Pierrefonds,Vailly-sur-Aisne…, des bourgs d’archerie.

Parmi bien des bourgs et villages du Valois, Vermandois et du Soissonnais Pierrefonds et Vailly-sur-Aisne honorent la tradition de l’archerie. De longue date incorporée aux coutumes ancestrales l’archerie a correspondu dans un premier temps à la nécessité pour le pouvoir de s’assurer le contrôle du territoire par l’intermédiaire de groupes armés sous contrôle. Il semble que dès 825, en lien avec le culte de saint Sébastien dont les reliques avaient été apportées à Saint-Médard de Soissons, cette abbaye et son abbé eurent le privilège d’être nommés’ grand maître des archers du royaume‘. Sans aller aussi loin dans le temps il n’est pas sans intérêt de noter la présence de miliciens de Vailly à Bouvines (dimanche 27 juillet 1214) par exemple, ou encore l’intérêt de l’archerie dans les armées anglaises et françaises durant la guerre de Cent-Ans. A Vailly une confrérie des archers existait au moins depuis 1666, elle avait offert à cette date un tableau représentant saint Sébastien pour la chapelle de ce saint.

Les archers s’entraînent au tir dans des ‘Jeux d’Arc‘, entre deux buttes avec cibles. D’où la présence de nombreux ‘Jeux d’Arc dans nos villages. Ils pratiquent également le ‘tir à l’oiseau‘ qui consiste à abattre une figurine d’oiseau fixée sur une haute perche. Celui qui l’abat est nommé ‘roi‘ ou même ‘empereur‘ s’il renouvelle son exploit trois fois de suite.

Une autre tradition est celle des ‘Bouquets provinciaux‘ qui sont des fêtes populaires très suivies au cours desquelles une compagnie en reçoit une autre de la même ‘Ronde‘ et offre un bouquet lors d’une parade organisée selon des règles très précises. Nos églises conservent souvent dans des chapelles ‘Saint-Sébastien’ ces vases et bouquets ainsi que les ‘fleurs cantonales‘, autres fêtes traditionnelles propres à l’archerie.

Des archers de Vailly s’entraînent au tir à l’arc au début du XXe siècle. Une statue de plâtre de Saint-Sébastien garnit le fond de l’allée. Elle a été enlevée pour la préserver, fausse solution aux problèmes sociétaux contemporains.

Les ‘promenades du Jeu d’arc’ ainsi que ‘les promenades’ constituent à Vailly un parcours piétonnier arboré qui occupe la place des anciens fossés de défense rebouchés. Ailleurs ils peuvent être nommés ‘mails’ ou ‘boulevards’ = ‘Bollen ward’ lieu de dépôt des boulets de canon sur la partie plate du talus de fossoyage.

A l’occasion des ‘fêtes Jeanne d’Arc’ issues de la canonisation de notre héroïne nationale au parcours très étrange les reconstitutions historiques, cavalcades et autres parades ont souvent présenté des archers sur le modèle supposé des temps médiévaux. La photographie ci-dessous tirée à partir d’une plaque négative sur verre montre l’une de ces fêtes à Vailly le dimanche premier août 1909 qui avait alors attiré une foule considérable.

fêtes Jeanne d'Arc en 1909 à Vailly-sur-Aisne

arc, flèches, housse et carquois

Arc d’acier, flèches, housse et carquois. Années Vingt, provenance Pierrefonds.

Oiseau de bois utilisé pour le ‘tir à l’oiseau’. Le ruban est posé après le tir.

Le lieu le plus approprié pour compléter vos connaissances sur les traditions de l’archerie est le ‘Musée de l’Archerie et du Valois‘ implanté à Crépy-en-Valois. Cette année il présente tout spécialement des pièces anciennes de ses collections et d’autres obtenues par prêt auprès de Compagnies locales. (30 mars -28 juillet 2013)

http://www.musee-archerie-valois.fr/

Il s’associe également cette année au ‘Musée Antoine Vivenel‘ de Compiègne qui lui aussi présente une exposition sur le thème de l’archerie. Compiègne vient en effet d’accueillir un ‘Bouquet provincial’ le 12 mai dernier, après ceux de 1905, 1923, 1951 et 1989. On constate que la fréquence de retour de ces ‘Bouquets’ est d’environ 20 à 30 ans.

http://www.musee-vivenel.fr

petit vase commémoratif de pacotille fabriqué pour le Bouquet provincial de 1933

Le Bouquet provincial du 28 mai 1933 à Pierrefonds a fait l’objet d’un rapport intéressant dans la revue de qualité ‘L’Illustration’, dont cette première de couverture tout à fait significative.

grand vase céramique conservé dans la chapelle Saint-Sébastien de l’église N.-D. de Vailly-sur-Aisne, fabriqué à l’occasion du Bouquet provincial du 2 juin 1935. Socle malheureusement brisé et recollé.

Enfants, à vos arcs ! parents ‘au berceau’ *! maintenons nos traditions.

* berceau : désigne ici le chemin couvert en forme de voûte conduisant au jeu d’arc ou au tir à l’oiseau. Orthographié « Bersaut » à Vailly-sur-Aisne

jeunes filles de Pierrefonds le 19 juin 1932 ; Renée Dennel porte le bouquet, à gauche.

19 juin 1932, Pierrefonds. Renée Dennel, en avant-plan

 

8 réflexions au sujet de « Pierrefonds,Vailly-sur-Aisne…, des bourgs d’archerie. »

  1. Philippe de Bois-Guillaume

    « Chapeau bas ! »
    « Avoir plus d’une corde à son arc » ou « Faire flèche de tout bois », voilà des expressions s’adaptant bien à notre historien-poète. Fort expressives si l’on ose dire, ces
    expressions, éloignées des actuelles abstractions, ne seront probablement pas pour lui déplaire.

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    1. voirdit Auteur de l’article

      Me déplaire certes non, cher et habile de Bois-Guillaume, titre qui au fond fleure bon l’archerie d’un Robin et peut-être même d’un prince. Tout juste pourrai-je souligner l’ambivalence de la troisième expression qui peut parfois s’entendre comme une pratique opportuniste et sans que cela relève par ailleurs d’une quelconque immoralité. Disons que le tireur est dans le mille et ne décochons plus. Et si l’historien se fait poète, l’archer ne reste pas au logis mais pratique le terrain. Mille grâces enfin à la langue française qui autorise tant de jeux de mots. Pour compléments : un grand-oncle était archer à Pierrefonds et je suivais adolescent le défilé des archers se rendant au tir à l’oiseau à Vailly-sur-Aisne ; ils empruntaient pour cela la rue du Bersault, nom mal orthographié parce que le sens s’en est perdu. Il s’agit de fait de berceau, chemin recouvert de végétation en forme de voûte, ce pourquoi j’ai conclu par ‘parents à vos berceaux’ sans commentaire et donc à tort. Cette rue étroite menait d’un bout à l’ancien rempart bordant le fossé au-delà duquel est implanté un boulevard, de l’autre à la ruelle de Boute-en-Gueule, toponyme désignant cette fois un endroit mal famé où l’on arrachait la bourse des passants imprudents. C’est une ruelle bien étroite dont on constate ailleurs la présence (le lieu qui me vient immédiatement en mémoire est Saint-Rémy de Provence) et qui se situe au pied de la muraille côté ville, elle donnait accès au chemin de ronde en certains points de son parcours. On reste avec les archers en cheminant ainsi dans le temps et l’espace.

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  2. Louise Blau

    Décidément, les statues de Saint Sébastien ont bien des soucis : jugées parfois trop « suggestives » y compris par le clergé, comme le montrent les compte-rendus d' »inspection » des évêques lors de leurs visites pastorales (XVIIe et XVIIIe). Ce n’était bien sûr pas le mot employé, on parlait « d’indécence » (mais dans un sens plus large qu’aujourd’hui) et la moindre fissure suffisait pour une mise au placard ou un enterrement, au sens propre, ou bien une large couche de badigeon blanc qui atténuait l’expression quelque peu langoureuse de la souffrance.

    Vous nous réservez toujours des surprises en dehors des sentiers battus par l’actualité, dans le domaine de l’histoire, de la botanique, … et c’est un plaisir.

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    1. voirdit Auteur de l’article

      Effectivement les temps et les moeurs…. Les feuilles de vigne ont tant revêtu les peintures, à Fontainebleau et ailleurs, que le doigt de Dieu finit par ne plus rien montrer du tout. Dans les années 60-70 on a défolié, presque en même temps que le liquide défoliant s’abattait sur l’Asie du sud-est, aujourd’hui on rhabille un peu. Bref, souvent l’homme varie, bien fol qui s’y fie ! En tout cas Sébastien n’eut guère le temps de songer à tout cela. Merci pour votre élogieuse appréciation, encourageante, propre à m’inciter de continuer l’aventure, tout comme vous d’ailleurs. Si la vie mérite d’être vécue, elle passe aussi par cet air du temps, dépoussiéré, vivifiant et somme toute heureusement paisible.

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  3. Nicole Douay/Rommechon

    Mon mari découvre avec plaisir ces photos……sa famille est installée à Pierrefonds depuis…..1817….nous avons lu votre blog sur Louis Boureux…..qui est très intéressant….mon mari a découvert….le nom de Fayard….Henriette( dite Suzanne) habitait en face de chez eux….ils l’ont toujours fréquentée…et ils se sont toujours considérés comme des cousins (vraiment à la mode » plus que bretonne »)…………(Beaurenault/Duchêne)……(mes parents et mon frère connaissent bien Yana)

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    1. voirdit Auteur de l’article

      Cela me fait bien plaisir de lire vos lignes. En effet pour ma grand-mère et ma grand-tante les ‘Rommechon’ont toujours été considérés comme des proches et je me souviens qu’enfant il m’est arrivé d’accompagner ma grand-mère Sophie -tout le monde l’appelait Mariette- dans des visites aux familles pétrifontaines dont la vôtre. L’intérêt du web et des blogs est de réveiller des souvenirs un peu enfouis mais qui retrouvent ainsi une seconde vie en refaisant surface.

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