Archives mensuelles : mars 2010

Châlons-en-Champagne honore Robert-Louis Antral.

Si vous ne connaissez pas Châlons-en-Champagne ci-devant Châlons-sur-Marne ce pourrait être l’occasion de flâner un peu dans ses rues et ruelles, au long du Mau, du Nau ou de la Marne, vers St-Alpin, vers N.-Dame-en-Vaux… dans cette ville injustement méconnue et quelque peu dénigrée par ses voisines plus prestigieuses que sont Reims et Troyes. Constatez de vous-même que les quatre photographies ci-dessous vont dans le sens de cette introduction.

Châlons, maisons à colombages

St-Alpin toute englobée dans le bâti urbain

préfecture et jardin de Châlons

ancien couvent XVIIe s.

Je ne suis pas venu déambuler sans but mais pour redécouvrir Robert Antral en ses murs : il naquit dans cette ville en 1895 et y séjourne jusqu’en 1899 année du décès de sa mère, c’est alors qu’il devient parisien tout en conservant, comme le fera sa femme un attachement affectif certain à sa ville natale.

L’exposition présente plus d’une centaine d’oeuvres qui retracent le parcours de ce peintre figuratif et économe en effets qui mourut jeune en 1939. Ainsi peut-on contempler bien des ports, des scènes, des paysages et quelques travaux d’illustration d’ouvrages.

L’impression d’ensemble laisse s’écouler une sorte de sérénité bon enfant, toute contenue dans des tons le plus souvent froids mis en valeur par de larges touches englobant des surfaces où la lumière jaillit des toits, de l’eau, des ciels ou de la neige. Un peu celle de ce jour à Châlons où, d’appartion en cachette le soleil s’habituait au phénomène des giboulées de mars survenu tardivement cette année et restituait sur les toitures, dans les flaques et les nuages l’atmosphère des visions d’Antral. Je donne seulement quelques exemples non commentés, localisés à la souris pour ne pas déranger votre propre observation et parce qu’il est préférable que vous veniez. Ou bien encore, mais c’est moins riche d’émotions, achetez le catalogue au prix très abordable référencé plus bas.

Antral, cavalier

Sous-bois au cavalier, aquarelle, 48,3 x 31,7cm, Nantes, Musée des Beaux-Arts,

Antral, Granville

port de Granville, huile sur toile, 54 x 65 cm, Paris, musée d’Art moderne de la ville

port de Toulon par Antral

port de Toulon, huile sur toile, 50 x 65 cm, coll. particulière

Antral, Paris, Panthéon

Paris, le Panthéon, huile sur toile, 54 x 65 cm, coll. Lucien Menez

Antral, bords de Marne à Châlons

bords de Marne à Châlons, aquarelle, 32 x 47,6 cm, musée des Beaux-Arts et d’archéologie de Châlons

Et pour finir cette note de manière figurative, pourquoi pas un buste de Robert-Louis Antral exécuté par le sculpteur Léon Borgey (1888-1959) et offert à la Ville de Châlons par Madeleine Antral veuve de l’artiste, en 1953 ?

buste d'Antral, bronze de Léon Borgey

Robert-Louis Antral, buste de bronze par Léon Borgey, cire perdue d’Attilio Valsuani, 1952

A supposer qu’en quittant Antral il vous reste quelque liberté, prenez l’escalier et repérez quelques sculptures, meubles, tableaux -flamands notamment et même une galerie ornithologique très riche (2818 individus ! dont la grande outarde qui parcourait naguère nos plaines), façon cabinet de curiosité… Pour ma part j’ai sélectionné une tête d’évêque en pierre provenant de Notre-Dame-en-Vaux (dont le cloître à lui seul vaut une découverte) et un aperçu général de la galerie. J’avais souligné d’entrée que Châlons méritait bien votre visite…alors il vous faudra même revenir !

tête d'évêque musée de Châlons

galerie d'ornithologie

 

« …quoiqu’il soit l’un de nos plus cultivés peintres actuels, Antral n’est souillé d’aucune littérature, il a devant le monde une vision directe. »  Henri Vendel (conservateur d’alors et bibliothécaire) in ‘le Journal de la Marne’, 1940

Catalogue de l’exposition : ANTRAL, Musée des Beaux-Arts et d’archéologie de Châlons-en-Champagne, 2010

Exposition ouverte du 5 février au 29 août 2010

 

Musée : Place Alexandre Godart 51022 Châlons-en-Champagne

Tél : 03.26.69.38.53. Mél : musee.mairie@chalons-en-champagne.net

 

 

Savart, larris, friches et Conservatoire des sites naturels de Picardie

Le Conservatoire des sites naturels de Picardie intervient, sous forme associative, dans la sauvegarde et la mise en valeur d’espaces spécifiques remarqués par leur remarquable biodiversité. A ce titre les savarts, larris, friches, pelouses calcicoles font partie de ces espaces particuliers qu’il convient de préserver.

le savart du Mourson à Paissyle savart du Mourson

Le mot savart semble employé depuis la fin du Moyen-Age en Champagne, partie de Picardie et Est pour désigner un espace en friche. Aujourd »hui il désigne toujours un espace en friche mais s’applique surtout aux anciens « bâtis » ou « patis » qui correspondent à des terres parcourues par le bétail, notamment le bétail communal. En ce sens il se confond avec le larris. Il s’ensuit que ces espaces sont très stables mais sur une longue durée ils finissent par être (re)colonisés par la végétation forestière. Tant qu’ils sont partiellement ou totalement pâturés ils correspondent à ce que les écologistes nomment un « climax », une pelouse calcicole. A Paissy nos savarts commencent comme ailleurs à être envahis par des espèces colonisatrices : bouleaux, genévriers (pétréaux), noisetiers, épineux en général. Ils ont donc tenu pendant environ un siècle [certains semblent implantés depuis l’abandon de la vigne, dès avant 1914, d’autres sont issus de la déprise culturale qui a suivi le conflit, voire de la « Zone rouge »] sans intervention humaine. En l’espace d’environ cinq ans la reprise forestière était particulièrement sensible et ils ils sont donc nettoyés et restaurés.

chantier nature à Paissy

A cet effet une convention a été signée entre la Communauté de communes du Chemin des Dames, la commune de Paissy, l’O.N.F et le Conservatoire.

buts du Conservatoire

L’appel lancé a été entendu mais n’a pas encore reçu sans doute tout le retour d’écho qu’il mériterait. Pourtant quelques bénévoles se sont joints aux techniciens du Conservatoire et ont entamé le débroussaillage avec énérgie. Chaleureuse pause pique-nique à l’abri d’une creute locale puis le soir, satisfaction de poser pour le photographe en compagnie de visiteurs.

pause repas sous la creute

sur le tas témoin du labeur du jour

visite d'amis en soirée

http://www.conservatoirepicardie.org

 

Conservatoire des sites naturels de Picardie

1, place Ginkgo – Village Oasis

80 044 Amiens cedex 1

Tél : 03 22 89 63 96

courriel : contact@conservatoirepicardie.org

 

La Russie et Paissy, curieuse rencontre.

Allez donc faire se rencontrer ces deux-là, drôle d’idée. Un espace géant, un espace minuscule et partiellement souterrain. Et bien justement il y a du souterrain là-dessous.
Dans les multiples galeries souterraines de Paissy, en un endroit donné figure, inscrit  au charbon de bois : 1814.

1814 écrit au charbon de bois sur la paroi

Ailleurs, un peu plus loin on devine gravée dans la paroi rocheuse une liste de noms propres et des mots tels que peur, cachés… Alors l’historien de service fait une rapide recherche :

1814 à Paissy

Mais oui c’est vrai existait à Hurtebise avant la Première Guerre mondiale un monument du reste remplacé par un autre de nos jours. Et puis à l’horizon au-delà et un peu caché par un château d’eau la silhouette de l’empereur se détache sur l’horizon plat du Chemin des Dames. Massif et lorgnant, c’est lui, Napoléon. Alors tout s’explique d’un coup. 1814 ce sont les dernières batailles d’un empire français acculé par les ennemis en nombre, des sursauts à Montmirail et puis ici encore le 7 mars.
Et à quelques enjambées à l’occident une église se découpant sur le ciel : Saint-Remy de Paissy, remplacée de nos jours par une autre, comme le susdit monument . Toujours est-il qu’au soir de la bataille, certains des braves villageois de Paissy, n’eurent qu’une idée en tête : châtier les ennemis prisonniers, leur faire payer diverses exactions. Bien que quelques habitants aient secouru des blessés, d’autres ont été achevés et certains prisonniers ont été enterrés vivants après avoir été grillés sur de la paille enflammée : nos sources sont contradictoires ! Ce qui fâche des officiers russes. Les Russes et c’est de bonne guerre se mettent donc en chasse des Paissois détrousseurs de cadavres. Voilà nos villageois contraints de trouver refuge dans une ancienne carrière de pierres qu’ils connaissent bien. L’ennemi les y retrouve, bouche les entrées/sorties et y met le feu. Onze Paissois vont mourir dans les boyaux, enfumés comme blaireaux et renards. « Un de nos témoins, M. Billiard, était dans la carrière avec sa mère. Le nombre de personnes qui périrent atteignit le chiffre de onze » relate l’instituteur dans une monographie de Paissy rédigée en 1888. Les autres, connaissant des galeries ignorées de l’ennemi parvinrent à s’échapper. Quelle histoire !

La Russie ensuite n’inquiète plus Paissy. Ni la France. Mieux même une véritable russomania se met en place à la fin du XIXes. dans le contexte des recherches d’alliance. Ainsi une convention d’assistance militaire est signée dès 1891 entre la France et la Russie et ratifiée officiellement par les Etats en 1893 et 1894. Elle met fin à la stratégie de Bismarck et scelle l’alliance franco-russe.

buvard des « Entremets Francorusses » établissement « La Confiserie Franco-Russe » fondé par Emile Cornillot en 1896

Vous ne me croirez pas mais Paissy joue le jeu et s’invite indirectement à la table des grands, fait la fête et lève son verre au tsar Alexandre III. Incroyable, non ? Lisez-vous-même :

le Conseil municipal lève son verre à la santé d'Alexandre III

Procès-verbal du Conseil Municipal de Paissy le 15 octobre 1893

(l’amiral Avellan commandait l’escadre russe ancrée à Toulon)

Chacun alors pressentait la guerre mais personne ne savait que son imminence allait provoquer tant de souffrances et de deuils. Avec Louis-Robert Carrier-Belleuse et son frère Pierre (dont le père Albert-Ernest Carrier de Belleuse sculpteur célèbre était né à Anizy-le-Château en 1824) on préférait s’illusionner d’une guerre rapide, vivement victorieuse grâce à la force de nos armées et celles de nos alliés :

victoire des Alliés vue et illustrée par L.-R. Carrier-Belleuse

A l’heure où des pourparlers discrets font écho à ces anciennes alliances dans les couloirs de la diplomatie française, ce jour de la venue du Président de Russie, M. Dmitri Medvedev, il n’est pas sans intérêt de signaler qu’un modeste village du Chemin des Dames caché dans les creux de ses falaises, Paissy, a subi, avec bien d’autres lieux, les péripéties qui lui ont été imposées par l’histoire de la Nation. Espérons du moins que de nos jours la grande Russie, la France et nos voisins puissent construire un espace de paix en Europe, dans une commune Maison Europe comme aiment à formuler les Russes. Saint-Petersbourg et l’Ermitage Oui, Leningrad et la guerre Non.