Archives mensuelles : janvier 2012

Jeanne d’Arc et Vailly-sur-Aisne

Jeanne d’Arc (6 janvier 1412 – 30 mai 1431) 

            Inutile de présenter cette femme d’exception, une des personnalités les plus attachantes de l’Histoire de France, de plus le sixième centenaire de sa naissance la met en avant de la scène ces jours derniers. Quantité d’auteurs ont tenté de retracer son parcours singulier ; des metteurs en scène, des peintres et des sculpteurs, des compositeurs modèlent d’elle des portraits sans cesse renouvelés. 

            Son séjour vaillysien, assuré, se place dans le contexte de la reconnaissance de Charles VII en tant que roi légitime de France. De toute évidence la royauté s’est servie de Jeanne dans la reconquête du pays et du pouvoir. Aussitôt le sacre reçu dans la tradition à Reims le roi se rend à Corbeny et manifeste son pouvoir potentiel de guérison au prieuré Saint-Marcoul lors de la cérémonie du toucher des écrouelles’. Il touche alors les malades de la peau en leur disant : « le roi te touche, Dieu te guérit ! » 

            Le cortège royal auquel se mêlaient alors les troupes des capitaines dans la mouvance de Jeanne d’Arc se rend ensuite à Soissons avec une halte à Vailly dans l’après-midi et la nuit des 22-23 juillet 1429. Il est probable que le trajet suivi fut celui de la vallée de l’Aisne, par Pontavert, Beaurieux, Bourg et le ‘chemin du Roy’ puis la ‘ porte de la Rivière’»  (avec des variantes ce parcours est commun aux sacres des rois et l’étape vaillysienne attestée plusieurs fois). La tradition orale rapporte que Jeanne a couché dans la maison du ‘coin Thierry’, cette demeure à colombages détruite par le feu en septembre 1914 est probablement la propriété de Thierry Quatresols, bourgeois de la ville mentionné par des actes écrits. C’est une possibilité parmi d’autres : l’archevêque de Reims, seigneur de Vailly depuis 1379 après l’échange de Vailly contre Mouzon avec le roi, possédait à Vailly des immeubles sis au long du ‘passage de l’église’ et en face du ‘coin Thierry’ sur l’espace devenu parvis, dont l’hôtel de l’homme sauvage’. Tenons-nous en à la tradition non vérifiée. Peu importe du reste puisque ces immeubles sont situés dans le même espace et que, surtout, ils ont disparu aujourd’hui à cause de la Première Guerre mondiale.

maison à colombages de Vailly

Maison médiévale du XV e siècle à Vailly, gravure de Truchy, fin XIX e siècle

De Vailly le roi envoie à Laon ses hérauts et lieutenants afin de recevoir la soumission de ladite ville, ce qui fut fait. 

Lisons une chronique du temps, celle dite ‘chronique de la pucelle’ et publiée en 1859 par Vallet de Viriville : « …de ladite église [Saint-Marcoul] il print son chemin à aller en une petite ville fermée appartenant à l’archevesque de Rheims nommée Vailly qui est à quatre lieues de Soissons et aussy quatre lieues de Laon. Et les habitans de ladite ville luy fisrent pleine obeyssance et le receurent grandement bien selon leur pouvoir et se logea pour le jour luy et son ost (armée), audist pays … » 

En 1929, « l’association nationale pour la commémoration du cinquième centenaire de l’épopée de Jeanne d’Arc » organise des cérémonies dans les lieux en lien direct avec Jeanne et une plaque –modèle n° 1 dit de Domrémy- est proposée en souscription. Vailly l’adopte et illustre ainsi, avec bien d’autres villes et villages de France, un trajet cumulé historique d’environ 5000 km.

plaque commémorative de Jeanne d'Arc à Vailly apposée en 1929

plaque commémorative apposée en 1929 sur le flanc d'une chapelle nord de l'église N.-D. de Vailly

Déjà en 1909, en lien avec la béatification solennelle de Jeanne, des fêtes johanniques s’étaient déroulées à Vailly ; le général Vignier a publié dans ses « Documents et souvenirs… » les pages que le journal ‘l’Argus soissonnais’ leur avait réservées et les cartophiles connaissent la longue série de photographies alors réalisées.

1909 fêtes jeanne d'Arc Vailly

Tirage d'un négatif sur plaque de verre ; fêtes Jeanne d'Arc de 1909 à Vailly

tirage d'un négatif sur plaque de verre, Vailly, 1909, fêtes 'Jeanne d'Arc'

Statue de Jeanne d'Arc en 1909 à Vailly

statue de Jeanne d'Arc présente dans l'église de Vailly en 1909 et disparue lors de la guerre

Pour conter Jeanne sur le registre de la chansons je me souviens de ‘Jeanne d’Arc‘ de Graeme Allwright et ces jours-ci me trottent en tête, lancinantes, les paroles d’Alain Souchon sur la musique de Laurent Voulzy que ces troubadours ont lancé ‘Jeanne’et que nos compatriotes attrapent avec bonheur :

« Et je chante ma peine                                                                                                                       loin de celle que j’aime                                                                                                                        l’âme pleine de                                                                                                                                     mélancolie »

Vous pouvez l’écouter par exemple et entre autre, ici : http://www.musictory.fr/musique/Laurent+Voulzy/Jeanne

Pour en savoir plus :

Colette Beaune, Jeanne d’Arc, vérités et légendes, Perrrin, ‘Tempus’, 247 p.                            Philippe Contamine, O. Bouzy, X. Hélary, Jeanne d’Arc, Histoire et dictionnaire, Robert Laffont, ‘Bouquins’, 1214 p.

Alain Vauge, J’ai nom Jeanne la Pucelle, journal d’une courte vie, Ed. Bénévent, 2012 http://jeannedarc.monsite-orange.fr/

Soissons et la vallée de l’Aisne au temps des Celtes et Gaulois

L’exposition présentée par le Musée de Soissons et l’Institut national de recherches archéologiques préventives, associés à leurs partenaires institutionnels, intitulée : « Celtes et Gaulois, deux chemins vers l’au-delà » présente et met en scène la vie dans la vallée de l’Aisne entre 475 et 50 avant J-C., à partir de découvertes effectuées depuis environ un siècle et issues des pratiques funéraires d’antan.

Elle a lieu de décembre 2011 au 15 avril 2012 à l’Arsenal (site de l’abbaye de Saint-Jean-des-Vignes, -profitez donc de la circonstance pour traverser et admirer le remarquable réfectoire à deux travées !) du lundi au vendredi de 9h-12h et 14h-17h et les samedi, dimanche et jours fériés de 14h à 18h. Voir aussi : http://www.musee-soissons.org De plus, c’est gratuit !

façade de Saint-Jean-des-Vignes de Soissons

Les pratiques de l’inhumation puis et ou de l’incinération ont laissé suffisamment d’objets de la vie courante entre les Ve et 1er siècle pour que l’on se fasse une idée de la vie des Celtes puis des Gaulois dans cette région de Picardie. Ces objets sont présentés par thèmes d’utilisation dans un parcours aisé à parcourir et comprendre. Ils sont accompagnés de frises chronologiques et de commentaires suffisants pour qu’un visiteur peu informé au départ sur le second âge du fer sorte de cette exposition avec une information concise, claire et imagée sur la période nommée « La Tène ».

Un intérêt autre de cette exposition est de mettre en scène un moment donné des pratiques de nos ancêtres par d’habiles et soignées reconstitutions. Si l’archéologue est souvent réticent devant cet exercice de rendu cela se comprend par le fait qu’il lui faut sortir alors un peu du champ usuel purement scientifique, espace mental ordinaire nécessaire à la pratique du métier pour se balader en songe dans un univers matériel recomposé et vous entraîner ainsi dans une sorte de concret à jamais insaisissable.

inhumation féminine reconstituée à Soissons

proposition de restitution de l'inhumation féminine de Bucy-le-Long par Sylvain Thouvenot et l'équipe scientifique : oser montrer par une mise en scène pour faire comprendre autrement.

Deux maquettes au 1/40e participent de la même orientation d’esprit : aider à imaginer un moment du passé que l’archéologie a permis d’identifier et de décrire. Nous présentons l’une des deux réalisées par M. Patrick Guéneau :

enclos funéraire circulaire avec fossé et palissade de pieux vers les Ve et IVe siècle avant notre ère

Pour notre part nous avons spécialement apprécié le souci documentaire de l’ensemble y compris dans l’évocation des fouilles anciennes, relayé par ces procédés de reconstitution. De plus, attiré par l’aspect ornemental des objets, nous avons perçu ici outre l’habileté technique des Celtes et Gaulois, leur originale création artistique dans la netteté des formes, une abondance de décors variés cependant ramenée à l’essentiel dans une sorte de simplification qui  rend l’émotion possible dès la perception première de l’objet. Un ‘design’ avant l’heure, comme un art ‘celtico-gaulois’ qui serait une épure géométrique ‘art déco’ issu d’un ‘art nouveau’ exubérant ainsi calmé.

Cet art, très vigoureux dans les monnaies (non présentes ici) est perceptible par exemple dans la forme des armes et de la protection ainsi que dans les décors de harnachement. Nous l’illustrons sur cette note de blog par la magnifique fibule en bronze d’Orainville à ‘la Croyère’ :

fibule de bronze d'Orainville

fibule de bronze où figurent directement ou indirectement lisibles des motifs à caractère anthropomorphe

Vous sortez donc passionné celtico-gallo-dingo. Mais vous regrettez bien sûr vos lacunes culturelles sur cette période de notre histoire soudain révélées. Qu’à cela ne tienne, les scientifiques ont prévu de vous accompagner dans l’au-delà d’avant-hier par un ouvrage d’aujourd’hui, copieux (216 pages et des centaines d’illustrations) composé d’une quinzaine de chapitres rédigés par des spécialistes et suivi du catalogue proprement dit, lui-même enrichi par 111 photographies ou planches d’objets. Il est intitulé « Celtes et Gaulois, deux chemins vers l’au-delà« , Musée de Soissons/Inrap, 2011.  Vendu sur place au prix de 25 euros vous pouvez également vous le procurer dans toute  librairie ou au Musée de Soissons.  ISBN : 2-913705-31-6

Dans l’incertitude probable de l’au-delà futur optez donc pour celui d’avant notre histoire écrite et visitez cette présentation archéologique tout à fait digne d’intérêt.