Lettre morte ? Non, des mots dans la lettre qui disent des maux.

Coulvagny le [s.d. du jour] septembre 1899

             Cher Patron Je viens de faire une boulette comme je n’en ai jamais fait je suis

partis comme un fou dimanche matin sans savoir ou jallais je me suis reconnu aujourdhui

a Coulvagny et je suis honteux de moi je n’ose plus me represente chez vous apres une paraille

abcence je vous prie de bien vouloir me pardonne car je sais bien que je suis fautif quoi que je n’ai

fait de mal a personne qua moi et ama sante Vous me retiendrez 50 francs si vous voudrez j’y consent

Vous voudrez bien me repondre ce que vous voulez faire de moi car je compte bien que vous aurez

cher[cher] un berger pour me remplacer Reponse si vous plait je ne m’occupe pas de mes chiens car ils

sont bien j’en suis sur

Nommesch qui vous serre la main

Je suis a Coulvagny en attendant votre reponce je suis chez Comenil »

Adresse : Monsieur Camuset Maire de Vanault le Châtel par Vanault les Dames Marne

Cachet postal : 29 et 30 septembre 1899

Support standard = République Française, carte lettre prédécoupée avec adresse à remplir

Lettre adressée  par un employé de ferme, berger, à son patron en 1899 :

Ecriture sans ponctuation ni renvoi sauf là où cela figure sur cette frappe. Néanmoins la lecture étant aisée je vous laisse le soin de parcourir ces lignes émouvantes qui décrivent une situation sociale dans la dernière année du XIXes. en Champagne qualifiée alors de ‘pouilleuse’, terroir alors voué largement à l’élevage du mouton depuis le milieu de ce siècle et environ cinquante ans avant une nouvelle mise en valeur du sol qui aboutira à la situation actuelle d’une vaste plaine crayeuse céréalière.

Un berger nommé Nommesch, employé par le maire de Vanault-le-Châtel (51) a fugué et quitté son poste de travail. Il se retrouve là où il a dû faire un peu trop la fête et supplie son patron de bien vouloir le reprendre. Il s’inquiète également de ses chiens qu’il pense en bonnes mains. Il donne l’endroit où on doit lui écrire, dans ce village qu’il a gagné, sans doute à pieds, et éloigné d’une douzaine de kilomètres de Vanault-le-Châtel, chez Coménil à Coulvagny. (le long de la petite rivière du Fion, tout contre le charmant village aux maisons à colombages de Saint-Amand-sur-Fion et de sa superbe collégiale du XIIIes.)

Lettre d'un berger champenois à son patron en 1899

2 réflexions au sujet de « Lettre morte ? Non, des mots dans la lettre qui disent des maux. »

  1. voirdit

    Oui et pourtant bien différente de ton de la précédente… De quoi donner envie de conserver les lettres reçues pour alimenter les générations à venir. Mais qui écrit encore à la main, à la plume aujourd’hui ? Attention au piège de l’électronique qui est une technologie complexe qui assure mal la conservation à long terme.

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