Archives mensuelles : mars 2013

Reims et la gastro.

neige du 13 mars 2013 à ReimsViolente en février, une grippe avec symptômes de gastro-entérite a frappé la Champagne et ses villes. On la pensait éradiquée. Las, elle accourt de nouveau mais par un phénomène de transmission mal détectée elle semble véhiculée surtout par des animaux. Les plus monstrueux d’entre eux semblent les plus affectés. En raison des intempéries des 12 et 13.03.2013 aucun vétérinaire n’était disponible. Devant l’urgence nous avons consulté plusieurs intervenants non assermentés.

Dans sa paisible retraite Le Vergeur dort et à proximité, sur l’antique Forum, un félin s’apprête à bondir. Nous les laissons à leurs méditations.

Hôtel Le Vergeur à Reims sous la neige

Escomptant autre conseil  nous nous transférons vers le sud, tout près, Place Royale. Là, emmitouflé sous sa houppelande de laine blanche et assis sur son ballot de même nature, le Marchand pense sans mot dire ni maudire.

Le Marchand Place Royale à Reims sous la statue de Louis XVAlors nous continuons l’enquête et questionnons quelques elfes, trolls et autres créatures sylvestres réfugiés en ville à cause desdites intempéries, que nous croisons au hasard de notre promenade, prolongée maintenant vers la cathédrale Notre-Dame.

Même Jeanne, notre bonne Jeanne de Paul Dubois, qui caracole, prétend ne rien entendre en l’affaire et passe son chemin, vers sa haute mission, vers le sacre.

Aurons-nous plus de satisfaction avec les doctes conseils des milliers d’ouvrages abrités dans les rayonnages de notre « Médiathèque Jean Falala » ?

Ou bien devrons-nous nous contenter de l’implacable et dure LOI proclamée sans cesse en face de nous ? Nous ne savons. Les pigeons savent mais demeurent muets, de toute manière nous ne pouvons faire confiance à ces volatiles encombrants (155 ce jour en ce lieu) plus enclins à roucouler et chier sur nos pierres qu’à orner nos réflexions.

Quant au Palais du Tau, célébrité rémoise, contaminé, sans doute vacciné, il ne souffre que d’une pelade légère et des baumes appropriés sans effets secondaires sauront en venir à bout dans les plus brefs délais, surtout si le soleil aide la médecine :

toiture du Tau à ReimsBien que sans réponses nous décidons d’ausculter enfin nos animaux, hors du secours de quiconque, si ce n’est celui des anges de l’immense cortège et host qui garde Notre-Dame : et bien, oui, ils sont terriblement malades nos animaux, affreusement touchés et monstrueusement dégueulants et vomissants. Nous ne sommes pas venus pour rien.

Le constat, pour préoccupant qu’il soit, n’est pourtant pas catastrophique. Il s’agit bien d’une épizootie, même d’une gargouillozotie ou gargantuazootie mais elle ne devient pas, apparemment du moins, une anthropo-épizootie, c’est-à-dire qu’elle ne contamine pas (encore ?) l’homme. Par précaution je m’éloigne cependant des gouttes qui tombent des naseaux secs (signe que la maladie est bien là) et m’ébroue. Il semblerait qu’un remède puisse venir à bout de ce mal rapidement. La Ville fait ce qu’elle peut, ne serait-ce qu’en permettant aux services sanitaires ainsi qu’à toute personne bienveillante de se transporter en sécurité autour et alentour de ce zoo contaminé mais soucieux de continuer son séjour au milieu des hommes. Afin que nul n’en ignore !

« Le poete, dit Platon, assis sur le trepied des muses, verse de furie tout ce qui lui vient en la bouche, comme la gargouille d’une fontaine« …
Montaigne, Essais, IV.

Toucan et autres oiseaux exotiques.

Que la vigueur jeune des rayons solaires singulièrement absents depuis des semaines s’épande d’un coup sur la nature et nappe déjà les soyeux pétales des primevères, il n’en faut pas davantage pour provoquer des rêves exotiques aux vives couleurs. Ainsi virevoltent dans l’esprit toutes sortes d’oiseaux des tropiques ou de l’équateur qui ont attiré depuis des siècles le regard et la main de nos ancêtres à l’affût de ces merveilles.

En 1806 Jacques Barraband grave un toucan toco (Ramphastos toco) que d’habiles imprimeurs  magnifient d’une coloration ‘à la poupée’ pour l’ouvrage de François Le Vaillant, Histoire naturelle des oiseaux de paradis, vol. II, 1ère partie : histoire naturelle des toucans, planche 2. Cette gravure parmi quantité d’autres est reproduite avec grand soin dans l’ouvrage « Oiseaux » de Katrina Cook, Citadelles variations, 2008, p.57 ( depuis’the Stapleton Collection‘ pour cette planche),

Ainsi des artisans colombiens reproduisent des figurines de ces oiseaux au profil inoubliable et aux couleurs chatoyantes :

Ainsi encore une artiste graveuse rémoise, Emmanuelle Lemaire, sculpte sur linoleum et imprime en fort gaufrage un ‘oiseau’ qu’il me plaît de nommer encore ‘toucan’ :

Ainsi enfin citons les vers inspirés et nouveaux dans leur tonalité de Jean de La Ville de Mirmont écrits en 1911-1912 sous l’appellation « Horizon chimérique » composé de cinq grandes parties à plusieurs séquences. Dans la seconde, V, on lit :

« L’oiseau de paradis, l’ibis, le flamant rose, / Le choucas, le toucan, la pie et le pivert, Eployant tour à tour leurs plumages divers,/ Volètent sur mon coeur mais jamais ne s’y posent ».

Jean de La Ville de Mirmont, oeuvres complètes, Champ Vallon, 1992.

Alors le casoar et l’ibis (?) interprétés par Louis Vuitton peuvent becqueter tout à loisir les anneaux de la célèbre Maison de joaillerie sans qu’aucun toucan n’y trouve malice :

in quatrième page de couverture du magazine « M, le magazine du Monde » en date du 2 mars 2013. Je ne suis pas parvenu à trouver de crédits d’aucune sorte dans cette livraison pour cette page.