Archives mensuelles : mars 2011

Cormicy et Jehan Froissart

 

Des Cormiciens sont à la recherche de leur passé, entreprise louable qui a la vertu de fortifier un ancrage positionné dans le temps et assuré par des références historiques fiables. Pour ce faire ils rassemblent des données et engagent des inspections topographiques notamment avec l’implication déterminée d’une association locale nommée « Cormicy, ma ville, son histoire » ou « Cmvsh ».

C’est pourquoi je n’ai pas hésité, devant autant de détermination, à leur apporter mon concours sous la forme d’une visite des dessous de Cormicy d’abord, puis, à cause du peu de ressemblance de ses dessous avec ceux que j’ai pu connaître jusque-là, sous la forme d’une conférence qui se tiendra à Cormicy le vendredi 25 mars prochain à 20 h 30 en la salle ‘omnisports’ de cette bourgade.

affiche conférence JP Boureux à Cormicy

Cette conférence visera à montrer comment travaillent les historiens, bien évidemment à partir des textes mais aussi à partir de l’existant topographique souvent constitué de vestiges ‘virtuels’ qu’il convient d’apprendre à déchiffrer.

Des textes des chroniqueurs Froissart et Knighton décrivant la prise de Cormicy en décembre 1359  seront utilisés à titre de sources patrimoniales pour cette commune et seront interprétés dans une mise en scène présentée par des jeunes de classe de cinquième de Cormicy.

Nous donnons ci-dessous le texte de Jehan Froissart, extrait des « Grandes chroniques de France », dans l’édition de Siméon Luce, Livre 1, 466

  « Quant messire Bietremieus, qui le chastel avoit assieget, l’ot bien aviset et consideret le force et le manière, et que par assaut il ne le poroit avoir, il fit apparillier avec quantité de mineurs que il avoit avoecques lui et à ses gages, et leur commanda qu’ils vosissent faire leur pooir de le forterèce miner, et trop bien il les paieroit. Cilz respondirent : ‘volontiers !’ Adonc entrèrent cil ouvrier en leur mine et minèrent continuelment nuit et jour, et fisent tant que il vinrent moult avant par devant le grosse tour ; et, à le mesure que il minoient, il estançonnoient, et cil dou fort riens n’en savoient. Quant ils furent au dessus de leur mine que pour faire reverser le tour, quant il vorroient, il vinrent à monsigneur Biètremieu, et li disent : ‘sire, nous avons telement appareilliet nostre ouvrage que ceste grosse tour trebuchera, quant il vous plaira’. – ‘Bien est, respondi li chevaliers, n’en faites plus riens sans mon commandement. Et cil disent :’volontiers’.
Adonc monta à cheval messires Bietremieulz et enmena monsigneur Jehan de Ghistelles avoecques li, qui estoit de sa compagnie, et s’en vinrent jusques au chastiel. Messires Bietremieus fit signe que il voloit parlementer à chiaus dedens. Tantost messires Henris de Vaus se traist avant et vint as crestiaus et demanda qu’il voloit. ‘Je voeil dist messires Bietremieus, que vous vos rendès ou aultrement vous estes tout mort sans remède.’ -‘et comment ? respondi li chevaliers françois qui prist à rire ? Jà sommes nous ceens tout hetiet et assès bien pourveu de toutes coses ; et vous volès que nous nos rendons si simplement : ce ne sera jà’. -‘Messire Henri, repondi li chevalier d’Engleterre, se vous saviés en quel parti vous estes, vous vos renderiés tantost et à peu de parolles.’ -‘en quel parti poons nous estre, sire ? respondi li chevaliers françois. ‘Vous isterès hors, dist messire Bietremieus et je vous mousterai, par condition que se vous volès retourner en vostre tour, je le vous acorderai et assegurance jusques adonc’.
Messire Henris entra en ce trettiet et crut le chevaliers englès et issi hors de son fort, lui quatrime tant seulement, et vint là où messires Bietremieulz et messires Jehan de Gistelles le veurent mener. Sitost comme il fu là venus, il le menèrent à leur mine et li monstrèrent comment la grosse tour ne tenoit, fors sus estançons de bos. Quant li chevaliers françois vei le peril, si dist à monsigneur Bietremieu : ‘certainement sire vous avès bonne cause ; et ce que fait en avès, vous vient de grant gentillèce : si nous mettons en vostre volenté et le nostre ossi’. Là les prist messires Bietremieus comme ses prisonniers et les fist partir hors de le tour, uns et aultres, et le leur ossi, et puis fit bouter le feu en le mine.
Si ardirent li estançon ; et quant ils furent tous ars, li tours qui estoit malement grosse et quarrée, ouvri et se parti en deux et reversa d’autre part. ‘Or regardès, ce dist messire Bietremieus à monsigneur Henri de Vaus et à chiaus de le forterèce, se je vous disoie verité’. Il respondirent : ‘sire, oil, nous demorons vostre prisonnier à vostre volenté, et vous remercions de votre courtoisie, car li Jake Bonhomme qui jadis regnèrent en ce pays, se il euissent ensi esté de nous au deseure que vous estiés orains, il ne nous euissent mies fait la cause parelle que vous avès’. »

Bien entendu c’est une transcription en français moderne qui sera présentée par les élèves !

La seconde partie de la conférence portera sur les rapports existants entre le sol et le sous-sol dans la transmission de vestiges du passé qu’il convient de décrypter. Ainsi sera abordée la question de la datation des souterrains, thème difficile s’il en est, à cause du manque de documents écrits et de la similitude des manières de faire dans le temps. L’historien propose des pistes de réflexion et n’avance pas de certitudes, toutefois des hypothèses très fragiles peuvent être abandonnées au profit de recoupements d’idées allant vers un même sens d’interprétation.

La conclusion abordera les thèmes de la conservation et de la mise en valeur de tels vestiges apparents ou cachés, thèmes par ailleurs chers à l’association ‘Cmvsh’.

Cormicy sens dessus dessous ? ou bien plutôt : Cormicy, du sens dessus et dessous ! A entendre pour admettre ou contester.

Bien que ma proposition de dater la plupart des souterrains de la seconde moitié du XVIII e siècle, période fort proche alors que les habitants eussent préférer une haute antiquité à leur vestige, l’accueil de mes propos s’est vu entouré d’écoute attentive. J’ai retenu par ailleurs que les élèves qui ont eu la possibilité, grâce à l’aide de leurs parents et de membres de l’association, de participer à la courte expérience théâtrale, en furent ravis.

Que tous soient remerciés !

éléves de cinquième de Cormicy

élèves de Cormicy et de sa région revisitant Froissart

Rapportée par M. Karl Lagerfeld dans un numéro publicitaire du Monde de mars 2011 la citation du photographe de mode Richard Avedon (1923-2004) :

« il faut s’occuper de la surface pour trouver ce qu’il y a dessous » résume, dans sa simplicité et son in-à propos contextuel, tout l’intérêt de l’observation approfondie dans une perspective d’étude. Nul doute que les souterrains de Cormicy referont surface un jour ou l’autre.

Compte-rendu de cette conférence par lke journal « L »union » en date du vendredi premier avril 2011 à retrouver sur le site du journal ici :

http://www.lunion.presse.fr/article/autres-actus/cormicy-histoire-du-village-les-5e-tres-impliques

photographie et article reproduit à partir du journal :

 

 

 

 

 

 

 

Mésange à longue queue : Aegithalos caudatus europaeus

Après les semaines hivernales pendant lesquelles de petites bandes de mésanges à longue queue voletaient dans les bois-taillis arrivent désormais, accompagnateurs du printemps, des couples agiles et virevoltants d’Aegithalos caudatus europaeus. Leur queue plus longue que le corps, leur chant aisément reconnaissable une fois identifié, leur quête de mousse, lichen et toiles d’araignée et leur parade nuptiale embellissent certaines journée de mars.

Ainsi ai-je eu la satisfaction ce matin d’observer puis photographier cet élégant oiseau.

mésange à longue queue

Il voltige à l’extrêmité de fines branches, s’y pose et inspecte alentour. Bientôt appelle le congénère en un chuintement peu puissant, en une trille sifflante. Ce dernier répond à l’invite puis vient.

mésange à longue queue

J’observe l’attention de l’oiseau orientée vers son partenaire, elle se manifeste par un léger balancement du corps et un lent déplacement du corps autour ou au long du support, un peu comme ferait une perruche ou un petit perroquet. Une rapide toilette ajoute de la prestance à l’élu.

Aegithalos caudalus europaeus

Voici le couple rassemblé. L’un pique les jeunes bourgeons, l’autre attrape des fragments de toile d’araignée et les organise tant bien que mal en boule en les coinçant dans une fissure du bois.

couple de mésanges à longue queue

Envolée rapide dans un grand épicéa et descente vertigineuse dans l’enchevêtrement des branches et aiguilles suivi, m’a-t-il paru, d’un accouplement des plus fugaces, avant de voleter à nouveau de tiges en brindilles, devant la vitre d’une baie, au long d’un mur refuge de tant de toiles d’araignée si prisées. Soudain, sautillant et lançant sa trille puissante le troglodyte mignon (Troglodytes troglodytes) participe lui aussi aux ébats, joint sa note aigüe au babillage assourdi, se réchauffe dans le levant.

troglodyte mignon

Ainsi viennent, devant ma fenêtre, un printemps et ses hôtes qui, dans l’éclat des trilles, la douceur pastel des couleurs et la frénésie reproductrice clament à tous vents la rupture des temps astronomiques que ce long hiver avait trop longtemps masquée.

Dans un ouvrage presque ancien rédigé par Otto Fehringer(1922), dans une autre musique de langue que la nôtre puisque allemande, ces mésanges sont rattachées à la famille des Paridés -celui de la plupart des autres mésanges visibles ici, alors que désormais elles sont les seules classées dans la famille des Aegithalidés. Cet hiver de nombreuses bandes de la variété A. caudatus caudatus, qui est nordique, ont envahi notre pays ; sa caractéristique principale est la tête blanche. Sur la planche aquarellée par Walter Heubach ci-dessous illustrant cet ouvrage les deux espèces sont représentées.

 

Otto Fehringer, Singvögel

mésange à longue queue par Walter Heubach

Vous n’aurez aucune difficulté à compléter votre information si besoin en cherchant sur le web, mais n’oubliez pas d’abord de guetter l’oiseau, de l’écouter et de bien l’observer dans la nature. Maintes fois répétées dans ces notes de blog ces remarques sont à mon sens capitales : rien ne remplacera jamais l’observation directe de la nature. Les écrans de toute nature qui envahissent nos vies sont un moyen rapide et pratique de s’informer, ils ne mettent cependant pas en branle l’ensemble de nos sens, ne permettent pas un stockage efficace de l’information. Un leurre, un miroir à alouettes alors ? Pas exactement non plus. Plutôt un pis-aller pour l’homme pressé du XXIe siècle qui ne prend pas assez le temps de vivre véritablement, de se passionner assez et donc, dit autrement, de s’aimer lui-même et d’aimer alentour en partageant les biens communs engrangés. Pensez à cela une fois ou l’autre même si vous n’êtes pas alors en présence de cette gracieuse boule de plumes à balancier, car ce qui vaut pour l’oiseau est vrai pour toute autre forme de vie ou d’espace. Quant au temps il perd de sa prégnance dans l’attention vive et concentrée, il s’annihile par oubli tant vous êtes immergés dans l’instant qui …dure, sans avant et sans après perceptibles : un éternel paradis sur terre en quelque sorte.