Archives mensuelles : novembre 2008

La « blessure de Vailly » et Joë Bousquet.

Vailly, qui se prononce ‘Véli’ est un bourg d’environ 2200 habitants situé à 18 km à l’est de Soissons et à 45 km à l’ouest de Reims. L’Aisne borde sa limite sud et le plateau du Chemin des Dames s’incline en de multiples découpes digitées sur son flanc nord. Au cours de l’Histoire sa position l’a souvent placé sur le trajet des troupes, 1914-1918 étant la période qui l’a vu presque totalement détruit.

Carte postale allemande célébrant la victoire de Vailly

carte postale allemande célébrant la victoire à Vailly le 31 octobre 1914

Prise et reprise la ville sera à nouveau sous le feu de l’ennemi lors de son avancée éclair du 27 mai 1918. Le général Ludendorff parvient quasiment à retrouver lors de cette offensive les positions allemandes de septembre 1914.

Dans ce contexte survient un épisode célèbre en littérature que l’Association du Patrimoine et de l’Environnement Vaillysiens mettra en valeur entre les 8 et 21 novembre prochain comme en témoigne l’affiche ci-dessous que j’ai conçue pour l’occasion.

Affiche relative à Joë Bousquet et Vailly

Nous appuyant sur l’aide du Centre Joë Bousquet de Carcassonne qui nous prête l’exposition relatant les deux rencontres entre Denise Bellon photographe et J. Bousquet en 1946 et 1947 et avec la participation des institutions représentées par leur logo sur l’affiche, nous présentons en effet un ensemble de photographies et de correspondances, moyen pour nous de mettre en avant et faire connaître l’événement singulier que fut la « blessure de Vailly » dans la vie littéraire de Joë Bousquet.

            Contexte affectif propre à Joë Bousquet en mai 1918 : 

Il a reçu trois jours auparavant, le 24 mai, une lettre de sa bien aimée Marthe qui lui fait part de la réaction de son père à l’annonce de leur amour, fait qui l’oblige à s’engager moralement. Il décide alors de la quitter et lui en fait part. Il se trouve donc en position de dépit et réagit en s’exposant inutilement à l’ennemi. Réaction isolée de sa part ? Non.

En juin 1917 et vers le même lieu il s’était déjà illustré par bravade, peu de temps après son baptême du feu le 16 avril 1917 car engagé le 10 janvier 1916, à l’âge de 19 ans, il n’avait pas encore eu l’occasion de combattre. Mais ce 2 juin 1917 donc, alors qu’il était en observation il prend seul la décision de tirer sur un Allemand de la tranchée adverse, ce qui déclenche une riposte immédiate et un assaut au cours duquel est tué son ami le sergent Canet et bien d’autres soldats français.

De plus en janvier 1918 il avait reçu une lettre de Marthe qui lui annonçait son intention de se suicider : sa réaction d’alors était encore et toujours la même, s’exposer et combattre. Par chance son engagement volontaire dans le combat lui vaut cette fois non la mort mais une nouvelle citation à l’ordre de l’armée.

      Toujours est-il qu’on est en présence d’un jeune combattant audacieux prêt à tout pour prouver sa bravoure et pensant de cette manière contrôler des sentiments personnels qui ont pour objet la passion amoureuse. Dit d’une manière plus abrupte cela donne : la mort il l’a bien cherchée ! Et de tout cela nous avons la preuve en recoupant tous les témoignages qu’il a lui-même donnés à ses correspondants et visiteurs au cours de sa vie d’écrivain et d’amateur d’art. On ajoute encore, s’il le fallait, que ce jour du 27 mai notre jeune homme (21 ans) agité portait une paire de bottes rouges, sans doute un modèle du genre : ‘bottes d’aviateur’ et de couleur sans doute plus proche du fauve que du rouge vif. Une façon bien voyante en tout cas de monter à l’attaque, plus proche de la tenue flamboyante des premiers mois de la guerre que des vêtements bleu horizon portés peu à peu depuis l’année 1916. 

Conséquences de « la blessure à Vailly » :

     Paralysé des membres inférieurs J. B. passera le restant de ses jours dans sa chambre aux volets fermés de la rue de Verdun ou dans quelques rares lieux proches. Il entre progressivement en littérature et fait du même coup entrer « la blessure de Vailly » dans la littérature française et internationale.

      Hier 8 novembre nous inaugurions cette exposition racontée ci-dessous par quelques instantanés numériques faisant écho en quelque sorte aux clichés argentiques de Denise Bellon  :

 Mme Annick Venet, Maire et M. Jean-Marie Lebrun, Président de l’APEV

partie de l’assistance

 quelques panneaux de l’exposition photographique

Joë Bousquet par Denise Bellon en 1947

 Joë Bousquet par Denise Bellon en 1947, collection du Centre J. Bousquet de Carcassonne

     Au moment où J. Bousquet fait retour dans la littérature par la publication récente de « Lettres à une jeune fille » par Nicolas Brimo chez Grasset, Vailly-sur-Aisne s’honore d’être associé aussi vivement et douleureusement à la littérature du XXe s. et notre association s’active pour que localement la vie et l’oeuvre de ce poète, écrivain et résistant, amoureux épistolaire des jeunes femmes faute de pouvoir l’être physiquement et passionné d’art, soit mieux connue et demeure vivante.

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     Parmi les nombreuses pages consacrées à J. Bousquet sur le Web on retiendra par exemple la présentation du Centre Joë Bousquet et la Maison des Mémoires de Carcassonne par le Conseil Général de l’Aude :

http://www.cg11.fr/www/contenu/perspectives/P131-05.pdf

Le blog très riche et précisément documenté ‘choses lues, choses vues’ de M. Alain Paire, galeriste et critique d’art aixois qui évoque dans plusieurs notes la singularité de Joë Bousquet, notamment dans un entretien avec Louis Pons ici :

http://www.galerie-alain-paire.com/index.php?option=com_content&view=article&id=35:louis-pons-parle-de-joe-bousquet-et-de-gerald-neveu&catid=7:choses-lues-choses-vues&Itemid=6

http://www.galerie-alain-paire.com/index.php?option=com_content&view=article&id=273:1928-1950-max-ernst-et-joe-bousquet&catid=7:choses-lues-choses-vues&Itemid=6

le site personnel très synthétique et à caractère pédagogique suivant :

http://poete.villalier.fr

La présentation de notre exposition par le Conseil Général de l’Aisne :

ici

Une évocation personnelle de Joë Bousquet sur le blogue original, littéraire et aux mille facettes que voici :

http://le-blog-a-vincent.blogspot.com/     (note en date du 7 août 2009)