Archives mensuelles : mai 2015

Le « Jardin des Poilus »

Ce jardin, au fond comme tout jardin composé, n’existe que par la volonté de ses créateurs, il a du jardin la nécessaire artificialité. A sa manière il raconte un pan d’Histoire et n’appartient à la catégorie des jardins botaniques qu’à la marge. Sa petite surface vous permettra d’en faire rapidement le tour, si vous vous y perdez ce ne sera que par votre imagination.

Dans Paissy suivez la falaise, comme si vous étiez au bord de la mer. Vous êtes arrivés. Notre jardin s’ordonne dans l’opposition visuelle entre le vertical rocheux et l’horizontalité végétale, d’où de nombreuses lignes de niveau en correspondance avec les strates géologiques.
Ce n’est pas sa seule raison de paraître. En effet de sanglants combats affectèrent ce lieu dans les sombres années 1914-1918. Au printemps 1917, le seize avril, fut déclenchée ici la bataille du Chemin des Dames.
Alors pour promouvoir la paix quoi de mieux qu’un Eden parsemé d’arbustes et de fleurs ! Cent ans plus tard vous déambulez en compagnie d’espèces végétales souvent communes sur une faible surface d’un demi hectare, accompagnés de citations d’époque en provenance d’écrits de « Poilus ».
Notre choix : mettre en scène dans ce jardin l’histoire locale marquée par la vie des troglodytes qui ont perforé la falaise pour en extraire la pierre des cathédrales et le drame national et mondial que fut la Grande Guerre. Ici interfèrent la topographie du lieu et le souvenir des Poilus vivifié par des textes qu’ils ont écrits et dans lesquels le monde végétal qu’ils évoquent fut comme un havre de paix, un paradis perdu.
Ouvert les samedi 6 et dimanche 7 juin, de 10 à 12 et de 14 à 18 heures
Chez M. et Mme Boureux Jean-Pierre, 34 rue de Neuville, 02160 Paissy.
Contact :  jpbrx[arobase]club-internet.fr
Coordonnées GPS : 49° 25’ 37,67 N et 3° 41’ 58,30 E
Parking à proximité pour trois voitures, les autres le long de la rue.
Quelques détails supplémentaires ici : http://www.jardindespoilus.wordpress.com
Le « Jardin des Poilus » sur le site national du « Rendez-vous au jardin » :
http://rendezvousauxjardins.culturecommunication.gouv.fr/Histoire-s-de-jardins/Paix-retrouvee

Logo officiel "Jardin des Poilus" Paissy

 

 

 

 

 

un aspect du jardin en mai une arche découpée par la guerre dans le sous-boisci-dessous article du journal « l’Union« , édition de Soissons, datée du 30 mai 2015, p. 12 :

 article L'Union30mai2015W

image Google Earth

image Google Earth

exemple d'un des textes affiché dans le jardin

exemple d’un des textes affiché dans le jardin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nouvelle ronde de mai 2015

Ce mois j’ai le grand plaisir d’accueillir « , http://simultanees.blogspot.fr/  » dans le cadre d’une ronde périodique qui tourne  dans l’ordre du tirage au sort :

écrira chez :
qui écrira chez :
puis :
etc.
chez
chez
chez
Jean-Pierre Boureux : http://voirdit.blog.lemonde.fr/
chez
chez
Dominique Autrou (c’est moi) : http://dom-a.blogspot.fr
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Voici le texte d’Hélène Verdier pour cette ronde :

le mai des phoques

cliché NASA, via Wikipedia

cliché NASA, via Wikipedia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est une immense péninsule, un croc de sable et de marais arrimés à la mer, une curiosité géologique fatalement promise à la disparition. C’était une fin de journée, j’avais envie de bout du monde. Il fallut pourtant s’arrêter, renoncer à l’atteindre, le soleil s’apprêtait à plonger sur les terres dans ce monde à l’envers. C’étaient les derniers jours d’avant le mois de mai.

Il aurait pu habiter, il habitait sans doute, dans l’une des ces maisons — gris d’argent des essentes de bouleau qui se marient au bonheur des lumières de toutes les saisons. Les encadrements blancs des fenêtres transformaient en tableaux les reflets des paysages, ramures encore nues des arrières-hivers en surimpression sur les flamboyances d’automne, et tout ce blanc de neige maintenant délaissé. Il marchait ce soir là sur la plage, sur la fin de sa vie. Son chien noir gambadait, comme gambadent les chiens sur l’étendue des dunes, courses, bonds, volte-faces, arrêts la truffe au vent, amical et joyeux. Sous les lumières jaunes du soleil qui se couche, Il désirait parler.

Tendant la main vers le banc de sable, Il montra les minuscules points noirs agglutinés aux limites de l’invisible, entre terre et océan. Les phoques, dit-il, les phoques sont là — je me souvins alors de la baie de la Somme, près et lointaine derrière l’horizon au mois de mai dernier, les phoques nageaient, plongeaient, gracieux, disparaissant parfois pendant de longs moments pour réapparaître plus loin, et nous les regardions.

Au mois de mai, dit-il, ils sont là, en bancs agglutinés. Ils arrivent, attirés par les saumons dont ils se nourrissent. Puis viennent les  requins blancs qui dévorent les phoques. À l’approche des monstres, on entend alors, a-t-il dit, aux rives de l’océan pleurer les phoques. Les saumons quant à eux ne savent pas pleurer.

Le soleil dessinait sur la dune des portraits en série, le vieil homme en Thoreau, son ombre sur le Cape Cod, et la mienne. Nos vies se sont croisées dans l’ordre des saisons un même mois de mai. Ce mois de mai 1862 il quitta le monde, ce même mois je trouvai ce même et autre monde quelques années plus tard.

HelenePhoto2

HelenePhoto3Cape Cod, 26 avril 2015, Franges du Bray, 12 mai 2015. Clichés de l’auteur sauf mention contraire