Archives mensuelles : octobre 2011

A la recherche du « M »

« Le Monde magazine » invite désormais ses lecteurs à rechercher des « M » autour d’eux et à les photographier, ou bien à visionner leur iconothèque pour les y trouver. Ce jeu est fertile en découvertes et correspond par bien des aspects à ma démarche personnelle sur ce blog. En effet des analogies de formes et de couleurs, des correspondances entre les mondes de l’écrit et ceux de la vision sont fréquemment établies dans mes notes.

logo du Monde magazine

sans doute gothique en référence aux incunables et Gütemberg ?

Dès lors je suis tenté, esprit joueur, de me lancer dans cette quête. Dans ma mémoire d’abord, assez sensible et fidèle aux formes, aux objets et aux couleurs. Sans doute depuis l’enfance où je fus vite attiré par toute forme d’observation, favorisé que j’étais par la présence à portée de mains des milliers d’objets dans la droguerie parentale et ses réserves débordantes. Puis l’attribution d’un ‘Kodak Brownie’ lors de la traditionnelle ‘communion solennelle‘ m’a lancé dans le mouvement photographique jamais interrompu depuis la fin des années cinquante et donc de la mise en boîte de tant de découvertes.

Ensuite, affecté du défaut de tout chercheur et de l’archéologue en particulier, je trouve déjà ce que je cherche. Ainsi de ces stylisés « M » qui ne tardent pas à paraître et dont je vous propose quelques exemples.

"M" de lumière sur la façade gothique de Notre-Dame de Reims

"M" inscrit dans le ciel neigeux de Reims sur la façade néogothique de l'Hôtel Le Vergeur par la découpe de sa toiture

"M" naturaliste des pattes de la grande sauterelle verte

abstraction de deux "M" naturalistes par contre-jour au travers d'une feuille sur les sporanges de la fougère 'scolopendre'

Trouver des « M » de tout aspect n’est donc pas bien difficile et j’M. Passera-t-on ensuite à L, N, O, D, E ? Pourquoi pas ? Voyez LL le jeu ! Quant à moi je vais relire Rimbaud pour les sonorités et les images, et Malcom de Chazal pour le tout. Aurai-je un stock suffisant d’images ?

Cadeau ! Encore un pour finir en lourdeur. On ne sait pas s’il s’agit d’une minuscule caroline ou d’une majuscule quasi gothique car c’est un poids lourd qui est passé par là par temps de neige et a montré patte blanche et noire : le sanglier, que l’on ne prend pas pour un délicat qui signerait sur parchemin enluminé :

le sceau de plomb ou le saut plombé du sanglier dans la poudreuse

Pour participer et vous laisser prendre au jeu du « M », rien de plus simple, rendez-vous sur le site http://www.lemonde.fr/m

 

Paul Landowski, vos « Fantômes » sont revenants !

Dans le contre-jour d’un soir d’automne ils surgissent de l’argile enherbée de la Butte Chalmont’. Vers quel dernier assaut s’élancent-ils ? La mort ? Une nouvelle vie ? Ils sont huit et l’un d’entre eux n’appartient pas au même monde, il revêt la légèreté que seule la nudité habille. Tous scrutent les collines de ce Tardenois de juillet 1918 quand le sort des armes hésite entre vainqueurs décimés et vaincus agrippés au moindre relief dans une retraite solide et organisée ; un même panache ceint leurs casques d’acier.

les Fantômes de Landowski à Oulchy-le-Château      Sept hommes lourdement équipés, sept combattants des différentes armes engagées dans la Grande Guerre. On ne sait trop qui est le huitième, bien présent et tout aussi absent au groupe ; il s’envole. En bas, 250 mètres plus loin, « la France », forte femme que protègent trois boucliers assignés à la devise républicaine, les devance, leur montre la voie de la victoire tant attendue après quatre années de combats symbolisées par les quatre terrasses successives.

les sept soldats évoquent les sept armes présentes lors des combats

      Déjà ils voient au-delà, contemplent, se recueillent, acquiescent. Immobiles dans l’attente comme ils furent habitués à être depuis tant de mois ; désormais ils semblent rassurés par la présence de ce jeune homme nu au regard volontaire, martyr parmi d’autres.

le paysage du Tardenois depuis la butte Chalmont

affrontement des masses d’ombres et de lumières, élans d’immobilité

En 1916 Paul Landowski était affecté à une section de camouflage. Il aurait un jour déclaré : « ces morts je les relèverai ! »

Mission accomplie est-on amené à affirmer devant un tel monument, peut-être l’un des plus émouvants qui ait été élevé après la guerre. Commande de l’Etat dès 1919, une maquette de plâtre est honorée au Salon des Artistes de 1923. Le lieu choisi, cette « butte Chalmont » s’ouvrant sur des horizons amples vers les villes de Soissons, Laon et Reims s’inscrit sur le territoire d’Oulchy-le-Château, à proximité de Fère-en-Tardenois, deux bourgs ayant connu quelque célébrité durant le Moyen-Age. Vers 1920 ils s’honorent de la proche et illustre présence de Paul Claudel et la force de son verbe ainsi que de celle d’Etienne Moreau-Nélaton pour son engagement dans l’art, l’histoire et l’écriture, que deux deuils cruels cruels enracinent à jamais dans cette terre. Ce lieu est le point de départ de la reconquête territoriale après le 28 juillet 1918 dans le mouvement qualifié de « seconde bataille de la Marne« .

Plus près de nous, le Général De Gaulle, libérateur de la France illustre par sa présence et un discours  l’exceptionnelle attraction et l’insigne symbole du lieu et du monument, en juillet 1968, à l’occasion du cinquantenaire de la fameuse bataille.

La commande officielle est passée en 1926 et Albert Lebrun, Président de la République, inaugure le monument le 27 juillet 1935, monument classé « Monument historique » en 1934, avant même son achèvement. Cette sculpture monumentale est placée dans un rectangle d’environ 260 m sur 100 mètres, qui la met en perspective et que le Conseil Général de l’Aisne a décidé avec raison de réaménager quelque peu car la nature avait repris beaucoup de vigueur autour d’elle depuis quelques 80 ans.

A titre d’information je souligne que ce secteur géographique au sens large a la chance de présenter dans l’église Saint-Martin du village de Ciry-Salsogne (une vingtaine de km au nord) une maquette de plâtre (1924) haute de plus de deux mètres, du Christ Rédempteur du mont Corcovado dominant la baie de Rio de Janeiro par Paul Landowski.

Sur l’oeuvre de Paul Landowski et le Monument des Fantômes on lira avec profit : Thomas Compère-Morel, Paul Landowski, La pierre d’éternité, catalogue de l’exposition présentée à l’Historial de la Grande Guerre de Péronne, éditions Somogy, 2004.

Sur la bataille de l’été 1918 le site suivant fournit des détails historiques précis http://batmarn2.free.fr/chalmont.htm

 

détails soldats et homme du monument des Fantômes

L’écrivain Michel Bernard évoque et transcrit en phrases sensibles et précises ses impressions ressenties sur place au pied et autour de ce monument d’exception : « Ceux qui ont approché ce monument solitaire, campé au bord du désert, ont été frappés par sa troublante grandeur, par l’émotion violente qu’il impose. L’artiste officiel a dépassé son talent. Toute son oeuvre indiquait qu’il n’atteindrait jamais que la froide éloquence de la pierre. Il a produit avec les Fantômes, à l’effrayante mesure de la Grande Guerre, un monument essentiel de la miséricorde humaine. »        

Michel Bernard, Le Corps de la France, La Table Ronde, Paris, 2010, p. 179-190        

Couchant du 3 octobre 2011

Cette note ne nécessite pas de commentaire, les photographies racontent la plongée du soleil indirectement, par les couleurs chaudes rouge-orangé qui sont reflétées par la roche.

Une fois le soleil disparu la roche renvoie encore une nouvelle coloration, à partir de la couleur du ciel d’occident. Si les rouges dominent encore, en revanche les autres couleurs et notamment les verts sont éteintes. Les crépuscules sont intéressants à observer dans le détail des couleurs qui s’allument ou s’éteignent imperceptiblement.