Archives mensuelles : mars 2015

Cervantès, ses os retrouvés

Vraisemblablement le squelette de Cervantès (1547-1616) a été retrouvé là où lui-même avait souhaité être inhumé. Pour cela il a fallu d’abord reconnaître l’emplacement de l’église détruite dans laquelle depuis 1871 on subodorait sa sépulture. Il y serait inhumé avec au moins seize autres individus, dont un prêtre, selon l’anthropologue Francisco Eetxeberria directeur de l’équipe de recherches. Les registres de 1616 mentionnaient cet état de fait. Les squelettes sont rassemblés en ‘réduction’ dans une fosse située au troisième niveau inférieur de la crypte de l’ancienne église. Il semblerait que les analyses ADN préconisées ne puissent affirmer quoi que ce soit, faute de comparaison suffisante.

Cette nouvelle lue dans Le Monde daté du 19 mars 2015 et signée par Sandrine Morel, correspondante de ce quotidien à Madrid fut pour moi une incitation à relire certains passages du célèbre « Don Quichotte de la Manche ». Là, surprise !

Don Quichotte édition du Club français du livre

Comme si l’auteur avait anticipé son parcours dans l’au-delà dans l’une de ses séquences abracadabrantesques dont il a le secret, nous voici projetés dans une scène extraordinaire où nos héros Don Quichotte, Sancho et Rossinante sont aux prises avec une troupe d’une vingtaine de fantômes chevauchant, ‘enchemisés’ dans des robes blanches ou noires et escortant un cadavre dans une litière. Après les avoir questionnés don Quichotte s’impatiente et décide de foncer dans le tas, lance en avant. Il renverse et poursuit. Le premier jeté à terre, une fois les autres enfuis répond enfin au chevalier : « Je m’appelle Alonzo Lopez et suis natif d’Alcovendas. Je viens de la ville de Baéza, en compagnie de onze autres prêtres, ceux qui fuyaient avec des torches. Nous allons à Ségovie, accompagnant un corps mort qui est dans cette litière. … …nous portons ses os à Ségovie où est la sépulture de sa famille ». Le blessé reproche alors au chevalier redresseur de torts d’agir de bien vilaine manière, ce à quoi don Quichotte rétorque : « Vous cheminiez la nuit, vêtus de surplis blancs, des torches à la main, marmottant entre vos lèvres, et couverts de deuil, tels enfin que vous ressembliez à des fantômes et à des gens de l’autre monde ».

Après quoi Don Quichotte relève le blessé et lui permet d’aller rejoindre sa troupe. Son servant Sancho le qualifie alors du nouveau titre de ‘chevalier de la triste Figure‘ tant sa mine est déconfite et ses traits horribles. Sancho dissuade son maître de courir sus au-devant de la troupe afin de vérifier si le corps dans la litière était de chair ou d’os : « Croyez-moi, l’âne est pourvu, la montagne est près, la faim nous talonne : il n’y a rien de mieux à faire que de nous en aller bravement les pieds l’un devant l’autre ; et comme on dit, que la mort aille à la sépulture et le vivant à la pâture. »

Alors, faute de mieux pouvoir faire, pourquoi les autorités espagnoles ne laisseraient-elles pas les os blanchis de Cervantès et de ses compagnons de dernière heure là où ils se trouvent, refusant de désigner l’un plutôt que l’autre ? Les premiers ne seront-ils pas les derniers ? Cela ne dérangerait en rien l’érection d’un cénotaphe en hommage à l’un des grands auteurs du Siècle d’Or. Et l’aventure de nos héros de continuer, ravissant pour toujours le lecteur qui si longtemps après la mort du célèbre écrivain, sourit encore à la lecture du parcours rocambolesque du trio enchanté à travers la Mancha.

fac similé de l'édition de 1757fac-simile de l’édition de 1757

Notre ronde de mars 2015

Comme nous en avons pris l’habitude (tapez ‘Ronde’ dans le rectangle de recherche) un échange d’accueil réciproque d’auteurs de blogues nous renvoie ce mois-ci au tourniquet suivant :

En conséquence nous avons le plaisir et l’honneur de recevoir sur notre page le texte de l’écrivain et poète Dominique Boudou : dominique-boudou.blogspot.fr qui a rédigé les lignes qui suivent sur le thème commun du ou des « JEUX » alors que nous publions chez mesesquisses.over-blog.fr

                                                  Jeu (X)
Oui, bien sûr, on n’a pas les mêmes jeux à dix ans et à soixante.    Je passerais inévitablement pour un fou si je me promenais dans la ville avec une cape de Zorro ou portant dans un carquois les flèches que j’aurais taillées, pensif et appliqué. Et pourtant… Dès lors que je laisse mon esprit en ses vagabondages, que mon corps même s’affranchit de sa bride… Je suis Zorro. Je suis Geronimo. Modernité oblige, à la faveur d’un remuement dans le ciel, le pur-sang des vastes plaines se change en fusée ionique à l’assaut des galaxies. Tous ces mondes en moi font un joyeux charivari qui abolit les frontières de mes gestes. J’ai mille corps sous la voûte étoilée, mille ombres éparpillées dans la steppe où je galope. Oh ! il ne manquera pas de voix pour arraisonner mes rêves. On garde d’autant plus la tête sur les épaules qu’on s’est mis du plomb dans la cervelle. Tout de même, à votre âge, vous ne croyez pas qu’il serait temps de… Je souris. J’imagine les silhouettes autour de ces voix. Les crânes dégarnis par l’atrabile. Les dos courbés sous le poids des responsabilités. Les yeux délavés faute d’horizon. Ces gens-là n’ont pas vécus, morts avant d’être nés. Je remonte sur mon cheval sans les saluer. J’éperonne mes fantaisies et mes chimères. Je suis hors d’atteinte. j’ai dix ans.
Dominique Boudou

Merci aux organisateurs coutumiers de cette ronde !