalactites de glace sur l'église de Paissy

Lumières et artistes

     Ombres et lumières dernièrement approchées en photographie nous orientent vers la perception puis le rendu par tout artiste. La coquille d’oeuf précédemment photographiée peut être évoquée au crayon ou tout autre médium. L’idée est de ne retenir que l’essentiel, le minimum nécessaire à donner l’illusion de la présence. Les contours qui cernent disparaissent dans les « passages », anneaux et foulards de l’artiste magicien.

coquille au crayon

dessin JPB

     La concentration de l’enfant appliqué à son devoir d’écriture, l’idée que l’on a de cet exercice et la présence du gosse sont traitées magistralement par Israël Sylvestre (XVIIe s.) : on ne peut rien retrancher, on ne doit rien ajouter à cette splendide gravure.

gravure d'Israêl Sylvestre

coll. part.

     Saisi par la circulation de la lumière dans les élégants volumes architecturaux de l’abbatiale de Cruas j’ai tenté de rendre par le lavis cette impression première que je venais d’enregistrer différemment par la photographie. Cette dernière capte tout, le premier élimine avant tout. Grande différence qui ramène les données saisies à presque rien mais dont la soustraction rend toujours aussi bien compte du tout.

lavis = abbaye de Cruas

     Le sculpeur, lui, choisit son matériau en fonction de ses goûts, du sujet à traiter et du rendu qu’il en attend par rapport aux effets physiques de la lumière sur sa création. Le fer ne sera pas abordé de la même manière que le marbre, la pierre que le cuivre.

héron en fer par Maurice Belvoix

héron de fer par Maurice Belvoix

buste de femme en marbre

artiste inconnu, coll. part.

dinanderie par Gladys Liez

dinanderie de Gladys Liez

chouette en calcaire du Soissonnais

chevêche par JPB, pierre calcaire du Soissonnais

     Le contraste est grand entre réflexion partielle et absorption ; l’artiste réfléchit et tire profit de l’une et de l’autre. Dans tous les cas la réduction de la quantité de données retenues est essentielle à l’expression finale. Julien Gracq avait déclaré : « le roman ne doit jamais faire voir, il est lui-même vision ». Cette pensée vaut me semble-t-il pour toute production artistique.