Archives mensuelles : mars 2008

Au Poil !

     En ces jours où le printemps tarde l’embellie d’une heure m’a entendu dire : « au poil ! Je sors au grand air, respirer, reprendre du poil de la bête après cet hiver mou qui traîne ».

L’oeil aux aguets comme d’ordinaire, stupeur, que vois-je ? Des poils partout. Ceux des feuilles de noisetier naissantes

 poils sur feuilles de noisetier

 et ceux itou des feuilles du chévrefeuille des bois

poils sur chévrefeuille des bois

     Saurai-je compter tous ces poils ? Certes non, pas même à un poil près, surtout s’ils sont aussi nombreux que ceux des jeunes feuilles de marronnier, à peine dégagées de leur gangue cireuse tant appréciée des butineuses qui en tirent la propolis

poils sur feuilles de marronnier

     Quelques pas plus loin, cette fois c’est à y perdre mon latin, que vois-je ? Une sorte de gélatine à poil perchée sur un tronc mort de sureau. Tout botaniste distingué vous dira que rien n’est plus normal car vous êtes en présence d’une colonie d’Auricularia auricula-judae que ceux qui ont tout perdu du latin nomment  ‘Oreille de Judas’ et qui est comme qui dirait la cousine du champignon noir des Asiatiques :

oreille de Judas

     Et même sur la terre du chemin, même chose -ils vivent donc tous à poil ici ! Une pézize s’étale nonchalamment, la perverse, peut-être Peziza badia ?

pézize

     Enfin, comme il en est tout au long de ces jours et de quoi me mettre de mauvais poil si un optimisme naturel ne me mettait sitôt de bon poil, des flocons tout ronds, drus comme on aime, se mirent à recouvrir d’un coup d’un seul les fleurs étonnées du forsythia qui firent aussitôt de cette aubaine une fête, couvrant leur chef d’une magnifique capeline immaculée

neige sur forsythia

Comme quoi hiver ou printemps c’est  bonnet blanc et blanc bonnet.

 C.Q.F.D.

Joyeuses Pâques 2008 !

Chers lectrices et lecteurs,

     Je vous souhaite de Joyeuses Fêtes de Pâques, quand bien même le printemps ne serait pas au rendez-vous, ce qui sous nos latitudes est un grand classique de ce temps pascal, y compris lorsque Pâques arrive fin avril. Fin observateur et habile plume, Julien Gracq a très bien décrit le phénomène :

     « …Pour moi c’est le printemps qui me mine et me désunit de fond en comble : l’aigre printemps de France, acide, mordant, quinteux, giflé de grêle et d’orages. »

Carnets du grand chemin, José Corti, 1992, p. 152

     Joyeuses Pâques à tous !

oeuf gravé et peint

     Pour prolonger le mystère et pourquoi pas la fête je vous propose de vous rendre à l’adresse suivante pour visualiser un message en diaporama :

http://boureux.fr/Oeuf2Pak_fichiers/frame.htm

Temps d’hiver, hiver des temps


Hiver, ne seriez-vous qu’un vilain ?

    Le froid est revenu et la mare s’en trouve toute changée. Ce serait là belle occasion pour Ysengrin de pêcher, en toute bonne foi, sous l’œil goguenard de Renart. Observons un peu cette surface qui ne laisse pas de glace : 

coupe d'agate

Perdu ! 

  La réponse est dans le temps de la terre. Nous sommes ici en gros plan sur une coupe d’agate polie, celle que l’on  trouve aisément chez les distributeurs de minéraux et fossiles. Voici la preuve ci-dessous, à échelle moins trompeuse des sens :  

agate

J’ai bousculé votre imaginaire en l’invitant à suivre une lecture erronée. Une manipulation mentale certes, mais aussi une description qui fait exister des choses initialement sans contenu signifiant. Roger Caillois a déjà formulé mieux que moi dans « Pierres« , toutes variations sur ce thème : 

      « …Ils sont bleu de mer profonde ou empruntent le vert pâle, glacé, glissant des yeux nyctalopes des félins et des hiboux. A l’extérieur, un dernier cercle lamellé, d’un blanc absorbant de neige ou de porcelaine, ajourne la broussaille des cristaux chargés d’éclairs. » 

Roger Caillois, Pierres, NRF, Gallimard, 1966, p.50

(Voyez aussi la bannière de ce blog qui montre de la glace dans une ornière de chemin.)  

      Promenons-nous encore un peu sur la glace et la toile du peintre. Voici l’imagination peu commune de Jérôme Bosch en prise avec la réalité de la glace, surface glissante qu’il connaît bien. Aussi équipe-t-il ses créatures ‘virtuelles’ de patins pour glisser ou de semelles en planches et pointes pour assurer la marche :

    

Jérôme Bosch

  gros plan sur patins à glace Tout est là, dans cette célèbre "Tentation de Saint-Antoine" du musée de Lisbonne (dont ces deux extraits) pour se réjouir de la glace ou se préserver de ses méfaits.On pourrait se poser la question de savoir depuis quand les hommes ont entrepris cette démarche. Question vaine tant la volonté de jouer ou de se protéger a sans doute été mise en oeuvre depuis

des millénaires.

 

(photographies extraites de FMR, oct-nov 2005, N° 9, article de Laurinda Dixon : La tentation de

Saint-Antoine de Jérôme Bosch, p.1-24)

 

Une trace archéologique relative au plaisir de la glisse est cependant signalée dans le Cataloguede l'exposition "la France romane au temps des premiers Capétiens" Paris, Musée du Louvre,Hazan, 2005 :

patin en os

Il s’agit d’un patin taillé dans un radius gauche de jeune bovin ; deux biseaux aménagés aux extrémités permettaient de le fixer à la chaussure. Dix-sept patins de ce type ont été retrouvés dans les fouilles de Saint-Denis, dans une fourchette chronologique des IX-XI e s. La chaussure est contemporaine. Du reste l’usage de ces patins est mentionné dans la « Vie de saint Thomas Becket » écrite v. 1170-80, donc un siècle plus tard environ : 

    « Il y en a d’autres, plus doués, qui pour jouer sur la glace attachent des os de  patte d’animaux à leurs pieds et se propulsent à l’aide d’un bâton à pointe de fer,  aussi vite que le vol d’un oiseau ou le javelot d’une catapulte… »

En guise de conclusion, nous vous proposons, in memoriam
monument des institutrices

     in Martin de la Soudière, L’hiver, A la recherche d’une morte saison, Lyon, La Manufacture, 1987, p.48

Cet épisode met un terme à cette longue série sur l’hiver : en raison du réchauffement climatique le printemps arrive.

Au Bazar de l’Hôtel de Vie

     Je viens de faire mon marché au grand étal de la nature toujours magnifiquement garni et présenté. Bien achalandé aussi, ce qui me vaut une queue d’attente modérée propice à la réflexion devant la caisse. Autant le choix des articles en rayon avive mes sens, autant leur suspension devant le lecteur de codes les endort. Désormais tout est un, tout se confond dans cet échantillon de barres dénuées de sens. Voyez plutôt :

écorce de cerisier

écorce de frêne

Peut-être allez-vous interpréter plus aisément le suivant :

polypore blanc  vous donnez votre langue ?

polypore blanc sur frêne

« Rassurez-vous mon caddy n’est pas rempli, ce ne sera plus long » dis-je au client suivant

aile de sphinx gazé  sphinx gazé

     Article ci-dessous déjà enregistré, voir en date du 28 janvier dernier. « pour échange ? » me dit la caissière

spores de scolopendre

     Quant au dernier, ramassé dans un rayon de nature, il s’est sans doute égaré et s’est collé sur l’un de mes paquets  code-barre

     En tant que client j’ai droit à un bonus que je vous communique, il vous permettra d’en savoir plus sur l’historique du code-barre, système inventé vers 1970 par l’ingénieur George Laurer, chez IBM, pour décrire universellement des objets quelconques et connu sous le nom de code UPC, composé de 8 barres noires et blanches.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Code-barres_EAN

     Le panonceau « Client suivant » est mis en place, je dis au-revoir à la dame, pense qu’il ne « faut pas décoder », mais plutôt partir au fond des bois à la recherche d’autres signes, à lire dans le grand livre de la nature. Pour mes lecteurs j’ajoute un amical « au-revoir et à bientôt ! »

N.B.  La nature ne causerait donc qu’en barres. Point du tout, elle parle. Parle en points :

lichens sur écorce

     Ces lichens en cercles sur écorces en témoignent. Et histoire de terminer l’article que vous pensiez clos depuis trois lignes, j’ajoute : points-barre ou point/barre !