Encore une tour : Septmonts.

     Implantée sur la marge de l’une des sept collines qui enferment Septmonts elle domine élégamment le village et son église, clamant haut et fort la puissance de son constructeur.

     Il peut paraître étrange aux yeux d’un promeneur du XXIe s. que le seigneur bâtisseur soit…un évêque. Mais c’est ainsi que les choses se passèrent : depuis les années 1130, et tout spécialement en 1226 lorsque Jacques de Bazoches reçut là Louis IX, le domaine appartient aux évêques de Soissons. Dès lors il faut bien considérer que ce seigneur est issu le plus souvent des familles nobles, appartient à la culture occidentale et féodale du temps et, comme tel, vit et réagit comme ferait n’importe quel seigneur. Donc ici il construit, et la tour donjon que nous avons sous les yeux est une résidence princière, au goût des années 1370, édifiée par Simon de Bucy dont la famille comptait des gens influents à la cour de France. Les historiens le savent par un « aveu et dénombrement » de 1373 dans lequel cette tour est décrite. Ce seigneur avait du goût et la richesse suffisante pour manifester ainsi ses droits sur le domaine et ses habitants. Les habitués de l’architecture du XIVe s. y verront des analogies de détail avec le décor élégant de Vez évoqué dernièrement et celui de Pierrefonds, que tout le monde a en mémoire.

donjon de Septmonts

     Un pavillon résidentiel, à la mode Renaissance, a été bâti à proximité à l’intérieur de l’enceinte, puis au milieu du XVIIe s. l’évêque Charles de Bourbon installe là un jardin avec allées et canal. Enfin, peu à peu, le château est laissé à l’abandon car les évêques préfèrent leur palais soissonnais et dès les années 1720 le mobilier et les décors sont récupérés pour être vendus ou installés ailleurs. 1791 et la Révolution le voient changer de mains (vente à la bougie pour 11500 livres nous fait savoir feu Bernard Ancien) et une quarantaine d’années plus tard les lieux ont toujours et cependant, quelque chose de magique s’il faut en croire Victor Hugo. L’homme aime les voyages, surtout quand des femmes les agrémentent et on n’est pas étonné de lire dans une lettre adressée à sa femme Adèle :

« …je te l’achèterai mon Adèle, c’est la plus ravissante habitation que tu puisses te figurer… »

bien évidemment il ne dit rien de sa montée au vieux donjon où, en compagnie de Juliette Drouet, il grave dans la pierre :

« Victor – Hugo – Juliette – 29 juillet 1835 »

     Le château résiste aux deux guerres mondiales et est aujourd’hui aux mains de la commune. Cerise sur le gâteau d’une commune gâtée, coût de la confiserie aussi. Mais saluons dans l’au-revoir, l’action intelligente et dynamique de l’Association des Amis de Septmonts qui fait en sorte de préserver au mieux et rendre vivant ce lieu charmant. Alentour croît un arboretum, repose une église digne d’être visitée, s’étale un village aux maisons de pierres garnies des ‘sauts de moineaux’ si joliment caractéristiques des villages du Soissonnais et du Valois.

http://www.amisdeseptmonts.net

4 réflexions au sujet de « Encore une tour : Septmonts. »

  1. Vincent Lefèvre

    Bonjour,

    En marge de toute autre chose, la douce surprise de lire : « l’une des sept collines ». Objectivement, elles sont bien « sept », ces « sept collines ». Symboliquement, pouvaient-elles être « une » ou « deux » (on ne le mentionnerait pas), « quatre », « six » ou « huit » (ça fait trop nombre pair), « trois » (ça fait bizarre), « cinq » (intéressant mais…) ? Non, il faut qu’elles soient « sept », pour le bon équilibre de notre regard culturel occidental. Je pense qu’un Chinois, lui, opterait pour « neuf ». Il est de ces nombres si intellectuellement parfaits ! À Rome, ce samedi, je vérifierai.

    Bon, c’était là manière de ramener la question sur mon terrain…, n’étant pas historien. Mais, j’apprécie cependant beaucoup la manière de l’ensemble, tant l’Histoire nous éclaire, surtout dans ce berceau de la haute architecture médiévale auquel participe si bien notre « pays » soissonnais. Contre-partie lumineuse d’une autre, sombre et immémoriale, réalité.

    J’y reviendrai… ici. Mais je sais aussi ce que je ferai désormais quand je m’ennuierai par trop à Vailly.

    Bien sincèrement.

    V.L.

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  2. jeandler

    Une enceinte, un clos, un monde dans le Monde. Microcosme.
    Où abriter ses amours.

    Un lieu charmant, un arboretum, une église, un village comme il y en a tant et fleuris, et le forêt de Compiègne, si proche et qui donne tant de charme à cette partie du Soissonais.

    Merci de ta visite en « mes » murs.

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  3. voirdit

    à Vincent,
    Ces collines peuvent être sept mais il est probable que le premier à avoir nommé ainsi le lieu devait être un lettré ; je ne peux vérifier n’ayant pas sous la main le dictionnaire topographique qui donnerait au moins une indication. A Rome l’affaire est entendue, même si la ville s’est étendue et a masqué les collines originelles. Il est difficile de lire l’histoire dans le paysage mais l’exercice vaut la peine d’être conduit, dans tous les cas il faut s’élever, d’abord physiquement puis, si on le peut, spirituellement. Merci de votre intérêt à suivre mes pas, amical souvenir, JP

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  4. voirdit

    à Pierre
    L’homme médiéval aime à s’entourer de limites parlantes dont le château est un exemple et ces frontières il les habille de références intellectuelles souvent issues des textes bibliques ou des récits chevaleresques. Ainsi en est-il aussi de ses jardins, espaces clos de plusieurs enceintes qui composent un paysage et une histoire dans lesquelles les plantes elles-même font référence à des vertus et dont la forme répond à l’attente que l’on a d’elles. Avoir placé ici un arboretum est une judicieuse idée, les aménagements antérieurs ayant disparu. Il ne faut jamais oublié qu’implanter un jardin c’est d’abord se lancer dans une lutte inégale avec la nature, quin sur le long terme vaincra le jardinier. Amitiés, JP

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