Archives mensuelles : avril 2010

Blaireau, un vrai blaireau, je vous le dis, vous le montre !

« Meles meles L. 1758«  ainsi est-il officiellement enregitré. Je ne lui demande pas ses papiers chaque fois que je croise ses pas. Il est en veille et il me faudrait l’être, de préférence de nuit. Cela étant je vois bien ses traces dans le sable ou la neige, ses photos et séquences automatiquement enregistrées, elles me renseignent bien sur ses moeurs.

patte de blaireau dans le sable

trace de patte de blaireau sur le sable

blaireau sortant d'une creute

blaireau sortant de son terrier installé à l’intérieur d’une creute

Notre blaireau est un mustélidé partiellement carnivore : il mange tout ce qui l’intéresse en fonction des disponibilités environnementales, aussi n’est-il guère apprécié par certains qui craignent quelques dégâts de sa part aux cultures, quelque effondrement imprévisible de terrier. Ses mâchoires présentent la particularité d’être liées et l’inférieure ne peut se désarticuler de la supérieure comme on peut voir sur la photographie d’un crâne ci-dessous :

crâne de blaireau

Ainsi ne peut-il ‘rire à s’en décrocher les mâchoires.’ Autre particularité, voyez la forte crête sagittale à la partie postérieure de la boîte crânienne ; sur elle se greffent de puissants muscles temporaux qui lui donnent une grande force de broyage et d’arrachage.

Notre petit-fils Yannick, dix ans, le voit ainsi, nous aussi, je veux dire cette étrange signalétique en barres noires (ou blanches) qui le rend immédiatement identifiable.

tête de blaireau = aquarelle d'enfant

aquarelle par Yannick Boureux

Elle lui vaut du reste son nom anglais: badger, le bien nommé dans cette langue. Dans la nôtre aussi mais il faut chercher un peu pour comprendre.

En effet le nom français ‘blaireau’ provient, cas relativement rare, du gaulois ‘blaros’ terme qui suggère l’idée de blancheur comme le vieux français ‘bler’ = tache blanche sur la robe d’un animal. De même les termes ‘blarel’ ou ‘blariau’ ont été employés au moyen-âge. Ses autres désignations communes : ‘tesson, taisson’ et dérivés locaux sont issues du celte ‘tasgos, tascos, taxos’ tout comme ‘taxonaria’ qui nomme sa tanière dont le mot dérive du reste. Chez nos voisins c’est le terme celte et latin qui a aussi servi de base : ‘tejon, texigo, tasso, Dachs’. Existe encore en langue celtique insulaire : ‘broccos’.  Ce mot associé au latin broccus pour broche, pointe -et il en va de même avec taxos, peuvent faire référence à la forme pointue et conique de l’animal. Plus curieux est le fait que tant taxos que broccos font également référence, à l’époque, à un personnage que l’on tient en dénigrement. Décidément il y a de la persistance dans nos pensées ordinaires ! Pour en savir plus sur la question vous pourriez lire par exemple, le ‘dictionnaire de la langue gauloise, Une approche linguistique du vieux-celtique continental’ par Xavier Delamarre, ed. Errance, 2003, 440 p.

blaireau de retour au terrier

semble paisible. Un mâle peut atteindre 20 kg, sa longueur est comprise entre 70 et 90 cm et sa hauteur est d’une trentaine de cm. On s’en rend compte si l’on s’arrête pour observer, hélas, les nombreux cadavres au long des routes. Il est pourtant souvent facile d’éviter de le percuter, ce qu’il est prudent de faire car sa masse peut infliger quelques dommages à votre véhicule dans les zones où il est répandu.

blaireau en ses latrines

Soucieux de marquer son territoire et de le spécialiser notre blaireau use de latrines. Soit il creuse des sortes de pots dans lesquels il dépose ses excréments, soit il utilise un diverticule de son terrier à cet usage (vérifié localement dans une galerie de creute très sableuse réservée à cet usage)

 

blaireaux, gravure de Robert Hainard

très expressive et artistique représentation de blaireaux par le peintre naturaliste Robert Hainard. Cette gravure sur bois est reproduite sur le site officiel qui lui est dédié ; adresse web ci-dessous :

http://www.hainard.ch/images/oeuvres/RHONE_41.JPG

Sur notre terrain avec creutes il abonde au point de se promener dans notre jardin en toute tranquilité nocturne. Depuis 2008 il a pris l’habitude en hiver de couper des frondes de scolopendre pour améliorer sa couche, auparavant il ne procédait pas ainsi. Manque d’autres végétaux utilisables à cette fin ?

entrée de creute avec frondes de scolopendres découpées

frondes découpées et emportées dans un terrier dont l’entrée est situéau fond de cette creute

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce mammifère assez peu connu, peut-être y reviendrai-je dans une autre note ultérieurement. Bonnes rencontres avec lui si c’est le cas !

voir une vidéo de nuit