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Exaucée ! Tournus, 8 juin 2017

Le bandeau autoroutier se déploie sans cesse tel un mirliton et lasse mon regard, Tournus est fléché, j’y retrouverais volontiers les volumes novateurs de l’architecture de Saint-Philibert, dans son choeur, sa galilée, sa crypte, clignotons en sortie !

Novatrice parce que la première identifiée, la circulation dans le déambulatoire, bien qu’encore incomplète est plaisante. La salle principale de la crypte sous-jacente favorable à la méditation élève la vue au long de ses fines colonnes ornées de chapiteaux très frais.

Connue des spécialistes de l’art roman l’architecture du sanctuaire plaît tout autant au curieux qui se sent bien là. Et la chapelle supérieure de l’avant-nef (ou galilée) surprend par l’audace de l’architecte pour ce début du XIe siècle.

Quant à moi je viens également pour l’aigle du lutrin de l’ambon, signé par l’orfèvre Goudji que je retrouve chaque fois avec la même émotion esthétique, de l’art intemporel. J’apprécie également le style des rares mosaïques du déambulatoire, dont ce chasseur à l’oiseau si représentatif d’une partie de la vie seigneuriale médiévale et qui, peut-être, se perchera tantôt sur ce lutrin .

Quant à la vision par la face sud-est elle offre depuis le cloître un aperçu de l’élégante massivité des structures romanes encore de petit ou moyen appareil et que des lésènes animent par leur jeu d’ombres et de lumières raffinés.

En ville les traces du moyen-âge apparaissent dans l’architecture civile où l’on observe ici et là quelques vestiges faciles à lire, par exemple l’emplacement à peine modifié des étaux de marchands dans les rues du bourg proche de la Madeleine :

Ne serait-ce que pour tout cela j’aime à revisiter Tournus. Ce n’est pas tout : le musée  Greuze et de l’Hôtel-Dieu, lové lui dans une architecture Grand Siècle fonctionnelle et de taille humaine a lui encore de quoi vous séduire. Il raconte les efforts des hommes et femmes de ce temps pour soulager les misères humaines, de par son hôpital, façon « hospices de Beaune » en plus modeste et les attributs qui le caractérisent. L’étain et le bois ont ici quelque chose de réconfortant ou rassurant, sous le regard de Dieu en sa chapelle. Le Musée « Greuze » en ses murs présente bien entendu quelques oeuvres de ce peintre très réputé en son temps ainsi qu’un ensemble archéologique, panorama régional des civilisations préhistoriques, gallo-romaines et mérovingiennes pour l’essentiel. J’en retiens un bien curieux coffret d’ophtalmologiste pour le traitement de la cataracte (vous n’en croirez pas vos yeux !) ainsi qu’une casserole au fond très étudié et fort ‘design’.

trousse d’ophtalmologie

Et même, et encore, et en plus, j’oubliais presque le titre de l’article : « exaucée ». Mais bien sûr, c’est cela qu’elle souhaite cette ingénue, qu’on vienne la voir, la surprendre en son désir le plus profond. Et bien oui, elle est exaucée, nous sommes devant elle, dans sa rêverie et son imploration.

Nommée « la Prière » une toile très connue de Jean-Baptiste Greuze est exposée au musée Fabre de Montpellier. Ici  nous sommes en présence d’une copie exécutée par une élève talentueuse et jusque-là inconnue de Jean-Baptiste Greuze, récemment offerte au musée par un descendant de la famille de la copiste. Je suis certain qu’un jour ou l’autre, vous aussi allez quitter l’autoroute pour venir la surprendre en ses songes qui seront dès lors les vôtres, car l’art s’approprie pour vivre mille vies. Voyez plutôt, ou mieux, venez voir plus tard !

D’autres surprises vous attendent en ce musée, dont une exposition temporaire de bonne facture consacrée au peintre tournusien Paul Perreaut et bien entendu des oeuvres de Greuze et des sculptures du XIXe siècle, au sujet desquelles vous serez peut-être attentif comme paraît l’être le visage inquiet de la femme de cette sanguine de l’artiste, qui semble désapprouver quelque chose. Serait-ce le désir ardent d’un faune ?

gros plan sur un plâtre (1893)de Bénédict Rougelet (1834-1894) intitulé : « Faune et faunesse »

Pour en savoir plus : http://www.musee-greuze.fr/expositions-en-cours

N’hésitez pas à poser des questions au personnel du musée, attentif aux demandes des visiteurs.

« Villedo » et Reims

Laissons « Villedo » et l’île de Sumbawa, bien lointaine, bien proche pour nous intéresser ce jour à Ville-Dommanche vu par un auteur qui rédige en 1827. Ecriture fort éloignée de notre temps, esprit cultivé qui fait référence aux cultures chrétienne et antiques selon l’habitude de cette époque toute imprégnée de références gréco-latine et biblique. L’article est long, nous ne donnons qu’un large extrait.

Il est encore nécessaire de préciser que d’un point d’observation tel que la colline de Saint-Lié le paysage est un « belvoir, un beauvais, un montmirel, un beauregard… », soit un lieu d’où l’on voit au mieux et qui, en principe, se voit également de loin. Tel est bien le cas de Saint-Lié, visible autrefois depuis Reims, et endroit où la vue s’étend jusque Reims et l’étendue de la Champagne environnante. Pas surprenant qu’il fut un lieu sacré hérité des cultures celte, romaine et leurs héritières successives. Ici souffle de par nécessité le vent des âges, sans commencement ni fin. Ni finalité mais avec faim. Nous donnons sens aux choses qui n’en ont pas, c’est bien ainsi.

Tableau historique statistique et topographique de la montagne de Saint-Lié, et des villages de Ville-Dommange et Sacy, canton de Ville-en-Tardenois, arrondissement de Reims, département de la Marne, présenté à la société d’agriculture, commerce, science et arts du département de la Marne en 1827 par Povillon-Piérard, de Reims, l’un de ses membres correspondants.

                « En effet il suffit de choisir la plus belle journée, soit en été, soit en hiver, pour apprécier les jouissances que procurent à l’œil et à l’âme du voyageur les lieux qu’on découvre lorsque l’on est sur cette montagne. Au lever de l’astre du jour, et lorsqu’il commence à dorer les guérets de nos campagnes, on voit la ville de Reims dans toute sa plus grande étendue, sortir d’une épaisse rosée, et semblait s’élever vers le ciel avec cette belle forêt qui borde si avantageusement ses murs de ce côté ; autour d’elle et dans le lointain on croit voir à ce même moment toutes les montagnes qui l’environnent prendre naissance de ces nuages légers qui en surgissent, afin de ceindre cette ville superbe d’un double diadème formé par la nature. Les vastes plaines, les riches prairies, plus de trente-deux villages qui se trouvent dans cet espace de près de vingt lieux de circuit, attendent ainsi que les rayons de cet astre, principe de chaleur et de vie, les faisant naître peu à peu, en les dégageant de ce fluide nutritif, qui en se balançant majestueusement devant lui, se perd insensiblement dans l’atmosphère, pour y reparaître encore à son coucher, et recommencer nos jouissances. … …

                La Vesle, cette belle naïade aux cheveux argentés, et qui lui tresse, le matin et le soir, de ses mains humides, une couronne de nuages légers, verse à ses pieds son urne salutaire, si chère à la santé des habitans de cette ville, et si précieuse pour leur industrie. Çà et là s’élèvent majestueusement de vastes bâtimens, vrai s foyer d’activité commerciale ; partout aussi sur les bords fleuris du lit de cette nymphe rémoise, sont des usines utiles à la vie de plusieurs milliers d’individus, peuplant l’immense terrain que nous explorons. »

                L’auteur évoque encore, plus loin, « Bacchus majestueusement assis sur sa pente, et le thyrse à la main montrant avec orgueil son vaste empire établi sur cette longue chaîne de montagnes et de collines. … À nos pieds et sur la pente de la montagne de Saint-Lié, ce n’est plus Bacchus au visage rubicond, qui y étale ses brillantes productions mais Vertumne, assise sur un modeste gazon qui de ce côté tapisse la montagne, et semble se perdre dans un espace de terrain moins fécond encore. » Précédemment il avait mis en valeur l’histoire religieuse de Reims et celle de la paroisse Notre-Dame de Saint-Lié qui contrôlait Jouy, Villedommange, Sacy, Clairizet et Saint-Euphraise, non sans avoir longuement évoqué la vie de saint-Lié, la dédicace à Saint-Jean Baptiste en 830, le transfert des reliques du saint éponyme après sa mort qui est datée de 533 ou 534.

Reims et les villages proches de Villedommange depuis la butte de Saint-Lié

La butte de Saint-Lié mesure environ 150 m x 120 m, elle a une élévation d’environ 5m par rapport aux vignes environnantes et se situe à une altitude de l’ordre de 225 m. Nous donnons ici une vue aérienne extraite du site Google Earth. Nous terminons l’article par la photographie de la sculpture figurant Notre-Dame de Saint-Lié, bien connue des pélerins et des promeneurs.

Bois des Buttes 17 mars 2016

Excellente initiative que cette commémoration du 17 mars 2016 devant la stèle « Apollinaire« , appréciée des amoureux de la langue française et de tous ceux qui ressentent une certaine empathie envers tous les hommes de souffrance qui eurent à fréquenter le Chemin des Dames en ses heures tragiques. Aujourd’hui encore des entonnoirs ou plus modestes trous d’obus parsèment ce « Bois des Buttes » situé entre Pontavert et La Ville-aux-Bois-les-Pontavert, trois petites buttes âprement disputées entre Français et Allemands tout spécialement en 1914 et 1916.

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La Ville-aux-Bois depuis la tour d'observation de Craonne

La Ville-aux-Bois depuis la tour d’observation de Craonne

BoisButtesTrouObus2015WQuelques phrases utilement prononcées ont replacé et le poète et le lieu dans leur contexte historique et culturel. Des sons de cordes frottées se sont mêlés à ceux du très léger murmure des branches du sous-bois. Recueillement et remembrance. Puis dans le ciel azuréen se sont envolés des ballons porteurs des vers ou phrases du poète que des élèves du Collège de Corbeny avaient sélectionnés, après en avoir prononcé quelques autres devant le public.

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Comme un clin d’oeil de l’artiste Laurent Tourrier ou celui d’Apollinaire vers nous, le temps ne compte plus…

ViolonW SteleAppoPeintureW ElevesW Ballons2W Ballons1WCent ans après jour pour jour, quasiment heure pour heure… des gestes et des mots simples pour tenter de dire, de rappeler l’indescriptible. Ce qu’avait déjà accompli Yves Gibeau ici en 1990, ce qu’il a aimé et tenté de faire partager urbi et orbi sur la surface du Chemin des Dames, spécialement dans les dernières années du XXe siècle. Je me remémore une discussion à bâtons rompus autour d’une table dans un restaurant rémois lors de l’une de ses interventions pour les lycéens de notre lycée, en compagnie de quelques collègues.  Sur le marbre il a aussi sa place, quand il repose plus haut et plus au nord de ces trois buttes, dans le petit cimetière de l’ancien Craonne, autre butte ensanglantée.

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cimetière du vieux Craonne

la tombe d’Yves Gibeau toujours fleurie, parmi des tombes de l’ancien cimetière de Craonne, village totalement détruit et reconstruit à son pied après la Grande Guerre ; photographie du 16 avril 2015

Naguère, encore élève du lycée de Soissons, approchant pour la première fois l’écriture de Guillaume, vers 1964, j’avais ciselé dans le cuivre d’un plateau de balance Roberval l’un de ses poèmes de ‘Calligrammes’, Le jet d’eau :

PlateauEntierW plateau de balancepour approfondir :

La lettre du Chemin des Dames, n°36, mars 2016, plus spécialement l’article de Guy Marival, p. 6-10

Ours et cerf affrontés sur la façade de Notre-Dame de Vailly-sur-Aisne

localisation des deux sculptures sur la façade

localisation des deux sculptures sur la façade

Perchées au-dessus des contreforts latéraux du portail principal de l’église paroissiale deux sculptures très usées par le temps exposent deux animaux dont l’un se rencontre dans nos mémoires (excepté là où il a été réintroduit) et l’autre dans nos grandes forêts. Il s’agit de deux espèces qui partagent avec l’homme une longue destinée et qui ont marqué les esprits par des récits colportés au fil des siècles, des légendes et toute une imagerie.

ours tenant dans sa gueule un animal (mouton ?)

ours tenant dans sa gueule un animal (mouton ?)

dessin d'interprétation des deux sculptures

dessin d’interprétation des deux sculptures

Sur le contrefort central de gauche, « à tout seigneur tout honneur » : l’ours.

Il tient dans sa gueule un agneau. Il fut durant des siècles le roi des animaux, devant le lion. Mais au moment où est construite la façade de l’église, vers la dernière décennie du XIIe siècle, tel n’est plus le cas. Sa chasse fut vivement appréciée dans l’Antiquité, tout comme celle du sanglier, ce sont des animaux assimilés au guerrier, porteurs de courage et d’audace virils. Puis à partir du VIIIe siècle et jusqu’au XIIe siècle, l’Église va provoquer la chute de l’ours pour le remplacer par le lion, porteur d’une culture méditerranéenne et biblique encore présente au sud de l’Europe. D’animal prestigieux l’ours va devenir animal ridicule de foire, à moins qu’un personnage doté de sainteté ne vienne à l’apprivoiser, soulignant ainsi la puissance divine sur la nature et le passage de la bestialité à l’humanité. Ainsi les saints Colomban, Corbinien, Gall, Rustique et Vaast relient l’ours à un épisode de leur vie.

ours dressé par saint Corbinien, broderie contemporaine par Sœur Marie-Dominique, bénédictine de l'abbaye de Limon, cathédrale de la Résurrection d’Evry

ours dressé par saint Corbinien, broderie contemporaine par Sœur Marie-Dominique (bénédictine de l’abbaye de Limon), dans la cathédrale de la Résurrection d’Evry

Des théologiens à la suite de saint Augustin, « Ursus est diabolus » font de l’ours un représentant du Diable, décrié qu’il est dans plusieurs versets bibliques. À la fin du Moyen-Age, l’ours devient même l’illustration de quatre péchés capitaux sur sept : colère, luxure, paresse, goinfrerie ; seule sa femelle est parfois revêtue de qualités, comme l’est aussi celle du léopard, les seuls rivaux du lion dans les bestiaires. L’ourse est bonne mère quand l’ours est voleur et violeur.
Largement entamée dans les premiers siècles du Moyen-Age la déchéance de l’ours va être proclamée dans les deux derniers par la propagation rapide et étendue de ses méfaits, transmise en particulier par le célèbre « Roman de Renart ». Même si parfois Brun le baron négocie en diplomate, représente Noble son roi ou devient chef d’armée, il est avant tout porteur de naïveté, maladresse et stupidité dont se gausse Renart le goupil.

cerf broutant, sculpture

cerf broutant parmi les rameaux

En vis-à-vis, au-dessus du contrefort central de droite, un cerf qui broute dans les rinceaux, bois étendus le long du col.

La chasse du cerf fut vilipendée durant l’Antiquité. Ce gibier n’est pas courageux, sa viande est molle et peu hygiénique : « Tu laisseras le cerf au vilain », conclut le poète Martial au premier siècle. Cette mauvaise réputation va durer longtemps et ce n’est guère qu’au XIIIe et surtout XIVe siècle que le cerf va devenir l’espèce la plus noble à chasser. Le plus célèbre traité de vénerie français rédigé dans les années 1387-1389, le « Livre de chasse » de Gaston Phébus, comte de Foix, met spécialement en avant la chasse à courre de ce gibier et bien d’autres témoignages écrits vont dans le même sens, le cerf est devenu gibier royal par excellence. L’Église, généralement opposée à la chasse va privilégier, comme pis-aller, la chasse du cerf plutôt que celle du sanglier ou de l’ours. Elle s’appuie en outre sur les Pères de l’Église et la tradition latine pour mettre en avant l’aspect solaire du cerf, médiateur entre le ciel et la terre. L’hagiographie met en scène des saints et un cerf porteur d’une croix lumineuse entre ses bois, ainsi Hubert ou Eustache, chasseurs repentis. Et surtout, le cerf renvoie à un verset biblique très commenté : « Comme le cerf après l’eau vive, mon âme a soif de toi mon Dieu… » (Ps., 41, 2). Des théologiens médiévaux vont prêter au cerf des vertus christiques, ils en font un symbole de la résurrection, un ennemi du serpent, image du démon ; il figure sur certaines cuves baptismales. À la fin du XIVe siècle des souverains français et anglais vont même faire du cerf un support de leurs armoiries, ainsi Charles VI après son sacre et une chasse en forêt de Senlis.

le cerf de saint Hubert, église N.-D. d'Ambleny, fresque composite. Début XVIe siècle probable.

le cerf de saint Hubert, église N.-D. d’Ambleny, fresque composite. Début XVIe siècle probable.

Nos deux animaux (l’ours a été mal identifié jusque-là à Vailly, en lion, chien ou loup) se font face, à un moment où l’un détrône l’autre ; ces sculptures sont révélatrices des mentalités du temps et leur figuration est utilisée à titre de catéchèse. On décèle ici l’énorme influence du théologien et enseignant Hugues de Saint-Victor dont les théories sur l’usage de l’image étaient connues et appréciées de tout clerc cultivé de l’époque : le décor de notre église a un sens qui fut voulu et mis en scène par l’un d’entre eux lors de la transition entre art roman et art gothique.

Aller plus loin : Michel Pastoureau, L’ours, Histoire d’un roi déchu. Seuil, 2007.

Dédicace d’église et topographie, est-ce possible d’établir un lien ?

Peut-il y avoir un lien quelconque entre la dédicace d’une église à un saint particulier et le devenir du lieu, en fonction de sa position topographique ? Pour étonnante qu’elle soit la remarque paraît se vérifier très largement selon l’exemple précis des dédicaces à saint Hilaire. Le constat a été mis en avant par l’étude documentée publiée par l’historien Patrick Corbet, professeur à l’Université de Nancy II dans l’article : « le culte de saint Hilaire de Poitiers » p. 17-71 de l’ouvrage : Ex animo, Mélanges d’histoire médiévale offerts à Michel Bur, éditions Dominique Guéniot, Langres, 2009, 526 p.

Patrick Corbet a étudié les sites hilariens de Champagne et de Lorraine et a formulé des conclusions fort intéressantes. Il montre par exemple et entre autres remarques que les églises dédiées à ce saint sont très souvent en position d’isolement par rapport au bâti villageois, qu’elles sont parfois élevées sur un tertre et associées à un cimetière d’époque romaine ou de l’antiquité tardive. Elles correspondent dans certains cas à un habitat disparu. Saint Hilaire de Poitiers (vers 315-367/8) évêque de forte personnalité et rédacteur d’une grande œuvre fut très tôt l’objet de plusieurs consécrations de sanctuaires, en étroite proximité du culte de saint Martin – extrêmement développé, ou parfois celui de saint Brice. Saint Hilaire a œuvré pour éradiquer l’arianisme (secte qui refuse la Trinité) et proclamer l’orthodoxie.

Dans un but de comparaison nous nous intéressons au site du village de Révillon, puis à celui de Montbavin.

Révillon est un petit village proche des rives de l’Aisne situé au centre d’un triangle qui a pour pointes Bourg-et-Comin, Beaurieux et Fismes. Installé sur la pente nord du plateau d’entre Aisne et Vesle d’où descend le ruisseau Saint-Pierre, il est protégé des vents du nord-est par une colline (côte 162) depuis laquelle s’offre un panorama agréable sur le Chemin des Dames, Beaurieux et la vallée de l’Aisne flanquée de son canal latéral.
Son évolution historique est difficile à saisir à partir de rares textes. La plus ancienne mention écrite du village n’est que de 1528 sous sa graphie et prononciation actuelle, alors qu’au XVIIe siècle on rencontre souvent la variante « Ervillon », celle que l’on peut lire dans l’église sur la pierre tombale de Nicole de « Creille », qui décéda en 1645. Ses seigneurs, également maîtres de Merval et Serval sont des vassaux dans la dépendance des puissants seigneurs de Roucy, châtellenie proche. Des vestiges de leur manoir seigneurial subsistent à proximité de l’église.
L’église, maladroitement bâtie présente de nombreuses imperfections. Rien d’étonnant dans un contexte de modeste village bâti dans une région ayant grandement souffert des guerres et particulièrement du premier conflit mondial. Le transept nord était déjà en partie effondré au début du XXe siècle. La nef est dans un style de la fin du XIIe siècle, tout comme la cuve baptismale sobrement illustrée de quatre feuilles d’eau ; le reste de l’édifice est du XIIIe siècle, avec reprises ultérieures. Partiellement détruite l’église fut restaurée et ornée d’un vitrail représentant saint Hilaire avec ses attributs : mitre, crosse, serpent (arianisme) et trompette (proclamer l’orthodoxie) ; « Don de la ville d’Oloron-Sainte-Marie. Basses-Pyrénées » est inscrit à la base du vitrail. Un ami a effectué des recherches et a retrouvé que les habitants d’Oloron associés à ceux de Saint-Christau, Accous et Sarrans ont offert en 1924 dix mille francs à la commune de Révillon pour aider aux réparations de l’église et à son décor, dont ce vitrail.

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église de Révillon bâtie en bordure du village

église de Révillon bâtie en bordure du village

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vitrail figurant saint Hilaire

vitrail figurant saint Hilaire

Initialement du diocèse de Laon, doyenné de Neufchâtel, la paroisse fut rattachée ensuite au diocèse de Soissons, doyenné de Vailly-sur-Aisne. La dédicace de l’église à saint Hilaire témoigne d’une christianisation précoce, peut-être du VIIe siècle.
Le cas de Révillon paraît entrer dans le contexte d’un ancien centre de peuplement, avec attirance d’un habitat consécutif à la création d’un centre de christianisation précoce. En outre les deux anciennes paroisses limitrophes de Maizy et Merval ont pour titulaire saint Martin, nommé dix fois dans notre grande paroisse des Rives de l’Aisne, quand saint Hilaire ne l’est qu’une fois, dans la même proportion ici qu’en Champagne et Lorraine. Il est fort probable que, parmi diverses causes, l’installation d’un château sur motte à Roucy, village proche et siège d’une puissante lignée seigneuriale à partir du Xe siècle, a entraîné le déclin démographique des petits villages à proximité, par aspiration favorisée par des exemptions de taxes. La construction tardive d’une demeure noble mentionnée au XVe siècle à Révillon n’a pas suffi à réveiller l’attractivité du lieu avant les sombres temps des guerres de la fin du XVIe et au XVIIe siècles.

Le cas de Montbavin semble tout autant révélateur. Petit village situé sur un monticule digité parmi un ensemble de collines à moins d’une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Laon, à une altitude voisine de celui du Chemin des Dames plus au sud,  habitat fort ancien (un trésor monétaire du Bas-Empire y fut découvert) a vu son église Saint-Hilaire détruite lors de la Première Guerre mondiale. La nouvelle, inspirée en partie de l’Art-déco, a mis l’accent sur saint Fiacre dont existe une chapelle en contrebas et une fontaine, plus que sur saint Hilaire. L’église domine les villages situés au pied de la ‘Montagne de Laon’ et a sans doute constitué une paroisse étendue qui comprenait le hameau de Montarcène, dans lequel des vestiges de l’Antiquité ont également été signalés.

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peinture illustrant saint Fiacre au-dessus de la fontaine

peinture illustrant saint Fiacre au-dessus de la fontaine

fontaine Saint-Fiacre

fontaine Saint-Fiacre

église Saint-Hilaire de Montbavin en position dominante

église Saint-Hilaire de Montbavin en position dominante

Nous ne connaissons pas les raisons du déclin progressif de ce village et paroisse, mais il ne fait pas de doute que la montée en puissance des seigneuries voisines de Coucy, Pinon, et plus tard Royaucourt-et-Chailvet, ainsi que la présence de nombreuses abbayes et couvents ont attiré davantage les hommes que le plateau difficile d’accès, et qu’à partir du XIe siècle il fut laissé surtout à la culture. Une autre remarque avant de clore : le village voisin de Faucoucourt a une église dédiée à saint Martin. Ce ne peut être un effet du hasard mais sans doute une volonté de lier ces deux saints dans un contexte topographique donné dont une part de sens nous échappe encore.

Le « Jardin des Poilus »

Ce jardin, au fond comme tout jardin composé, n’existe que par la volonté de ses créateurs, il a du jardin la nécessaire artificialité. A sa manière il raconte un pan d’Histoire et n’appartient à la catégorie des jardins botaniques qu’à la marge. Sa petite surface vous permettra d’en faire rapidement le tour, si vous vous y perdez ce ne sera que par votre imagination.

Dans Paissy suivez la falaise, comme si vous étiez au bord de la mer. Vous êtes arrivés. Notre jardin s’ordonne dans l’opposition visuelle entre le vertical rocheux et l’horizontalité végétale, d’où de nombreuses lignes de niveau en correspondance avec les strates géologiques.
Ce n’est pas sa seule raison de paraître. En effet de sanglants combats affectèrent ce lieu dans les sombres années 1914-1918. Au printemps 1917, le seize avril, fut déclenchée ici la bataille du Chemin des Dames.
Alors pour promouvoir la paix quoi de mieux qu’un Eden parsemé d’arbustes et de fleurs ! Cent ans plus tard vous déambulez en compagnie d’espèces végétales souvent communes sur une faible surface d’un demi hectare, accompagnés de citations d’époque en provenance d’écrits de « Poilus ».
Notre choix : mettre en scène dans ce jardin l’histoire locale marquée par la vie des troglodytes qui ont perforé la falaise pour en extraire la pierre des cathédrales et le drame national et mondial que fut la Grande Guerre. Ici interfèrent la topographie du lieu et le souvenir des Poilus vivifié par des textes qu’ils ont écrits et dans lesquels le monde végétal qu’ils évoquent fut comme un havre de paix, un paradis perdu.
Ouvert les samedi 6 et dimanche 7 juin, de 10 à 12 et de 14 à 18 heures
Chez M. et Mme Boureux Jean-Pierre, 34 rue de Neuville, 02160 Paissy.
Contact :  jpbrx[arobase]club-internet.fr
Coordonnées GPS : 49° 25’ 37,67 N et 3° 41’ 58,30 E
Parking à proximité pour trois voitures, les autres le long de la rue.
Quelques détails supplémentaires ici : http://www.jardindespoilus.wordpress.com
Le « Jardin des Poilus » sur le site national du « Rendez-vous au jardin » :
http://rendezvousauxjardins.culturecommunication.gouv.fr/Histoire-s-de-jardins/Paix-retrouvee

Logo officiel "Jardin des Poilus" Paissy

 

 

 

 

 

un aspect du jardin en mai une arche découpée par la guerre dans le sous-boisci-dessous article du journal « l’Union« , édition de Soissons, datée du 30 mai 2015, p. 12 :

 article L'Union30mai2015W

image Google Earth

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exemple d'un des textes affiché dans le jardin

exemple d’un des textes affiché dans le jardin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aubigny-sur-Nère en marge de… l’Ecosse

Aubigny-sur-Nère, chef-lieu de canton en Berry, en Sologne, en marge du Sancerrois est aussi en marge de l’Ecosse si l’on décide possible une marge du temps, des limites au temps, comme on fixe des bornes à l’espace.

Charmant et pittoresque, à coup sûr. La déambulation en ses rues et ruelles souvent bordées de maisons de bois postérieures à l’incendie de 1512 offre des minutes paisibles, aimables au promeneur attiré par la découverte. Ainsi en va-t-il de la maison dite de François 1er qui porte des sculptures en rapport directe avec ce roi et la date de 1519, bien effacée mais encore lisible parmi les fissures du vieux bois ridé par les ans.

cherchez bien, au centre de la banderole : 1519

cherchez bien, au centre de la banderole : 1519

maison de bois à Aubigny-sur-Nère Son église conserve d’intéressants témoignages du passé, tant dans son architecture que dans son décor. Les armoiries des Stuart ne laissent pas de doute quant à l’origine d’une partie de son financement ; une pieta du XVIIe siècle, expressive comme le veut le genre, si l’artiste  parvient à émouvoir, retient l’attention tout comme des inscriptions funéraires laissées par les bourgeois de la ville.

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VoutesWPietaXVIIW InscripFunXVIWMais revenons au titre, au passé, à la topographie ancienne de cette « Cité des Stuarts« . Il y eût un château à motte, sans doute dans le courant du XIIe siècle et des fortifications liées à sa défense et à celle de la ville, elles sont attribuées à Philippe-Auguste. Aujourd’hui l’Hôtel de Ville occupe l’emplacement du premier château et s’est installé dans ce qui subsiste des autres châteaux édifiés à la suite, notamment celui construit par Béraut et Robert Stuart, compagnons d’armes du chevalier Bayard.

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Armoiiries de Robert Stuart et Jacqueline de la Queille, sa femme, sur la voûte de la porte d’entrée du château

HdVCourW HdVsilhouettesW Mais surtout vient résider ici « le meilleur ami du Royaume de France » dixit Charles VII, savoir Jean Stuart de Darnley, cousin du roi d’Ecosse et chef d’une armée écossaise qui vint soutenir le dauphin Charles, futur roi de France Charles VII, dans son combat contre les Anglais durant la Guerre de Cent-Ans, notamment lors de la bataille et victoire de Baugé (1421). En remerciements de ses services le roi lui donne en 1423 la ville d’Aubigny, puis un peu plus tard le Comté d’Evreux et l’autorise à joindre sur ses armoiries écossaises des Stuart les lis de France, en 1428.

C’est pourquoi Aubigny prend soin de mettre en avant « l’Auld Alliance » dans ses manifestations festives et culturelles, son intérêt pour l’Ecosse ne se dément pas et revêt diverses formes. Tout à fait compréhensible et logique. Sans nul doute bien des habitants seront ce soir attentifs au résultat du referendum sur l’indépendance de cette province officiellement rattachée à la Couronne britannique depuis le traité d’union de 1707, même si le rapprochement existait de fait depuis la fusion des deux royaumes, soit par la force, soit par accord.

Quant à moi, visiteur d’un jour à Aubigny et habitant sans temps fixe le Chemin des Dames, je n’oublie pas la présence des troupes britanniques et donc partiellement écossaises dans les combats de 14-18. L’aurai-je oublié que le département et mes concitoyens me l’eurent rappelée, ce qu’ils ont fait ces jours-ci. En effet ces vendredi  et samedi 12 et 13 septembre 2014 ont été célébrées la mémoire de la présence des troupes britanniques au Chemin des Dames et celle des premiers internationaux de rugby tués au Chemin des Dames, comme en témoignent les photographies ci-dessous prises au Monument des Basques et au Mémorial de Cerny-en-Laonnois (nous reviendrons sur ces thèmes dans une prochaine note de ce blog) :

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Senlis ou l’érection du temps

Senlis est une petite cité que l’on parcourt à pieds bien tranquillement, notre vue s’y promène nonchalamment en ses rues pavées et quand nous levons les yeux sur ses vieilles pierres, le passé se dresse d’un coup en une lisible érection du temps, les plus anciens à hauteur des plus récents.

Bizarrerie. Place forte auguste, cité des Sylvanectes, Senlis enfin et toujours. En toute logique Senlis, royale capitale capétienne, érige ses tours et clochers médiévaux à l’intérieur d’un périmètre fortifié dont on suit la trace au sol sans grande difficulté, quitte à cheminer avec en mains un guide touristique illustré dont le plan renvoie, comme ailleurs, de vestiges en vestiges. Rien là d’extraordinaire et nombre de nos vieilles villes d’Europe étalent ainsi des formes ordonnées inscrites dans l’histoire.

Ce qui rend Senlis originale c’est que la verticalité de ses vestiges les plus anciens se joint et se superpose visuellement à celle des plus récents. Pour comprendre le fonctionnement de l’affaire et donc appréhender au mieux la succession des temps rien ne remplace la descente en sous-sol.

salle gothique XIVe siècle de l'ancien palais épiscopal de Senlis

salle gothique XIVe siècle de l’ancien palais épiscopal de Senlis

Une rénovation réussie du Musée d’art et d’archéologie livre aux visiteurs des aperçus sur les vestiges de murailles du IIIe siècle et d’une habitation gallo-romaine, ainsi qu’une splendide sélection d’ex-votos en provenance du temple de la forêt de Halatte, toute proche. Tous ces maux soulagés, semble-t-il, leurs naïves localisations exprimées dans la pierre, ont quelque chose de bouleversant, qu’une percutante mise en scène renforce.

ex votos gallo-romainsCe blog vous a habitués à des clichés beaucoup plus soignés que ceux sortis ce jour de mon téléphone mobile et je ne vais pas poursuivre en vous offrant trop de médiocrité technique, qui serait quasiment injurieuse quant à la qualité de ce musée. Sachez que vous avez ici, entre Antiquité, Moyen-âge et Temps modernes, de quoi vous régaler. Les vitrines sont attrayantes et documentées sans lourdeur, les objets et peintures de même. Une salle est consacrée à l’artiste Thomas Couture (Senlis, 1815 – Villiers-Le-Bel, 1879) peintre talentueux, vigoureux dessinateur, le plus souvent hors d’influence de la mode du temps. En outre une exposition temporaire met en lumières les peintures naïves aux couleurs chatoyantes de la célèbre Séraphine Louis, dite « Séraphine de Senlis« , et quelques-unes de son ‘sponsor’ ou mécène Wilhelm Uhde. De quoi réchauffer, s’il en est besoin, vos journées estivales jusqu’au début du prochain hiver.

http://www.musees-senlis.fr/Dossiers-thematiques/seraphine-louis-dite-seraphine-de-senlis.html

Revenons, quittant ce lieu magique après avoir flâné vers l’ancien palais royal et le musée de la Vénerie, vers l’érection des temps et observons à titre de preuve l’une des tours de l’enceinte gallo-romaine contre laquelle ou près de laquelle la cathédrale s’appuie :

tour de l'enceinte gallo-romaine de SenlisEn dépit des réserves formulées plus haut quant à la piètre définition du cliché (je remercie Mathieu de me l’avoir confié), constatez qu’il est bien rare en France du nord d’avoir en face de soi autant d’élévation antique jouxtant une tour gothique. Alors profitez de l’aubaine et découvrez ou revisitez Senlis, vous ne regretterez pas votre voyage.

Sous la robe, queue en main, posture inhabituelle et tocsin en cause.

Non, il n’est pas fréquent d’être là, sous la robe, queue des battants en mains ! Cela mérite explication. La voici :

Sous les serres et ergots du coq invisible d’ici, sous la charpente bétonnée pyramidale, entre les rangées d’abat-sons

mais où suis-jej’accède au niveau campanaire, les trois cloches sont bien là.

cloche de PaissyVoici l’explication en ce jour du 1er août 2014 qui, parmi d’autres propositions, a retenu une sonnerie de tocsin facultative en commémoration du 1er août 1914 qui fit entendre, ce dit jour d’inquiétude, le tocsin dans toutes les églises de France. Il annonçait alors dramatiquement la mobilisation générale en vue de la défense de la patrie.

Tocsin, un mot que nos ancêtres eurent hélas à connaître en plusieurs occasions, ils ont craint ce battement rapide et répété destiné à alerter. Il provient de l’occitan ‘tocasenh’ et on le trouve écrit au XIVe siècle sous la forme ‘touquesain’. Pour nous ce jour pas de mauvaise nouvelle à annoncer, seulement trois minutes de recueillement à suggérer, en souvenir des morts de la Grande Guerre. Du reste c’est inscrit au bas de la robe, suffit de monter, de lire :

texte sur cloche« …en souvenir des enfants de Paissy morts pour la France. »

De Paissy et d’ailleurs également puisque cette guerre fut mondiale. Pour atteindre ce haut lieu du clocher d’une église il faut accepter l’escalade, les marches et, ce jour, le tintamarre assourdissant estompé par les oreillettes d’un casque. En effet la corde n’offrait pas la possibilité de battre vite, et surtout de battre deux cloches à la fois, seul et en rythme pour que les sons de l’une se mélangent intimement mais ne se chevauchent pas avec ceux de l’autre. La seule solution fut celle énoncée en titre. Une fois là-dessous on ne peut pas même penser, à cause de la résonance et de la puissance sonore des cloches, elles sont fondues pour cela. Abasourdi l’esprit se fond dans l’action et la pensée se fige.

L’action consiste à tirer simultanément sur les chasses des battants, les bras en croix et les mains agrippées aux queues jusqu’à les amener à la pince de la robe près de l’ouverture de  la lèvre. Tout le reste, jougs et cloches demeurent fixes et la pensée aussi, le mouvement trop vif anesthésiant le combat entre l’éros de la patrie et le thanatos de la guerre. Il faut être là et s’engager totalement pour, au bout de trois minutes, reprendre souffle et songer de nouveau. Reviennent alors, par-dessus les dédicaces du bronze, des lectures  gravées dans l’airain de la mémoire, des notes de Giono, de Genevoix, de tant d’autres encore, des souffles nouveaux tels ceux qui forment le ‘Corps de la France‘, chez Michel Bernard. Puis, la paix revenue dans les artères je redescends alors sur terre, remercie mon aide dans l’ascension et contemple de haut le choeur de Saint-Remy de Paissy, patron dédicacé sur la plus grosse cloche.

choeur de l'église de PaissyAmertume de savoir que ce même jour des êtres meurent par la bêtise des hommes à Gaza et ailleurs, nostalgiques pensées à l’égard de la petite église de Paissy (de la fin du XIIe ou du début XIIIe siècle) dont ne subsistent que des photographies ou des cartes postales anciennes, ou l’insolite présence de l’une des cloches qui servit d’alerte aux gaz pendant la guerre.

la cloche sert à avertir les combattants de la présence de gaz

la cloche sert à avertir les combattants de la présence de gaz

bientôt plus qu'un souvenir

C’est tout cela qui était contenu en germe ce premier août 14 et dans les sonorités pointues et hachées du tocsin nos ancêtres ne pouvaient deviner combien de glas ils allaient entendre, combien de pleurs ils allaient essuyer.

« …mais à travers le bruissement des arbres et la voix de la femme, il entendait la tocsin, la générale, le fracas lointain des chevaux et des canons sur le pavé. » Anatole France, Les dieux ont soif.

La plus grosse cloche porte cette dédicace en lettres rapportées majuscules :

« J’ai été bénite l’an de NS 1930 le 18 mai sa sainteté Pie XI étant pape bénite par sa grandeur Monseigneur Mennechet évêque de Soissons Paul Dejole curé de la paroisse en presence de MMRS vaillant maire Bourre adjoint Graux et Beroudiaux membres du conseil paroissial Boesse architecte Faucon entrepreneur je m’appelle Gilberte Madeleine mon parrain a été Gilbert Huberlant et ma marraine Madeleine Vaillant je sonne en l’honneur de St Remy patron de Paissy »

La cloche moyenne porte : (incertitude sur quelques termes)

« Je m’appelle Jeanne Madeleine mon parrain a été Jean Béroudiaux et ma marraine Madeleine Graux j’ai été bénite en présence de M. Rillart de Verneuil député de l’Aisne et du Conseil Vaillant maire Bourre adjoint Georges Graux Louis Demoulin Eugene Pierrat Charles Herbillon Remy Labre Maurice conseillers municipaux Je sonne en souvenir des enfants de Paissy morts pour la France ».

Les figures de ces cloches sont des croix simples, un Christ Roi et un Christ Sacré Coeur ; les rinceaux sont des palmes et guirlandes de fleurs et de pampres dans le style Art déco.

La marque du fondeur indique : « Chalette, ets Ronat, Loiret » q’uil faut comprendre comme : établissements Ronat à Chalette-sur-Loing, Loiret où ce fondeur a travaillé de 1924 à 1938.

Figure1WGrClocheTxtWla petite cloche ne porte aucune dédicace ni marque.