Archives mensuelles : septembre 2012

La Fère, demi-lunes et étoiles devenues comètes.

La Fère, qui connaît cette petite bourgade du nord Laonnois, du sud Saintquentinois, façon de dire pour situer un lieu en confluence d’Oise et de Serre aujourd’hui quelque peu oublié ?

N’en a-t-il pas toujours été ainsi objectera le lecteur ignorant du passé ? Mentionnée en tant que camp du roi Eudes en 898 la ville de La Fère correspond de par son étymologie à une fortification ancienne dont le noyau est toujours visible du dessus ou sur carte. Des cours d’eau, parfois cause de soucis pour les édiles municipaux et leurs administrés, l’enserrent, la parcourent, la traversent. Ils ont contribué à sa défense naguère, spécialement au Moyen-Âge et aux XVIe-XVIIe siècles lorsqu’ils prirent une allure d’étoile avec bastion, escarpe et contre-escarpe. Encore visibles en partie comme en témoigne la vue ci-dessous extraite depuis Google Earth et qui fait en quelque sorte resurgir le passé du présent :

une ancienne ville forte : La Fèretrois enceintes sont observables : noyau primitif probable avec château et chapelle, puis extension proche et enfin édification d’un rempart bastionné plus éloigné du centre.

Vous aurez des renseignements complémentaires ici :

Michel Boureux, l’évolution des fortifications de La Fère, Bulletin de la Fédération des sociétés historiques de l’Aisne, T. 41, 1996, p. 95-106. Accessible en ligne sur ce site (tapez fortifications dans l’espace recherche : http://www.histoireaisne.fr

La Fère a vu naître, parmi quelques célébrités, Antoine de Bourbon, le père du futur Henri IV, celui qui en fit le siège en 1596 et rattacha ainsi la ville au royaume après une longue appartenance à la famille de Coucy et apparentés, dont Marie de Luxembourg. Ici les sièges furent une constante de l’histoire, ce qui après tout est assez logique pour une place forte et constitue en quelque sorte le revers de la médaille ; les plus récents et non les moins tragiques étant ceux de 1870 et 1914. Le bourg est place d’armes : il accueille en 1720 l’une des premières écoles d’artillerie (quartier Drouot et château) et en fin de parcours, trois siècles plus tard environ, voit partir le 41e Régiment d’artillerie de marine dans la dernière décennie du XXe siècle. L’étoile militaire a fait long feu, au sens propre. Il reste des souvenirs mais aussi des soucis : que faire de tous ces vastes et beaux bâtiments ?

sur l’histoire générale de La Fère et ses seigneurs voir par ex : http://fr.wikipedia.org/wiki/La_F%C3%A8re

Une vedette parisienne, étoile consultée des vicissitudes hydrologiques est venue là quasi par surprise, une filante dans un ciel assombri mais point trop encore au début des années 1970. Alors Paris se refait une beauté au Pont de l’Alma (des rides normales à plus de cent ans), le jouxtant d’une passerelle mais lui ôtant ses compagnons de naissance : un grenadier envoyé à Dijon, un chasseur parti pour Joinville et notre artilleur recueilli par La Fère. Il semble que ce soit un cadeau de reconnaissance offert par De Gaulle à Albert Catalifaud, député-maire de la ville. Auriez-vous penser venir à La Fère pour découvrir ce compagnon du fameux zouave ? Le zouave est de Diébolt et l’artilleur d’Arnaud, le premier est placé plus haut qu’auparavant mais comme le second en décembre 1993 a les pieds dans l’eau lors d’une crue sévère. Désormais notre artilleur esseulé contemple la Place de l’Europe et les quartiers du ci-devant 41 eRAM. Il a conservé comme il convient sa prestance parisienne eet militaire, sans état d’âme apparent :

l'artilleur de l'Alma par Arnaud à La FèreDes rêves d’étoiles de Crimée et de Seine dans les yeux il détourne la tête d’une autre étoile laféroise trop peu connue à une encâblure à babord : la splendide collection de peintures du Musée Jeanne d’Aboville, à peu près autant ignorée du plus grand nombre que celle des vases grecs du Musée de Laon, elle aussi d’exception.

Songez plutôt : un don d’environ 400 oeuvres peintes, entre les XVe et XIXe siècles dont plus d’une centaine sont exposées ! Et presque toutes de grande qualité picturale, certaines de grands maîtres ou de leur école, venues des Flandres, d’Italie, d’Allemagne et naturellement de France. Un peu caverne d’Ali-Baba mais trésor inestimable. Mais là encore une comète dont les responsables ne voient pas la queue : certes l’écrin n’est pas du tout à la hauteur du contenu (on détourne la tête des écailles de peinture sur les murs…) mais imaginez donc avoir la garde de ce trésor sans les moyens véritables de payer les gardiens et sans doute aurez-vous quelque indulgence envers ceux qui ont la charge de conserver et faire valoir ce don qui ne peut quitter les lieux ni être démembré, le tout dans une modeste agglomération de 3000 habitants environ. Un peu la quadrature du cercle. C’est pourquoi il m’a paru nécessaire de rédiger cette note, nonobstant la faible lisibilité de ce blog, estimant qu’un peu est préférable à rien et que les petits ruisseaux font les grandes rivières. Alors venez s’il vous plaît à La Fère, chez Jeanne d’Aboville, contempler ces scènes champêtres, religieuses et de nature-morte absolument dignes du plus grand intérêt du public. Les photographies ci-dessous effectuées à main-levée et sans éclairage d’appoint ne sont là que pour attirer votre attention et vous donner l’envie de mettre le nez sur ces toiles, au sens figuré s’entend. Comme l’artilleur, comme la Ville vous aurez nécessairement des étoiles pleins les yeux en refermant la porte de ce trésor inestimable et trop peu connu.

flagellation, école allemande du XVe siècle

flagellation du Christ, école allemande du XV e siècle

tableau 'la rencontre' par Thomas Wijck

"la rencontre" par Thomas Wijck, Hollande, milieu XVIIe siècle

"Madame Adélaïde" par L.-Elisabeth Vigée-Lebrun, 1791

"Madame Adélaïde", fille de Louis XV, 1791, par Louise-Elisabeth Vigée-Lebrun

Musée Jeanne d’Aboville, Rue du Général De Gaulle, tel.: 03 23 56 71 91

site de M. Jean-Louis Gautreau sur les musées de France : http://notesdemusees.blogspot.fr/2009/10/la-fere.html

site de la « Communauté de communes des villes d’Oyse » : www.cc-villesdoyse.org

Patrimoine caché vaillysien : ses peintres d’antan

A l’occasion des Journées européennes du patrimoine, l’association « Patrimoine et Environnement Vaillysiens » a choisi de mettre en avant une facette du patrimoine caché : les peintres vaillysiens des XIXe et XXe siècles. Suivant ce choix nous avons présenté dans la Salle culturelle huit peintres et environ 80 oeuvres. Une exposition réussie qui ne se reverra pas de sitôt car les recherches et contacts à prendre pour la conduire à terme nécessitent de longues heures. Merci à tous ceux qui nous ont aidés dans cette démarche, remerciements qui s’adressent évidemment à nos aimables prêteurs mais aussi à celles et ceux qui ont assuré l’accrochage et la signalétique.

Parmi ces peintres le plus connu et du reste le seul professionnel est Léon-Henri Liévrat déjà signalé dans ce blog (tapez Liévrat dans le rectangle de recherche). Les autres sont des amateurs, talentueux le plus souvent, ayant eu un attachement certain à notre bourg, y ayant résidé, ou encore, pour l’un d’entre eux, ayant combattu ici lors de la Première Guerre mondiale. Nous mettons en relief chaque peintre par deux travaux subjectivement sélectionnés, sans donner la référence des prêteurs ni les détails de l’oeuvre. Cette note de blog, comme les autres, n’est pas une référence scientifique ni un catalogue et n’est là que pour donner à voir rapidement.

Maurice Audoux

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Louis Boureux

Gorges du Tarn par Louis Boureux, huile sur contreplaqué

Louis Boureux, autoportrait réalisé durant sa captivité en Poméranie orientale

autoportrait peint en 1942 dans un camp de prisonniers en Poméranie. Huile sur contreplaqué.

sur l’épisode de la captivité de Louis Boureux ou sur sa vie vous aurez des informations ici :

http://jpbrx.perso.sfr.fr/LB/index.htm

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Berthe Hanus

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Thérèse Labarre

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Léon-Henri Liévrat

moutons dans un verger par Léon-Henri Liévrat, pastel conservé au Musée de Soissonsici le peintre volontiers facétieux a marqué au fer les moutons de ses propres initiales entrecroisées…

contre-jour sur l'église de Vailly-sur-Aisne, pastel de Léon-Henri Liévrat_______________________________________________________

Emilie Moret

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Maurice Sébire

Marine par Maurice Sébire_______________________________________________________

Georg Wolf

aquarelle "église de Vailly-sur-Aisne" par Georg Wolf

aquarelle "église de Vailly-sur-Aisne" par Georg Wolf, peintre allemand

Georg Wolf est né à Niederhausbergen en 1882, en Alsace alors allemande. Lors du séjour de son régiment à Vailly au début de l’automne 1916 il peint à l’aquarelle l’église en partie détruite. Ce peintre de paysages et d’animaux est bien connu en Allemagne. Il est mort à Uelzen en Basse-Saxe en 1962.

photographies de l’exposition et vernissage du 16 septembre 2012