Archives mensuelles : décembre 2012

Ips ! ou voeux 2013 typographiés.

Dans le sous-bois vert de mousse, gluant de boues, luisant de gouttes la souche rougeâtre attire l’oeil. Gratter l’écorce pour faire apparaître l’essentiel semble être le message du jour : j’exfolie. Belle idée. L’ips typographe (Ips typographus L.), ou bostryche typographe ou encore grand scolyte de l’épicéa a encore crayonné entre écorce et aubier durci :

ips typographegaleries à trois branches de l'ipsNotre ips donc gribouille avec frénésie, comme l’enfant sur le papier, le mur, sur tout. Savoir à quoi il ressemble vous sera de peu d’usage ce jour mais allez voir par exemple ici pour satisfaire votre légitime curiosité :

http://www.srpv-midi-pyrenees.com/_publique/sante_vgtx/organismes_nuisibles_et_lutte_obligatoire/fiches/ips_typographus.htm

Sur ce l’idée m’est venue d’utiliser ce thème quasi abstrait et modérément ordonné pour vous offrir un message écrit et virtuel. Un peu de bidouillage pour exagérer les tracés, une pointe de crayon numérique afin de rendre le message compréhensible et la carte est remplie.

Bonne et heureuse année 2013 à toutes les lectrices et tous les lecteurs de ce blog, fidèles ou de passage et que 2013 vous permette de vous réjouir du spectacle infini de la nature, même si parfois il faut gratter un peu pour lire son message revigorant !

carte de voeux 2013 par Jean-Pierre Boureux

Et pour conclure typographiquement et en l’espoir d’une année 2013 forte de culture vivante je vous propose ce souvenir d’adolescence de Vladimir Nabokov : [ce souvenir est de Pâques 1915]

« …Les yeux me cuisant encore d’avoir été éblouis par la neige, je ne cessais d’essayer de déchiffrer, sur le mur proche, un portrait dit « typographique » de Tolstoï. Comme la queue de la souris sur une certaine page d’Alice au pays des merveilles, il était entièrement composé de caractère d’imprimerie. On avait employé une nouvelle entière de Tolstoï (Maitre et serviteur) pour faire le visage barbu de son auteur, qui, soit dit en passant, avait quelque ressemblance avec notre hôte. »

Vladimir Nabokov, Autres rivages, nrf, Gallimard, Paris, 1961, p.159

Néchin et son seigneur

Néchin fait parler de lui ces jours derniers, jaser même, chant d’un jaseur quasiment boréal forcément une fois passés la Loire, la Seine et même l’Escaut. Chansons de gestes et de films qui font leur cinéma. Assez dit là-dessus et entendu, le citoyen dont il est question devait s’attendre à autant de bruit autour de sa personne en prenant la décision de migrer là.

Oh bien peu étrangère cette terre, contre la limite d’anciennes et toujours présentes circonscriptions politiques et administratives. Par curiosité naturelle d’historien archéologue j’ai voulu voir sans me déplacer de quoi il est question dans toutes ces colonnes de presse, tous ces écrans. Ma surprise fut grande de découvrir que Néchin Estaimpuis, province actuelle du Hainaut, royaume de Belgique eut son seigneur constructeur. Parfaitement, et je n’avais donc plus à chercher d’autres illustres propriétaires. Assez riche pour laisser des traces au sol  pendant huit siècles environ, ce qui ne sera peut-être pas le cas des nouveaux et également riches propriétaires de la contrée. Sa construction se voit comme le nez au milieu de la figure de son propriétaire. Voyez vous-même !

château en ruine d'Arnould IV d'Audenarde

château en ruines d’Arnould IV d’Audenarde, grand bailli de Flandre

Vous constatez qu’il s’agit d’une muraille en forme de polygone à onze côtés d’environ 12 à 14 m. avec porte-châtelet à deux tours et comprenant encore des vestiges de tours très saillantes. L’ensemble est situé à 1100 m. au nord-nord-est de l’église du village et semble indiquer la présence d’un espace seigneurial comprenant ces murs et un donjon excentré quadrangulaire d’environ 9 x 7 m de côté. Le maître des lieux, vassal du roi de France fut riche et au courant de l’art de bâtir puisque ce type de vestiges s’inscrit dans la typologie bien connu par les historiens médiévistes du château de type ‘Philippe-Auguste’. Toutefois il semble qu’ici le donjon soit plus ancien que la muraille l’enserrant, peut-être serait-il des XI ou XII e siècle et non du XIII e siècle comme les autres vestiges, à vérifier par fouilles. Le lieu est nommé « château de la Royère » en référence avec la notion de limite et séparation. Ces vestiges ne manquent pas d’intérêt car l’ensemble bien que détruit n’a pas ou peu évolué après sa destruction, ce qui est assez rare.

Son propriétaire actuel est connu et la presse belge en a parlé l’an passé surtout en mettant en avant sa passion de l’histoire et son souhait de réédifier en tout ou partie ce château dont sa famille est propriétaire depuis de nombreuses années en tant qu’agriculteurs. Il se dit vouloir agir seul en vulgarisant au mieux l’esprit et la culture médiévale mais évidemment ne serait pas opposé à un mécénat qui lui permettrait d’avancer plus vite sa reconstruction. A bon entendeur ! Il sait où frapper mais sera-t-il entendu ? Un éventuel donateur devra se faire discret en tout cas s’il ne veut pas paraître nouveau seigneur des lieux. Nul n’est prophète en son pays, c’est bien connu. Comment pouvaient bien faire ces grands du monde naguère pour bâtir ainsi ? Mais ils levaient l’impôt, eux, pardi, au lieu de le fuire !

 

Première neige

Quelque agitation scolaire et quelque impatience devant la première neige attendue. Les services météos de plus en plus fiables, annoncée elle vient et dans une température voisine de 0°O°O°0°C, bien collante elle nappe tout alentour, du proche au lointain. Charme indéniable, blancheur ouatée satinée sucrée. Que du bonheur visuel et corporel. Si l’environnement présente quelques structures volumétriques marquées, des lignes audacieuses et des renfoncements sombres alors place au tableau, à l’image parlante qui dit autant et plus que le verbe.

neige et roches calcaires

cordon de neige brisé sur main-courante

cordon de neige brisé sur main-courante

Quels génies, quels élémentals ont-ils fait tourner et brisé le cordon spiralé ? En lieu de réponse, dans sa magnificence vespérale, le soleil jette un clin d’oeil orangé :

Au lendemain vers la mare subsistent pour quelques heures encore des napperons ourlés, des guenilles dépecées, des aplats déchirés qui en leurs reflets s’estompent dans la fusion soudaine et les vaguelettes du temps sur les eaux éternelles :

j’attends la prochaine dans l’impatience de l’enfance

Les textes littéraires sur le thème de la première neige sont des plus nombreux. Je cite en conclusion celui de Maupassant, Première neige, extrait du site de l’Association des Amis de Maupassant et publié le 11 décembre 1883 dans le Gaulois. Il se trouve être dans un ton beaucoup plus triste que cette simple note de blog. C’est ainsi et la neige est dure aux plus démunis, ce que notre civilisation des loisirs nous fait parfois oublier. Dans le texte de Maupassant en question la démunie est une délaissée involontaire.

Le site de l’association est en lien ici, à la page de ce texte où vous pourrez le lire en entier :

http://maupassant.free.fr/textes/neige.html :

« … … A présent, elle va mourir, elle le sait. Elle est heureuse.
    Elle déploie un journal qu’elle n’avait point ouvert, et lit ce titre : « La première neige à Paris. »
    Alors elle frissonne, et puis sourit. Elle regarde là-bas l’Esterel qui devient rose sous le soleil couchant ; elle regarde le vaste ciel bleu, si bleu, la vaste mer bleue, si bleue, et se lève.
    Et puis elle rentre, à pas lents, s’arrêtant seulement pour tousser, car elle est demeurée trop tard dehors, et elle a eu froid, un peu froid. … …. »