Archives mensuelles : février 2009

Encore une tour : Septmonts.

     Implantée sur la marge de l’une des sept collines qui enferment Septmonts elle domine élégamment le village et son église, clamant haut et fort la puissance de son constructeur.

     Il peut paraître étrange aux yeux d’un promeneur du XXIe s. que le seigneur bâtisseur soit…un évêque. Mais c’est ainsi que les choses se passèrent : depuis les années 1130, et tout spécialement en 1226 lorsque Jacques de Bazoches reçut là Louis IX, le domaine appartient aux évêques de Soissons. Dès lors il faut bien considérer que ce seigneur est issu le plus souvent des familles nobles, appartient à la culture occidentale et féodale du temps et, comme tel, vit et réagit comme ferait n’importe quel seigneur. Donc ici il construit, et la tour donjon que nous avons sous les yeux est une résidence princière, au goût des années 1370, édifiée par Simon de Bucy dont la famille comptait des gens influents à la cour de France. Les historiens le savent par un « aveu et dénombrement » de 1373 dans lequel cette tour est décrite. Ce seigneur avait du goût et la richesse suffisante pour manifester ainsi ses droits sur le domaine et ses habitants. Les habitués de l’architecture du XIVe s. y verront des analogies de détail avec le décor élégant de Vez évoqué dernièrement et celui de Pierrefonds, que tout le monde a en mémoire.

donjon de Septmonts

     Un pavillon résidentiel, à la mode Renaissance, a été bâti à proximité à l’intérieur de l’enceinte, puis au milieu du XVIIe s. l’évêque Charles de Bourbon installe là un jardin avec allées et canal. Enfin, peu à peu, le château est laissé à l’abandon car les évêques préfèrent leur palais soissonnais et dès les années 1720 le mobilier et les décors sont récupérés pour être vendus ou installés ailleurs. 1791 et la Révolution le voient changer de mains (vente à la bougie pour 11500 livres nous fait savoir feu Bernard Ancien) et une quarantaine d’années plus tard les lieux ont toujours et cependant, quelque chose de magique s’il faut en croire Victor Hugo. L’homme aime les voyages, surtout quand des femmes les agrémentent et on n’est pas étonné de lire dans une lettre adressée à sa femme Adèle :

« …je te l’achèterai mon Adèle, c’est la plus ravissante habitation que tu puisses te figurer… »

bien évidemment il ne dit rien de sa montée au vieux donjon où, en compagnie de Juliette Drouet, il grave dans la pierre :

« Victor – Hugo – Juliette – 29 juillet 1835 »

     Le château résiste aux deux guerres mondiales et est aujourd’hui aux mains de la commune. Cerise sur le gâteau d’une commune gâtée, coût de la confiserie aussi. Mais saluons dans l’au-revoir, l’action intelligente et dynamique de l’Association des Amis de Septmonts qui fait en sorte de préserver au mieux et rendre vivant ce lieu charmant. Alentour croît un arboretum, repose une église digne d’être visitée, s’étale un village aux maisons de pierres garnies des ‘sauts de moineaux’ si joliment caractéristiques des villages du Soissonnais et du Valois.

http://www.amisdeseptmonts.net

Jeux de lumières depuis la tour : Vez.

      donjon de Vez depuis la courtine 

      Vez. Le toponyme dérive de « vadum », le gué ; v, g, et b se confondant bien souvent dans la prononciation. Le passage dont il est question est sur la bien jolie rivière d’Automne et il conduit au plateau passant par un éperon sur lequel est édifié le « donjon de Vez ».

     Délimité par un carré d’environ 60 à 70 m. de côté ce domaine seigneurial fortifié comprend murailles, donjon et logis. On sait que l’ensemble a été dévasté par les Jacques en 1358, puis reconstruit. Le logis l’a certainement été par Raoul d’Estrées dans les années 1360 alors que le donjon est une construction attribuée à Jean de Vez, sans doute entre 1380 et 1390. C’est ce donjon qui attire l’oeil dès l’entrée par la légéreté de son style et une froide élégance. La lumière s’accroche sur ses mâchicoulis et chute vers les courtines accessibles depuis son premier niveau. Lieu quelque peu stratégique mais de médiocre force durant la Guerre de Cent Ans, il est assez vite dénué de tout caractère militaire, sauf de celui d’observation. Crépy-en-Valois et Pierrefonds sont tout près, ainsi que Villers-Cotterêts.

donjon de Vez

américain l’X anime le vieux donjon

donjon de Vez

végétalisé comme pour conduire au jardin

jardin de M. Pascal Cribier

Du paysagiste M. Pascal Cribier le jardin et son bassin accueillent le « Pot doré » de M. Jean-Pierre Raynaud, ici vu de dessus, sans or apparent. ‘Tout ce qui brille n’est pas d’or’.

     Le logis et sa chapelle, beaucoup trop restaurés par Léon Dru

tombeau de Léon Dru

cosaque endormi, Léon Dru gardé par un drôle de hibou

au tournant du XXe s., ont perdu leur caractère de témoin d’époque mais non leurs charmes.

     Ces derniers sont notablement accentués par des présentations d’art contemporain que M. Francis Briest et l’association des « Amis du donjon de Vez » qu’il préside proposent chaque année, et qui enrichissent petit à petit le site depuis les années 1990. C’est pourquoi l’oeil vagabonde de découvertes en découvertes, se délectant d’un Bourdelle ou se vivifiant d’un Buren.

     Descendant du grenier abrité de sa charpente de fer -tiens Eiffel est aussi passé là !

charpente d'Eiffel

du fer agencé par Eiffel

mon regard fut attiré par de vives lumières colorées, d’abord entr’aperçues puis fixées. Bien qu’elles soient créées par un vitrail de M. Daniel Buren qui projette sur les parois des murs et le dallage du sol des bandes chaudes et froides ordonnées géométriquement, ce n’est pas à lui que j’aie d’abord pensé mais à Frantisek Kupka, à cause des couleurs, à cause de l’agencement des lignes :

F. Kupka série CVI

Kupka, « Série CVI », huile sur toile, 1935-1946, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, in revue « Beaux-Arts », 1989, N°74, p.95 

Daniel Buren, « Transparences colorées »

d’où l’on voit, en Art, que transparences et projections, autrement dit irréalité matérielle engendrée par l’artifice, sont tout un.

Ainsi quittons-nous VEZ, non sans regrets, mais illuminés.

JPB, visite du 27 juillet 2008