Archives mensuelles : décembre 2010

Voeux 2011 pour mes lectrices et lecteurs

Pour l’historien le cérémonial des Voeux lors du passage vers la nouvelle année n’est pas un phénomène bien ancien. L’année a lontemps commencé en mars, à Noël, à Paques… En fixer le début le 1er janvier et le fêter entre le 31décembre et ce jour a eu l’avantage d’uniformiser l’affaire entre états d’Europe ; l’acte de naissance est établi par l’édit de Roussillon du 9 août 1564.

L’habitude de présenter ses voeux quant à elle ne se généralise guère qu’au début du XXe siècle. Elle s’affadit de nos jours.

Toutes ces réflexions ne m’empêchent nullement de vous souhaiter une année 2011 aussi proche que faire se pourra de vos espérances et éloignée des soucis qui ne manquent jamais de marquer nos existences fragiles. Très Bonne Année donc à toutes et tous ! 

photographie-carte de voeux de JP Boureux

Entre Noël 2010 et l’An nouveau 2011

neige sur le Chemin des Dames à Paissy

neige sur le Chemin des Dames à Paissy

traces d'oiseau dans la neige

 

croix dans la neige

Dans le ‘grand nord’ du sud laonnois, au royaume des garennes, des sangliers et du blaireau qui a freiné sa glissade sur la mare gelée,

traces de garenne dans la neige sur la mare gelée

traces de faisan sur la neige

trace de sanglier dans la neige

glissade de blaireau

incontestablement, tout juste sorti de son abri improvisé,

abri en forme d'igloo dans la neige

trappeur équipé de raquettes

le trappeur est roi. D’un pas assuré il part à la recherche d’autres traces, d’autres reliefs éoliens là-haut sur le plateau du Chemin des Dames surplombant les abris rupestres du village de Paissy. Il a en tête les hordes giboyeuses bondissantes peintes sur les parois par ses lointains ancêtres ou celle rassurante du traîneau tel que l’a vu de haut le peintre Adolf von Menzel (1815-1905) :

Adolf von Menzel, traîneau et attelage

Aquarelle sur papier de 1846, 16,1 x 25,9 cm du ‘Staatliche Museen, National Galerie de Berlin. Dans : Christopher Finch, l’aquarelle au XIXe siècle, Ed. Abbeville, 1994, n°219, p.166

Mais déjà la nuit tombe. Viennent les rêves, les espoirs du lendemain

couchant enneigé à Paissy

 

Presque étonnant un texte de Jean-Paul Sartre prenant pour thème d’une scène de théâtre celui de la Nativité, écrit il est vrai dans les circonstances spéciales d’une veillée de Noël dans le Stalag XII à Trêves, le 24 décembre 1940. Il s’intègre à la pièce : ‘Baronia ou le fils du tonnerre‘ :

 … »Elle le regarde et elle pense : « Ce Dieu est mon enfant. Cette chair divine est ma chair. Il est fait de moi, il a mes yeux, et cette forme de sa bouche, c’est la forme de la mienne, il me ressemble. Il est Dieu et il me ressemble…

…Aucune femme n’a eu de la sorte son Dieu pour elle seule, un Dieu tout petit qu’on peut couvrir de baisers, un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire, un Dieu qu’on peut toucher et qui rit. »

La nuit venue la neige et les falaises s’illuminent et réfléchissent le bleu irréel glacé ponctuellement réchauffé du rouge des fonds de creutes :

éclairage nocturne sur fond de neige et de calcaire

A quelques pas Marie allaite et Joseph s’affaire près du berceau improvisé sous le souffle et le regard bienveillant -on penserait même goguenard, de l’âne et du boeuf. Mon Dieu quelle soirée ! Etrange action, curieux spectacle dans l’abri rocheux :

Nativité de lumière dans la creute

crèche dans la creute de Paissy

un âne et un boeuf ordinaires et devenus célèbres

crèche dans la creute de Paissy

Carte de Noël minimaliste : décryptage

Souhaitant placer sur ce blog une carte de Noël à l’intention de mes fidèles lectrices et lecteurs je me suis posé la question suivante :

Comment faire en sorte que cette carte soit la moins chargée possible tout en étant dans la catégorie des images ‘écran’ (et non un dessin ou peinture) ?

A l’évidence le choix des symboles vient en premier dans cette réflexion : le nombre est bien grand mais les étoiles et la lumière s’imposent puisqu’ils font penser aux jours très courts et sont contenus dans les textes sacrés relatifs à Noël.

Assez difficile fut de photographier une bougie allumée : sur fond clair les ombres sont trop fortes, sur fond sombre la lumière de la flamme fait ressortir certaines couleurs du fond. Reste à trouver le fond le plus ‘noir’ possible et là le peintre et le photographe savent que les noirs et les blancs existent bien davantage que le noir et le blanc.

Le texte le plus sobre à joindre est évidemment le ‘Joyeux Noël’ que je vous adresse de tout coeur ! Une légère illumination via ‘photoshop’ ou un autre logiciel de retouche d’images est bienvenue. Pourquoi pas ajouter encore l’expéditeur ou l’auteur et voilà qui suffit semble-t-il au bonheur du jour (et de la nuit !). On pourrait certes lancer un concours et nul doute que bien des variantes recevables pointraient à partir de vos vives imaginations croisées dans vos blogs et qui sont toujours l’objet de mon étonnement et de mon admiration.

Place à l’image et « Joyeux Noël » à toutes et tous !

 

carte de Noël de Jean-Pierre Boureux

Très nombreux hélas sont ceux qui n’ont pas la chance de vivre décemment et entourés. Ma mémoire renvoie entre autre le souvenir imagé de mon père, Louis Boureux, qui de 1940 à 1945 a connu les souffrances de l’emprisonnement en Poméranie orientale. Je suis sûr qu’alors il s’était posé la question de peindre une carte minimaliste à l’occasion de la Nouvelle Année afin de l’envoyer à son fils en France. Vous vous doutez de la difficulté de trouver dans le stalag ou au Kommando le matériel nécessaire ! Pourtant ce fut peint, envoyé et reçu :

si vous souhaitez en savoir plus sur cet épisode de la vie de mon père :

http://boureux.fr/LB/ArtStalag.htm

Cependant aujourd’hui l’esprit de la réconciliation entre nos deux nations voisines rayonne bien plus que la guerre et c’est donc une « stille Nacht » toute illuminée d’un « O Tannenbaum » que je vous souhaite.

Solstice d’hiver du 21 décembre 2010

En ce jour du solstice d’hiver qui se produit le plus souvent les 21 et 22 décembre et très exceptionnellement les 20 ou 23 de ce mois je n’ai guère pu vérifier le mouvement du soleil et la durée du jour et de la nuit.

Un brouillard léger et tenace, une neige en fusion depuis quelques jours mais bien présente -hauteur moyenne encore 22 cm- ainsi que l’observation des traces d’animaux et quelques bricolages maison m’ont empêché de noter significativement la course de l’astre du jour. En son sens et terminologie latine le mot est employé depuis le premier siècle avant J-C. Presque évident. On peut même avancer que la course du soleil fut notée avec précision depuis sans doute le troisième millénaire avant notre compteur, que la période de quelques jours pendant laquelle le soleil hésite entre ses déplacements apparents est et ouest dans notre ciel a de longue date été marquée par des fêtes de la nuit et de la lumière avant d’être récupérée par les religions monothéistes.

Loin de ces pensées presque savantes j’ai pelleté. Cela offre la liberté de ne point penser à autre chose qu’au mouvement du dos et du bras, j’ai lancé de la neige pour former un igloo destiné aux jeux d’enfants. La luge donne l’échelle :

faux igloo pour enfant dans un jardin

faux igloo pour enfant

Je laisse votre imagination déambuler tout comme celle des enfants et souligne avec l’appareil photographique la magie des jours enneigés mise en valeur par des lignes horizontales surlignées de blanc par la neige :

jardin sous la neige

jardin sous la neige

Le graphisme des lignes dans un paysage est admirablement évoqué par M. Pierre Gilloire dans sa « Petite collection de paysages » chez ‘l’Arpenteur’, Gallimard, 2009. S’agissant des terrasses, par exemple, il note, p.30 : « leur valeur esthétique est le fruit d’une heureuse combinaison entre lignes horizontales, verticales et obliques. Horizontalité des murets, des gradins et des sillons épousant les courbes de niveau ; verticalité des piquets et des rideaux d’arbres ; rythme oblique des rampes d’accès et des escaliers perpendiculaires à la pente ou longitudinaux. »

Je suis d’autant plus sensible à cette argumentation que notre jardin est bâti entièrement sur ces modules optiques que dégagent le rythme des pans de falaises auquel répond celui de notre propre ordonnancement.

Quant à la représentation de l’hiver chez les peintres, si fréquente, peu parviennent à un rendu suffisamment évocateur de la neige sans inutiles rajouts. L’incomparable dessinateur que fut Millet nous donne un crayon noir saisissant, pensé et rendu à Barbizon en 1853, sous l’appellation de ‘la porte aux vaches par temps de neige’, petit dessin sur papier beige de 28,2 x 22,5 cm tel que je l’ai extrait du riche catalogue de Roseline Bacou, Millet, Dessins, Bibliothèque des Arts, Paris, 1975, p. 59 :

Millet, 'La porte aux vaches par temps de neige'

Vous aussi guettez bien les nuances infinies des coloris de la neige en ses paysages que tout spécialement cette année elle nous offre en abondance !

Dans le sens des lignes du paysage, de celui du vent parmi les flocons, une lectrice fidèle d’un village au nord de Beauvais -Le Crocq, Mme Baumer, m’a envoyé une photographie que je m’empresse de placer en vitrine de cette note toute blanche orientée en verticales, horizontales et obliques :

la place du village de Le Crocq, dans l'Oise

Reims, bleu, blanc, froid : son histoire autrement.

neige à Reims rue Cérès Il a donc neigé à Reims ce 8 décembre 2010, comme il arrive en hiver. Pourtant on dit en ville et dans les fauxbourgs que le Général Hiver tente un blocus de notre bonne ville désormais en état de siège au point qu’on ne pourrait plus ni y entrer ni en sortir. Bigre, ça fait froid dans le dos et plus grave, on se les caille. Bien au chaud après avoir accueilli un rescapé de la route très habitué de nos murs j’ai attendu le lendemain pour apprécier la situation.

Par chance un soleil radieux illuminait la neige et un champ libre blanc abandonné par les voitures aux humains piétonnants s’étalait devant mes pas entre Forum, Place Royale et cathédrale. Que du beau, que du rêve, je vous y entraîne, glissons ici et là !

Forum rémois

Place du Forum le clair matin allume sa lanterne solaire et laisse dégouliner des pétales neigeuses depuis des suspensions florales, alors qu’en contrebas des palmes étoilées ploient sous la poudreuse. Quel décor de Noël arrivé tant à point avec la menue indélicatesse d’une légère avance que la maîtresse de maison pardonnera !

Forum rémois : branchages enneigés

Alors j’ai voulu savoir ce que pense de ce temps d’hiver notre marchand en laines de la Place Royale, penseur accoutumé de mes déambulations citadines : l’esprit gelé et les bras chargés d’un blanc manteau il a la tête trop près du bonnet pour penser vraiment, à peine songe-t-il :

le marchand de la Place Royale de Reims

Nul doute qu’il songe à sa belle voisine au sein rond comme blanche boule et que le roi protège ou bénit de sa main, pauvre roi couvert de neige et qui hésite entre tenue de sortie romaine ou parure républicaine à la française mise à disposition à ses pieds ; ma pauvre dame quelle période vit-on ? !

monument en l'honneur de Louis XV

Louis XV en empereur romain à Reims

Si je n’avais presque froid je vous conterai et la Place et le roi et le sculpteur (1), mais là franchement je préfère suivre le pavé vers le soleil et d’un coup d’un seul surgit Jeanne qui caracole en tête, intrépide, l’épée levée. Mais quoi, se serait-elle rendormie, levée du mauvais pied ? Toujours est-il que son page ne lui a livré que la moitié de son caparaçon, bien séant du reste, de blanche couleur comme celle du cygne, du lis et de la vertu.

Jeanne d'Arc à Reims

Ah, Paul Dubois (1829-1905), vous n’aviez pas imaginé que cela fut possible, et bien si !

Remué par cette vision je m’en suis vite allé au-delà, trouver refuge vers l’Amérique et « Carnegie » était dans l’espérance du jour. En route cependant c’est d’abord une grille dantesque qui me barre le chemin ; qu’à cela ne tienne, outragé je passe outregrille du jardin de la bibliothèque municipale Carnegie de Reims

dans sa rigueur géométrique soulignée par les capelines neigeuses des ifs en topiaire, fermement assise en son jardin de ville, la façade majestueuse de notre bibliothèque municipale ‘Carnegie’ rayonne d’une fière assurance :

façade de la bibliothèque Carnegie à Reims

L’esprit trop lent pour lire je poursuis ma route citadine par le jardin qui mène au chevet de Notre-Dame et là encore, que du bonheur. Celui que suscite l’agencement presque naturel des troncs, celui qui organise l’ordre divin dans une architecture de pierre étonnante toujours renouvelée à mes yeux d’explorateur

jardin public au chevet de Notre-Dame de Reims

chapelle épiscopale de Reims

Une brodeuse au crochet a bordé les pinacles des arcs-boutants de jours lactés délicats et le vêtement neigeux entraîne l’architecture gothique vers des allures ordonnées de Grand Siècle,

pignon sud du transept de Notre-Dame de Reims

Rassuré de constater qu’une courageuse équipe de soignants en rappel veille sur elle

travaux d'entretien au chevet de ND de Reims

je quitte le chevet de la malade pour m’emplir le regard de sa face finement saupoudrée :

pas de doute Reims est un couronnement

couronnement de la Vierge à Reims

et bientôt la Cité, la Ville entière et le peuple vont célébrer le huitième centenaire de l’édification de cette cathédrale unique : mai 1211 – mai 2011

Souhaitez-vous être informé du contenu des journées commémoratives ?

http://amis-cathedrale-reims.fr/index.php/

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(1) « Il ne faut jamais dire aux gens : Ecoutez un bon mot, oyez une merveille.           Savez-vous si les écoutants en feront une estime à la vôtre pareille ? «                         Jean de La Fontaine, Les souris et le chat-huant

 

Sic transit gloria mundi

Rien n’échappe à la destruction, tout est question de temps. Tenez, voici l’exemple du lérot. Souvent je les vois, quant à les entendre … presque chaque nuit ils s’affairent sans gêne aucune.

Un jour l’un d’entre eux a terminé sa vie dans l’herbe du sous-bois, peut-être de mort naturelle, peut-être perdu par un rapace momentanément maladroit. Il gît là. Deux jours plus tard dans un bouillonnement malodorant j’observe quantité de vie sur ce cadavre en décomposition ; nous sommes le 17 juin 2010.

cadavre de lérot en décomposition

Deux jours plus tard encore, environné d’ une odeur beaucoup moins désagréable lors du gros plan, surprise, tout se passe comme si le cadavre s’enterrait. De fait les silphes -d’aucuns copulent, s’activent dessus, dedans et dessous, de sorte qu’un vide s’établit sous les restes du lérot et le cadavre s’enfonce légèrement dans le sol ameubli, effet d’autant plus sensible que les viscères disparaissent et que le corps dégonfle. Âmes sensibles tournez le regard et sautez des lignes.

silphes sur cadavre de lérot

Des médecins légistes vous préciseraient bien des points. Pour nous naturalistes le compte-rendu admirable qu’a rédigé Jean-Henri Fabre aux pages 611-615 du Tome II chez « Bouquins » par Robert Laffont dans les « Souvenirs entomologiques » (souvent cités ici) suffira. Vous lirez en ces pages l’oeuvre délicate des dermestes, silphes, asticots et autres Trox. Un régal pour eux apparemment.

Puis le temps passe. Le 28 août cependant des traces suffisantes me remémorent juin :

squelette de lérot os et feutrage confondus

tandis qu’un mois plus tard environ, le 24 septembre, seuls des os blanchis en connexion articulent encore le souvenir d’une vie qui fut :

squelette de lérot

Toutes choses égales par ailleurs avouez que trois mois d’existence post-mortem pour un si petit animal est au fond une aventure singulière et que si l’animal ne s’était trouvé mort à proximité de l’un de mes chemins d’exploration, jamais je n’aurais su ce que je viens de conter.

Pourquoi y aurait-il des scènes à mettre en valeur et d’autres à cacher dans le déroulement des vies naturelles qui croisent nos pas ?

Ceux qui ont l’esprit religieux transfigurent la mort dans la résurrection à venir. Elle ne concerne pas les animaux, du moins n’est-ce pas manifesté dans les textes fondateurs des trois religions du Livre. D’autres civilisations sont moins restrictives à cet égard. Tout cela cependant me fait penser, avec l’absence de retenue que vous me connaissez certains jours, à l’évocation bien singulière de « l’auto-ensevelissement de Saint-Jean » tel que raconté dans l’évangile de cet apôtre, apocryphe certes. La scène, peu coutumière, figure sur l’un des superbes vitraux de la chapelle castrale de Baye, dans la Marne, exécutée au début du XIIIe siècle. Il semble que la France ne compte que trois représentations de cette scène. Voyez plutôt, hélas avec un écrasement dû à une perspective difficile à amoindrir :

Baye, château, vitrail

Vous pourrez trouver des renseignements complémentaires sur ces vitraux et le Foyer de Charité qui les abrite ici :

http://foyer.de.charite.baye.pagesperso-orange.fr/stalpin.htm