Archives mensuelles : juillet 2012

Squatters jaunes : onagre, orpin âcre, molène, soleils d’été.

S’installer sans être invité, le propre du squatter. Sans gêne ! Ainsi cet été, avec l’aplomb et la suffisance de l’occupant, de nombreux pieds d’onagre ( Oenothera erythrosepala Borbas) surgissent ici et là dans notre jardin. Si j’avais eu l’oeil, ou le temps de biner, j’aurais peut être enlevé cette envahisseuse l’an passé puisque la plante est bisannuelle. Les fleurs s’ouvrent d’ordinaire le soir -guettez vous aussi ! – et ne durent guère plus d’un jour, parfois deux, avant de pendouiller, avachies et flétries au sommet de la hampe tandis que des soeurs sont déjà en boutons avancés. Le stigmate à quatre lobes vaut le coup d’oeil et vient presque lécher la bordure de l’un des quatre pétales. Odeur plutôt fade et des plus discrètes mais quelle éclatante couleur ! Bien connue des Pieds-Noirs d’Amérique du Nord elle leur fournissait un calmant pour la toux. Très velue. Certains poils présentent une base renflée en bourse pourpre qui donnent à la plante une allure de ponctuation dont on ne connaît pas l’usage, de scarification votive ou encore de parure pour élégante tant que l’on n’a pas découvert la raison d’être de ces points. A moins que ce ne soit le ‘feu du rasoir’ ? Pas poil de carotte non, mais de tomate ou de cerise ou de ? ça me rase de chercher mais vous allez voir c’est poilant de constater qu’un simple poil translucide change tout.

onagre en fleursfleur d'onagreQuatre espèces principales, deux n’ont pas de tubercules rouges à la base des poils. Toutes s’hybrident aisément. Expérimentez dans les croisements si vous sentez venir une passion pour les poils colorés de rouge à la base. Pour la trouver si vous ne l’avez chez vous arpentez les terres remuées, les digues, les talus de gravières.

Vous trouverez sur cette page une video sur l’éclosion de la fleur et des compléments d’information http://www.jardindelasource.net/05_onagre01.htm

  • ouverture des fleurs de l'onagre
  • une fleur s’ouvre quasiment toutes les minutes
  • ouverture de deux fleurs d'onagre
  • même phénomène d’ouverture : deux fleurs dévelopées en cinq minutes

L’onagre a d’ordinaire pour compagne la molène, notamment le Bouillon blanc ou Bonhomme (Verbascum thapsus) si commune que je ne l’illustre que par une aquarelle personnelle. Différemment de l’onagre la plante est également très velue, une véritable fourrure qui à l’automne retient sur ses feuilles de base une couverture de rosée ou de gelée blanche qui la fait distinguer à cent pas. Elle est également un remède contre la toux, à condition de bien filtrer la tisane à cause desdits poils.

Ouverture d’une fleur d’onagre en direct

touffe de bouillon blanc

Beaucoup plus discret parce que peu élevé voire rampant l’orpin âcre (Sedum acre L.) colonise l’espace aérien, visuel s’entend. En effet je le rencontre sur le moindre rocher en encorbellement de falaise. Dans le contre-jour ou le couchant il ne manque cependant pas d’auréole :

fleur d'orpinSi vraiment vous vouliez ajouter du piquant à la scène, broutez donc une feuille ou deux, sa saveur âcre vous évoquera certainement celle du poivre d’où le nom commun de « poivre des murailles » qui le désigne parfois là où il abonde.

Enfin, désiré et un peu rare cet été le soleil s’invite aussi parfois dans la solitude et la pénombre de nos creutes qu’il anime d’un éclat soudain. Son entrée par effraction est alors pardonnée d’autant plus que sa présence si temporaire ne l’incite pas même à demander la permission d’occuper les lieux. Il tient du nomade l’audace et la fierté d’être là pour un temps qu’il sait compté et se garde bien de le manifester.

quand l’arrogant métal solaire caresse le minéral poudreux, juste récompense après la blessure de l’outil

Troyes dévoile un prodigieux paysage de création artistique contemporaine au MAMT

Cet été et l’automne prochain des oeuvres modelées, des oeuvres soufflées issues de la création artistique contemporaine sont accessibles au Musée d’Art Moderne de Troyes, qui fête ses trente années, et accompagnent les peintures accrochées aux cimaises pour la plus grande satisfaction des visiteurs. Deux donations, celle de Jeanne Buttner en mémoire de son mari Raymond (1923-2005) « collectionneur parce que peintre » (expression très juste de M. Bernard Rossignon), celle d’Isabelle Monod, donnent à voir d’excellents exemples de peinture souvent dans la mouvance de ‘COBRA‘ auxquels répondent les éclat captifs des verreries merveilleuses de Claude (1944-1990) et Isabelle Monod. Admirer ici la plus grande part de la collection R. Buttner est pour moi une émotion toute spéciale puisque l’amitié qui avait tissé entre nous des liens profonds m’offrait depuis des années l’immense satisfaction d’échanger autour de ces toiles dans la maison ‘forestière’ et atelier de la Montagne de Reims. Elles étaient alors support de débats et renvois quand Raymond m’initiait aux subtilités de la peinture, une peinture qu’il pratiquait avec passion et succès et dont il parlait avec entrain dans une langue forte et imagée.

affiche donation ButtnerL’objet de cette note n’est pas de dévoiler ces toiles achetées le plus souvent à Paris ou Antibes dans la seconde moitié du XXe siècle mais comme de coutume sur ce blog de donner à voir pour vous inciter à découvrir par vous même. Dans la même optique nous proposons seulement un coup d’oeil fugace sur les chatoiements de lumière, prisonniers splendides, qui s’échappent de la mystérieuse enveloppe de verre poli fondue par Isabelle Monod et/ou son mari.

Ces deux donations sont accompagnées d’un support papier, mini-catalogue richement illustré et documenté que vous pouvez vous procurer sur place pour moins de vingt euros. Votre visite sera facilitée par l’examen de cette page internet de la Ville de Troyes vous donnant tous renseignements utiles :

http://www.musees-troyes.com/crbst_38.html

Mais… ce n’est pas tout ! Depuis ce lundi 9 juillet ce bel ensemble est abondamment enrichi, s’il se peut que ce soit encore, par la présentation sur 1600 m2 de ‘céramique des peintres‘ relatifs à cette même période de l’Histoire de l’Art, qui à elle seule vaut un déplacement à Troyes. De ce fait les cimaises habituelles reçoivent des peintures en rapport avec cette remarquable présentation céramique, en partie redevable aux collectionneurs Marc et Pierre Larock-Granoff et mis en valeur par les partenaires usuels du MAMT.

 

Ainsi votre voyage sera illuminé, à défaut du rayonnement solaire manquant quelque peu cet été 2012, par des matières et des couleurs si habilement organisées par de géniaux créateurs. Qui plus est, quelques pas plus au nord vous conduiront vers les richesses du Musée Saint-Loup et une présentation temporaire de céramique de Sèvres. Prévoyez le lendemain ou en soirée une errance dans les rues bordées de pans de bois, attardez-vous aux tables des placettes, respirez les effluves champenoises en songeant aux illustres foires d’antan ! Des sculptures Renaissance vous attendent dans nombre d’églises ainsi qu’une surface de vitraux exceptionnelle. Vous ne pouvez manquer Troyes cet été !