Archives mensuelles : janvier 2014

Reims et les vitraux contemporains de sa cathédrale, dedans, dehors, ailleurs.

L’histoire et les retentissements de la pose des vitraux contemporains dans la cathédrale de Reims sont bien connus. La première artiste contemporaine présente sur le verre de la cathédrale de Reims fut Brigitte Simon en 1961 (puis 1971 et 1981),

Brigitte Simon
grisaille de Brigitte Simon, transept sud de la cathédrale

vint ensuite Marc Chagall en 1974, installé dans la chapelle axiale

Marc Chagall, chapelle axiale du choeur de la cathédrale
Marc Chagall, chapelle axiale de la cathédrale, vue partielle

le troisième en date, Imi Knoebel, fut choisi à l’occasion du huitième centenaire de 2011, présenté immédiatement à la gauche et à la droite du deuxième dans deux chapelles latérales.

Imi Knoebel, vue partielle de l'une des verrières
Imi Knoebel, vue partielle de l’une des verrières

A la fréquentation de Simon et Chagall les Rémois se sont peu à peu habitués, avec Imi Knoebel ils laissent paraître encore, comme moi, quelque effarouchement, de même que les visiteurs, du moins pour ce que j’en entends sous les voûtes. Le figuratif doux de Chagall ne voisine pas bien avec l’abstraction vive de Knoebel, dès lors que les vues simultanées de l’un et de l’autre provoquent la confrontation d’images et donc d’opinion, la mienne étant par définition fort subjective.

confrontation visuelle Chagall - Knoebel
confrontation visuelle Chagall – Knoebel
confrontation reconstituée après rééquilibrage des tonalités et rapprochement artificiel des vues
confrontation reconstituée après rééquilibrage des tonalités et rapprochement artificiel des vues

Depuis l’extérieur, ce qui n’est pas prévu par ailleurs dans le cadre d’une vision habituelle de vitrail, la virulence éclate également, comme on le voit ci-dessous. A gauche Knoebel, à droite Chagall. Ci-dessous des vues plus rapprochées de l’un et de l’autre.

Verrières latérales de Knoebel en vision partielle inversée
Verrières latérales de Knoebel en vision partielle inversée, depuis l’extérieur
vitrail de Chagall en position inversée, de nuit, depuis l'extérieur de la cathédrale
vitrail de Chagall en position inversée, de nuit, depuis l’extérieur

Cette façon de voir est accidentelle et ne correspond en aucun cas à une volonté de mettre en valeur ces vitraux ; elle résulte de l’effet fortuit d’éclairage intérieur de la cathédrale. Cela ne signifie pas que cette manière de voir ne serait pas à développer, après tout la mise en valeur de nuit de nos bâtiments patrimoniaux n’est que la résultante de modalités pratiques et techniques initiées par l’électricité. La généralisation de cette pratique à l’égard des vitraux permettrait de leur donner une vie nocturne et de compléter autrement l’illumination scénographiée de nos édifices. La seule nuisance est l’inversion par rapport à la volonté initiale de l’artiste.

Dernièrement la visite de la nouvelle exposition du Musée des Beaux-Arts, ailleurs donc, installée en hommage aux fondateurs du musée avant le transfert souhaitable et programmé des collections dans un futur musée à édifier au Boulingrin, m’est apparue comme une épiphanie de cathédrale idéale.

Ai-je été jusqu’alors assez stupide pour n’y avoir point songé ? Mais bien sûr, ce ne sont pas les vitraux de la cathédrale qui sont l’objet d’un débat, qu’on se satisfasse ou que l’on se chagrine de leur présence, depuis l’intérieur ou l’extérieur de leur écrin, mais seulement le manque de lisibilité de la cathédrale depuis le vitrail de Knoebel offert au musée lors des cérémonies dudit huitième centenaire. C’est ailleurs et non dedans ou dehors que la rumination d’art fait saliver, et c’est ici. Voyez ce vitrail, puis approchez et vous serez vous aussi convaincus de cette intuition diabolique.

KnobelVitrailMuseeW
vue sur la cathédrale depuis le vitrail de Knoebel au Musée des Beaux-Arts de Reims
tours de la cathédrale et clocheton de l’ancienne caserne des pompiers
gros plan sur la cathédrale depuis le vitrail

Les tours de la cathédrale ne sont pas nettes, sa représentation est floue tout comme celle de la tour de séchage des tuyaux de l’ancienne caserne des pompiers de la cité. Là est le feu qui couve. Voilà bien ce qui provoque l’ire ou le contentement de quelques Rémois ; ici la querelle des Anciens et des Modernes n’est qu’une affaire de myopie, d’absence de netteté de vue et en conséquence le point de vue que l’on s’en faisait jusque-là était donc faussé par un énoncé fallacieux de la question. Encore fallait-il le démontrer et peut-être ne s’agit-il que d’un cas d’école rémo-rémois.

Conseil de l’auteur : au cas où mon propre jugement se serait égaré à cause d’une défectuosité de vue inconnue de moi, venez et constatez de vos propres yeux, vous ne regretterez pas votre déplacement quoi qu’il en soit. De même qu’au moins depuis Montaigne nous savons que la vérité est différente d’un côté et de l’autre des Pyrénées, désormais vous saurez que la vision d’un vitrail depuis ses faces internes ou externes et plus encore au-delà de ces faces inspire des réflexions variables et subjectives.

Vous trouverez sur le site de la DRAC : http://www.cathedrale-reims.culture.fr ou celui des ‘Amis de la cathédrale‘ : http://www.amis-cathedrale-reims.fr/                                         des informations sur les vitraux de la cathédrale ou sur leur restauration, dans une tonalité et un sérieux bien différent de la légèreté de cette libre expression.

Pour entrer dans l’art d’Imi Knoebel et sa conception des vitraux de Reims une approche synthétique est donnée par un numéro hors-série de ‘Connaissance des Arts‘, le numéro 499, Reims, la cathédrale et les vitraux d’Imi Knoebel, 2011, 67 p.