Archives mensuelles : août 2012

Renard de garde et chiens de chasse.

Laissons défiler la meute d’une quarantaine de chiens que l’on imagine donnant de la voix aux quatre vents. Pourtant certains sont assis, pourtant d’autres encore demeurent silencieux dans le ciel d’été. Agité paraît le sanglier, paisible le cerf. Bien curieuse meute en effet, originale et élégante, à jamais figée dans la pierre du Valois, à deux lieues au nord-est de Senlis. Les deux « « organisent ce courre inspiré de l’art toscan de la fin du XVIe siècle. Le seigneur du lieu, Nicolas de Lancy, avait épousé en 1594 Lucrèce de Lanchise, fille du banquier Bartolomeo Lancrisi, représentant à Paris du florentin Francesio degli Albizzi. Nicolas de Lancy est alors assez riche pour avoir édifié cette architecture, surtout depuis 1611 lorsqu’il obtînt la charge de ‘trésorier de l’ordinaire des guerres’.

Les photographies ci-dessous donnent idée de la sculpture et de l’architecture dans leurs découpes au cutter présentées en silhouettes.

aspect du château de Raraysanglier du château de Raraycerf et chien du château de Raraygalerie au cerf du château de RarayAinsi vont et viennent les chiens et les chasseurs depuis des siècles. Les uns privilégient à outrance le gibier noble et comestible au détriment de la faune locale, les autres, plus ou moins bien dressés accompagnent l’action de chasser, lui apportent aide, lui donnent couleurs.

Par tempérament et culture j’ai une préférence marquée pour ladite faune locale. En ces nuits chaudes d’août, depuis une quinzaine de jours un renard monte la garde sur notre terrasse, devant la porte fenêtre de la cuisine ; il guette en espoir de lapereau, plus sûrement de mulots, de vers et insectes. De grands lombrics il raffole, de même de hannetons de la Saint-Jean déjà disparus à cette date et qu’il sait capturer au sortir de la mue, à ras du gazon. A la brune je le vois muloter dans les chaumes, gracile dans ses sauts bondissants. Je sais hélas qu’il sera dans les jours qui viennent l’objet d’un coup de fusil et voudrais que ce jour soit lendemains ou même ne soit point. Lorsqu’on a eu le privilège et la chance de vivre quelques années en compagnie de cet animal singulier, de lui parler en son langage, autrement dit de s’être apprivoisés l’un et l’autre, il ne semble guère possible de penser à lui autrement que dans l’esprit d’Antoine de Saint-Exupéry dans « le Petit Prince » :

– Ah ! dit le renard… je pleurerai                                                                                                               – C’est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t’apprivoise….  – Bien sûr, dit le renard. -Alors tu n’y gagnes rien.                                                    – J’y gagne dit le renard, à cause de la couleur du blé.   ….       

Dans ces nuits d’été quand des couches d’air tiède sont prises en sandwich dans des courants frais et glissent lentement le long des poils des jambes que le short a provisoirement libéré j’ai des renards plein la tête et des fouines, des blaireaux et des martres quand d’autres semblent se contenter de lièvres, de garennes et de faisans. Difficile ou même impossible de se séparer des éblouissements de l’enfance qui dérangent la vision de l’après. Tant mieux !

Donc ‘Renart‘ guette, sur la terrasse et dans ma tête comme le loup dans celle de l’enfant qui dans son cauchemar sait que la bête est et non sous le lit. Ceux qui me connaissent bien appréhendent à peu près la réalité de cette proximité entretenue au cours des ans entre la nature sauvage -du moins ce qu’il en reste c’est-à-dire un peu moins chaque année, et mon être pensant ou ressentant. Mais vous, lectrices et lecteurs, allez-vous me croire sur parole ou préférez-vous une preuve au moins partielle de ce que j’avance ? La voici pour votre contentement plus que votre certitude :

renard de garde assis sur une terrasse de jardin

et par ce lien, en vidéo =renard de garde sur la terrasse

Vous savez maintenant pourquoi la chasse au renard je l’apprécie fort peu voire uniquement quand elle est tatouée sur la peau comme le fut la scène de chasse au renard sur le corps du marin décrite par Pierre Loti dans son roman, ‘mon frère Yves‘. Et encore ! On n’y voyait que la moitié du renard qui était en partie entré dans son terrier.