Archives mensuelles : décembre 2009

Copenhague en habits verts, si je veux, si je peux.

C’est bien de volonté dont il s’agit dès lors que l’on s’efforce de mieux gérer l’environnement. Les Indiens des plaines savaient faire, bien d’autres encore. Nos ancêtres lointains aussi. Mais la pollution de l’environnement par l’homme a déjà des siècles d’existence. Mais l’extermination des espèces… Mais la concentration des pollutions et son stockage pour des siècles… = cependant accélération des faits de nos jours avec lesmoyens technologiques dont nous disposons.

Bref le citoyen peu lettré, peu au fait des relations complexes entre l’homme et l’environnement ne parvient pas à faire la part des choses et se lasse des informations sur le sujet. C’est du moins ce que je crois comprendre en fréquentant le café du commerce du coin. Pourquoi ?

La raison première est la difficulté pour l’esprit à comprendre des évolutions peu visibles au prime abord. Ainsi sur ce blog j’ai tellement dit et raconté autour du spectacle de la nature que le premier lecteur venu aura l’impression qu’il n’y a pas changement de mon environnement depuis que le monde est monde. De même l’archéologie et la géologie sont compréhensibles par des initiés d’abord. Les spécialistes ne font jamais assez attention à cette réalité. Localement, sur ce secteur du Chemin des Dames, le facteur déterminant d’une relative préservation de la nature, qui laisse croire à l’immuable, est curieusement la destruction et ce paradoxe n’est pas perceptible immédiatement. En revanche la chute de la densité démographique consécutive au grand chambardement de la guerre est très présente dans les esprits.

Explication : aussitôt le premier conflit mondial tout mon secteur géographique a été profondément modifié ; nature et constructions saccagées, au point que l’on a pensé que cette « zone rouge » demeurerait à jamais irrécupérable pour l’homme. Du même coup tous les revers de pente jadis occupés de vergers et vignes ont été colonisés par la force de la nature : espaces gagnés de broussailles, de bosquets épars puis de forêt aérée. Là-dedans prospérent quantité de plantes et d’animaux que je photographie et vous montre. Mais si je vais chercher dans mes souvenirs et dans des inventaires anciens je constate la grande faiblesse actuelle de la biodiversité, même en ce paysage épargné. Au-dessus la « grande culture » use les sols et tue par traitements insecticides et fongiques ou suppression de zones en friches, en bordures, talus…, en-dessous la pression humaine gagne : chacun sa part de responsabilité. Mais presque personne ne s’en rend compte puisque cela n’est visible que par comparaison et étude. Souvent seuls des drames majeurs induisent hélas des réactions salutaires.

La raison seconde est le sentiment d’impuissance devant le phénomène, lié au manque d’espoir sous-jacent à l’état d’esprit actuel des ‘civilisés’ occidentaux. Lutter pourquoi et comment ? Les grandes institutions ont été tant décriées que l’on n’attend plus rien d’elles (état, église, armée, justice…), l’absence d’espoir dans le progrès des sciences a un effet paralysant, alors que l’aspiration au progrès avait été le moteur de l’occident entre 1850 et 1950 environ (rappelez-vous la belle scène chez Pagnol où le jeune instituteur développe devant la classe le fabuleux progrès qui vient, -scène d’ailleurs admirablement retranscrite dans le film). Sans espoir et sans but précis une partie de l’humanité occidentale erre à la recherche d’un seul immédiat, d’un présent d’ailleurs non présent ou peu présent sans futur attendu, espéré. Alors engager de grands débats écologiques, entreprendre des réformes qui pour certaines sont ‘mieux que rien’ -il faut le dire- n’attire absolument pas le peuple ces jours-ci, au moins en dehors de quelques espaces privilégiés urbains. Des enseignants font ce qu’ils peuvent, des politiques aussi, des religieux également. Mais si vous transformez ces représentants par l’institution qu’ils représentent vous constaterez immédiatement qu’il y a du pain sur la planche pour modifier la perception que nous en avons le plus souvent : Peu de motivation  pour apprendre, connaître, diffuser ; trop peu d’intérêt pour la chose publique ; évaporation de l’idée de Dieu. Et puis, alors que les scientifiques avaient mis le doigt là où ça fait mal depuis des lustres, les intervenants sus-nommés ont pris le train en marche et n’ont rien devancé. Alors fatalement ils tombent du marche-pied quand ce train prend de la vitesse. Et de haut aussi.

Voilà ce sera tout pour ces deux notes tristounettes sur le rendez-vous de Copenhague signalé par ce blog d’ordinaire optimiste et illustré, au sens propre du terme. Un point pourtant : dites et répéter autour de vous que la nature est le bien le plus précieux pour l’homme, à peu près à égalité avec un travail compris et presqu’aimé. L’écologie et le souci de l’Homme doivent aller de pair dans la mise en place d’un monde nouveau dont les soubresauts nous inquiètent et que seul le vouloir vivre ensemble dans un but choisi pourra atténuer les effets néfastes.

Faisant dérouler mon texte je m’aperçois que « zone rouge » apparaît en premier lieu. J’ai vu en ces termes et mis en valeur un intérêt imprévu quant à la préservation de la biodiversité. Nous sommes dans la zone rouge mais je suis sûr que les hommes vont mettre du vert : ils aiment la complémentarité, les contrastes de couleur et la couleur même. Alors vive le vert de Copenhague !

Environnement durable : autour de moi ?

Je ne comprends pas. Même mon compte bancaire est de développement durable alors que les prestations qui l’alimentent ne sont d’aucun développement. Je ne comprends pas. La taxe carbone, j’broie du noir car je vais la payer alors que des amendements en cours, multiples et variés, exemptent ceux qui sans doute ont fait amende honorable pour des crimes qu’ils perpétuent au grand jour contre la nature et à plus ou moins longue échéance contre l’homme lui-même. Comprenne qui pourra, qui voudra ? Pas moi.

Et puis mon environnement je le perçois comme je le vois. Un jour rien, l’autre tout. Vous ne me croyez pas ? Tenez, je sors de chez moi et à cinq mètres de ma maison la falaise est toujours là, comme si elle allait durer encore 107 ans, elle qui s’élance ici depuis des millions d’année, bien loin des siècles contemplés par l’armée napoléonienne aux pyramides.

Paissy couchant de mai sur falaise

entre 35 et 65 millions d’années, de la tête au pied, durable non ? Et quel développement !

Espérant comprendre j’entre : voilà écrit 1645, allez savoir.

Paissy graffito 1645

Même qu’il a essayé de compter, alors qu’il avait déjà bien du mal à écrire. Y s’est trompé, a r’commencé. Mais sur la pierre ça s’efface pas, tant pis. (tant mieux pour l’historien)

décompte pour Jean Ladeuille

La deuxième fois opération bien posée, retenue comprise mais erreur quand même…*

J’comprends de moins en moins. Trop grave. Je préfère retrouver l’air libre plutôt que de voir le ciel me tomber sur la tête. Ca alors, pas vrai ! même le ciel s’y met lui aussi, qui me chuchote :

« ciel pommelé, femme fardée, ne sont pas de longue durée », dict-on, manquait plus que cela.

Paissy, ciel pommelé de couchant

Quand je vous disais qu’y a rien à comprendre dans cette affaire de développement durable, de climat qui se modifie, que tout change, vacille, perdure. Et tout mon blog qui depuis deux années s’efforce de vous montrer des beautés de la nature à deux pas de chez vous, comme si tout était stable, immuable, grandiose. Comme si la science n’était jamais venue mettre son nez dans cet ordre établi depuis des millénaires : un ciel, une terre, un enfer. C’est bien depuis que ce n’est plus comme cela que rien ne va plus. Allez, faites vos jeux et dormez bien, il sera temps demain de voir le temps qu’il fait à Copenhague ou à Grenelle et s’il n’y fait pas beau, demandez donc le 22 à Asnières. On ne sait jamais. Non de non.

Et dire que j’ai écrit tout cela pour faire plaisir à mon hébergeur de blog qui souhaite avoir l’opinion de ses lecteurs sur les journées de la verdure. Le voilà servi. Ou… Pauvre de moi ! ; vont se dire qu’ils hébergent un simplet, là-haut, dans les sphères savantes du Monde.

* petites remarques en passant, rien que pour montrer que le fada a encore des neurones. La gravure dans la pierre indique : Jean La deuille (c’est ainsi qu’il convient de lire, j’ai vérifié dans les registres paroissiaux). L’écriture est incertaine, en particulier au niveau des N, comme souvent. De plus il a été gravé Aa pour â selon l’habitude du temps, preuve irréfutable de la véracité de l’écrit. Puis en 1830 quelqu’un voit cette inscription et la recopie au crayon de mine, juste à côté. Mais il lit : « de ville » et recopie « âgé » selon les nouvelles normes. Puis astucieusement il se demande quel écart de temps cela fait-il par rapport à lui et pose l’opération à l’envers. Il s’en aperçoit et la remet dans le bon ordre mais se trompe à nouveau dans le décompte. Toute cette affaire est cependant riche d’informations car on pense souvent qu’autrefois les gens simples ne savaient guère lire ou écrire. Voilà de quoi modifier quelque peu cette assertion, à une époque hautement développée où le nombre d’illettrés ne cessent de croître … Je reviendrai une fois encore sur le vert de Copenhague dans une prochaine livraison.

Histoire encadrée : d’une forme lire une époque.

Dans la même démarche examinons aujourd’hui la figure du parallèlépipède, proche parfois du rectangle et du carré, dans la portion d’Histoire qu’il enferme.

Si dans l’histoire des hommes la protection par cette ligne simple paraît bien ancienne, les traces qui en subsistent dans la France d’aujourd’hui semblent plutôt assez proches dans le temps.

Maison-Forte de Sorbon

Vous percevez fort bien au centre de l’image (JPB 1972) un carré de pré entouré d’eau, vestiges vivants d’une ancienne résidence seigneuriale que les historiens nomment « maison-forte » suivant l’usage du temps, désignée ainsi en français, après « domus fortis » en latin, dans les textes qui notent ces endroits modérément défensifs. Celle-ci est l’une des trois présentes dans le village de Sorbon, autrement célèbre par l’un de ses enfants, Robert, fondateur de notre ‘Sorbonne’ (Ardennes, Rethel). Un fosé large de 15 à 20 m. alimenté par un ruisseau, protège une plateforme d’une quarantaine de mètres de côté quasiment au niveau du sol extérieur.

Ce type de fortification légère est très répandu dans les campagnes françaises dès la fin du XIIes., abonde au XIIIe s. et se maintient assez jusqu’au XVIIIe s. où il a perdu tout caractère défensif. De nombreux travaux de recherche historiques développent des cas dans la plupart des pays occidentaux. Dès la fin du Moyen-Age nombre de fermes ‘fortifiées’ et de manoirs ou gentilhommières peuplent les villages et présentent le visage résidentiel d’une noblesse de second rang qui se calfeutre derrière un fossé ou des murs à allure de remparts, donnant néanmoins aux paysans le signal d’une présence différente qui manifeste son appartenance à une classe sociale supérieure.

Dès lors qu’une communauté souhaite s’abriter derrière un fossé parfois surmonté d’un talus et d’un semblant de murailles ou de palissades, on va voir se développer le plan carré qui prend l’allure d’une bastide dans le sud de la France (le plan circulaire cohabite avec ce dernier) et d’une ville-neuve dans le nord. Evidemment les guerres favorisent ce type de défense dont peut se parer également une communauté villageoise libre, quand des manants gérés par un ou plusieurs seigneurs (laïcs ou ecclésiastiques) régissent le droit des premières. Ces installations perdurent parfois jusqu’à nous mais le plus souvent elles ont été privées de leurs fossés à partir du XVIIIes., par souci de commodité de transports ou par un premier élan vers l’hygiènisme, leurs fossés laissant échapper des miasmes nuisibles à la santé. Tout comme les défenses circulaires elles sont menacées de disparition, le fossé est comblé et remplacé par une rue, un espace vert ou tout autre aménagement.

Très représentatif du genre est le village de Pontarcy (Aisne, Vailly-sur-Aisne). D’avion on se doute bien que l’allure générale quadrangulaire et la rivière proche sont sans doute en liens et qu’une légère surélévation latérale aux rues pourrait être le témoin d’un ancien talus.

village défensif de Pontarcy (Aisne)

Pontarcy, photographie aérienne JP Boureux

La curiosité inhérente au métier en tête, l’historien se dirige alors vers le dépôt d’archives qui peut-être lui fournira quelques renseignements supplémentaires. En l’occurence celui de Laon. Par chance rare il découvre là un plan du XVIIIes. tout à fait révélateur du passé de ce village enregistré sur ce support particulier. Ici ce cadeau du passé a de plus valeur d’oeuvre d’art car le géomètre était talentueux, voyez plutôt :

plan XVIIIe s. de Pontarcy

Archives Départementales de l’Aisne, E 141, accompagné de l’expression de nos vifs remerciements

On constate aisément que le fossé sud était mieux conservé qu’aujourd’hui et que des arbres alignés occupaient les fossés ouest et est déjà isolés de la rivière. La comparaison entre la photographie aérienne et ce plan ne nécessitent pas autre commentaire pour la compréhension de l’aménagement territorial. Qu’en est-il des sources écrites ?

Bien qu’assez nombreuses elles sont difficiles à interpréter. En effet nous sommes ici en présence de deux éléments : ce village et, de l’autre côté de la rivière, les vestiges ténus d’un autre habitat avec tour, souvent nommé château dans les actes. Les écrits distinguent parfois la tour tenue du roi, du village ou ville tenue des vassaux. Mais on ne sait jamais si on a affaire à l’une ou à l’autre, la partie nord ayant pu également accueillir un habitat un peu développé. Auquel cas il se pourrait que la partie actuelle du village corresponde à une extension du premier habitat ou même, bien que moins probable, à un village défendu par une fortification tardive de la fin du XVIes.  Toujours est-il que ce lieu est dans l’obédience des seigneurs de Braine, Baudement, Coucy et qu’il se trouve assiégé dès les années 920 par les Normands ? (pas de source fiable cependant) puis à diverses reprises lors de la Guerre de Cent-Ans, puis encore des terribles conflits de la fin du XVIes. responsables de maintes destructions dans notre région.

Outre une étrange harmonie le site montre bien quelles interrogations insastisfaites trottent dans la tête de l’historien de terrain qui ne parvient pas à établir une vérité absolue. Savant de la chose écrite il est précautionneux et plein de retenue devant la réalité d’un modelage du terroir dont il voudrait fixer l’origine et la destinée. De nouvelles avancées technologiques permettront peut-être à nos successeurs de trancher.

Le toponyme (pons arceius plutôt que pons arsus) confronté à son voisin Vieil-Arcy (vetus arceius et vieil arceys) -plutôt que Vicus arsius qui doit être une déformation latine erronée qui apparaît en 1297, suggère le déclassement de Vieil-Arcy lorsque Pont-Arcy a pris de l’importance, c’est-à-dire après l’établissement d’un pont et d’une fortification ayant entraîné l’installation voisine de ce nouveau village devenu plus important que le précédent. Mais là encore nous questionnons plus que nous ne résolvons. Dans sa démarche circonspecte l’historien se rapproche de celle du commissaire ou de l’inspecteur de police ; c’est à dessein que j’emploie l’adjectif circonspect qui étymologiquement signifie ‘regarder autour de soi’. D’où pour conclure élégamment, et avec la surprise que ce blog intègre de temps à autre, cette citation de Montaigne, Essais, L II, chap. XII : « ce n’est pas tant par pudeur qu’art et prudence qui rend nos dames si circonspectes à nous refuser l’entrée de leurs cabinets, avant qu’elles soient peinctes et parées pour la montre publique. »

A partir de ces deux dernières notes, en somme, je vous invite à lire le temps de l’histoire comme vous lisez l’heure sur le cadran de vos montres, qu’il soit circulaire ou carré. Sauf qu’en ce qui concerne les montres l’habitude vous a fait oublier l’apprentissage de cette lecture. Avec un peu d’entraînement et peut-être l’aide de l’homme de l’art, vous convertirez désormais des formes et des structures spatiales en bandeaux chronologiques. Toutefois soyez compréhensif :vous remonterez le temps comme il en est d’un mouvement à ressort, pas à la seconde près. L’historien n’a pas encore son quartz mais il aime suivre le mouvement des rouages, examiner le balancier, son retour, son rythme, sa période. Quelle tactique !

Histoire encerclée : pistes d’explications.

Du cercle cherchons le sens. Le premier exemple donné, un cercle dans un marécage, montre les vestiges de ce que l’on appelle une « motte« , une butte de terre élevée de mains d’homme, ici en un lieu marécageux favorisant la défense, défense renforcée par une élévation complétée ou non de palissades et d’un fossé résultant de la terre prise du fossé et rejetée vers l’intérieur. La technique pourrait être utilisée pour et par quelques individus. Souvenez-vous de vos classiques : attaqués par les Indiens les soldats disposent charriots et matériaux en cercle pour affronter l’ennemi tout en se protégeant.

L’exemple que nous donnons est situé dans le département des Ardennes, commune de Thin-le-Moûtier.

motte de Thin-le-Moûtier

aperçu de cette modeste fortification du Xe s. Photographie JP Boureux

Si l’historien par chance trouve un texte contemporain de la construction, c’est pain béni ; sans quoi il lui faudra procéder par recoupement et raisonnement, à partir d’une typologie des sites d’une région, et proposer une hypothèse fiable. Pour cet endroit nous avons un texte rédigé peu avant 971 qui raconte que les moines du monastère de Thin se plaignent des ennuis que la garnison du château (castrum et castellum) de Thin leur cause. L’endroit est nommé Chantereine, terme qui désigne le chant de la grenouille, amphibien lié à la présence de l’eau. La présence défensive du marécage présente l’inconvénient de ne pas laisser de place à d’autres équipements et bâtiments. Restent sur le tertre, d’un diamètre de 50 m. à la base et d’une hauteur de 4 m., quelques vestiges de murs.

marais de Thin devenu ensemble d'étangs

J’ai photographié environ 1000 ans (1971) après la réalisation de cet ouvrage. De nos jours le marais est en partie asséché et draîné, des étangs ont été créés. Ces sites de petite taille et faible élévation sont fortement menacés et il faut aimer son patrimoine avec passion pour les préserver. Google Earth qui les laisse voir peut ainsi contribuer malgré lui à leur conservation.

Revenons à Montaigu. Cette fois nous ne sommes plus dans un bas-fond marécageux mais sur une éminence détachée de la cuesta d’Ile-de-France, l’une des nombreuses buttes de la région au sud de Laon. A cet endroit que l’on discerne bien sur l’extrait de carte IGN 1/25000e ci-dessous, aidé par le relief, un seigneur a bâti sa demeure, naturellement protégée et dominante, tout en aménageant pour renforcer ce site naturel : il y détache et/ou construit une motte castrale.

cartographie IGN de la butte et village de Montaigu

Montaigu, la motte castrale

Photographie Michel Boureux 1976

Pour faire apparaître la structure par le dessin j’ai repris ci-dessous la technique employée par les dessinateurs topographes du XIXes. = une série de courbes est remplie de hachures dont l’espacement est égal au quart de la distance séparant deux courbes successives. Cela procure un rendu très expressif mais moins scientifique que les techniques actuelles développées par ordinateur.

motte castrale de Montaigu en hachures

relevé M. Bur, N. et J.-P. Boureux, dessin J.-P. Boureux

En ce lieu l’origine de la fortification remonte à 948 et plusieurs textes d’auteurs connus des historiens (Flodoard, Richer,Suger, et plus tard de Monstrelet) racontent les péripéties relatives aux sièges de la butte par le roi Louis IV, ses successeurs et les grands du royaume au long des Xe, XIe et XIIe s. Au reste les siècles suivants verront encore des épisodes de siège en ce lieu très stratégique où la famille seigneuriale des Roucy-Pierrepont est inféodée. Toutefois, rappelons-le, le but de ce blog n’est pas d’entrer dans le détail des faits mais d’inciter à observer et comprendre, en évitant cependant si possible l’erreur par excès de simplification.

Nous restons dans la thématique du cercle perçu comme moyen de ligne défensive, dans le cadre d’une origine artificielle voulue par un puissant, un groupe d’hommes restreint, ayant emprise sur le territoire. La butte de Montaigu est haute d’une cinquantaine de mètres et la motte dégagée d’environ six mètres. Sa largeur à la base oscille entre 90 et 65 m. et le sommet a un diamètre voisin de 27 m. Quelques vestiges de murs subsistent.

Autre cas encore, l’emploi de l’eau par le moyen de fossés, en zone basse et à l’aide d’une motte ou enceinte peu élevée. On appelle enceinte une fortification elliptique établie à partir d’un talus qui délimite une zone centrale de faible élévation protégée par ce talus et le large fossé. Parfois seule la fouille permet de trancher clairement entre motte et enceinte.

Ainsi, à Manre, Ardennes, canton de Montois apparaît clairement ce qui est probablement une enceinte. Un fossé large de 7 à 16 m., renforcé par un cours d’eau extérieur alimentant un moulin, protège un espace circulaire d’environ 70 m. de diamètre à la base, entouré d’un talus de 5 m. de haut. Comme vous pouvez voir en-dessous ce cas de figure est d’une grande lisibilité et il est pour l’instant fort heureusement préservé.

enceinte de Manre en 1976

photographie JP Boureux 1976

Manre en 2009

La végétation arborée a envahi le terrain et les fossés ne sont plus visibles de haut, comme on s’en rend compte à partir de cette image enregistrée sur Google Earth. On devine assez bien une seconde ellipse incluant l’église et des maisons et qui est probablement la basse-cour initiale.

Nous n’avons pas de renseignements écrits anciens (= preuve absolue et nécessaire pour l’historien) sur l’histoire de cette fortification qui n’est documentée qu’à partir de 1273. Antérieurement sont cependant signalés des seigneurs du lieu. En 1273 les habitants sont affranchis et doivent payer une redevance « pour la fermeture de la ville de Menre ». Il est probable pourtant que la fortification existait antérieurement mais que son état défensif avait dû faiblir ou que, peut-être, sont alors édifiés des murs plus forts autour des deux enceintes. Toujours est-il que durant les combats de la Guerre de Cent-Ans la place est prise ou occupée par les divers protagonistes et que les actes du XVIIe s. mentionnent toujours le château, sa basse-cour et les fossés de l’ensemble. Vous percevez ici combien est délicate parfois la datation des structures pour l’historien et que la topographie résultant de l’analyse après observation a autant d’importance que les textes.

Vous pourrez consulter avec profit le blog sérieusement documenté de mon collègue Pascal Sabourin consacré aux « Ardennes Médiévales » et sa page sur Manre ici:

 http://ardennes-medievales-450-1500.over-blog.com/article-35853581.html

Vous vous remémorez Vailly-sur-Aisne et son tracé de remparts évoqué dans la première note du thème du cercle d’Histoire. Je place une autre photographie prise par Michel Boureux qui excellait dans l’art de détecter mais aussi d’enregistrer différentes images sous divers angles. Il s’est attaché ici à obtenir un cliché zénital, qui est confirmé du reste avec l’extrait Google Earth qui suit en second, de manière à obtenir une lecture immédiate du plan (inconvénient : relief écrasé, on ne peut pas tout avoir en même temps…).

Vailly-sur-Aisne : anciens remparts

et ci-dessous image Google Earth

Vailly-sur-Aisne

Interprétation : il s’agit ici non plus d’une enceinte érigée par une personne ou un groupe limité mais par une collectivité. Son diamètre moyen est de 400 m. Cette dimension entre 350 et 500 m de diamètre, fossés compris correspond à celle des enceintes de la plupart de nos villes et bourgs qui ont connu une évolution historique semblable. Les créations nouvelles, par exemple des bastides du sud-ouest français, ont une forme et taille semblables. Très souvent ces noyaux étaient des villes véritables au moyen-âge et ils sont devenus des bourgs qui correspondent bien souvent à nos chefs-lieux de canton.

Le lieu peuplé existe de long temps puisqu’on a confirmation d’un habitat gallo-romain suffisamment étoffé pour comprendre des villas à mosaïque et peut-être un édifice public, l’ensemble alimenté par un ou plusieurs aqueducs dont il subsiste des vestiges. Il est probable que la fortification ne date pas de cette période. La période mérovingienne est mal connue topographiquement mais un cimetière était installé au hameau perché de Saint-Précord, ainsi que probablement une église. Tout porte à croire que l’agglomération du bas existait toujours, dessinée à partir du substat antérieur antique. Au Xes l’archevêque de Reims Flodoard estime qu’il conviendrait de qualifier ce lieu de ville et au XIVes. les Dominicains y fondent un couvent, ce qu’ils n’engagent que dans des villes et ce qui est un peu étonnant ici du reste. Toujours est-il que parmi les péripéties d’existence de la bourgade figure un récit par le chroniqueur Jehan Froissart de la prise par échellement de « la bonne ville de Vailly » en 1359 (le terme même de ‘bonne ville’ désigne une ville forte). De même, lors de l’échange de Vailly contre Mouzon par le roi  avec l’archevêque de Reims en 1379, ces remparts sont mentionnés. En juillet 1429, Charles VII, Jeanne d’Arc et une partie de l’armée dorment à Vailly. Ces renseignements et d’autres m’avaient permis de figurer ainsi la localisation de quelques bâtiments du centre ville dans une brochure de 1979 :

restitution du plan de Vailly au M.A.

Nous limitons là cette note bien longue sur le sens du cercle dans le paysage vu de haut, conscient du fait que ces exemples trop courts ne sauraient constituer une base solide de réflexion mais seulement une prise de conscience de cette thématique riche de développements potentiels. Or une prise de conscience est nécessaire dans la préservation nécessaire de ces sites et malheureusement nous avons des exemples de destruction volontaire scandaleux et injustifiés, sinon par la volonté d’augmenter son bien matériel immédiatement et sans considération aucune de la valeur d’un patrimoine à transmettre.

A ma connaissance n’existe qu’une tentative de reconstitution de motte en France, sous un aspect de maquette développée, pour un parcours ludique à Saint-Sylvain d’Anjou. N’importe quel moteur de recherche vous y enverra.

Un développement conséquent et fort sérieux existe sur la motte castrale sur l’encyclopédie collaborative Wikipedia. Si vous avez le courage de lire les critiques d’auteurs vous constaterez que la recherche historique est désormais riche sur ce thème. A Caen, le doyen Michel de Boüard fut l’initiateur de l’archéologie médiévale en France dans les années 60, puis à Reims, dans sa lignée, M. le Pr. Michel Bur, de l’Institut, nous a engagés dans cette aventure alors nouvelle et certains des éléments évoqués ci-dessus ont fait partie de nos programmes de recherches dès la fin des années 60. Vous pourrez compléter vos données sur le web assez aisément là-dessus. Des étudiants rémois dont quelques-uns sont devenus spécialistes de ce type de recherches, à l’université de Reims ou de Nancy, ou dans des équipes CNRS poursuivent encore d’autres recherches dans le même esprit. De nombreuses publications, pas toujours facilement accessibles au grand public, témoignent de ces travaux. Seule l’optique voulue de ce blogue limite mon propos à des généralités forcément simplificatrices voire simplistes… Y dominent j’espère, outre ma volonté d’aider à découvrir, celle de porter un regard comme affectueux sur l’environnement naturel et sur des aspects qui me paraissent essentiels lors de mes balades impromptues : car c’est bien ainsi que naissent ces notes, c’est-à-dire avant tout selon l’inspiration du moment.