Ne file pas, va de travers : l’araignée-crabe

     Je vous l’ai déjà montrée, en ombre chinoise ou plutôt portée, sur une feuille ; c’était dans une note relative aux lumières et ombres en art, le 28 janvier 2008.

     Il est exact qu’elle marche de côté et qu’elle aime étendre latéralement ses pattes antérieures un peu comme un cormoran séchant ses ailes. Et si j’ajoute qu’elle ne file pas de toile pour piéger ses proies mais préfère se poster à l’affût et fondre au dernier moment sur sa victime qu’elle paralyse d’un coup de crochet, alors vous penserez peut-être, avec raison, à l’araignée-crabe, Misumena vatia.

araignée-crabe

vue de dessous

     Rien de tel qu’une série de profil, de côté, du dessus et de l’arrière pour vous présenter le sujet, de telle sorte qu’en la voyant un jour sur un végétal quelconque vous vous souviendrez de l’avoir déjà rencontrée quelque part.

araignée-crabe de profil

araignée-crabe de dessus

     Serait-elle un peu raccoleuse, au point d’attirer le regard et la pensée du géographe et démographe qui croit lire sur le postérieur renversé la figure d’une pyramide des âges ?

araignée-crabe de l'arrière

     Vous vous doutez bien que notre merveilleux observateur que fut Jean-Henri Fabre l’a décrite (cherchez Thomise ou araignée-crabe dans la table). Je donne ici seulement le passage étonnant où il met en scène la dispersion des jeunes que vous pourrez lire en entier dans la Série IV, chapitre V des Souvenirs entomologiques, édités par Robert Laffont, T.II, 1999, p. 703-708.

     « …C’est alors sur la cime de la broussaille, un jet continu de partants, qui s’élancent pareils à des projectiles atomiques, et montent en gerbe diffuse. A la fin, c’est le bouquet d’un feu d’artifice, le faisceau de fusées simultanément lancées. La comparaison est exacte jusque dans l’éclat. Flamboyant au soleil en ponctuations radieuses, les petites Araignées sont les étincelles de cette pyrotechnie vivante. Quel glorieux départ, quelle entrée dans le monde ! Agrippé à son fil aéronautique, l’animalcule monte dans une apothéose. »

     Le vocabulaire employé dans ce texte me renvoie aux années 1960 lorsque, adolescent imaginatif il m’arrivait, avec le soutien réel et l’émulation supposée de mes frères, de concevoir quelques engins pyrotechniques et balistiques. Alors je songe à ces recettes semblables à celles du grimoire ci-dessous publié en 1859 qu’il nous fallait recopier à une époque où nul secours ne pouvait venir d’internet, ce qui du reste augmentait plaisir de la recherche et satisfaction de l’expérimentation. 

Traité de pyrotechnie 1859

Montez, montez haut dans l’azur, fusées d’enfance et ne retombez jamais, fusez rouges feux de bengale et continuez à illuminer nos rêves ! Ceux qui ont fabriqué et ceux qui  ont vu savent, ceux qui ont entendu dire, croient, imaginent et embellissent. Alors vous aussi croyez à la magie verbale qui consiste à rendre merveilleux l’univers de la nature, comme au temps de l’enfance !

 

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