Archives mensuelles : février 2016

Dans la caverne le monde chtonien frémit…

Une fois passé l’émerveillement que déclenche le monde souterrain s’il n’est craint, une fois dissipées les idées ordinaires qui voilent l’intimité du monde de la nuit, le spectacle peut commencer. Revenons en images sur « l’émerveillement ordinaire » :

DiaperiesW GouttesW StalacW monde souterrain puis observons avec attention soutenue les parois rocheuses qui bordent notre marche. Ici scintille une toile d’araignée couverte de perles d’eau :

MetaToileW PerlesToileWQue vient faire une araignée dans la grotte ? Il faut savoir que quelques espèces apprécient grandement le nombre considérable de moustiques qui se tiennent à quelques mètres des entrées. Elles tissent leurs toiles parallèlement à la paroi et capturent ainsi ces hôtes grégaires. Dans ma région ce sont des araignées Meta menardi (Latreille, 1804) qui occupent cette niche écologique ; on les trouve parfois également à l’entrée des caves anciennes. Graciles, aux membres allongés poilus colorés de roux, elles peuvent inquiéter le visiteur, mais ne sont pas dangereuses pour notre espèce :

MeaTisseWcelle-ci tisse

MeaProieWcelle-ci mange

MeaRocheW

celles-ci guettent

MetaDessousW MetaTGPWtout comme celle-là, vue de dessous car suspendue au plafond

Plus avant dans la carrière se blottissent au moins deux espèces de papillons, de nuit, évidemment ou pourquoi pas ! Ce sont généralement des Triphosa dubitata qui hibernent là, semblant apprécier leur voisine empreinte coquillère endormie là depuis tant de millénaires  :

Triphosa dubitata

Triphosa dubitata

EmpreinteCoquilleWMais ce sont également ces jolies « Découpures » colorées de brun, d’ocre orangé, ponctuées de points blancs et équipées de chaussettes comme portent des jeunes filles nippones des mangas ou de la rue :

Scoliopteryx libatrix, "la Découpure"

Scoliopteryx libatrix, « la Découpure »

Etrangement, bien étonnemment, elles peuvent être couvertes de perles d’eau, minuscules gouttelettes qui ne se rejoignent pas et demeurent en l’état sur l’insecte. Combien de temps ? Je l’ignore tout à fait :

Découpure couverte d'eauIl en est de même de quelques chiroptères tels des petits murins et des pipistrelles, que je ne photographie guère pour ne pas déranger leur longue sieste hivernale.

Plus curieux encore, serait-ce ce « M » que les découpures portent au sommet des ailes antérieures qui les incite à passer à l’acte ? J’en doute, cet ‘aime‘ bien entendu, est pour les lettrés, pour les adeptes de l’anthropomorphisme réducteur et nullement pour ces hôtes de la nuit éternelle. Pourtant j’ai bien souri, tout comme vous, peut-être en voyeurs de scènes copulatives que la torche allume soudain et anime dans son halo blafard :

accouplement de "découpures"

accouplement de « découpures »

Vous voudrez bien excuser svp la médiocrité de la photographie, mais il me fallait me tenir accroupi dans le boyau et je n’ai pas pu fignoler les aspects techniques du cliché.

Que de beautés, même en la nuit, et notre satellite ne démentira pas, j’en suis certain ; tant de merveilles sont à découvrir pour les futurs plongeurs, en la Mer de Tranquillité et ailleurs, sans compter la face cachée d’autant plus intrigante et qu’hélas je ne peux vous montrer.

lune du 16 février 2016 vers 17 h 30

lune du 16 février 2016 vers 17 h 30

LuneNuit16Fevrier19H30Wlune du 16 février 2016 de nuit, vers 19 h 30

quant à la magie du conte nocturne estival, je me permets de vous renvoyer vers cette page de ce blog :

http://voirdit.blog.lemonde.fr/2009/08/12/songe-dune-nuit-dete/

Ronde de février 2016

Notre « Ronde » fait son retour ce mois et j’ai le plaisir d’accueillir les lignes et illustrations de Céline Gouël  alors que moi-même je publie quelques réflexions chez Guy Deflaux. Voici le sens de circulation de cette ronde :

JP Boureux chez Guy Deflaux, chez noël talipo, chez Élise L, puis quotiriens, Dom A, Hélène Verdier, un promeneur, Céline Gouël, JP Boureux

 

Vibrations invisibles 

Airs des saisons
Atmosphères

Lieux et cocons
Intimes repères

Nos pas de sable
Nos pas de neige

Nos larmes
Nos fables
Nos que sais-je

Nos pas là
Passent

La mémoire seule garde
Les invisibles traces


Nos mains à terre
Nos boues
Nos formes à extraire
Aux traces infinies

Preuves d’épreuves
A l’existence prouvée

L’esprit s’éveille
Aux traits d’encres
Ancre son trait

La mémoire seule garde
les vibrantes traces


Nos songes éponges
Longent la vie
Emprise d’empreintes
Relais d’un tissage d’âges

La transmission
Se porte en poids,
Se passe en pont
Se tient au fil
Se respire

Seul le sensible garde
La mémoire des traces.

Merci à notre maître de danse et à nos participants !

 

Giboulées en février

ça se couvre !« Le temps se couvre, ça se gâte ! Entend-on sur le zinc, en même temps que : « y a plus de saison ou le temps est détraqué ! » Fichtre alors. Serait-ce un effet du réchauffement climatique qui déclenche un mois à l’avance ces célèbres perturbations cycliques nommées ‘giboulées de mars‘ et que nos voisins anglais si originaux de caractère disent d’avril ?

Toujours est-il qu’hier 12 février et déjà lundi et mardi dernier des nuages chargés de lourdes gouttes puis de grésil lachêrent sur nos contrées de copieuses draches ; cette fois c’est le Belge qui s’exprime dans ce terme évocateur, allusion certaine à ces autres tournures signifiantes de « vache qui pisse » ou de « bâche qui perce« . Le mot ‘giboulée’ serait quant à lui la déformation de l’occitan « giaconda« .

De l’horizon sud, entre Mont de Fléau et Plateau de Madagascar qui bordent les rives de l’Aisne au niveau de la bourgade Bourg-et-Comin cavalcadent vents et nuées qui voilent d’or un pâle soleil d’hiver.

averse

entre or et nacre on ne sait trop qu’admirer en premier

Puis s’exprime le déluge, la vitre extérieure du double vitrage en est toute troublée tandis que le cliquetis léger propre au grésil grésille. Derrière le rideau de pluie le paysage a disparu de ma vue.

la drache

Cependant le filtre polarisant, ajouté au violent contre-jour, produisit un bokeh inattendu bien que prévisible : la faible lumière d’hiver impliquait une grande ouverture et donc une courte profondeur de champ favorable à ces effets parfois agréables. Au reste, une fois le soleil en faction cet effet se teinta, en rappel à la situation antérieure, de merveilleuses franges dorées.

L’atmosphère lumineuse me renvoyait alors de mémoire au Victoria and Albert Museum vers les toiles ‘atmosphériques’ de Frederik Walter, imprécises dans mes souvenirs, tandis que la forme des gouttes déformées en pastilles et leur positionnement sur la toile

gouttes d'or me rappela immédiatement une oeuvre de Redon que je savais où trouver. Cela se fît en effet lorsqu’ayant tiré d’un rayon l’ouvrage : « Redon » par Anne Marie Mascheroni, Edda Fonda et Florence Cadout, CELIV, 1989, n°44, je découvris de nouveau avec plaisir la toile intitulée « l’Arbre rouge » sur laquelle la floraison disperse sur les branches des gouttes florales argentées si proches de celles dorées de la vitre :

Odilon Redon, l'Arbre Rouge

Odilon Redon, l’Arbre Rouge, collection particulière.

Tout cela parce que mémoire et instant se confondent à la faveur de variations ‘climatériques’ infinies et que les sentiments qui affluent en surface de pensées s’alimentent dans les mélanges de tonalités que culture et événements tricotent sur une trame légère et aussi mouvementée que nos giboulées de mars qui pointent le museau en février.