Archives mensuelles : mai 2008

Que d’agitation dans les nids !

     Ne pas se fier à l’eau qui dort dit-on. Ici dans le sous-bois peuplé de ces scolopendres qui viennent de prendre l’habit vert éclatant du printemps le vacarme des nids semble bien improbable.

miroir d'eau

     Pourtant les couvées vont bon train. Juste au-dessus de cette mare un couple de sittelle torchepot (Sitta europaea L.) a pris possession -comme il se plaît à faire, d’un ancien nid de pic à environ six mètres de hauteur et dont il a maçonné l’entrée pour la rétrécir. L’oiseau rebondi, ocre et cendre, monte ou descend, parfois cul par dessus tête, poussant de petits sifflements et quelques roulades finales flûtées. J’aime à le rencontrer en toute saison ou presque ou à trouver, coincée dans l’écorce la noisette qu’il a oubliée là. On le sent vif, un maître dirait intelligent. En tous cas il s’active à nourrir sa nichée qui pour l’instant stridule doucement ; à peine l’entendrai-je si la roche proche ne faisait réflecteur dans ce cirque d’ordinaire paisible à peine troublé par les discrets chuintements brefs et répétitifs des écureuils.

sittelle nourrissant ses petits

sittelle devant l'entrée du nid

     Près de la maison l’agitation est à son comble dans le nichoir à mésanges. Des charbonnières (Parus major), les plus nombreuses, ravitaillent une colonie de becs oranges toujours grands ouverts et constamment en manque. Les vols se succèdent à une fréquence élevée (de l’ordre de 500 par jour) et le couple s’habitue à ma présence. Les cris ne cessent pas de l’aube au crépuscule et les jeunes commencent à utiliser le langage des parents. Ces derniers apportent surtout ce jour des chenilles vert tendre et des tipules.

adulte et jeunes mésanges au nid charbonnière au trou de vol

      Du balcon les adultes attendent parfois que l’un des deux soit sorti pour prendre la suite des becquées, ils doivent repousser les oisillons plus âgés qui occupent l’entrée et à leur sortie emportent dans leur bec l’enveloppe fécale qu’ils ont pincée depuis la source de manière à ne pas encombrer le nid qui serait vite un cloaque puant sans cette opération de salubrité familiale.

attente de nourrissage sur le balcon

mésange au trou de vol

que de contorsions pour parvenir à ses fins

opération de nettoyage

     Lorsque Mathieu 6, 26 fait dire à Jésus que :  » regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment ni ne moissonnent… » on constate là que l’image n’est pas celle d’un naturaliste d’aujourd’hui, encore moins d’un ornithologue mais uniquement celle de celui qui veut montrer que Dieu protège d’abord l’homme. Aujourd’hui on sait mais on ne pratique pas assez que c’est à l’homme qu’il revient de protéger les oiseaux du ciel (et la nature en général) s’il veut se préserver lui-même et seul des calamités qui vont advenir s’il continue à détruire la biodiversité. Du reste depuis peu l’Eglise a pris le train en marche et s’inquiète des dérives et excès du temps à ce sujet. Elle aurait pu ne pas oublier saint François, cela lui aurait fait prendre une longueur d’avance sur les naturalistes vigilants. Agir peut être une suite logique à l’observation.

     Dans le même temps d’autres couvent encore. Dans la discrétion comme la poule faisanne invisible à quelques pas du chemin

poule faisanne couvant

     ou en pleine visibilité comme cette merlette qui a installé son nid dans une niche de la creute

nid de merlette

    Il en est souvent de même des linottes qui construisent quantité de nids à des emplacements visibles de tous côtés de l’approche et d’où vient peut-être l’expression ‘avoir une tête de linotte’ ?

     Conclusion ‘à la Renard Jules’ :

…. »Tant qu’elle peut, elle nargue, piaille, siffle et s’égosille. Ainsi de l’aube au crépuscule, comme des mots railleurs, pinsons, mésanges, martins et pierrots s’échappent des jeunes arbres vers le vieux noyer. Mais parfois il s’impatiente, il remue ses dernières feuilles, lâche son oiseau noir et répond : Merle ! ».

Jules Renard, Histoires naturelles, Flammarion, 1967, p.161

Crachat et cratère, habitats inattendus.

     Crachat de coucou, ainsi est formulé l’avis de maison d’hôtes. Est-ce si surprenant ? Pas tant que cela quand on voit cette architecture au fond très contemporaine d’assemblage de bulles comme ferait tel poisson.

bulles de larve de cicadelle

 nid de bulles d’air de la cicadelle.

     Toquons et entrons, chassant ces bulles précautionneusement. Au beau milieu est la larve, vert tendre aux yeux foncés. Sitôt repérée elle cherche à s’abriter du soleil en secrétant un liquide qu’elle insuffle d’air par une réserve qu’elle a dans l’abdomen. Ainsi se forme ce curieux cocon protecteur. Gonflé, non ? L’insecte adulte est celui qui saute plus qu’il ne marche et qui se pose parfois sur nous lors des chaudes journées d’été. Son nom est philène spumeuse ou cicadelle écumeuse [de Cicada = cigale, pour la forme générale] (Aphrophora spumaria L.), les deux adjectifs évoquant bien la mousse. Le maître en observation et description que fut Jean-Henri Fabre n’a pas manqué notre insecte : .. »L’insecte relève le bout du ventre hors du bain où il est noyé. La poche s’ouvre, hume l’air atmosphérique, s’emplit, se referme et plonge, riche de sa prise… l’air captif jaillit comme d’une tuyère et donne une première bulle d’écume… » Jean-Henri Fabre, Souvenirs entomologiques, T.II, Bouquins, R. Laffont, 1989, p.362 et ss.

larve de cicadelle

          Autres moeurs. A l’abri du promontoir rocheux, dans le sable provenant de l’érosion accumulé là au pied de la falaise s’étend une zone au relief lunaire : une multitude de cratères ponctue la surface terreuse.

cratères de fourmilions dans le sable

     Tout à coup l’entonnoir s’anime. Des jets de sable fusent du fond vers la surface car un insecte minuscule, une cicadelle en fait, a glissé le long de la paroi et n’en revient pas de ce qui lui arrive. Sous la force des grains de sable qui lui tombent dessus en permanence elle ne peut regagner la bordure du cratère. Bientôt deux longues pinces l’enserrent, son compte est bon.

piège mortel du fourmilion

on voit la bête retournée et saisie par des pinces dont l’une se devine à droite

     En fait la larve de fourmilion cachée au fond de ce piège diabolique jette du sable dès que des grains de sable parviennent au fond, sur son corps enfoui. Si elle sent une proie comestible elle s’empresse alors de la saisir et de s’en nourrir, aspirant ses sucs et vidant la proie dont on retrouve parfois l’enveloppe.

larve du fourmilion en gros plan

gros plan sur la larve, les pinces sont bien visibles.

Conclusion : ces architectes aiment l’habitat fonctionnel mais ne donnent pas dans le social ! Âmes sensibles passez votre chemin.

Concomitance et muguet (suite)

      Poursuivre l’action de regarder au-delà des brins du muguet, s’échapper du grillage rassurant qui supporte la clématite mais empêche l’aller et venir.

clématite 

     être attiré par un premier appel puis voir dedans, s’immiscer. Ainsi mon oeil est-il d’abord intrigué par cette chandelle verte qui émerge parmi le lierre, les aspérules, jeunes orties et vertes herbes. Puis m’approchant je vois certaines de ces bougies chlorophyllées entr’ouvertes et suis sûr que si j’étais un moucheron je tomberais dans le panneau, en fait l’entonnoir. A voir donc de plus prêt.

inflorescence du gouet  spathe du gouet  spathe et moucheron

     N’étant point mouche je découpe l’enveloppe et découvre ce piège bien surprenant. En effet l’insecte explorateur est d’abord retenu par une barrière de poils puis des fleurs mâles plus ou moins flêtries avant de marcher sur le rideau de boules des fleurs femelles. Quelle affaire ! Impossible de sortir. Puis deux ou trois jours plus tard l’enveloppe s’avachit, tout se rétrécit et la bestiole peut s’échapper.

pièces florales du gouet  gros plan sur les fleurs du gouet

     En fait les fleurs mâles sont actives avant les femelles et le visiteur tentant de fuir s’est frotté sur les étamines chargées de pollen. Puis s’est échappé à la première faiblesse de l’enveloppe. Il recommence son manège intéressé par l’odeur du cornet. Et là il se fait prendre à nouveau dans une deuxième inflorescence qu’il vient naturellement féconder en se frottant sur ses pièces femelles mûres. Et ainsi de suite. Belle invention ou adaptation des plantes durant les millénaires de l’évolution que l’inspection attentive d’un pied de gouët ou pied-de-veau ou arum tacheté (Arum maculatum) nous fait comprendre. Dans quelques semaines ne dépassera du sol qu’une tige surmontée d’un décor de boules rouge-orangé : on ne sait pas toujours que ce sont les fruits toxiques de cet arum.

fruits du gouët en août

     Vous pouvez voir cette aquarelle et d’autres de plantes du bord des chemins sur le site internet que j’ai construit vers 2000 ici :

http://jpbrx.club.fr/arum.htm

     Dans le sous-bois, aux abords ou dans le savart les premières orchidées tout juste en boutons apparaissent. Ce sera l’occasion d’autres découvertes et peut-être émerveillement dans une note à venir. Admirons seulement ce jour, en conclusion, les fleurs de l’Orchis purpurea et celles non écloses de la listère à feuilles ovales = Listera ovata :

   Orchis pourpre

Listera ovata

     Vous êtes d’ordinaire aimables et indulgents envers l’auteur -ce pourquoi je vous suis reconnaissant, mais je vous recommande de délaisser la magie virtuelle de l’écran pour aller dans la nature, in situ, examiner de près ces ‘curiosa’ car rien ne vaut l’observation personnelle et le contact des choses : cela seul fait éclore des sentiments aptes à déclencher de fertiles passions. Car comme il est écrit magnifiquement ci-dessous :

     « C’était là que parfois, le samedi après-midi, les grands de l’école partaient pour une étude appelée leçon de choses, et je n’ai compris que plus tard combien les choses en effet ont à dire pour ceux qui les voient. »

Pierre Moinot, La Saint-Jean d’été, Gallimard, 2007

le fait de savoir observer et rendre compte est la clé de tout enseignement. Il est impératif devant le déferlement virtuel -dont pourtant j’use et abuse- de revenir à cette réalité, passionnément.

7 mai 1945 à Reims

Quand on est Rémois le jour du 7 mai n’est pas celui du 8. En effet l’événement historique que fut la reddition des armées nazies de l’ouest garde ici toute sa signification. Il est patrimonial, quand bien même cela soit un peu oublié ailleurs. La signature de l’acte de reddition fut accomplie dans ce qui est aujourd’hui le Lycée Roosevelt de Reims, le 7 mai à 2H41 du matin. L’heure complique la mémoire du fait et une autre signature voulue par l’U.R.S.S. le lendemain à Berlin ne facilite pas la compréhension des événements. Le lycée, « la petite école rouge » selon l’appellation donnée par la secrétaire d’Eisenhower est situé au nord de la ville, le long de la voie ferrée et proche de la gare. Le voici tel qu’il apparaît sur ‘Google Earth’ :

lycée Roosevelt où fut signée la reddition

on voit ci-dessous l’arrivée du Gl allemand von Friedeburg quelques heures avant la signature

arrivée du Gl allemand von Friedeburg

puis la signature elle-même qui eut lieu dans la salle de jeux des internes du lycée où avait été apportée une table de la salle des professeurs.

signature de la reddition le 7 mai 1945

la salle des cartes du QG devenue Salle de Reddition

la salle de Reddition sur un dépliant édité par la Ville de Reims

Pour plus d’informations vous pourriez consulter le site que j’ai construit sur cet épisode :

http://lyc-roosevelt.fr/reddition/index.html

quant aux amateurs éclairés qui voudraient approfondir :

http://www.cndp.fr/crdp-reims/memoire/lieux/2GM_CA/musees/reddition.htm

ou bien encore, si vous appréciez les panoramiques :

http://www.ecliptique.com/vrac/ww2.html

     Evidemment la Ville de Reims commémore avec faste lors des anniversaires majeurs. Ainsi en 1995 j’avais eu la joie de rencontrer par hasard un vétéran américain, Walter R. Christopher qui avait participé à la libération de mon bourg natal, Vailly-sur-Aisne, en 1944 et qui figure sur une photographie pour la bonne raison qu’il est porte-drapeau de son unité, devant le Monument aux Morts en 1945. Extraordinaire circonstance s’il en est !

avec W.R. Christopher en 1995 à Reims

Walter Christopher à Vailly en 1945

     Ainsi l’Histoire a-t-elle prise avec plus ou moins de force sur nos sentiments selon les circonstances et les événements. En 2005, pour le soixantième anniversaire d’autres cérémonies eurent lieu. J’illustre ci-dessous avec la présence dans notre lycée Roosevelt de Mme la Ministre de la Défense avec notre proviseur M. S. Gautier lors de la participation d’une classe à cette commémoration, après la visite du Musée de la Reddition.

visite officielle au lycée Roosevelt en 2005

  et nous nous souvenons

Reims, le Monument aux Morts

heureux de vivre en paix, une paix qui nécessite de combattre pour qu’elle puisse durer.

     Allant faire cours il m’arrivait tôt le matin, dangereusement depuis le boulevard, de passer sous la Porte-Mars, arc de triomphe romain, avant de franchir celle du lycée qui vit la chute du Reich, et de penser au texte de Pline vantant la Pax Romana : … »ce bienfait des dieux qui semblent avoir donné les Romains au monde comme une seconde lumière pour l’éclairer. » (Histoire naturelle, XXVII,3)