Archives mensuelles : janvier 2009

Au firmament du Chemin des Dames, des anges pour Martin.

     Depuis les collines qui dominent l’Ailette et ouvrent l’horizon du Chemin des Dames, d’un repli d’ailes ils surgissent et prennent place autour de l’écrin pour signifier que là est merveilleuse richesse enclose.

clocher de Martigny-Courpierre

     Trop loin des hommes ils s’ennuient. Je les appelle. Virevoltant et planant ils daignent descendre du piédestal céleste et entrent dans l’église dédiée à saint Martin, qui protège les Francs. Là, surprise, ils volent alors directement vers le maître-autel où ils se posent élégamment. Laissez-vous aller à chantonner avec le ténor : « Anges du paradis couvrez-là de votre aile… » in Mireille, de Charles Gounod » ou bien encore le plus connu « les anges dans nos campagnes » et son Gloria’ évoqué ici.

     Il faut dire qu’ici tout a été combiné pour impressionner le pèlerin. Pas un mètre carré laissé libre : verre, fer, terre cuite, terres des fresquistes, tout concourt à glorifier Dieu dans le travail des hommes de l’art.

céramique de Saint-Martin de Martigny

     Le céramiste Maurice Dhomme, les verriers Louis Barillet, Théodore Hanssen et Jacques Le Chevallier illustrent le Nouveau Testament dans ses messages simples, qu’accompagne également le fresquiste Eugène Chapleau.

Christ de la voûte du choeur de Martigny

     Il ne serait pas judicieux que je vous dévoile tous les trésors de cette église d’un si petit village momentanément anéanti dans la grande tourmente que fut 1914-1918. Quand vous serez de passage dans la région, quand vous serez peut-être assez imprégnés des eaux tropicales du Center Parc de L’Ailette aux rives proches, pensez à venir ici plonger aux sources vives de l’Art Déco. Cherchez par vous-même la signification des symboles employés * et des phrases peintes. Partez à la chasse au trésor dans les ors rutilants, soyez assez observateurs pour dénicher quelque part les portraits des collaborateurs de l’architecte Paul Müller qui a oeuvré là, ainsi qu’au village de Monthenault à proximité, ou, à peine éloigné, dans celui de Brancourt-en-Laonnois.

les artistes de Martigny

     Et comme il n’est jamais interdit de rêver, planez donc et voletez de concert et de conserve avec les anges, tournoyez autour et dans Saint-Martin de Martigny-Courpierre. Cela décoiffe mais vous n’y laisserez aucune plumes, à la différence des pigeons qui s’abandonnent ici trop fréquemment, singeant malhabilement nos anges.

     « L’univers et l’histoire chantaient, dans un silence assourdissant, la gloire de l’Eternel. Toute une vallée de larmes coulait sur mon visage. J’étais plus mort que vif -mais j’étais déjà mort. … …L’archange qui se tenait dans l’ombre du Très-Haut se déplaçait avec la grâce que je lui connaissais, mais les ailes lui étaient revenues et un feu intérieur semblait le consumer. « 

Jean d’Ormesson, le rapport Gabriel, Gallimard, 1999, p. 414

clocher de Martigny-Courpierre

     * Bavard je ne résiste pas plus longuement et vous mets sur la voie. Les anges de l’autel sont des thuriféraires selon l’assemblage des mots latins qui signifie ‘porte -encensoir’. Ils font partie de cette cohorte innombrable si souvent représentée dans l’art religieux, notamment sur des pierres tombales car l’encens est utilisé pour manifester la part divine des corps humains. Les anges [du grec aggelos=messager] sont très présents dans l’Ancien Testament et semblent directement issus des cultes babyloniens et perses, le Nouveau Testament minimise leur part mais l’Apocalypse de Jean, par exemple, en est toute peuplée.

Deux poids, deux mesures

     Et oui, c’est comme cela, que cela nous plaise ou non la nature n’a aucun état d’âme, aucune morale. Elle n’est qu’un état évolutif de l’univers, à peine modifié par l’homme. Alors le titre de ce billet ne doit être considéré que pour ses mots et leur sens physique. 

     Ainsi dernièrement l’absence de vent, la température négative et un brouillard particulier ont provoqué la formation et la chute de paillettes ou bâtonnets de glace, qui n’étaient ni du givre, ni du grésil, ni non plus des cristaux organisés en flocons neigeux. Il fallait vraiment se pencher pour voir, soupeser les toiles d’araignée qui les ont accueillis  pour découvrir le phénomène. Et prendre la loupe pour distinguer leur forme.

paillettes de glace sur toile d'araignée

     Ces menues barrettes glacées ont recouvert toute surface, mais l’effet produit étant quasi identique à celui de la neige il était plus facile d’être trompé sur la nature véritable du phénomène que de le percevoir, comme on peut le constater sur ce tronc de noisetier :

tronc de noisetier et paillettes de glace

     Ainsi dernièrement la glace s’étant développée dans certaines fissures de la roche par condensation a agi comme un coin, fait pression sur des lits de calcaire de composition variée et a entraîné la chute de quelques tonnes de blocs.

     Dans les deux cas un seul phénomène responsable : le gel, mais des effets de masse et de poids bien différents. Dans le premier cas il convient de s’approcher délicatement au plus près pour découvrir avec plaisir, dans le second il convient de s’éloigner au plus loin et le plus vite possible, pour ne pas mourrir ou souffrir !

éboulement sous l'effet du gel

éboulement dû au gel

     Y aurait-il une morale de l’histoire ? La seule recevable est une forme d’analyse prudente et hors jugement moral. Opposables aux forces naturelles seule la science apporte quelque indication thérapeutique et la pensée théologique relativise leurs effets en obligeant l’homme à se chercher une place entre cette nature, lui-même et les autres. L’homme trouve bonheur et malheur en parcourant ce monde en tout temps. Se réjouir dans la contemplation des beautés naturelles sans doute, s’indigner des effets de cette même nature, à quoi bon ? Hasard et ? Le risque est là, la joie aussi. A quelle aune les mesurer ?

     Le peintre préfère doser à sa manière, ainsi croit-il peser sur le rendu de son art.    J’ai donc pris du charbon bien noir qu’on nomme alors fusain, pour rendre au mieux l’effet supposé de la neige et du gel, car c’est connu, si le bleu blanchit, le noir éclaircit.       Que de réflexion avant de poser ces parcelles carbonisées sur le papier blanc au relief accusé qui accroche le moindre trait, que de précaution pour ne pas salir, et de vigueur retenue pour placer les valeurs maximales qui vont obliger l’oeil à circuler dans le dessin comme la lumière est sensée faire parmi les flocons amassés ! Ici le seul danger serait de prendre froid ou de s’exaspérer du fait de n’avoir pas réussi l’entreprise folle de raconter sur le papier l’incident d’un jour de décembre.

fuain pour la neige

église de Paissy sous la neige

Je souhaite une année 2009 la plus heureuse possible à mes lectrices et lecteurs !

 Afin de varier un peu l’approche de ce blogue, dans les semaines à venir nous évoquerons subjectivement quelques lieux entre Champagne, Picardie et Ile-de-France.