Archives mensuelles : mai 2013

Pierrefonds d’or et de cuivre, de la dote à l’anecdote.

Qui ne connaît sa silhouette ‘troubadour’ encore debout grâce à Napoléon III et Viollet-le-Duc se détachant du plateau valoisien, son antique forêt parcourue des rois et des chasses sonnantes, ses étangs paisibles et la bourgade des Pétrifontains aux villas composites et aux maisons de pierre égayées de sauts de moineaux ?

ruines du château de Pierrefonds vers 1830

lithographie des ruines du château par Bernard et Frey dans : Notice historique sur Compiègne et Pierrefonds, Baillet, Compiègne, 1836, 84 p.

L’oubli s’est installé des riches heures des princes, des éclats d’eau dans les thermes promus à nouveau par le goût des eaux développé sous le Second Empire. Désormais il faut rechercher l’or d’antan dans des recoins discrets, les cuivres naguère polis dans des remises abandonnées.

Ainsi serez-vous sensibles aux charmes surannés des vierges peintes sur les magnifiques panneaux des trois ‘primitifs‘ conservés bien à l’abri dans l’église Saint-Sulpice, dans leur dorure éclatante, leur écrin sculpté dont l’or avive les arêtes derrière les ferrures et vitres blindées qui les protègent. Nul doute que l’école siennoise (?) survit ici, probablement à la suite d’une commande des Orléans, Louis, époux de Valentine Galeas Visconti qui dans sa dote… (?), pense et échafaude d’emblée l’historien *. Où entrent-ils dans la mouvance artistique de la papauté d’Avignon ? Mal documentés ils restent pour l’instant presque muets quant à leur origine et parcours mais bavards d’intentions sensibles aux yeux des touristes avertis qui entrent dans cette église où globalement le Moyen-Age laisse place à la Renaissance, le roman au gothique flamboyant.

La vierge à l’enfant tenant un oiseau a ici une parenté certaine d’inspiration et d’exécution avec un diptyque de la Pinacothèque nationale de Sienne attribué à Naddo Ceccarelli, peintre qui travaille en Avignon à la suite de Simone Martini, donc aux alentours du milieu du XIVe siècle.

Nullement spécialiste d’histoire de l’art je n’écris ceci qu’après avoir comparé ce tableau avec un nombre fort limité de reproductions d’oeuvres de cette époque. Le saint en bas à gauche pourrait être saint Jérôme, souvent présent sur les peintures contemporaines siennoises. A son pied rampe le lion auquel il a retiré l’épine qui lui meurtrissasit la patte. A droite, avec l’épée pointée au sol il pourrait s’agir de saint (?). M. Andrea de Marchi, professeur d’histoire de l’art à l’université d’Udine et donc spécialiste reconnu, évoque saint Julien pour ce porteur d’épée et attribue le tableau au « maestro del 1416 » oeuvrant à Sienne au XIVe siècle.  (source : base Palissy, qui renvoie à INHA RETIF 2011).

sur ce panneau la posture de l’enfant et le visage de Marie renvoient vers le peintre Paolo Di Giovanni Fei (Sienne, v. 1344 -1411) dont un diptyque de Sienne conservé au même lieu présente une attitude des personnages très proche. Il est attribué à la fin du XIVe siècle.

La prédelle montre neuf personnages, sans doute des apôtres, je n’ai pu la photographier. La même source que ci-dessus fait référence à l’artiste Giovanni di Francesco, de l’école florentine, v. 1370-1430. Elle porte l’inscription : « in gremio Matris residet sapientia Patris », soit : ‘dans le giron de la Mère siège la sagesse du Père’.

la position de l’enfant et les longues mains de la Vierge peuvent ici évoquer le style de Francesco di Vannuccio, toujours dans la mouvance de S. Martini et le milieu du XIVe siècle.

Plus ‘gothique international’ que les deux autres cette peinture me semble présenter moins de proximité apparente avec Sienne, mais la Toscane ne paraît pas faire de doute. M. de Marchi l’attribue volontiers au ‘maestro dell’ altare di san Niccolo’, école florentine du milieu du XIVe siècle.

La qualité très médiocre de mes clichés dénature quelque peu celle des panneaux peints et je vous demande pardon pour cette faute de goût. Je comprends par ailleurs la nécessité d’une protection forte qui n’empêche ni la vision directe par le visiteur ni ses prières que peuvent susciter la délicatesse des traits et des teintes, en souvenir d’une imagerie paradisiaque médiévale réanimée derrière l’objectif. De meilleurs clichés seraient nécessaires pour tenter d’aller plus avant dans l’étude stylistique. Toujours est-il que je vous recommande de visiter cette église et ses panneaux peints lors d’un passage à Pierrefonds : ils ont de plus le mérite d’être quasiment contemporains de la construction du nouveau château voulu par Louis d’Orléans et donnent ainsi à voir ce que les princes aimaient alors posséder derrière leurs murs de plus en plus résidentiels et ouverts au monde. S’ils n’ont été commandités par lui, du moins sont-ils à leur place ici.

Voilà pour l’or. Quant au cuivre il m’est tout personnel, n’a plus d’éclat mais reprend vie dans l’évocation de souvenirs mémorisés depuis le grenier de la maison de la rue ‘des chiens rouges‘, aujourd’hui de l’impératrice Eugénie, qui fut nôtre et donc mienne en partie jusqu’au dernier quart du siècle précédent. De quoi s’agit-il ? Pour continuer sur les pas des grands du monde,  » et bien je vais vous le dire » : d’une casserole, rien moins que cela. L’un de ces récipients à cuire, de cuivre épais (2,30 mm) qui fut étamé, d’un diamètre de 19 cm, d’un poids de 1,310 kg et que l’on agrippait par un manche de fer long de 24 cm solidement riveté de cuivre au récipient. Rien que du banal dans sa robustesse.

Qu’ai-je à traîner des gamelles, des casseroles de cette sorte ? J’entraîne en fait avec elle des propos rapportés par ma grand-mère, Sophie Dennel-Fayard, dite Mariette, qui habita ladite maison des ‘Chiens rouges’, semble-t-il construite par des ancêtres qui oeuvraient à la restauration du château devenu impérial ; les Fayard exploitaient un équarrissage et géraient différents petits commerces familiaux dans une autre maison un peu plus récente dénommée ‘la carrière‘, à l’écart du bourg, en partie sur le finage de la commune voisine de Saint-Etienne-Roilaye. Et cette casserole est en fait un don de l’impératrice Eugénie à des personnes qui la servaient lors de ses très rares séjours à Pierrefonds et Compiègne. Ma grand-mère se souvenait également, pour l’avoir entendu de ses parents, que la Cour impériale était venue au moins une fois à Pierrefonds depuis Compiègne en un cortège de traîneaux attelés lors d’un épisode froid et neigeux. Les mystères du fonctionnement cérébral font que j’ai parfaitement mémorisé ces faits, les ayant enregistrés avec des images mouvantes et imprécises mais comme issues d’une réalité presque vécue. Etrange ustensile, pensées lointaines d’un Second Empire ayant brutalement sombré dans les terres ardennaises. Les caricaturistes de l’époque ne se sont pas privés de jouer avec la défaite de Sedan. Voyez plutôt.

Ainsi, toujours dans le cuivre, trouve-t-on des monnaies surchargées ou regravées ou bien encore des jetons et médailles frappées pour la cause, suivant l’imitation des pièces de 5 et 10 centimes de l’Empire français de Napoléon III. Avant la guerre de 1914 ces pièces de monnaie impériales étaient toujours utilisées à Pierrefonds (selon la même source orale), et l’on parlait alors de ‘20 sous‘ ou ‘100 sous‘, suivant une expression commune que j’entendais encore à la fin des années Cinquante pour désigner des pièces d’aluminium de 5 et 10 francs, dernière trace de la manière de compter ancienne : 12 deniers = 1 sou ; 20 sous = 1 livre.

L’empereur est affublé d’un collier de chien inscrit « Sedan » et porte un casque à pointe. La légende est : « Napoléon III le misérable » et « 80000 prisonniers« .

« 

Ici l’aigle impérial est remplacé par une chouette effraie et la légende porte : « Vampire français » et 2 déc(embre) 1851 – 2 sept(embre) 1870.

Pour en savoir plus sur les travaux de l’Ecole de Sienne en lien avec Avignon et Simone Martini le lecteur pourra se reporter au catalogue : « l’Héritage artistique de Simone Martini, Avignon-Sienne« , éditions Petit Palais diffusion, 2009, 111 p.

* toutefois le parcours de ces panneaux n’étant pas assuré, peut-être n’ont-ils pas de rapport direct avec le château et ses seigneurs. Selon une source que je n’aie pu vérifier ils pourraient être le don d’une famille de Palesne, hameau de Pierrefonds. Faute de preuves…

Quant aux jetons et médailles de caricature d’époque Napoléon III on trouve de nombreux exemplaires chez les numismates professionnels.

Ortie, mais blanche ou morte = Lamium album L., 1753.

On ne le regarde pas ou on l’arrache en tant que mauvaise herbe. De son nom ordinaire ‘Lamier blanc‘ il est également plus connu de tous sous les appellations de : ortie blanche, ou morte ou folle et même d’herbe archangélique. Fréquent mais non présent partout.

Les jeunes enfants qui ont eu à connaitre le désagrément des orties courantes sont parfois victimes de la farce qui consiste à les leurrer en leur faisant prendre en mains cette plante si proche de l’ortie quand elle n’est pas en fleurs. Très caractéristique des labiées la fleur présente des lèvres bien marquées et ouvertes, la supérieure abritant les étamines sombres. Une tige quadrangulaire et des feuilles cordiformes presque glabres marquent encore la différence avec l’ortie commune, qui n’est pas de la même famille botanique.

Autrefois utilisée dans la pharmacopée la plante est toujours utilisée de nos jours, ses propriétés thérapeutiques vont de l’emploi digestif ou assimilé, à l’épuration organique (contre la goutte notamment) et à l’expectoration.

Tout récemment les éditions ‘Le libre Feuille éditions‘, ont publié un livre d’artiste contenant des poésies de Ile Eniger et des gravures et aquatintes de Michel Boucaut dont le titre est : « Une ortie blanche« .