Archives mensuelles : novembre 2011

Histoire courte, longues histoires.

L’enfant sait l’eau toute proche, comme bêtes il y court. Au-dessus du miroir d’eau mille reflets cueillent ses pensées vagabondes. D’une main il agite la surface et multiplie la donne, de l’autre il puise cette eau, la verse en un creux sableux et mélange de suite.

sous l'arche d'un étrange royaume

 Trop songeur il n’a pas perçu l’approche discrète du photographe qui surprend l’acteur mais n’attrape pas le rêve.

le jeu renvoie à l'observation

Bientôt il expérimente. Le mélange sablo-calcaire issu de la décomposition des roches proches est tout désigné pour préparer ciments, sable de moulage et …     Tout à ses rêveries il oublie le temps, la présence adulte et le monde tant extérieur à ses songes.

L’oiseau soudain, une buse, de belle taille, très près de la cime des arbres lance un miaulement aigu et plaintif. Aussitôt l’enfant lève la tête et le photographe déclenche. Le monde redevient d’un coup tout plat, le rêve s’évapore dans l’ordinaire d’un jour d’automne. Mais l’image témoigne, enregistre jeux et merveilles du temps d’enfance.     « non pas aux prises avec un passé qui serait une préfiguration de l’avenir, mais restitué à l’ignorance de lui-même dans la lumière aveuglante du présent ».                                              Louis-René des Forêts, Ostinato, 1997.

J’aime vous la faire connaître en ces temps indécis et incertains pour favoriser momentanément un retour vers une enfance heureuse dans la mesure où précisément elle ignore largement les soucis d’après-demain. La voici :

le commentaire sera celui inspiré de vos propres souvenirs ébahis

 

Et nous, adultes, ne serions-nous pas ravis de voir émerger du miroir de l’eau, des cercles concentriques déclenchés par une onde de choc, une sirène attirante se peignant d’un peigne d’or (Heine, die Lorelei :  … . …                                                      « Die schöne Jungfrau sitzet
Dort oben wunderbar :
Ihr goldnes Geschmeide blitzet,
Sie kämmt ihr goldenes Harr »)
ou une baigneuse se mirant, voire… ? Non, plutôt voir de suite :

Roy Lichtenstein, "swimming figure with mirror"

Roy Lichtenstein, 1977, huile sur toile, 15,4 x 177,8 cm, Sotheby's Preview, november 2001

sous l’arche d’un étrange royaume….. rêvez !

Raymond Genty et Vailly-sur-Aisne.

Dramaturge et poète Raymond Genty est né et mort à Paris (7 juin 1881-9 août 1950). Etudes secondaires à ‘Montaigne‘ et ‘Louis le Grand‘, faculté de droit. Mais ce sont littérature et poésie qui le motivent réellement et très vite il  consacre à ces muses l’essentiel de son temps libre.

En 1913 il est secrétaire de rédaction de la revue satirique ‘le Gil Blas‘ et en 1914 il est mobilisé puis blessé grièvement en novembre. Dans l’incapacité de combattre il est démobilisé et rejoint en 1916 ‘l’Odéon’ en tant que secrétaire général. De sa guerre il rédige un carnet de route édité en 1917 par Berger-Levrault :’La flamme victorieuse‘. Sa carrière littéraire d’auteur dramatique est lancée par ‘L’anniversaire, à propos à la gloire de Corneille’ joué à l’Odéon dès 1905.

Quant à son oeuvre poétique elle lui vaudra également une renommée certaine dans les années Trente et divers prix honorent ses travaux riches d’une bonne dizaine de recueils parmi lesquels « Les chansons de la Marjolaine » dont les poèmes ont tous pour cadre la bourgade et les environs de Vailly-sur-Aisne. C’est ce recueil publié en 1932 que l’Association du Patrimoine et de l’Environnement VaillysiensAPEV– a réédité en 2003 avec une préface de M. Philippe Battefort, condisciple d’école et de lycée, à qui j’emprunte quelques extraits de cette note. Toute sa vie Raymond Genty est resté particulièrement attaché à cette terre de ses ancêtres qui habitaient l’écart puis hameau de ‘Saint-Précord’ suspendu au-dessus du bourg dans les collines autrefois garnies de pampres aux origines pluri-centenaires ; refuge d’un ermite irlandais éponyme ce lieu a connu l’implantation d’une église et d’un cimetière mérovingiens.

Raymond Genty, probablement à Saint-Précord vers 1895

Raymond et son père probablement à Vailly vers 1900

Raymond Genty, 23 ans, dans l'appartement de ses parents à Paris, rue de Varennes, en 1904

Je remercie Madame Nicole Genty qui nous autorise aimablement à publier les photographies anciennes ci-dessus et qui suit de près ce qui se passe à Vailly en mémoire de son grand-père.

En ce matin du 11 novembre 2011 des enfants de l’école primaire encadrés par Mme Annie Fournier directrice et certain(e)s de ses collègues ont lu le poème « L’étoile sur le tombeau » -poème lu à l’Opéra Comique en 1922 et dit encore le 11 novembre 1923 au ‘Théâtre de l’Odéon‘.

Je vous livre ici les deux premières strophes et la dernière

« Puisque un astre luit dans la brume                                                                                         Sous l’arche immense des vainqueurs                                                                                            Il faut qu’un astre aussi s’allume                                                                                               Dans l’ombre tiède de nos coeurs.   

Onze novembre. La Victoire.                                                                                                     Quelle date dans l’avenir !                                                                                                   Allumons dans chaque mémoire
La lampe d’or du souvenir.  …/…

Et pour que celui-là sommeille                                                                                                    Celui qui nous a tout donné                                                                                                               Il faut que le souvenir veille                                                                                                        Dans votre coeur illuminé ».

lecture d'un poème de R. Genty par des enfants de Vailly

des enfants de l'Ecole de Vailly-sur-Aisne devant le Monument aux Morts

Ces enfants vont lire le poème mentionné ci-dessus. Attentifs, de gauche à droite :         Louis, Léa, Lucas, Linon et Benoît ; la photographie est de M. Didier Lalonde, qu’il en soit remercié !

Certaines activités de l’école primaire de Vailly-sur-Aisne figurent ici :

http://blogs.ac-amiens.fr/0021771p_ecole_de_vailly_sur/

 

Hommage aux infirmières de la Première Guerre Mondiale : Reims, Pierrefonds et dans les coeurs.

La lecture du titre laisse entendre que Reims et Pierrefonds ont quelque chose à montrer, en dehors de l’attachement tout à fait justifié à la cause du dévouement des infirmières lors des conflits et spécialement lors de la guerre de 14-18.

En effet ces deux villes à caractère historique sont, au moins selon les sources dont je dispose, les seules à avoir ériger un monument consacré à la cause des infirmières.

      Celui de Reims est installé Place Aristide Briand, ex Square de l’esplanade Cérès comme on disait avant 1932 et fut inauguré le 11 novembre 1924. Les photographies ci-dessous vous en offrent des vues assez précises. Un ajout y fut placé pour honorer la mémoire d’infirmières et brancardiers tués à proximité lors d’un bombardement allié sur la ville le 30 mai 1944. Ce blog présente des notes courtes et si vous souhaitez connaître dans le détail l’histoire de ce monument rendez-vous ici :

http://www.crdp-reims.fr/memoire/lieux/1GM_CA/monuments/reims_infirmieres.htm

monument aux infirmières à Reims place Aristide Briand

le monument de la Place Aristide Briand à Reims

 Outre ce monument la Ville de Reims conserve un Livre d’Or des Infirmières où sont recensées toutes les infirmières tuées dans leur service, en France et dans le monde lors de la Grande Guerre.

L’autre monument destiné à prolonger la mémoire du sacrifice des infirmières est celui qui fut érigé à Pierrefonds après la guerre, dans le même but que celui de Reims, avec une mention spéciale pour Elisabeth Jalaguier, infirmière de l’hôpital n°226 tuée en ce lieu le 20 août 1918 lors d’un bombardement. Inauguré après restauration en 1955 il intègre à sa base une statue en bronze de Real del Sarte dont le plâtre original est conservé dans l’église Saint-Sulpice de Pierrefonds.  Là encore vous aurez plus de renseignements sur ce monument dans le site mentionné ci-dessus, ainsi que sur celui fort connu des passionnés de 14-18 nommé ‘les découvertes du chamois’ auquel j’emprunte la photographie jointe ci-dessous, en voici la référence :

http://chamois.canalblog.com/archives/2008/01/30/7760497.html

Monument aux infirmières de Pierrefonds

Monument aux Infirmières, square de l'Hôtel des Bains à Pierrefonds, photographie "le Chamois"

Voilà pour les deux monuments français. En ce qui concerne les coeurs ce n’est pas cette note qui va épuiser ni le sujet ni la reconnaissance des soldats et de leur famille. Observons seulement quelques photographies souvenirs.

Bien entendu des infirmières ont tenu parfois des carnets ou des albums avec photographies. De l’un de ceux-ci je vous propose ces trois infirmières suisses dont je ne connais pas les noms et qui figurent dans l’un de ces recueils de souvenirs émouvants

trois infirmières suisses en repos lors d'une excursion

trois infirmières suisses en repos lors d'une excursion

autres photographies du même album

éclats d'obus enlevés dans la peau de blessés

assez étonnants ces éclats d'obus extraits du corps des blessés et cousus sur carte !

Eclats d’obus recueillis à l’infirmerie de la Gare Saint-Jean de Bordeaux et expédiés par le service. Je ne dispose pas d’autres renseignements liés à cette pratique.

image très connue d'un brassard d'infirmière

brassard officiel avec tampons d'affectation

Il arrivait fréquemment que des soldats rédigent des lettres de reconnaissance à leurs infirmières préférées, leur offrent des cadeaux. Quelques soldats ont épousé leur infirmière, rien d’étonnant au fait. Plus étonnant est un ensemble de témoignages annotés par 78 soldats et inscrits dans un carnet spécialement rédigé pour la circonstance. Certains ont accompagné leur texte ou poème d’un dessin, d’une aquarelle ou gouache, ce que permettait de faire ce registre qui alterne page pour écrire et page pour dessiner. Je place ici l’un des textes et l’une des illustrations extraits de ce recueil rédigé à l’hôpital auxiliaire n° 110 de Caluire, pensionnat de l’Oratoire, à l’attention de mademoiselle Paule Cordet en 1915.

remerciements du soldat Marius Bruchon à son infirmière

poème et peinture en reconnaissance de soins

poème en anglais et peinture du soldat Maurice Ducot à son infirmière

Il faut bien clore et je le fais en citant une nouvelle fois Vailly-sur-Aisne et deux infirmières du lieu honorées spécialement pour leur conduite exemplaire :

Mademoiselle Adèle-Olympe Crochard (en religion soeur Sainte-Geneviève) a reçu la Croix de Guerre et la Médaille de la Reconnaissance Française ainsi que la ‘British Red Cross War Medals‘.

Il en fut de même pour mademoiselle Anna Heinrich, aide de Mlle Crochard, qui reçut la Croix de Guerre, la ‘British REd Cross‘ et fut élevée au rang de chevalier de la Légion d’Honneur.

Ce onze novembre 2011 est l’occasion de rappeler l’immense dévouement de ces femmes dans la guerre. Ne les oublions pas !

 

 

11/11/11/11

Ecrit ainsi on parvient à lire onze novembre deux mil onze onze heures selon le moyen d’écriture conventionnel de la date, hors des habitudes anglo-saxonnes. En poursuivant la même logique avec les heures et en ajoutant encore deux ’11’ on pourrait encore comprendre onze minutes onze secondes ce qui n’est d’ailleurs pas nécessaire ici puisque faux si l’on réfère au cessez-le-feu officiel sonné à onze heures, soit six heures après la signature officielle de l’armistice signé dans la clairière dite de « Rethondes » dans le célèbre wagon.

Tout cela est si connu que je ne vais pas développer cet aspect de la question mais deux autres thèmes qui retiennent plus spécialement mon attention cette année 2011 et que je présente dans deux notes distinctes qui suivent. L’une est consacrée à la mémoire de l’engagement souvent admirable des infirmières dans le secours aux blessés, vocation qui a fait perdre la vie à plusieurs centaines d’entre elles de par le monde et l’autre à un poète et dramaturge français aujourd’hui oublié, Raymond Genty, qui a connu ses heures de gloire dans les années vingt et trente et dont l’attachement sentimental à la petite ville de Vailly-sur-Aisne sera évoqué et sa mémoire rappelée par les enfants des écoles en ce 11 novembre 2011 en cette localité.

Vailly-sur Aisne : le cimetière des pauvres et le docteur Jean-Joseph Brocard.

monument audocteur Brocard en 2011

monument élevé par des Vaillysiens en 1847 en hommage au docteur Brocard

L’Ancien Régime et l’Eglise avaient institué l’obligation de réserver un endroit dédié à l’ensevelissement des plus démunis, à l’intérieur du cimetière paroissial ou en un autre lieu de la paroisse. Les nouvelles normes d’hygiène apparues dans le même temps et qui vont se développant à mesure que les découvertes scientifiques croissent vont amener le législateur à isoler le cimetière du centre des agglomérations. Il en est ainsi à Vailly en 1829. A cette date les inhumations ne se feront plus que dans le cimetière actuel dans lequel on trouve donc des sépultures datant du second tiers de ce siècle et notamment celle des généraux d’Empire.

Cependant un médecin du bourg philanthrope et soucieux de la dignité des plus pauvres leur avait légué sa fortune, souhaitant être enterré en leur voisinage en un lieu réservé à l’origine pour les défunts dits de « la maison des pauvres vieillards » (cette « Maison des pauvres vieillards » n’est pas documentée par les archives, j’ai seulement trouvé dans l’inventaire de la série B aux AD Aisne qu’elle avait été réparée en 1787, mais ces archives font hélas partie de celles  détruites lors du bombardement de Laon en 1940).

Ainsi, au-delà de la date de désaffection officielle, le docteur Brocard fut inhumé dans ce cimetière de la rue des Jardinets où des Vaillysiens reconnaissants lui élevèrent le monument que l’on voit toujours aujourd’hui et que le Général Vignier décrivait comme « en bien mauvais état » vers 1920, dans ses « documents pour servir à l’histoire de Vailly-sur-Aisne » publiés en 1927. On ne s’étonnera guère outre mesure que 90 ans plus tard il soit toujours dans un état dégradé.

A l’arrière de ce monument figurait la liste des donateurs et à l’avant une autre plaque portait le texte suivant :

                                                                    Ci -gît                                                                                      M. Jean-Joseph Brocard                                                                                                Maître en chirurg(ie) à Vailly décédé le 18 juin 1847                                                               Agé de 68 ans                           

     Le général Vignier  ajoute encore que « son zèle pour la vaccine lui mérita une médaille du gouvernement royal » dont je ne trouve pas trace. Soucieux de son prochain ce médecin examinait avec attention tout ce qui pouvait être nocif à l’être humain et nous pouvons lui en être reconnaissants. Aussi serait-il opportun que le texte de cette plaque retrouve sa place sur son monument. Réfléchissons-y, nous Vaillysiens amoureux du passé de notre bourg et trouvons une solution afin que nul n’ignore qui il fut ni ce qu’il fit.

La place où se trouve le monument est aujourd’hui réduite et l’implantation d’un cimetière, même de taille réduite apparaît peu. Autrefois cet espace était bien plus vaste comme a pu le lire le général Vignier avant la disparition de cette liasse d’archives. Ainsi en 1787 il était entouré d’une haie de 21 vieux ormes âgés de plus de 60 ans. Elle ne figure pas sur le cadastre ancien de 1832 car il n’y a alors aucune construction dans cette zone extérieure aux anciens remparts.