Archives mensuelles : février 2012

Vailly-sur-Aisne a gagné en beauté classique vers 1920

Tout récemment j’ai débusqué au détour du Web un projet de construction de la mairie, de la poste et de la gare de Vailly en 1919. Doit-on regretter le choix tel qu’il fut fait et que nous connaissons aujourd’hui ou bien s’en réjouir ? Il est parfois difficile de se prononcer quand il s’agit d’art ou d’architecture mais la vue de la revue « Le Petit Proriétaire » N°1 du 20 avril 1919 m’incite à penser que l’esprit ‘restauration‘ plutôt que ‘création‘ a parfois du bon s’agissant du rapport de voisinage d’une oeuvre avec ses voisines.

revue 'le petit propriétaire'et voici ce à quoi nous avons échappé :

projet de mairie pour Vailly en 1919quant à la gare c’eût été moins critiquable mais très solennel cependant :

projet de la gare de Vailly en 1919Chacun aura son point de vue sur la question mais dans la mesure où il avait été décidé de restaurer l’église plutôt que d’en bâtir une nouvelle peut-être dans le goût ‘art déco’, il semble judicieux d’avoir fait un choix allant dans le même sens pour notre Hôtel de Ville. Bien qu’audacieux et ne manquant pas d’élan le projet de l’architecte Fournier semble bien peu adapté au centre ville d’un Vailly reconstruit sur les bases et souvent les élévations partielles des maisons de l’avant-guerre. La gare, isolée, aurait beaucoup moins choqué dans sa forme du projet. En effet Vailly n’a pas été reconstruit selon un plan urbanistique d’ensemble mais au coup par coup, selon la volonté des propriétaires privés. Dès lors le projet de l’architecte Fournier (sans doute Gabriel Fournier architecte connu qui a oeuvré dans bien des villes dont Reims et Romans entre autres) aurait implanté en centre ville une construction en opposition avec tout le voisinage qui aurait créé en permanence une rupture et un désaccord visuel violents.

Hôtel de Ville de Vailly en 1914Place de l'Hôtel de Ville de Vailly en 1914Vous constatez que l’ancien Hôtel de Ville, bâti en 1840 * à l’emplacement de la Halle au blé était enclavé dans un lot de maisons formant place, au sud et en avant de sa disposition actuelle. Vous remarquez surtout que la nouvelle mairie présente dans son élévation bien des réminiscences de l’ancienne bâtisse détruite dès le 30 octobre 1914.

Hôtel de Ville de Vailly la nuit en décembre 2011* comme en témoignait une plaque de plomb scellée dans l’un des piliers et retrouvée en 1920 par Paul Batier ; elle mentionnait la date du 30 mars 1840 comme étant celle de la pose de la première pierre de cet édifice communal.

Vailly-sur-Aisne a les jetons ! Jeanne d’Arc n’est plus de ce monde

Restons un peu dans la commémoration johannique en revenant autrement à son temps, toujours à Vailly-sur-Aisne. L’époque est très troublée, de nombreuses bandes armées pillent, violent, tuent dans le désordre d’un royaume en recherche de légitimité du pouvoir. En effet le roi de France et celui d’Angleterre prétendent chacun pouvoir le gouverner. Les deux recherchent et trouvent des alliés féodaux dans des intrigues qui vont des traités aux meurtres. Calamités sans fin pour la population amenée souvent à se réfugier temporairement dans les caves creusées sous les maisons bourgeoises de la ville ceinte d’un rempart.

Dans les caves destinées semble-t-il au stockage des vivres et du vin, peut-être parfois à celui des textiles les Vaillysiens d’alors séjournent donc plus que d’ordinaire, y mangent, y dorment. Des puits souvent mitoyens permettent le ravitaillement en eau et parfois des communications sont établies sous terre entre maisons voisines sans que l’on puisse affirmer ou vérifier la présence d’un véritable réseau, loin s’en faut.

Nous avons vérifié ces faits lors de l’installation d’une cuve à fuel dans l’une de ces caves vers la fin des années soixante. L’oeil averti de l’archéologue avait alors identifié un niveau d’incendie et un niveau d’occupation renfermant des tessons de poterie des XIVe et XVe siècles, quelques fragments de verres à boire, des crânes de moutons découpés pour en extraire la cervelle ainsi que quelques rares pièces de monnaie et jetons.

Parmi ces pièces figuraient une maille et un denier tournoi quasiment illisibles se rattachant avec certitude à la monnaie de Charles VII (1422-1461) émise vers 1436. On parvient avec peine à lire sur le denier : KAROLUS : FRANCORV : REX : et à constater la présence d’un trilobe avec 2 fleurs de lys. Ont été également trouvés deux jetons -sorte de pièce à usage de monnaie, d’échange ou de propagande souvent fabriqués dans l’Empire à Nüremberg, d’où leur appellation fréquente de « jeton de Nüremberg » et bien que d’autres ateliers de frappe aient été identifiés. Les voici en photographies et un commentaire aidera à en comprendre sinon l’usage, du moins le sens.

jeton du duc de Bourgogne Philippe-le- Bon

champ de 12 fleurs de lys autour d’un losange à quatre fleurs de lys. La légende est :  *+/VIVE*LE*ROI*VIVE*BOURGONGNE

jeton du duc de Bourgogne Philippe-le-Bon

Croix fleurdelisée cantonnée de quatre lys couronnés. La légende est :

*+/VIVE*AMANT*VIVE*AMOUR*VIVE

Nous pensons pouvoir attribuer ce jeton au duc de Bourgogne Philippe-le-Bon (1419-1467) et sans doute s’agit-il d’une forme de propagande politique en faveur du parti bourguignon. En effet des écus de ce duc ont pour légende un texte proche.

jeton à l'imitation de la monnaie de Paris navire (nef) sur l’eau (à l’imitation de la monnaie des échevins de Paris) et légende illisible ou légende volontairement incompréhensible

jeton                                9 cercles entourent un losange double avec quatre fleurs de lys, légende sans signification apparente? L’examen attentif montre que l’un des coins a glissé durant la frappe ce qui rend le centre de la pièce d’une lecture confuse.

A titre de comparaison avec la monnaie officielle d’argent nous donnons ci-dessous la photographie d’un denier tournoi de Charles VI (1380-1422) :

denier d'argent de Charles VI

Avers : Ecu de France à 3 fleurs de lys dont la légende se lit : ++KAROLVS : FRANCORV : REX [Karolus Francoru(m) Rex = Charles roi des Francs

Revers : croix pattée cantonnée de 2 felurs de lys et 2 couronnes dont la légende est :           : BENEDICTU + SIT : NOME : DNI [benedictus sit nomen Domini = béni soit le nom du Seigneur

Quelques maigres éléments donc qui mettent en lumière des années difficiles pour les habitants de notre bourgade, alors assurément une ville comme l’attestent la présence des remparts, celle de trois églises, des réglements administratifs de corporations et d’autres trop longs à développer et qui n’entrent pas dans le point de vue de ce blog. Rappelons encore que la ville était directement de la juridiction royale jusqu’en 1379 date d’un échange entre le roi et l’archevêque de Reims, le roi souhaitant gérer la ville de Mouzon en position de frontière avec l’Empire plutôt que Vailly qu’il cède alors à l’archevêque de Reims. La suite des temps indique que cet échange fut peu favorable à notre ville.

Pour clore cette note je place la signature de Jeanne d’Arc telle qu’on peut la voir dans une lettre adressée aux habitants de Reims le 16 mars 1430 depuis Sully sur Loire, lettre conservée avec deux autres puis mise en vente mais préemptée et remise à Jean Taittinger en tant que maire de Reims le 17 février 1970. Elle est depuis conservée aux Archives municipales de la Ville de Reims.  La photographie ci-dessous est extraite d’un plaquette écrite par l’abbé Jean Goy et publiée par la Direction des relations publiques de la ville de Reims en 1984.

signature de Jeanne d'Arc