Observer,questionner, déduire : en route vers l’histoire de Cuiry-Housse à partir de son église.

Nous en étions restés à R et (note de blog précédente). Il ne peut s’agir de toute évidence que d’initiales. De qui ? le réflexe ordinaire de l’historien et du généalogiste est de tester les registres paroissiaux, aujourd’hui pour nombre d’entre eux accessibles en ligne. Ce que je fis sur le site des Archives départementales de l’Aisne ; les registres de Cuiry sont conservés depuis 1659, avec lacunes. Avec succès puisque je suis arrivé très vite à la conclusion que ces lettres désignent  ROBERT HENNEQUIN. Ce Robert Hennequin est seigneur du lieu au XVIe siècle. Avec le nom je tente l’exploration sur internet toujours et là, par chance, j’aboutis à un site consacré aux Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, ordre qui prit la suite de celui des Templiers. Cas assez rare à dire vrai, d’autant que la documentation est suffisante pour une première approche. Jugez-en :

La terre et seigneurie de Cuiry-Housse, dans le Soissonnais, fut donnée en 1627 à l’Ordre de l’Hôpital Saint-Jean-de-Jérusalem, par Robert Hennequin, seigneur du lieu.  Cette terre consistait en un beau château avec cour d’honneur et  900 arpents de terre divisés en deux fermes, dont l’une se nommait « la ferme du Cerf ».  C’était un fief où le seigneur avait la haute, moyenne et basse justice, et qui relevait directement du Roi, à cause de sa châtellenie d’Oulchy-le-Château.

L’acte de concession, qui est du 23 février 1627, porte que cette donation avait été faite par le seigneur Hennequin  «dans le désir d’être admis et reçu en la sainte et généreuse compagnie des frères de l’Hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem, pour y employer sa vie à l’honneur de Dieu et de l’accroissement et exaltation de son église, et pour y consacrer une partie des biens à lui par Dieu départis»

Comme condition de cette donation, il est dit que cette terre sera érigée en commanderie, et que le donateur s’en réserve la jouissance viagère pour lui et, après sa mort, pour Robert de Boufflers, son neveu, qui serait reçu également chevalier de l’Ordre. Le chevalier de Sevigny, trésorier du commun trésor au Grand-Prieuré de France, autorisé à accepter cette donation, stipula dans l’acte que la nouvelle commanderie, après avoir été possédée  viagèrement par Robert Hennequin et son neveu, serait réunie à la dignité de ‘Bailli de la Morée’, sans pouvoir en être distraite ni séparée, à la condition que le Bailli de la Morée et ses successeurs prendraient le titre de ‘Bailli de la Morée et de Cuiry’, en mémoire du donateur. Le chevalier de Sévigny s’engageait encore, au nom de l’Ordre, à faire honorer Robert Hennequin de la grande croix de Malte, et à faire célébrer après sa mort, à perpétuité, chaque année, en l’église de Cuiry, deux obits solennels, l’un au jour du décès du donateur, et l’autre le 24 février, avec une messe tous les samedis en la chapelle de Notre-Dame de la dite église. C’est dans cette chapelle que fut inhumé plus tard Robert Hennequin.

Sources : http://www.hospitaliers-de-saint-jean-de-jerusalem.org/Commanderies-de-Malte/#thumb

Site qui tire lui-même ses sources de : Eugène Mannier, les commanderies du Grand-Prieuré de France, Paris, 1872.

Il apparaît donc que ce Robert Hennequin est le seigneur résidant à Cuiry dans un château, qu’il fit don de ses terres (environ un peu moins de 450 hectares) aux Hospitaliers après en avoir joui en viager, ainsi qu’il en fut pour son neveu.

Ce site fournit également une piste généalogique intéressante qu’il conviendrait d’explorer plus avant :

http://racineshistoire.free.fr/LGN/LGN-frameset.html

J’ai extrait de ce site la planche n°8 (auteur non mentionné) dont un Robert Hennequin. Il semble comme souvent que des attributions de lieux soient discutables car recopiés à partir de généalogies non vérifiées. Mais la présence des neveux Boufflers ne fait pas de doute quant aux liens avec notre Robert. Recherches à poursuivre par un habitant de Cuiry passionné d’histoire locale.

tableau généalogique extrait du site : « RacinesHistoire » mentionné ci-dessus

Il serait évidemment fort intéressant de localiser et le château et les fermes, dont celle du Cerf. Mais nous n’avons pas de cadastre ancien conservé aux AD 02 pour Cuiry. L’idée qui vient à l’esprit serait de placer le château immédiatement à l’est de l’église, là où subsiste de nos jours une ferme et un plan d’eau. De là le seigneur aurait pu gagner directement l’église en passant, pourquoi pas, par la porte murée de l’absidiole décrite dans la note précédente. Attendons des preuves pour décider.

Quant à l’histoire du village une recherche rapide permet d’apporter quelques précisions :

La première mention historique écrite du village se rencontre sous la forme « Curi » en 1147 dans le cartulaire de Saint-Yved de Braine. Puis « Cury » en 1383, même source.

A existé également un fief de ‘la tour de Cuiry‘, qui relevait de Pontarcy, mais où ?

En ce qui concerne le mot « housse » il désigne souvent une petite butte. On trouve une mention écrite sous la forme de « terra de houselis » en 1203 dans le cartulaire de Saint-Jean-des-Vignes ; ce fief a relevé autrefois de Pierrefonds. Il était habité et s’y trouvait également une maladrerie qui a été réunie en 1696 à celle de Château-Thierry.

Dans une histoire d’Arcy-Sainte-Restitue on lit qu’aurait existé à Cuiry après la dissolution de l’ordre des Templiers en 1312 (sous la forme de l’ordre du Mont Carmel dit aussi de Saint-Lazare de Jérusalem) une maladrerie de Cuiry dans le bois de la butte de la Housse, lieudit ‘Arcy’ et cette maladrerie aurait été réunie à celle de Château-Thierry en 1685 (léger désaccord de date ici par rapport à l’information précédente). Il faudrait évidemment pouvoir vérifier, ce que je n’ai pas encore eu le temps de concrétiser. Au reste mieux vaut chercher en hiver des vestiges en sous-bois, seule saison où ils ont quelque chance d’apparaître.

En conclusion : une bien belle piste suivie, qui à partir de l’observation fine de l’église nous a permis de déceler la présence d’une chapelle seigneuriale à usage funéraire et de désigner dans le village un certain nombre de lieux dont l’exploration reste à faire. La recherche n’est pas toujours aussi généreuse en découvertes mais quel que soit le cas de figure certains points sont accessibles à tout un chacun en suivant une méthode rationnelle et logique. Il est ensuite prudent de confier à des historiens le résultat de son enquête et de confronter les points de vue.

Une réflexion au sujet de « Observer,questionner, déduire : en route vers l’histoire de Cuiry-Housse à partir de son église. »

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