Archives mensuelles : novembre 2014

Ronde de novembre 2104

Sur le principe d’échanges de la ronde qui cette fois est gérée par Dominique Autrou, « la distance au personnage » j’ai plaisir à accueillir Céline Gouel-Verdier « Mesesquisses » qui compose autour du thème imposé : Feuille(s), accompagné de deux photographies.

photographie : Céline Gouël

Fête du Foehn
Au seuil des feuillus en fouillis,
Dont le parfum me fait écureuil
Une souche, je me fais un fauteuil
Et mon oeil batifole avec les feuilles
Foulées par le souffle du foehn,
Libre farandole et folle frénésie
Déferlant en pluie
Sur la terre fécondée
De ces milles fleurs déposées.

photographie : Céline Gouël

Vailly dans la mémoire d’octobre 1914

Dans le cadre du centenaire de 1914 il allait de soi que la Ville de Vailly-sur-Aisne commémorerait d’une manière ou d’une autre les tragiques événements que nos ancêtres ont vécu, tout spécialement la ‘Bataille de Vailly’ des 30 et 31 octobre 1914 (lire notre article sur ce sujet dans le blog de l’APEV référencé en lien plus bas). Nombre d’entre eux périrent, leurs noms sont inscrits sur le monument aux morts de la commune, ils ont été énoncés par le président de l’association locale des Anciens Combattants au cours d’une cérémonie émouvante à laquelle ont pris part de nombreux Vaillysiens et des ‘importants’ attendus.

Dans leurs lettres les poilus font assez souvent référence à leur inutile sacrifice, aux nantis, aux planqués de l’arrière, à leur hiérarchie militaire. Il faut le savoir comme il est bon de s’apercevoir aujourd’hui que le pouvoir, comme tout pouvoir, use des ficelles détendues mais toujours prégnantes de la théâtralisation et mise en scène pour se conforter. Reste aux insignifiants de s’associer à ce pouvoir, de le combattre ou d’ignorer le tout, à l’écart des rumeurs vaines du monde. Quelque soit l’époque ne demeurent vrais que l’engagement gratuit et le service à autrui, le reste importe assez peu car l’excès périt dans les strates du temps.

salut des drapeaux 'aux morts'

Nous nous sommes émus ‘aux Morts’, au drapeau, aux litanies. Aux cuivres et aux couleurs. A certaines phrases des discours, quand d’autres étaient approximatives, dont celles sur le nombre des victimes ou celles sur des bribes d’histoire de la ville.

Musik3W JeunesSPVWPavillonRefletsW TroisEtatsW

Pas bien satisfaisante pour nous, l’absence totale de référence à l’action menée par l’association du patrimoine et de l’environnement vaillysiens (APEV) qui oeuvre depuis plus d’un lustre à faire connaître et défendre certains aspects de la culture propre à la bourgade. Entre temps je me suis entretenu de cela avec le maire et l’affaire est close, il faut avancer et réaliser des choses en commun, nuancer, trouver un consensus.

Dix-sept articles sur cent-quatre-vingt  de ce blog concernent ce lieu qui se trouve être ma ville natale, raison principale de cette abondance pour cause d’un attachement sentimental à ce lieu, excessif sans doute mais bien réel (pour les trouver taper ‘Vailly’ dans le rectangle de recherche). L’autre raison est le fait d’habiter un ex champ de bataille. Nombre de ceux qui résident dans la présence tactile des batailles ont une approche d’ordinaire mesurée de la guerre et sont plus sensibles que d’autres, aussi bien à la vaine gloire qu’au tragique héroïsme.

Souvenons-nous. Dans la paix, pour la paix, rien que pour la paix. Les morts sont inscrits dans la pierre, ils sont trop nombreux, emplissent les marges de la face sculptée. Faudrait-il un jour ajouter un étage, déployer des ailes latérales à ce monument ? La folie des hommes perdure de siècles en siècles. Songeons-y !

Monument VaillyEnsemble sculpté du monumentInscriptionDMonument texte sur l'arrière du monument

Soupir, 9 novembre 2014

L’église de Soupir a été reconstruite, sa sobre élégance extérieure et intérieure mériterait toutefois quelque toilettage.

EgliseSudW Son château de style Renaissance, en revanche, a disparu pour toujours dans les jours et les nuits d’horreur.  château de Soupir avant septembre 1914Commémorer encore et toujours n’a de sens que si l’évocation de l’Histoire, de cette histoire-là en tout cas, sert de leçon. Alors oui on peut fort bien déployer nos étendards, les abaisser « Aux Morts ! », faire déposer des gerbes par les autorités nombreuses qui se sont déplacées, Sous-Préfet, sénateur, député, maires, présidents d’associations patriotiques…si le but ultime est la Paix, à rechercher et trouver impérativement.

"Aux Morts !"PersonnalitesCimW MairesW FanfareW Reconstitution3W

L’extraordinaire du jour fut pour moi la soudaine apparition du soleil derrière l’écran des vapeurs et nuages d’automne soudain dévoilé et déchiré. Dans le lugubre mais organisé « décor » que constituent croix, grès, semis, granite de nos nécropoles (ici alentour ce ne sont pas moins de 22 371 dépouilles gisantes sous nos pieds, toutes nations confondues) tout à coup, vers les onze heures, l’été de la Saint-Martin explosa. On entend en France par cette expression une remontée assez fréquente des températures autour du 11 novembre, fête de saint Martin instituée lors de son inhumation le 11 novembre 397. A cette occasion l’hagiographie du saint relate le fleurissement soudain de nombreux arbustes le long de la Loire entre Candes et Tours. Toujours est-il qu’en ce 9 novembre 2014 par une température très douce voici illuminés le paysage vers l’ouest et la prairie fleurie qui couvre l’ossuaire du cimetière allemand. Jugez-en :

EgliseFleursW CimetiereFlrsW CimAlldPaysage2W paysage du cimetière allemand à Soupirgamme infinie des gris, touches rosées ou bleutées froides, exceptionnel clin d’oeil des cieux aux combattants des nations qui reposent ici

Terminons par quelques lignes du combattant allemand Ernst Jünger toujours friand de notes naturalistes :

25 mai 1917, ferme de Riqueval « Les allées du parc bordées d’épine rose en fleur, et le charme des environs donnaient à notre existence, malgré la proximité du front, une teinte de ces gaietés de la vie champêtre auxquelles le Français s’entend bien. »

Ernst Jünger, Orages d’acier, ‘poche biblio 3110, p. 188.