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16 avril 1917 et les marches de Craonne aujourd’hui.

Chaque année des centaines de marcheurs guidés notamment par M. Noël Genteur, habité par le souvenir tragique d’avril 1917, parcourent les collines du Chemin des Dames dans les pas des combattants encore bien décelables dans les tranchées et trous d’obus du ‘Plateau de Californie’ et des espaces voisins. La déambulation mémorielle débute à 5 h 30 pour se terminer tard en soirée autour des croix illuminées du cimetière militaire de Craonnelle. Nous avons déjà évoqué ce fait et le 16 avril 1917 sur ce blog ici :

http://voirdit.blog.lemonde.fr/2008/04/14/16-avril-1917-lheure-h/

Cette année une trouvaille inattendue survenue en novembre dernier alors que je prenais un peu de sable cuisien sous l’étage lutétien de ma cave m’inspire ces lignes. En effet à peine avais-je pelleté en vue de planter des endives qu’un brodequin est apparu. Surprise, les godasses, godillots, croquenots et autres souliers de nos poilus sont d’ordinaire des fragments tout noirs, craquelés, cassants alors qu’en ces heures m’arrive une chaussure montante fort bien conservée, brun clair, encore un peu souple et pourvu des oeillets et clous caractéristiques de cet équipement indispensable au poilu. On reconnaît du reste à la semelle les modèles réglementaires de 1912, modifiés à plusieurs reprises, qui montrent une partie de l’avant de la semelle dépourvu desdits clous.

Surprise plus grande encore le soldat -qui était grand, la pointure est de l’ordre du 44, avait pris soin de garnir l’intérieur de son brodequin d’un fond de foin qui subsiste étrangement. La bonne conservation de cette sorte de relique tient au fait que le sable qui l’a remplie et entourée est un milieu sans oxygène, de faible humidité constante et quasiment sans variation de température.

brodequin de poiluavant du souliersemelle de brodequin de poiluEn ont-ils fait des kilomètres tous ces poilus dont certains ont achevé leur parcours dans les ravins qui jouxtent cette cave, ravins de la Dhuys et du Mourson, de Paissy, de Troyon…. !  Sans cesse affleurent sur ce champ de bataille des débris en tout genre qui témoignent de ces vies stupidement fauchées. Il n’est pas même nécessaire que la mémoire agisse par elle-même, sans raison apparente, chaque découverte fortuite nous entraîne dans le souvenir douloureux de ces quatre années de cauchemar.

« 22 septembre 1917. PC Frise*. Cette nuit aménagement de la tranchée de soutien. Mise à jour de macchabées, comme disent dans leur impitoyable argot les poilus : le sol est comme farci de cadavres. Partout où l’on fouille la pioche coule brusquement dans la pauvre chair humaine décomposée ; elle délivre subitement de cette terre maudite des bouffées de puanteur. … … Celui trouvé cette nuit a été enseveli le long de la tranchée. Il est couché dans le sens du nouveau tracé, et le hasard du creusement a fait apparaître, débordant  la paroi à hauteur de poitrine des passants, un pied dans son brodequin, une main dans son gant noir de chair décomposée… »     

* vers Troyon, Moulins, Paissy

Coeurdevey Edouard, Carnets de guerre 1914-1918, Plon, 2008, 932 p. (Extrait p. 630)

Pour conclure sur une note plus gaie voici ce que rapporte Joseph Tézenas du Montcel le 5 février 1917, depuis le Ravin de Troyon :

 » …Les huit coups de canons de la batterie de Paissy nous ont rappelé que l’heure du déjeuner approchait. Je suis revenu affamé -comme d’habitude- ! et j’ai trouvé le capitaine, pour qui le confort en campagne n’est pas un vain mot, très occupé avec son ordonnance à passer la revue de ses six paires de chaussures : il a la manie de la chaussure -manie qui se conçoit d’ailleurs chez un fantassin, et que je partagerais volontiers- et il y a quelque chose de touchant dans le soin qu’il leur prodigue.  »                   Joseph Tézenas de Montcel, L’heure H, Etapes d’infanterie 14-18. Economica, 2007, 404 p. (Extrait p. 103) 

après avoir tant marché, brodequins et bandes molletières aux pieds, le poilu s'assoupit.

après avoir tant marché, brodequins et bandes molletières aux pieds, le poilu s’assoupit.

Dessin de Sem dans ‘Un pékin sur le front’, Pierre Lafitte, 1917 et du même auteur : « … d’un petit pas nerveux, ils martèlent, égratignant le sol pierreux et des étincelles jaillissent de leurs souliers ferrés… »      

 

Sexe et nature : un jour ordinaire de juillet

L’été 2013 entre en force, retardé qu’il fut pendant des semaines. Tout est paisible. Absents ou presque, les insectes naguère si vrombissants et dont le nombre ici est en chute libre, vaquent à leurs occupations usuelles. Dans le jardin les rosiers embaument, ainsi que les dernières pivoines herbacées ou en arbre.

Non loin d’un pied-mère des drageons de sumac encore revêtus de leur pelisse duveteuse se balancent au vent léger dans les herbes d’un ancien chemin.

 Le jaune safran bien vif d’une variété de millepertuis attire l’oeil. Le nôtre, à cause de la couleur et de la forêt d’étamines, celui du bourdon, probablement pour les mêmes raisons.

demandez donc le son à Nikolaï Rimski-Korsakov, comme en interlude !

alors qu’à deux pas une abeille refait sa pelote de pollen sur la touffe encore maigrement coiffée d’une tige florale de kniphofia en décrépitude colorée :

Agitation sur ma droite : sur les fleurs défraîchies d’un rosier viennent d’atterrir quatre longues ‘cornes’ ou plutôt antennes de deux Leptures tachetées, Ruptela maculata ou encore Leptura maculata ou même ‘Strangolia‘. De quoi s’y perdre. Pas elles, pas eux.

L’accouplement est rapide. Ici on voit un peu les crochets des tibias du mâle qui permettent de maintenir l’abdomen de la femelle.

Sur cette photographie est bien visible le pénis du mâle en cours de rétraction. D’une longueur démesurée il se range peu à peu après la copulation.

Les oeufs sont pondus dans des bois morts, de différents âges de décomposition ou plus récemment tombés et les larves peuvent avoir une vie larvaire de plusieurs années alors que les imagos vivent peu de temps, au mieux quelques semaines.

Vous pourrez voir de meilleures images sur le site entomologique de M. Alain Ramel et ses contributeurs talentueux à cette adresse :

http://aramel.free.fr

Et sur une page du ‘Journal le plus lu dans les terriers‘, savoir la gazette naturaliste « La Hulotte« , -toujours inventive et jamais prise en défaut- voyez le n° 84, ‘frissons d’Ombelles’ dont est extraite cette planche, p. 11.

Tous renseignements sur cette revue unique par son ton et ses illustrations,  dirigée par Christine Déom  : http://www.lahulotte.fr

Le désert de M. Villani.

Dans ‘le Monde des Livres‘du vendredi 14 septembre 2012 M. Cédric Villani présente aux lecteurs par le biais de Mme Julie Clarini son livre « Théorème vivant« , Grasset, 2012, 288 p.

Parmi les divers arguments que l’auteur avance figure l’idée des mathématiques vivantes. Je le cite : … Et puis ce titre c’est aussi une façon d’insister sur le caractère vivant des mathématiques. Les mathématiques pour les gens, c’est mort, immuable depuis des siècles. Or ce n’est pas du tout cela, c’est foisonnant, c’est en perpétuelle évolution. La référence qui me vient à l’esprit, c’est un livre que je lisais quand j’étais enfant, de la collection « Walt Disney Nature » qui s’appelait Désert vivant. … …Personne n’imagine le désert ainsi et personne n’imagine un théorème comme quelque chose de vivant. …

Et bien ce livre a également peuplé mes rêves de gamin, m’entraînant au-delà des réalités usuelles et aguichantes de la nature peuplée des rives d’Aisne, des plateaux ensoleillés qui surplombent exposés au sud le cours de cette rivière. Quand par des étés très chauds stridulait la cigale de Bourgogne, quand en ces mêmes heures je parvenais à distinguer parmi les tiges herbacées la silhouette à nulle autre pareille de la mante religieuse, alors oui j’étais comme emporté vers ce désert vivant imaginaire et présent tout à la fois.

Walt Disney, Désert vivant, texte de P.-A. Gruénais, Hachette, 1955, 94 p.

Je me souviens que cet ouvrage, luxueux pour l’époque avec quelques illustrations pleine page en couleurs, visuel encore bien rare, voisinait avec une publication de Larousse intitulée : ‘ Beautés de la flore exotique‘ qui produisait sur moi le même effet. J’ai conservé ces deux ouvrages, le second porte encore son prix de 1955 : 1600 fr. Sans doute une somme élevée pour l’époque. Ci-dessus ce livre de Walt Disney et Hachette, encore sous sa protection en papier cristal dont nous usions pour revêtir nos plus précieux livres. Gestes oubliés gestes d’attention et de délicatesse que la richesse déshabitue des moeurs du temps présent.

combat d'un rat kangourou et d'un crotale

combat d’un rat kangourou et d’un crotale

Nous baignons aujourd’hui dans un océan d’images duquel émergent quelques clichés dignes d’intérêt mais la magie n’opère plus de la même façon puisque l’abondance entraîne immanquablement lassitude, affaiblissement et manque d’appêtit. C’est pourquoi j’essaie d’expliquer un peu de cela cela à nos petits-enfants lorsque je leur confie ces menus trésors d’antan. Et si la lecture de ces anciens livres leur ouvre la voie des mathématiques, de la science et de la connaissance alors M. Villani sera sans doute ravi d’avoir confié ses souvenirs personnels aux lecteurs et de m’avoir donné l’occasion de rédiger ces lignes, ce pourquoi je luis suis redevable et l’en remercie.

Arc-en-ciel de novembre

Une lumière jaune inhabituelle m’incite à quitter le bureau. Vers l’orient des nuées anthracites tourbillonnent et l’occident laisse apparaître le couchant dans des ors et des bleus que la pluie cinglante rince et avive.

Plein nord brasille d’un coup le feu du ciel. Du plus loin dans l’histoire des hommes les phénomènes météorologiques tiennent leur rang et voir l’arc surgir d’entre les gouttes reste un spectacle des plus plaisants d’autant qu’il n’annonce aucune catastrophe :

Sur l’instant je ne devine pas encore qu’il se dédouble discrètement sous mes yeux, sur son arche aux sept couleurs déjà posé, sur le rocher :

Puis dans la minute qui suit s’estompe, vacille, s’enfuit vers d’autres horizons, d’autres cieux, d’autres yeux à émerveiller.

J’attends la prochaine arche qui voudra bien faire alliance entre les mondes visibles et invisibles, qui cerclera de couleurs vives un paysage captif.

remarque : ces lignes agrémentées de photographies sont un reportage en direct. Juste le temps de photographier, de récupérer et traiter ces images pour qu’elles soient compatibles avec la technique du blog. Il s’est passé vingt minutes entre la prise de photos et la publication de cette note et il est 18 h 22 minutes ce vendredi 2 novembre 2012.

Evry et Mennecy en lumières

L’automne est là et ses lumières. Celles que nous sommes venus chercher depuis Reims, et allumées par et pour vous tous présents ce jour du vendredi 12 octobre 2012.

Les aléas jamais prévisibles de l’autoroute nous ont conduits d’abord à Evry dans les pas de saint Corbinien, sur les parois rouge brique de la cathédrale élevée dans les dernières années du XXe siècle sous la houlette de Mgr Herbulot et la truelle de l’architecte Mario Botta. De l’esplanade où crépitent les jeux d’eau le ciel tantôt ouvrait, tantôt fermait sa voûte de lumières par le jeu subtil des nuages à la course ondulante et aux eaux galopantes. Derrière et au-dessus du cylindre tronqué la lumière est tellement énorme qu’elle brise les colonnes d’eau des jets en mille gouttes azur et argent.

jeux d'eaux et de lumières sur Saint-Corbinien d'Evry

jeux d'eaux, jeux de lumières : artifice ou nature indomptée ?

Dedans, en sa coque briquée, surgit le choeur, serti dans un écrin qu’un fermoir de verre et d’acier transfigure dans une étrange lumière moirée que l’élan des prières vacillantes mais soutenues par les lignes de force de l’alignement des clairs bancs de bois et des structures de briques auréole. Il règne dans une majesté contemporaine comme insensible au temps.

choeur de Saint-Corbinien d'Evry

lignes guidées, lumières capturées, miroirs des âmes

Et tout à coup, échappé des sauvages contrées d’antan, l’ours qui porte :

Cet ours est celui qui fut transformé par Corbinien de dévoreur en porteur, l’un de ces miracles appréciés de nos ancêtres. Corbinien né dans les parages de Saint-Germain-les-Arpajon en 680 se rendit à Rome où il fut nommé évêque de Freising, cité qu’il évangélisa et en fit le siège de la cathédrale de Bavière. L’animal est donc célèbre dans le diocèse de Münich-Freising et figure dans les armoiries du pape Benoît XVI. Celui qui marche sur cette tapisserie est l’oeuvre de Soeur Marie-Dominique de l’abbaye de Limon. Quant au saint il mourut en 730 au monastère de WeihenStephan et ses reliques reposent dans la cathédrale de Freising.

Nous ne sommes pas seulement venus ce 12 octobre 2102 pour Corbinien, du reste ignoré de nous jusque-là dans ce contexte d’Evry, mais pour Elin et Frédéric qui nous invitent à partager leur bonheur de mariés du jour. Ce sont les lumières du soir à Mennecy qui ont recueilli familles et amis en bordure de Seine.

Ces lumières sont l’alibi du photographe paresseux qui n’a voulu retenir qu’elles dans cette courte sélection fort subjective et volontairement anonymée, si ce n’est l’évocation de Corbinien.

Pour en savoir plus sur Evry et sa cathédrale de la Résurrection dédiée à saint Corbinien :                                      http://cathedrale-evry.cef.fr/ 

Vailly-sur-Aisne a gagné en beauté classique vers 1920

Tout récemment j’ai débusqué au détour du Web un projet de construction de la mairie, de la poste et de la gare de Vailly en 1919. Doit-on regretter le choix tel qu’il fut fait et que nous connaissons aujourd’hui ou bien s’en réjouir ? Il est parfois difficile de se prononcer quand il s’agit d’art ou d’architecture mais la vue de la revue « Le Petit Proriétaire » N°1 du 20 avril 1919 m’incite à penser que l’esprit ‘restauration‘ plutôt que ‘création‘ a parfois du bon s’agissant du rapport de voisinage d’une oeuvre avec ses voisines.

revue 'le petit propriétaire'et voici ce à quoi nous avons échappé :

projet de mairie pour Vailly en 1919quant à la gare c’eût été moins critiquable mais très solennel cependant :

projet de la gare de Vailly en 1919Chacun aura son point de vue sur la question mais dans la mesure où il avait été décidé de restaurer l’église plutôt que d’en bâtir une nouvelle peut-être dans le goût ‘art déco’, il semble judicieux d’avoir fait un choix allant dans le même sens pour notre Hôtel de Ville. Bien qu’audacieux et ne manquant pas d’élan le projet de l’architecte Fournier semble bien peu adapté au centre ville d’un Vailly reconstruit sur les bases et souvent les élévations partielles des maisons de l’avant-guerre. La gare, isolée, aurait beaucoup moins choqué dans sa forme du projet. En effet Vailly n’a pas été reconstruit selon un plan urbanistique d’ensemble mais au coup par coup, selon la volonté des propriétaires privés. Dès lors le projet de l’architecte Fournier (sans doute Gabriel Fournier architecte connu qui a oeuvré dans bien des villes dont Reims et Romans entre autres) aurait implanté en centre ville une construction en opposition avec tout le voisinage qui aurait créé en permanence une rupture et un désaccord visuel violents.

Hôtel de Ville de Vailly en 1914Place de l'Hôtel de Ville de Vailly en 1914Vous constatez que l’ancien Hôtel de Ville, bâti en 1840 * à l’emplacement de la Halle au blé était enclavé dans un lot de maisons formant place, au sud et en avant de sa disposition actuelle. Vous remarquez surtout que la nouvelle mairie présente dans son élévation bien des réminiscences de l’ancienne bâtisse détruite dès le 30 octobre 1914.

Hôtel de Ville de Vailly la nuit en décembre 2011* comme en témoignait une plaque de plomb scellée dans l’un des piliers et retrouvée en 1920 par Paul Batier ; elle mentionnait la date du 30 mars 1840 comme étant celle de la pose de la première pierre de cet édifice communal.

Vailly-sur-Aisne a les jetons ! Jeanne d’Arc n’est plus de ce monde

Restons un peu dans la commémoration johannique en revenant autrement à son temps, toujours à Vailly-sur-Aisne. L’époque est très troublée, de nombreuses bandes armées pillent, violent, tuent dans le désordre d’un royaume en recherche de légitimité du pouvoir. En effet le roi de France et celui d’Angleterre prétendent chacun pouvoir le gouverner. Les deux recherchent et trouvent des alliés féodaux dans des intrigues qui vont des traités aux meurtres. Calamités sans fin pour la population amenée souvent à se réfugier temporairement dans les caves creusées sous les maisons bourgeoises de la ville ceinte d’un rempart.

Dans les caves destinées semble-t-il au stockage des vivres et du vin, peut-être parfois à celui des textiles les Vaillysiens d’alors séjournent donc plus que d’ordinaire, y mangent, y dorment. Des puits souvent mitoyens permettent le ravitaillement en eau et parfois des communications sont établies sous terre entre maisons voisines sans que l’on puisse affirmer ou vérifier la présence d’un véritable réseau, loin s’en faut.

Nous avons vérifié ces faits lors de l’installation d’une cuve à fuel dans l’une de ces caves vers la fin des années soixante. L’oeil averti de l’archéologue avait alors identifié un niveau d’incendie et un niveau d’occupation renfermant des tessons de poterie des XIVe et XVe siècles, quelques fragments de verres à boire, des crânes de moutons découpés pour en extraire la cervelle ainsi que quelques rares pièces de monnaie et jetons.

Parmi ces pièces figuraient une maille et un denier tournoi quasiment illisibles se rattachant avec certitude à la monnaie de Charles VII (1422-1461) émise vers 1436. On parvient avec peine à lire sur le denier : KAROLUS : FRANCORV : REX : et à constater la présence d’un trilobe avec 2 fleurs de lys. Ont été également trouvés deux jetons -sorte de pièce à usage de monnaie, d’échange ou de propagande souvent fabriqués dans l’Empire à Nüremberg, d’où leur appellation fréquente de « jeton de Nüremberg » et bien que d’autres ateliers de frappe aient été identifiés. Les voici en photographies et un commentaire aidera à en comprendre sinon l’usage, du moins le sens.

jeton du duc de Bourgogne Philippe-le- Bon

champ de 12 fleurs de lys autour d’un losange à quatre fleurs de lys. La légende est :  *+/VIVE*LE*ROI*VIVE*BOURGONGNE

jeton du duc de Bourgogne Philippe-le-Bon

Croix fleurdelisée cantonnée de quatre lys couronnés. La légende est :

*+/VIVE*AMANT*VIVE*AMOUR*VIVE

Nous pensons pouvoir attribuer ce jeton au duc de Bourgogne Philippe-le-Bon (1419-1467) et sans doute s’agit-il d’une forme de propagande politique en faveur du parti bourguignon. En effet des écus de ce duc ont pour légende un texte proche.

jeton à l'imitation de la monnaie de Paris navire (nef) sur l’eau (à l’imitation de la monnaie des échevins de Paris) et légende illisible ou légende volontairement incompréhensible

jeton                                9 cercles entourent un losange double avec quatre fleurs de lys, légende sans signification apparente? L’examen attentif montre que l’un des coins a glissé durant la frappe ce qui rend le centre de la pièce d’une lecture confuse.

A titre de comparaison avec la monnaie officielle d’argent nous donnons ci-dessous la photographie d’un denier tournoi de Charles VI (1380-1422) :

denier d'argent de Charles VI

Avers : Ecu de France à 3 fleurs de lys dont la légende se lit : ++KAROLVS : FRANCORV : REX [Karolus Francoru(m) Rex = Charles roi des Francs

Revers : croix pattée cantonnée de 2 felurs de lys et 2 couronnes dont la légende est :           : BENEDICTU + SIT : NOME : DNI [benedictus sit nomen Domini = béni soit le nom du Seigneur

Quelques maigres éléments donc qui mettent en lumière des années difficiles pour les habitants de notre bourgade, alors assurément une ville comme l’attestent la présence des remparts, celle de trois églises, des réglements administratifs de corporations et d’autres trop longs à développer et qui n’entrent pas dans le point de vue de ce blog. Rappelons encore que la ville était directement de la juridiction royale jusqu’en 1379 date d’un échange entre le roi et l’archevêque de Reims, le roi souhaitant gérer la ville de Mouzon en position de frontière avec l’Empire plutôt que Vailly qu’il cède alors à l’archevêque de Reims. La suite des temps indique que cet échange fut peu favorable à notre ville.

Pour clore cette note je place la signature de Jeanne d’Arc telle qu’on peut la voir dans une lettre adressée aux habitants de Reims le 16 mars 1430 depuis Sully sur Loire, lettre conservée avec deux autres puis mise en vente mais préemptée et remise à Jean Taittinger en tant que maire de Reims le 17 février 1970. Elle est depuis conservée aux Archives municipales de la Ville de Reims.  La photographie ci-dessous est extraite d’un plaquette écrite par l’abbé Jean Goy et publiée par la Direction des relations publiques de la ville de Reims en 1984.

signature de Jeanne d'Arc

Jeanne d’Arc et Vailly-sur-Aisne

Jeanne d’Arc (6 janvier 1412 – 30 mai 1431) 

            Inutile de présenter cette femme d’exception, une des personnalités les plus attachantes de l’Histoire de France, de plus le sixième centenaire de sa naissance la met en avant de la scène ces jours derniers. Quantité d’auteurs ont tenté de retracer son parcours singulier ; des metteurs en scène, des peintres et des sculpteurs, des compositeurs modèlent d’elle des portraits sans cesse renouvelés. 

            Son séjour vaillysien, assuré, se place dans le contexte de la reconnaissance de Charles VII en tant que roi légitime de France. De toute évidence la royauté s’est servie de Jeanne dans la reconquête du pays et du pouvoir. Aussitôt le sacre reçu dans la tradition à Reims le roi se rend à Corbeny et manifeste son pouvoir potentiel de guérison au prieuré Saint-Marcoul lors de la cérémonie du toucher des écrouelles’. Il touche alors les malades de la peau en leur disant : « le roi te touche, Dieu te guérit ! » 

            Le cortège royal auquel se mêlaient alors les troupes des capitaines dans la mouvance de Jeanne d’Arc se rend ensuite à Soissons avec une halte à Vailly dans l’après-midi et la nuit des 22-23 juillet 1429. Il est probable que le trajet suivi fut celui de la vallée de l’Aisne, par Pontavert, Beaurieux, Bourg et le ‘chemin du Roy’ puis la ‘ porte de la Rivière’»  (avec des variantes ce parcours est commun aux sacres des rois et l’étape vaillysienne attestée plusieurs fois). La tradition orale rapporte que Jeanne a couché dans la maison du ‘coin Thierry’, cette demeure à colombages détruite par le feu en septembre 1914 est probablement la propriété de Thierry Quatresols, bourgeois de la ville mentionné par des actes écrits. C’est une possibilité parmi d’autres : l’archevêque de Reims, seigneur de Vailly depuis 1379 après l’échange de Vailly contre Mouzon avec le roi, possédait à Vailly des immeubles sis au long du ‘passage de l’église’ et en face du ‘coin Thierry’ sur l’espace devenu parvis, dont l’hôtel de l’homme sauvage’. Tenons-nous en à la tradition non vérifiée. Peu importe du reste puisque ces immeubles sont situés dans le même espace et que, surtout, ils ont disparu aujourd’hui à cause de la Première Guerre mondiale.

maison à colombages de Vailly

Maison médiévale du XV e siècle à Vailly, gravure de Truchy, fin XIX e siècle

De Vailly le roi envoie à Laon ses hérauts et lieutenants afin de recevoir la soumission de ladite ville, ce qui fut fait. 

Lisons une chronique du temps, celle dite ‘chronique de la pucelle’ et publiée en 1859 par Vallet de Viriville : « …de ladite église [Saint-Marcoul] il print son chemin à aller en une petite ville fermée appartenant à l’archevesque de Rheims nommée Vailly qui est à quatre lieues de Soissons et aussy quatre lieues de Laon. Et les habitans de ladite ville luy fisrent pleine obeyssance et le receurent grandement bien selon leur pouvoir et se logea pour le jour luy et son ost (armée), audist pays … » 

En 1929, « l’association nationale pour la commémoration du cinquième centenaire de l’épopée de Jeanne d’Arc » organise des cérémonies dans les lieux en lien direct avec Jeanne et une plaque –modèle n° 1 dit de Domrémy- est proposée en souscription. Vailly l’adopte et illustre ainsi, avec bien d’autres villes et villages de France, un trajet cumulé historique d’environ 5000 km.

plaque commémorative de Jeanne d'Arc à Vailly apposée en 1929

plaque commémorative apposée en 1929 sur le flanc d'une chapelle nord de l'église N.-D. de Vailly

Déjà en 1909, en lien avec la béatification solennelle de Jeanne, des fêtes johanniques s’étaient déroulées à Vailly ; le général Vignier a publié dans ses « Documents et souvenirs… » les pages que le journal ‘l’Argus soissonnais’ leur avait réservées et les cartophiles connaissent la longue série de photographies alors réalisées.

1909 fêtes jeanne d'Arc Vailly

Tirage d'un négatif sur plaque de verre ; fêtes Jeanne d'Arc de 1909 à Vailly

tirage d'un négatif sur plaque de verre, Vailly, 1909, fêtes 'Jeanne d'Arc'

Statue de Jeanne d'Arc en 1909 à Vailly

statue de Jeanne d'Arc présente dans l'église de Vailly en 1909 et disparue lors de la guerre

Pour conter Jeanne sur le registre de la chansons je me souviens de ‘Jeanne d’Arc‘ de Graeme Allwright et ces jours-ci me trottent en tête, lancinantes, les paroles d’Alain Souchon sur la musique de Laurent Voulzy que ces troubadours ont lancé ‘Jeanne’et que nos compatriotes attrapent avec bonheur :

« Et je chante ma peine                                                                                                                       loin de celle que j’aime                                                                                                                        l’âme pleine de                                                                                                                                     mélancolie »

Vous pouvez l’écouter par exemple et entre autre, ici : http://www.musictory.fr/musique/Laurent+Voulzy/Jeanne

Pour en savoir plus :

Colette Beaune, Jeanne d’Arc, vérités et légendes, Perrrin, ‘Tempus’, 247 p.                            Philippe Contamine, O. Bouzy, X. Hélary, Jeanne d’Arc, Histoire et dictionnaire, Robert Laffont, ‘Bouquins’, 1214 p.

Alain Vauge, J’ai nom Jeanne la Pucelle, journal d’une courte vie, Ed. Bénévent, 2012 http://jeannedarc.monsite-orange.fr/

Carte de Noël minimaliste : décryptage

Souhaitant placer sur ce blog une carte de Noël à l’intention de mes fidèles lectrices et lecteurs je me suis posé la question suivante :

Comment faire en sorte que cette carte soit la moins chargée possible tout en étant dans la catégorie des images ‘écran’ (et non un dessin ou peinture) ?

A l’évidence le choix des symboles vient en premier dans cette réflexion : le nombre est bien grand mais les étoiles et la lumière s’imposent puisqu’ils font penser aux jours très courts et sont contenus dans les textes sacrés relatifs à Noël.

Assez difficile fut de photographier une bougie allumée : sur fond clair les ombres sont trop fortes, sur fond sombre la lumière de la flamme fait ressortir certaines couleurs du fond. Reste à trouver le fond le plus ‘noir’ possible et là le peintre et le photographe savent que les noirs et les blancs existent bien davantage que le noir et le blanc.

Le texte le plus sobre à joindre est évidemment le ‘Joyeux Noël’ que je vous adresse de tout coeur ! Une légère illumination via ‘photoshop’ ou un autre logiciel de retouche d’images est bienvenue. Pourquoi pas ajouter encore l’expéditeur ou l’auteur et voilà qui suffit semble-t-il au bonheur du jour (et de la nuit !). On pourrait certes lancer un concours et nul doute que bien des variantes recevables pointraient à partir de vos vives imaginations croisées dans vos blogs et qui sont toujours l’objet de mon étonnement et de mon admiration.

Place à l’image et « Joyeux Noël » à toutes et tous !

 

carte de Noël de Jean-Pierre Boureux

Très nombreux hélas sont ceux qui n’ont pas la chance de vivre décemment et entourés. Ma mémoire renvoie entre autre le souvenir imagé de mon père, Louis Boureux, qui de 1940 à 1945 a connu les souffrances de l’emprisonnement en Poméranie orientale. Je suis sûr qu’alors il s’était posé la question de peindre une carte minimaliste à l’occasion de la Nouvelle Année afin de l’envoyer à son fils en France. Vous vous doutez de la difficulté de trouver dans le stalag ou au Kommando le matériel nécessaire ! Pourtant ce fut peint, envoyé et reçu :

si vous souhaitez en savoir plus sur cet épisode de la vie de mon père :

http://boureux.fr/LB/ArtStalag.htm

Cependant aujourd’hui l’esprit de la réconciliation entre nos deux nations voisines rayonne bien plus que la guerre et c’est donc une « stille Nacht » toute illuminée d’un « O Tannenbaum » que je vous souhaite.

Reims, bleu, blanc, froid : son histoire autrement.

neige à Reims rue Cérès Il a donc neigé à Reims ce 8 décembre 2010, comme il arrive en hiver. Pourtant on dit en ville et dans les fauxbourgs que le Général Hiver tente un blocus de notre bonne ville désormais en état de siège au point qu’on ne pourrait plus ni y entrer ni en sortir. Bigre, ça fait froid dans le dos et plus grave, on se les caille. Bien au chaud après avoir accueilli un rescapé de la route très habitué de nos murs j’ai attendu le lendemain pour apprécier la situation.

Par chance un soleil radieux illuminait la neige et un champ libre blanc abandonné par les voitures aux humains piétonnants s’étalait devant mes pas entre Forum, Place Royale et cathédrale. Que du beau, que du rêve, je vous y entraîne, glissons ici et là !

Forum rémois

Place du Forum le clair matin allume sa lanterne solaire et laisse dégouliner des pétales neigeuses depuis des suspensions florales, alors qu’en contrebas des palmes étoilées ploient sous la poudreuse. Quel décor de Noël arrivé tant à point avec la menue indélicatesse d’une légère avance que la maîtresse de maison pardonnera !

Forum rémois : branchages enneigés

Alors j’ai voulu savoir ce que pense de ce temps d’hiver notre marchand en laines de la Place Royale, penseur accoutumé de mes déambulations citadines : l’esprit gelé et les bras chargés d’un blanc manteau il a la tête trop près du bonnet pour penser vraiment, à peine songe-t-il :

le marchand de la Place Royale de Reims

Nul doute qu’il songe à sa belle voisine au sein rond comme blanche boule et que le roi protège ou bénit de sa main, pauvre roi couvert de neige et qui hésite entre tenue de sortie romaine ou parure républicaine à la française mise à disposition à ses pieds ; ma pauvre dame quelle période vit-on ? !

monument en l'honneur de Louis XV

Louis XV en empereur romain à Reims

Si je n’avais presque froid je vous conterai et la Place et le roi et le sculpteur (1), mais là franchement je préfère suivre le pavé vers le soleil et d’un coup d’un seul surgit Jeanne qui caracole en tête, intrépide, l’épée levée. Mais quoi, se serait-elle rendormie, levée du mauvais pied ? Toujours est-il que son page ne lui a livré que la moitié de son caparaçon, bien séant du reste, de blanche couleur comme celle du cygne, du lis et de la vertu.

Jeanne d'Arc à Reims

Ah, Paul Dubois (1829-1905), vous n’aviez pas imaginé que cela fut possible, et bien si !

Remué par cette vision je m’en suis vite allé au-delà, trouver refuge vers l’Amérique et « Carnegie » était dans l’espérance du jour. En route cependant c’est d’abord une grille dantesque qui me barre le chemin ; qu’à cela ne tienne, outragé je passe outregrille du jardin de la bibliothèque municipale Carnegie de Reims

dans sa rigueur géométrique soulignée par les capelines neigeuses des ifs en topiaire, fermement assise en son jardin de ville, la façade majestueuse de notre bibliothèque municipale ‘Carnegie’ rayonne d’une fière assurance :

façade de la bibliothèque Carnegie à Reims

L’esprit trop lent pour lire je poursuis ma route citadine par le jardin qui mène au chevet de Notre-Dame et là encore, que du bonheur. Celui que suscite l’agencement presque naturel des troncs, celui qui organise l’ordre divin dans une architecture de pierre étonnante toujours renouvelée à mes yeux d’explorateur

jardin public au chevet de Notre-Dame de Reims

chapelle épiscopale de Reims

Une brodeuse au crochet a bordé les pinacles des arcs-boutants de jours lactés délicats et le vêtement neigeux entraîne l’architecture gothique vers des allures ordonnées de Grand Siècle,

pignon sud du transept de Notre-Dame de Reims

Rassuré de constater qu’une courageuse équipe de soignants en rappel veille sur elle

travaux d'entretien au chevet de ND de Reims

je quitte le chevet de la malade pour m’emplir le regard de sa face finement saupoudrée :

pas de doute Reims est un couronnement

couronnement de la Vierge à Reims

et bientôt la Cité, la Ville entière et le peuple vont célébrer le huitième centenaire de l’édification de cette cathédrale unique : mai 1211 – mai 2011

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(1) « Il ne faut jamais dire aux gens : Ecoutez un bon mot, oyez une merveille.           Savez-vous si les écoutants en feront une estime à la vôtre pareille ? «                         Jean de La Fontaine, Les souris et le chat-huant