Archives mensuelles : juin 2013

Sexe et nature = sagesse ou précaution de l’orvet ?

Il est impératif que la reproduction fonctionne au mieux dans le grand jeu de l’évolution. A cette fin l’orvet mâle a plus d’un tour dans son sac et même, plus d’un pénis en main, si l’on peut formuler ainsi.

Entre avril et juin, le ‘serpent de verre‘, ‘orvet commun ou orvet fragile’ Anguis fragilis, ainsi nommé parce qu’il a la possibilité de s’autoamputer de la queue, une fois son corps réchauffé et ses sens de même, a coutume de s’accoupler. Opération discrète, plutôt longue et laborieuse, rarement vue, que l’on devine tortueuse, sinueuse, et reptilienne pour ce… lézard sans pattes. Comme l’animal ne peut savoir dans quel sens vont se positionner les corps qui s’enroulent l’un dans l’autre, c’est-à-dire l’un autour de l’autre, mère nature a paré un échec possible de l’entreprise au cas où le positionnement serait défectueux. Le mâle attrape la femelle derrière la tête dans sa gueule, ce qui crée apparemment un ancrage à peu près sûr et stable. A partir de là l’enroulement a lieu.

La queue d’un individu est cassée. Est-ce lors des enroulements de l’accouplement ou lors d’une bagarre antérieure ?

Cette série de photographies montre bien la difficulté pour la bête de prévoir par avance une connexion satisfaisante, à moins que les deux protagonistes ne connaissent leur ‘Kama Sutra’ par coeur…

Mais j’ai laissé entendre que la nature pouvait d’elle-même aider. Voyons comment. La réponse est en fait très simple, il suffit d’y penser. On sait par exemple que certaines inventions technologiques humaines, pointues et très onéreuses, jugulent la déficience potentielle du système en doublant les organes sensibles. Et bien chez l’orvet c’est la même chose. Pas de quoi en faire un plat, pas de quoi jouer des biceps et se parer des plumes du paon, il suffit d’en avoir deux, l’un servant de dépannage au cas où. Les zoologistes les nomment hémipénis, pourquoi pas. En résumé, si l’affaire ne tourne pas rond, pas comme prévu, l’outil de gauche remplacera celui de droite et l’affaire est dans le sac. Voici en images (rappelons que les photographies de ce blog ne sont pas libres de droit) ce que cela donne et remplace ce long discours :

hémipénis de l’orvet mâle, ici en cours d’érection

De plus, comme ça gigote beaucoup dans tous les sens deux précautions valent mieux qu’une et un gros plan montre que le pénis de la bête est hérissé de petits crochets qui assurent une sorte d’accroche. Décidément M. Orvet est plutôt bien équipé !

on remarque parfaitement ici la sphère globuleuse hérissée de pointes, pas de doute, ça doit tenir.

Encore une promenade autour de mon jardin qui montre l’intérêt de l’observation fine et patiente. Après chacun dispose de bien des moyens de le faire savoir, afin que nul n’ignore les finesses et adaptations étonnantes de notre environnement naturel. Rappelons à cette occasion que l’orvet est utile et que sa vie est menacée par l’emploi des pesticides et herbicides qui anéantissent ses proies, que son domaine de prédilection est un environnement varié et point trop entretenu et que s’il vous fait peur c’est parce que vous avez tendance, spontanément, à la ranger dans la famille des serpents. Et quand bien même il en serait ce ne serait pas une raison suffisante pour le détruire. Une remarque : depuis trois années je ne vois plus guère de couleuvres là où me conduisent mes pas presque chaque jour. Le fait est d’autant plus étrange qu’elles étaient relativement abondantes jusque-là. Avez-vous fait la même constatation ?

Terminons cette fois avec une citation empruntée à « Wikiquote » :

René Char, Fureur et mystère, 1948

Feuillets d’Hypnos

« Le peuple des prés m’enchante. Sa beauté frêle et dépouvue de venin, je ne me lasse pas de me la réciter. Le campagnol, la taupe, sombres enfants perdus dans la chimère de l’herbe, l’orvet, fils du verre, le grillon, moutonnier comme pas un, la sauterelle qui claque et compte son linge, le papillon qui simule l’ivresse et agace les fleurs de ses hoquets silencieux, les fourmis assagies par la grande étendue verte, et immédiatement au-dessus les météores hirondelles…
Prairie, vous êtes le boîtier du jour. »

Fureur et mystère (1948), René Char, Gallimard, coll. Poésie, 1962

Pierrefonds,Vailly-sur-Aisne…, des bourgs d’archerie.

Parmi bien des bourgs et villages du Valois, Vermandois et du Soissonnais Pierrefonds et Vailly-sur-Aisne honorent la tradition de l’archerie. De longue date incorporée aux coutumes ancestrales l’archerie a correspondu dans un premier temps à la nécessité pour le pouvoir de s’assurer le contrôle du territoire par l’intermédiaire de groupes armés sous contrôle. Il semble que dès 825, en lien avec le culte de saint Sébastien dont les reliques avaient été apportées à Saint-Médard de Soissons, cette abbaye et son abbé eurent le privilège d’être nommés’ grand maître des archers du royaume‘. Sans aller aussi loin dans le temps il n’est pas sans intérêt de noter la présence de miliciens de Vailly à Bouvines (dimanche 27 juillet 1214) par exemple, ou encore l’intérêt de l’archerie dans les armées anglaises et françaises durant la guerre de Cent-Ans. A Vailly une confrérie des archers existait au moins depuis 1666, elle avait offert à cette date un tableau représentant saint Sébastien pour la chapelle de ce saint.

Les archers s’entraînent au tir dans des ‘Jeux d’Arc‘, entre deux buttes avec cibles. D’où la présence de nombreux ‘Jeux d’Arc dans nos villages. Ils pratiquent également le ‘tir à l’oiseau‘ qui consiste à abattre une figurine d’oiseau fixée sur une haute perche. Celui qui l’abat est nommé ‘roi‘ ou même ‘empereur‘ s’il renouvelle son exploit trois fois de suite.

Une autre tradition est celle des ‘Bouquets provinciaux‘ qui sont des fêtes populaires très suivies au cours desquelles une compagnie en reçoit une autre de la même ‘Ronde‘ et offre un bouquet lors d’une parade organisée selon des règles très précises. Nos églises conservent souvent dans des chapelles ‘Saint-Sébastien’ ces vases et bouquets ainsi que les ‘fleurs cantonales‘, autres fêtes traditionnelles propres à l’archerie.

Des archers de Vailly s’entraînent au tir à l’arc au début du XXe siècle. Une statue de plâtre de Saint-Sébastien garnit le fond de l’allée. Elle a été enlevée pour la préserver, fausse solution aux problèmes sociétaux contemporains.

Les ‘promenades du Jeu d’arc’ ainsi que ‘les promenades’ constituent à Vailly un parcours piétonnier arboré qui occupe la place des anciens fossés de défense rebouchés. Ailleurs ils peuvent être nommés ‘mails’ ou ‘boulevards’ = ‘Bollen ward’ lieu de dépôt des boulets de canon sur la partie plate du talus de fossoyage.

A l’occasion des ‘fêtes Jeanne d’Arc’ issues de la canonisation de notre héroïne nationale au parcours très étrange les reconstitutions historiques, cavalcades et autres parades ont souvent présenté des archers sur le modèle supposé des temps médiévaux. La photographie ci-dessous tirée à partir d’une plaque négative sur verre montre l’une de ces fêtes à Vailly le dimanche premier août 1909 qui avait alors attiré une foule considérable.

fêtes Jeanne d'Arc en 1909 à Vailly-sur-Aisne

arc, flèches, housse et carquois

Arc d’acier, flèches, housse et carquois. Années Vingt, provenance Pierrefonds.

Oiseau de bois utilisé pour le ‘tir à l’oiseau’. Le ruban est posé après le tir.

Le lieu le plus approprié pour compléter vos connaissances sur les traditions de l’archerie est le ‘Musée de l’Archerie et du Valois‘ implanté à Crépy-en-Valois. Cette année il présente tout spécialement des pièces anciennes de ses collections et d’autres obtenues par prêt auprès de Compagnies locales. (30 mars -28 juillet 2013)

http://www.musee-archerie-valois.fr/

Il s’associe également cette année au ‘Musée Antoine Vivenel‘ de Compiègne qui lui aussi présente une exposition sur le thème de l’archerie. Compiègne vient en effet d’accueillir un ‘Bouquet provincial’ le 12 mai dernier, après ceux de 1905, 1923, 1951 et 1989. On constate que la fréquence de retour de ces ‘Bouquets’ est d’environ 20 à 30 ans.

http://www.musee-vivenel.fr

petit vase commémoratif de pacotille fabriqué pour le Bouquet provincial de 1933

Le Bouquet provincial du 28 mai 1933 à Pierrefonds a fait l’objet d’un rapport intéressant dans la revue de qualité ‘L’Illustration’, dont cette première de couverture tout à fait significative.

grand vase céramique conservé dans la chapelle Saint-Sébastien de l’église N.-D. de Vailly-sur-Aisne, fabriqué à l’occasion du Bouquet provincial du 2 juin 1935. Socle malheureusement brisé et recollé.

Enfants, à vos arcs ! parents ‘au berceau’ *! maintenons nos traditions.

* berceau : désigne ici le chemin couvert en forme de voûte conduisant au jeu d’arc ou au tir à l’oiseau. Orthographié « Bersaut » à Vailly-sur-Aisne

jeunes filles de Pierrefonds le 19 juin 1932 ; Renée Dennel porte le bouquet, à gauche.

19 juin 1932, Pierrefonds. Renée Dennel, en avant-plan