Des départs, une ronde d’échanges épistolaires.

Ce vendredi,  pour les Vases communicants de février (merci à Scriptopolis, Tiers Livre et à Brigitte Célérier) une ronde, un échange à sept plumes sur le thème des départs avec Elise L.JW.Chan, Dangrek, Quotiriens, Dominique Autrou,

Sur ma page publie ce jour Dominique Autrou : http://dom-a.blogspot.fr/ sous la forme de son récit intitulé « la bouée en caoutchouc » :

«… dans les champs de l’observation, le hasard ne favorise que les esprits préparés …»

                                                                                      (Louis Pasteur, conférence du 7 déc. 1854)

On n’allait pas partir comme ça, de gaieté de cœur. Il fallait un motif solide. La guerre, par exemple. Ou plutôt une campagne de pacification, euphémisme accablant du langage militaire. Partir c’était, bien sûr, partir presqu’à poil, emmenant juste avec soi les casseroles, névroses, complexes, tout cela dans la même carcasse qui nous vaut carrosserie ; inconsciemment, malgré la volonté (ou la contrainte) qui nous font bouger, un lourd bagage qui peut s’ouvrir, patatras, au meilleur moment, un encombrant qui se rappelle à nous. Quand le bagage est beau, il risque tout de même de répandre sa nostalgie n’importe où, quitte à provoquer le fiasco. Revenir avec un paludisme serait un moindre mal, une syphilis n’y pensons même pas.

Horizontalité, assez revêche, d’un côté ; plan romantique certes, un peu trop même, on sent l’opportunité d’une pose dans la ruine. Crozon (ou Morgat) n’inspirent pas d’emblée la lascivité. Vêtements d’hiver, allure fixe  (déterminée ?) on entendrait presque un silence — plein — dans une sonate de Brahms. Et c’est une respiration sans les parents, ni les enfants apparemment (ou alors ils ont été délimités). En tous cas il y a eu plaisir, plaisir de circonstance mais plaisir, on se garderait de toute critique formelle si l’idée nous en venait. C’est une caresse, une tendresse d’œil. Le départ est proche et l’absence sera longue, très longue.

Et puis il y a, à dix mille km de là (et le mois suivant, et sur le même film 35 mm dont  on comprendra bientôt la solitude parmi les autres bobines accompagnées de leurs tirages) cette inconnue dansant avec sa chambre à air – bouée (Michelin, forcément) et qui semble — on se souvient de l’expression — ne pas avoir froid aux yeux. Son regard, à l’instar de la mise en scène bretonne, dit aussi la pose, manifestement elle la tient le temps de la photo, docile sous le photographe, immobile autant qu’elle le peut dans un élément liquide familier si l’on en croit la position des jambes et des pieds, dont les doigts, on l’aura vu immédiatement, sont faits. Des ongles de pied vernis, à Chup, dans la jungle ? Improbable, on doit être à Kampong Cham, ou alors au Cap Saint-Jacques ? En butte à tant de conjectures, inutile de se perdre, l’interrogation est troublante, d’ailleurs, et l’insolite n’est pas tant dans la question que dans son motif. Il serait plus judicieux de simplement se laisser aller, se perdre dans ces yeux ; de noyer son imagination au chaud, par procuration, ailleurs. Proust préconisait de laisser les jolies femmes aux hommes sans imagination ; aux militaires, par exemple ?

photographies : coll. de l’auteur

 

 

9 réflexions au sujet de « Des départs, une ronde d’échanges épistolaires. »

  1. quotiriens

    Vos deux images font plus qu’une maïeutique de la nostalgie, elle la montre. Elles m’évoquent la traversée d’une filière quand nait un personnage avant de devenir un souvenir. Comme nous tous.
    Souvenir-personnage acéré à la silhouette déchirée comme le granit et espiègle chiot pataud pour qui on se jetterait volontiers à l’eau.
    Le militaire, quand à lui, n’est qu’un mâle nécessaire…

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    1. voirdit Auteur de l’article

      @quotiriens,
      Quelle opposition entre souvenir-personnage à la silhouette de granit et chiot pataud ! Pour continuer sur la même verve je dirais alors volontiers du militaire, quel para bel homme !

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  2. Louise Blau

    au delà du cadre et des personnages, auxquels on s’identifierait volontiers, à l’une comme à l’autre, il y a les regards, l’un absent, tourné vers l’invisible, l’autre, présence sans sourire, interrogations, dans l’apprentissage de la nage ? On s’interroge sur le lieu, la scène, le personnage, et on se projette, du simple détail (un maillot de bain semblable à un maillot porté, autrefois), à la relation à soi-même comme à l’autre ce recolteur d’image, que l’on aurait pu être, aussi bien (dans le circonstanciel, mais pas dans le qualitatif). Quelles images, quelle histoire.

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    1. voirdit Auteur de l’article

      @louisevs,
      L’auteur photographe répondrait sans doute par des précisions que l’observateur n’imagine pas même. Ici se révèle toute la différence en art entre le créateur et l’amateur collectionneur ou encore le critique. Il est intéressant de constater parfois l’immense écart entre la volonté ou les intentions de l’auteur et celles qu’on lui prête.

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