Archives pour la catégorie L’Eté

Toute première fois.

Anthropisation et éthologie font mauvais ménage, en toute connaissance et avec risque, je vous livre cette journée contée par un oisillon gobemouche gris qui se présente ci-dessous :

Bein mon canardJe suis né vers le 26 juillet et ce 10 août mes parents se demandent encore si je marcherais un jour, tous les parents sont ainsi ! Bien fier sur mon nid moussu et douillet construit dans une niche de la corniche calcaire je piaille et criaille tout à loisir :

ChezMoiWSans savoir pourquoi ni comment je me suis lancé, splash, un à-plat sur la pierre du dessous, puis, ouf, le tapis d’herbe tondue. Ebouriffé j’ai crié, sifflé, de toutes mes forces, agité mes ailes inexpertes. Mes parents attentifs sont alors venus, voletant de perchoir en piquet, chuintant et claquant du bec, et leurs sons familiers m’ont rassuré.

EssaiVoilureW LibelluleW PercheeW LaHautWAlors je me suis enhardi, j’ai parcouru le monde et ses montagnes, piétiné une vaste zone désertique et grise. Soit j’ouvrais le bec comme chez un dentiste, au plus vaste du gosier, soit j’agitais ces accessoires d’albatros dont je ne savais que faire, si ce ne fut, un instant, de me sentir autrement, ne sentant plus mes pattes.

AlaMontagneW AlbatrosW EnfournementWTous ces exercices d’exception dignes des J.O me donnent faim. Je tente une commande à la carte : guêpe, taon, libellule, papillote de papillon et mouchette…Mille excuses à Myrtil, Vulcain, Demoiselle ! Chacun lutte.

PapillonPapillesW DuCostaudW DeuxMyrtilsW ChapeauVulcainW AutantPourLeTaonWEpuisé aussi, parfois je m’endors dans le vent d’août, rêve d’hier encore dans le nid douillet. J’entends les tsit, tsuit, tec-tec d’appel, les schreu, tchrecht, vrouit de danger et sors du sommeil.

GrosDodoW RepuWPuis, soudain, ce qui devait arriver est advenu, tout étonné, soulevé d’enthousiasme, je prends mon vol ! « Je n’m’enfouis pas je vole. Comprenez bien je vole… » (Sardou, Je vole, 1983, Louane, Famille Bélier, 2015). Certes, comme il en fut du premier vol humain le record d’altitude ne fut pas battu cette seconde là !

premier vol d'un oisillon gobemouche gris, enregistré officiellement à Paissy le 11 août 2016 à 17 h 30.

premier vol d’un oisillon gobemouche gris, enregistré officiellement à Paissy le 11 août 2016 à 17 h 30.

Je n’oublierai jamais ma merveilleuse enfance près des creutes de Paissy (02160). Bientôt je vais rejoindre l’Afrique de l’Ouest, vers fin août, début septembre. Promis je reviendrai l’an prochain.

Récit de jeunesse par Muscicapa striata rédigé le lendemain des événements relatés, après conversation de l’auteur de ce blog avec le témoin direct.

Salon de lecture et de méditation

Le soleil refuse de collaborer plus avant. Jusque-là il consentait à m’envoyer ses rayons lumineux dans mon repaire des jours tièdes. Mais depuis une semaine son trajet dégressif laisse dans l’ombre les deux portes qu’il osait franchir depuis le printemps. Aussi ai-je décidé de capter et d’amplifier ses derniers éclats avant fermeture automnale et hivernale.

L’un de mes alliés, Apollon lui-même, se désespère de ne plus avoir la tête échauffée et s’en agace. Quant au poisson porc-épic ou balloonfish (ou mieux encore Diodon holocanthus) indifférent jusque là, il pense désormais que cet astre d’orgueil le gonfle. Alors prenant quelque accessoire j’agis…

situation au couchant jusqu’au 25 septembre

dernière porte franchie par les rayons solaires vus depuis l’entrée en trou de serrure.
J’ai nommé le vitrail ‘paysagé’ parce que sa structure prend appui sur le paysage rocheux aperçu derrière cette entrée.

vous constatez que devant la nouvelle situation ci-dessus, celle de l’absence compensée par la lumière réfléchie, il m’est apparu nécessaire de contrer momentanément le tragique de l’affaire

avec l’aide d’un réflecteur photographique et de cet objet détourné…

éclairant d’abord mes compagnons d’infortune tel ce poisson mérovingien qui renvoie d’ordinaire ma pensée vers notre saint indigène, Rémi, né dans le village voisin de Cerny-en-Laonnois…

ou cet autre poisson, le porc-épic ou balloonfish, Diodon holocanthus, apprivoisé et chargé de me rappeler l’origine marine de toute la roche qui m’abrite

j’envoie, facétieux, les rayons de mon disque en inox sur l’icône du Christ librement inspirée de celle de N.-D. de Laon qui dessine autour de la sainte face sculptée une mandorle de lumière au-delà de l’auréole habituelle. Cela ne dérange en rien mon imagination qui continue à échanger dans ma cervelle cette image contre celle des chanoines de Laon qui ont acheté des parts de la seigneurie de Paissy au mitan du XIIIe siècle, de manière à exploiter la pierre locale pour leur plus grande gloire, avant celle de ce Dieu fait homme qui peut-être n’en demandait pas tant…

Ainsi ai-je voulu faire toute la lumière sur le début de la pénombre, ainsi ai-je osé mettre en lumière ces lueurs de l’esprit qui, de l’Antiquité à nos jours, embellissent le parcours des hommes sur terre, hommes devenus aujourd’hui quelque peu étrangers au trajet infini des sphères et des astres célestes. Que la lumière soit !

Et pour éclairer encore votre lanterne je me permets de vous offrir de l’éclairage solaire tout à fait gratuit. Eureka !

ampoule solaire allumée

Guerre aérienne dans les buddleias

Le gros porteur maintient sa suprématie dans les airs, de plus il est puissamment armé. Par chance pour ses proies il semble ne pas les détecter de loin. Dans un bruit soutenu de bi-moteurs à hélices il sillonne l’espace de cônes en cônes, sans programmation de vol arrêtée. La proie touchée il tente de s’en emparer mais le plus souvent c’est l’échec. Toutefois quelques agressions font mouche. Le frelon (Vespa crabro), car c’est de lui qu’il s’agit, notre frelon indigène et non l’asiatique en cours d’expansion sur le territoire, tombe alors au sol avec sa proie. Un coup de dard venimeux probable et l’ennemi est hors de combat instantanément. Commence alors le dépeçage. Les ailes sont découpées à leur point d’attache et finissent dans l’herbe, ce qui signale d’ailleurs à l’observateur averti la fréquence et le nombre approximatif des prises.

un frelon découpe les ailes d'un papillon

Dans un second temps le frelon gagne une position perchée, de préférence au sol enherbé qui le dérange dans ses manoeuvres , emporte avec lui le corps sans tête et sans ailes du papillon, c’est-à-dire le thorax et l’abdomen. Accroché à son support le frelon broie et aspire alors les entrailles du lépidoptère à grande vitesse, la scène entière se déroulant sur un temps d’environ trois à cinq minutes, selon dérangements ou obstacles imprévus :

Ne reste plus au final qu’une aile perdue d’un aéronef bien inoffensif qui n’a nullement la maîtrise des airs et ne dispose que de la fuite pour échapper à l’ennemi.

aile de petit tortue tombée après le dépeçage par le frelonIci une aile de Petite tortue, fragment dérisoire de ce combat aérien discret qui se déroule sous nos yeux chaque jour d’été. Encore faut-il que la tour de contrôle soit aux aguets.

Pour ce qui est du gros porteur il affectionne certains endroits pour établir son nid dans lequel les larves attendent leur repas que l’insecte adulte leur apporte sous la forme d’une bouillie obtenue comme on vient de voir et régurgitée. En général il construit dans un arbre creux, une cavité, plus rarement un grenier. Son nid est très fibreux, composé à partir d’écorces de bois triturées ; il ne comporte pas de cellulose de papiers divers comme celui de la guêpe commune. Lors de nos campagnes de fouilles je me chargeais de détruire les amorces de nid que les frelons prenaient plaisir à accrocher sur la toile de nos abris ‘marabout’ en épaisse toile odorante, comme on peut le constater ci-dessous :

On peut voir que la ‘maternité’ du frelon comprend un premier niveau et qu’un second étage vient d’être ajouté, il ne compte encore que quelques cellules. Regardez au fond des cellules supérieures : des oeufs sont visibles au fond de chacune.

Au bout de quelques semaines les larves bien nourries  ferment leurs cellules et plusieurs jours plus tard l’insecte adulte grignote le couvercle et s’échappe alors du nid petit à petit pour mener sa vie de frelon. Des femelles passeront l’hiver dans un abri et au printemps le cycle de vie reprendra garnissant l’espace de ces aéronefs que l’on craint à juste titre et bien que leur piqûre ‘ordinaire’ ne soit pas plus dangereuse que celle d’une guêpe. L’insecte est un grand prédateur de proies diverses et a son utilité. On peut cependant ne pas avoir envie de voisiner trop près de ces terrains d’aviation quand ils sont trop fréquentés.

J’ai noté, lorsque j’étais apiculteur amateur, le manège des frelons devant le trou de vol de mes ruches. Le frelon faisait du surplace devant la ruche et parvenait à attraper quelques abeilles en vol à la sortie de la ruche et à les tuer et dépecer comme on vient de voir. Je signale ce fait parce qu’aujourd’hui on considère que le frelon asiatique s’en prend à nos ruches mais la manoeuvre que j’ai observée à maintes reprises indique que notre frelon indigène pratique parfois de même.

Sens trompeurs et chenille du grand sphinx de la vigne : Deilephila elpenor

L’habitude devenue seconde nature nous fait voir les choses d’abord en fonction de l’idée que l’on a d’elles. Ainsi quelque chose qui remue et présente apparemment une tête et une queue montrera aussi des yeux si une forme proche les évoque. On ne cherche pas en premier lieu à interpréter différemment ce qui s’est proposé d’emblée à notre entendement.

Prenons l’exemple suivant : vous marchez dans un sentier herbeux et tout d’un coup votre regard est attiré par un masque étrange. Vous vous approchez et évidemment deux yeux vous observent, de plus près ils sont même quatre et voici ce que cela donne, une fois la scène capturée dans la mémoire numérique de votre appareil photographique qui ne fait qu’enregistrer de manière neutre ce que vous avez cru voir :

chenille du Grand sphinx de la vigneQuel être étrange peut bien m’observer ainsi ?

Alors intrigué vous attendez que cela remue, s’agite, tourne la tête…. au bout de quelques courtes minutes de patience, vous y voilà :

chenille du Grand sphinx de la vigneQuelle différence entre la première et la seconde photographie ? Ce que vous aviez perçu comme une tête avec des yeux est une pure illusion plus ou moins déclenchée par une analogie de forme et -un pas est vite franchi, de fonction. Le cliché du dessous vous le montre clairement : la tête est là, allongée au bout d’un cou tout droit sorti de la forme précédente qui était donc un leurre. La troisième photo vous permet de distinguer la chenille entière dont la queue est surmontée d’une sorte de petite corne comme il  est fréquent dans la famille des papillons nocturnes sphingidae.

Comment la chenille s’y prend-elle ? Elle rentre tout simplement la tête dans les sections immédiatement en arrière de sa tête qui de la sorte enrobent cette tête, gonflent et font apparaître les quatre ocelles qui présentent une analogie avec des sortes d’yeux comme vous avez pensé voir au départ. La chenille procède ainsi quand elle est perturbée, elle veut se protéger d’un prédateur éventuel qui raisonne moins que l’homme mais saura néanmoins associer la forme oeil à un signal de danger. L’homme ne devrait en principe pas réagir de la même manière mais avant d’observer finement et de raisonner il est abusé, tant par l’habitude que par la bête. La chenille pouvant se dresser et agiter neerveusement cette fausse tête les entomologistes du passé l’ont nommée sphinx par renvoi plus ou moins suggestif avec l’animal mythique mi-homme (ou femme) et mi-lion.

Le papillon qui sortira de la chrysalide issue de la chenille est le grand sphinx de la vigne, un joli insecte aux colorations rosées et finement pourprées. On peut le rencontrer à la tombée du jour virevoltant autour du chèvrefeuille par exemple. Sa chenille se nourrit essentiellement des feuilles des épilobes, de la vigne et de quelques autres plantes herbacées.

Le sujet ci-dessous a été photographié en diapositive dans un marais au nord de l’Argonne, à son réveil lors d’une matinée fraîche et humide. Le scan et l’agrandissement font ressortir par trop le grain de la diapo mais cela vous permet néanmoins d’avoir une représentation acceptable de l’espèce, dessus et dessous, avant que je ne photographie quand l’occasion s’en présentera un sujet dans la nature avec un appareil numérique.

Ce blog qui sans cesse fait l’éloge de l’observation met en garde ici contre l’habitude, contre les sens trompeurs. Le mythe du sphinx et plus encore celui de la caverne mis en scène par Platon sont des figures de la pensée dont il est précieux de temps à autre de revisiter les reflets pour ne pas être abusés à un moment de l’histoire des hommes où les écrans nous submergent d’images, de mots et d’animations, quand les sons sont également à portée de clavier. L’avantage de l’observation directe dans la nature est ici évident par rapport au virtuel : l’attente est telle que la réflexion et le secours mémoriel sont convoqués et par suite l’égarement s’en trouve limité.

 

Sexe et nature : un jour ordinaire de juillet

L’été 2013 entre en force, retardé qu’il fut pendant des semaines. Tout est paisible. Absents ou presque, les insectes naguère si vrombissants et dont le nombre ici est en chute libre, vaquent à leurs occupations usuelles. Dans le jardin les rosiers embaument, ainsi que les dernières pivoines herbacées ou en arbre.

Non loin d’un pied-mère des drageons de sumac encore revêtus de leur pelisse duveteuse se balancent au vent léger dans les herbes d’un ancien chemin.

 Le jaune safran bien vif d’une variété de millepertuis attire l’oeil. Le nôtre, à cause de la couleur et de la forêt d’étamines, celui du bourdon, probablement pour les mêmes raisons.

demandez donc le son à Nikolaï Rimski-Korsakov, comme en interlude !

alors qu’à deux pas une abeille refait sa pelote de pollen sur la touffe encore maigrement coiffée d’une tige florale de kniphofia en décrépitude colorée :

Agitation sur ma droite : sur les fleurs défraîchies d’un rosier viennent d’atterrir quatre longues ‘cornes’ ou plutôt antennes de deux Leptures tachetées, Ruptela maculata ou encore Leptura maculata ou même ‘Strangolia‘. De quoi s’y perdre. Pas elles, pas eux.

L’accouplement est rapide. Ici on voit un peu les crochets des tibias du mâle qui permettent de maintenir l’abdomen de la femelle.

Sur cette photographie est bien visible le pénis du mâle en cours de rétraction. D’une longueur démesurée il se range peu à peu après la copulation.

Les oeufs sont pondus dans des bois morts, de différents âges de décomposition ou plus récemment tombés et les larves peuvent avoir une vie larvaire de plusieurs années alors que les imagos vivent peu de temps, au mieux quelques semaines.

Vous pourrez voir de meilleures images sur le site entomologique de M. Alain Ramel et ses contributeurs talentueux à cette adresse :

http://aramel.free.fr

Et sur une page du ‘Journal le plus lu dans les terriers‘, savoir la gazette naturaliste « La Hulotte« , -toujours inventive et jamais prise en défaut- voyez le n° 84, ‘frissons d’Ombelles’ dont est extraite cette planche, p. 11.

Tous renseignements sur cette revue unique par son ton et ses illustrations,  dirigée par Christine Déom  : http://www.lahulotte.fr

Neige : pendant et après parce qu’il y eut un avant.

J’aime parcourir mes neiges d’antan recouvertes par celles du jour. Banalité froide. L’étendue de bourre blanche ouatée renvoie aux plus anciens souvenirs d’enfance, sans doute en raison du froid et de ses brûlures, de la glisse et des bonhommes. J’aime encore davantage prévoir ce qui sera parce que je sais que cela fut. Ainsi prévenus, lisez vous aussi dans le présent le devenir par le biais de l’image réelle d’un passé supposé reproductible tel :

enveloppes plumeuses et fruits de la clématite en hiver

graines de la clématite des haies en été (Clematis Vitalba), font suite aux inflorescences en cymes que l’on voit ci-dessous

un chasseur-pêcheur a brisé la glace mais aucun phoque n’est venu

Multiplier les exemples à l’infini ne servirait de rien. A l’échelle de nos vies la nature semble immuable, de même les paysages. Un leurre. Voilà pourquoi je préfère rêver dans l’incertitude du devenir. Qui me dit que sous la neige de cette souche va naître tel champignon plutôt que tel autre, quand bien même l’an passé certaine espèce a éclos ici plutôt que là :

tronc gisant recouvert de neige

Lycogala epidendron

comme des perles de corail une éclosion de Lycogala epidendron

Ils étaient bien là l’été dernier. Moi de même. A l’heure chaude méridienne n’est-il rien de plus confortable, de plus excitant aussi, que de s’adosser là, tout contre, tout près, dans l’impatience de l’éveil de la nature car il se pourrait que sous l’influence des génies du lieu et des démons de midi la belle endormie au collier de perles vienne à se dévêtir ?

P.S. le naturaliste averti verra de suite que cette écorce de bouleau n’est pas celle du grisard du dessus. Effectivement cette curieuse apparition résulte de la soudure de deux branches, ici en position inverse des lois de la croissance ordinaire.

Renard de garde et chiens de chasse.

Laissons défiler la meute d’une quarantaine de chiens que l’on imagine donnant de la voix aux quatre vents. Pourtant certains sont assis, pourtant d’autres encore demeurent silencieux dans le ciel d’été. Agité paraît le sanglier, paisible le cerf. Bien curieuse meute en effet, originale et élégante, à jamais figée dans la pierre du Valois, à deux lieues au nord-est de Senlis. Les deux « « organisent ce courre inspiré de l’art toscan de la fin du XVIe siècle. Le seigneur du lieu, Nicolas de Lancy, avait épousé en 1594 Lucrèce de Lanchise, fille du banquier Bartolomeo Lancrisi, représentant à Paris du florentin Francesio degli Albizzi. Nicolas de Lancy est alors assez riche pour avoir édifié cette architecture, surtout depuis 1611 lorsqu’il obtînt la charge de ‘trésorier de l’ordinaire des guerres’.

Les photographies ci-dessous donnent idée de la sculpture et de l’architecture dans leurs découpes au cutter présentées en silhouettes.

aspect du château de Raraysanglier du château de Raraycerf et chien du château de Raraygalerie au cerf du château de RarayAinsi vont et viennent les chiens et les chasseurs depuis des siècles. Les uns privilégient à outrance le gibier noble et comestible au détriment de la faune locale, les autres, plus ou moins bien dressés accompagnent l’action de chasser, lui apportent aide, lui donnent couleurs.

Par tempérament et culture j’ai une préférence marquée pour ladite faune locale. En ces nuits chaudes d’août, depuis une quinzaine de jours un renard monte la garde sur notre terrasse, devant la porte fenêtre de la cuisine ; il guette en espoir de lapereau, plus sûrement de mulots, de vers et insectes. De grands lombrics il raffole, de même de hannetons de la Saint-Jean déjà disparus à cette date et qu’il sait capturer au sortir de la mue, à ras du gazon. A la brune je le vois muloter dans les chaumes, gracile dans ses sauts bondissants. Je sais hélas qu’il sera dans les jours qui viennent l’objet d’un coup de fusil et voudrais que ce jour soit lendemains ou même ne soit point. Lorsqu’on a eu le privilège et la chance de vivre quelques années en compagnie de cet animal singulier, de lui parler en son langage, autrement dit de s’être apprivoisés l’un et l’autre, il ne semble guère possible de penser à lui autrement que dans l’esprit d’Antoine de Saint-Exupéry dans « le Petit Prince » :

– Ah ! dit le renard… je pleurerai                                                                                                               – C’est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t’apprivoise….  – Bien sûr, dit le renard. -Alors tu n’y gagnes rien.                                                    – J’y gagne dit le renard, à cause de la couleur du blé.   ….       

Dans ces nuits d’été quand des couches d’air tiède sont prises en sandwich dans des courants frais et glissent lentement le long des poils des jambes que le short a provisoirement libéré j’ai des renards plein la tête et des fouines, des blaireaux et des martres quand d’autres semblent se contenter de lièvres, de garennes et de faisans. Difficile ou même impossible de se séparer des éblouissements de l’enfance qui dérangent la vision de l’après. Tant mieux !

Donc ‘Renart‘ guette, sur la terrasse et dans ma tête comme le loup dans celle de l’enfant qui dans son cauchemar sait que la bête est et non sous le lit. Ceux qui me connaissent bien appréhendent à peu près la réalité de cette proximité entretenue au cours des ans entre la nature sauvage -du moins ce qu’il en reste c’est-à-dire un peu moins chaque année, et mon être pensant ou ressentant. Mais vous, lectrices et lecteurs, allez-vous me croire sur parole ou préférez-vous une preuve au moins partielle de ce que j’avance ? La voici pour votre contentement plus que votre certitude :

renard de garde assis sur une terrasse de jardin

et par ce lien, en vidéo =renard de garde sur la terrasse

Vous savez maintenant pourquoi la chasse au renard je l’apprécie fort peu voire uniquement quand elle est tatouée sur la peau comme le fut la scène de chasse au renard sur le corps du marin décrite par Pierre Loti dans son roman, ‘mon frère Yves‘. Et encore ! On n’y voyait que la moitié du renard qui était en partie entré dans son terrier.