Archives pour la catégorie L’Automne

Arc-en-ciel de novembre

Une lumière jaune inhabituelle m’incite à quitter le bureau. Vers l’orient des nuées anthracites tourbillonnent et l’occident laisse apparaître le couchant dans des ors et des bleus que la pluie cinglante rince et avive.

Plein nord brasille d’un coup le feu du ciel. Du plus loin dans l’histoire des hommes les phénomènes météorologiques tiennent leur rang et voir l’arc surgir d’entre les gouttes reste un spectacle des plus plaisants d’autant qu’il n’annonce aucune catastrophe :

Sur l’instant je ne devine pas encore qu’il se dédouble discrètement sous mes yeux, sur son arche aux sept couleurs déjà posé, sur le rocher :

Puis dans la minute qui suit s’estompe, vacille, s’enfuit vers d’autres horizons, d’autres cieux, d’autres yeux à émerveiller.

J’attends la prochaine arche qui voudra bien faire alliance entre les mondes visibles et invisibles, qui cerclera de couleurs vives un paysage captif.

remarque : ces lignes agrémentées de photographies sont un reportage en direct. Juste le temps de photographier, de récupérer et traiter ces images pour qu’elles soient compatibles avec la technique du blog. Il s’est passé vingt minutes entre la prise de photos et la publication de cette note et il est 18 h 22 minutes ce vendredi 2 novembre 2012.

Paul Landowski, vos « Fantômes » sont revenants !

Dans le contre-jour d’un soir d’automne ils surgissent de l’argile enherbée de la Butte Chalmont’. Vers quel dernier assaut s’élancent-ils ? La mort ? Une nouvelle vie ? Ils sont huit et l’un d’entre eux n’appartient pas au même monde, il revêt la légèreté que seule la nudité habille. Tous scrutent les collines de ce Tardenois de juillet 1918 quand le sort des armes hésite entre vainqueurs décimés et vaincus agrippés au moindre relief dans une retraite solide et organisée ; un même panache ceint leurs casques d’acier.

les Fantômes de Landowski à Oulchy-le-Château      Sept hommes lourdement équipés, sept combattants des différentes armes engagées dans la Grande Guerre. On ne sait trop qui est le huitième, bien présent et tout aussi absent au groupe ; il s’envole. En bas, 250 mètres plus loin, « la France », forte femme que protègent trois boucliers assignés à la devise républicaine, les devance, leur montre la voie de la victoire tant attendue après quatre années de combats symbolisées par les quatre terrasses successives.

les sept soldats évoquent les sept armes présentes lors des combats

      Déjà ils voient au-delà, contemplent, se recueillent, acquiescent. Immobiles dans l’attente comme ils furent habitués à être depuis tant de mois ; désormais ils semblent rassurés par la présence de ce jeune homme nu au regard volontaire, martyr parmi d’autres.

le paysage du Tardenois depuis la butte Chalmont

affrontement des masses d’ombres et de lumières, élans d’immobilité

En 1916 Paul Landowski était affecté à une section de camouflage. Il aurait un jour déclaré : « ces morts je les relèverai ! »

Mission accomplie est-on amené à affirmer devant un tel monument, peut-être l’un des plus émouvants qui ait été élevé après la guerre. Commande de l’Etat dès 1919, une maquette de plâtre est honorée au Salon des Artistes de 1923. Le lieu choisi, cette « butte Chalmont » s’ouvrant sur des horizons amples vers les villes de Soissons, Laon et Reims s’inscrit sur le territoire d’Oulchy-le-Château, à proximité de Fère-en-Tardenois, deux bourgs ayant connu quelque célébrité durant le Moyen-Age. Vers 1920 ils s’honorent de la proche et illustre présence de Paul Claudel et la force de son verbe ainsi que de celle d’Etienne Moreau-Nélaton pour son engagement dans l’art, l’histoire et l’écriture, que deux deuils cruels cruels enracinent à jamais dans cette terre. Ce lieu est le point de départ de la reconquête territoriale après le 28 juillet 1918 dans le mouvement qualifié de « seconde bataille de la Marne« .

Plus près de nous, le Général De Gaulle, libérateur de la France illustre par sa présence et un discours  l’exceptionnelle attraction et l’insigne symbole du lieu et du monument, en juillet 1968, à l’occasion du cinquantenaire de la fameuse bataille.

La commande officielle est passée en 1926 et Albert Lebrun, Président de la République, inaugure le monument le 27 juillet 1935, monument classé « Monument historique » en 1934, avant même son achèvement. Cette sculpture monumentale est placée dans un rectangle d’environ 260 m sur 100 mètres, qui la met en perspective et que le Conseil Général de l’Aisne a décidé avec raison de réaménager quelque peu car la nature avait repris beaucoup de vigueur autour d’elle depuis quelques 80 ans.

A titre d’information je souligne que ce secteur géographique au sens large a la chance de présenter dans l’église Saint-Martin du village de Ciry-Salsogne (une vingtaine de km au nord) une maquette de plâtre (1924) haute de plus de deux mètres, du Christ Rédempteur du mont Corcovado dominant la baie de Rio de Janeiro par Paul Landowski.

Sur l’oeuvre de Paul Landowski et le Monument des Fantômes on lira avec profit : Thomas Compère-Morel, Paul Landowski, La pierre d’éternité, catalogue de l’exposition présentée à l’Historial de la Grande Guerre de Péronne, éditions Somogy, 2004.

Sur la bataille de l’été 1918 le site suivant fournit des détails historiques précis http://batmarn2.free.fr/chalmont.htm

 

détails soldats et homme du monument des Fantômes

L’écrivain Michel Bernard évoque et transcrit en phrases sensibles et précises ses impressions ressenties sur place au pied et autour de ce monument d’exception : « Ceux qui ont approché ce monument solitaire, campé au bord du désert, ont été frappés par sa troublante grandeur, par l’émotion violente qu’il impose. L’artiste officiel a dépassé son talent. Toute son oeuvre indiquait qu’il n’atteindrait jamais que la froide éloquence de la pierre. Il a produit avec les Fantômes, à l’effrayante mesure de la Grande Guerre, un monument essentiel de la miséricorde humaine. »        

Michel Bernard, Le Corps de la France, La Table Ronde, Paris, 2010, p. 179-190        

Rubans, vignettes et paillettes d’or d’automne

coucher de soleil novembre Paissy      Ce jour à la recherche de la lumière changeante de novembre me voici attrapant ces paillettes que les feuillages et la roche dérobent au soleil quand il daigne émerger des sombres nuages pourtant somptueusement colorés.

coucher de soleil novembre Paissy

un ruban d’or flotte au-dessus des falaises

feuillages d'or de  novembre

or et bronze des feuillages

ou bien des post-it sont déplacés au fil des heures sur la roche, dedans et dehors :

éclats végétaux et éclats solaires

projections solaires sur la roche

projections solaires au-dedans

pustules de lichens sur écorce de frêne

Vers quelle représentation en image, en peinture, orienter ma mémoire visuelle en référence à ces coloris métalliques d’automne ? L’évidence est de se tourner vers une scène automnale et nous y cédons plus bas. Mais avant cela nous souhaitons échapper un peu au tout prêt et avons pensé à une scène angélique toute parée d’or. Il s’agit d’une Annonciation exposée au Petit-Palais d’Avignon. Elle est l’oeuvre de Gherardo Starnina, de l’Ecole de Florence au tout début du XVe s. et appartient au style gothique international. Le fond doré à la feuille convient tout à fait à nos ors du moment.

Annonciation par Gh. Starnina, Avignon

Annonciation de Gh. Starnina, AvignonAnnonciation de Gh. Starnina, AvignonJean-Pierre Boureux, d’après G. Starnina, huile sur toile marouflée sur panneau et dorure à la feuille

Fermons la journée par une chasse interprétée par Claude Monet, 1876, huile sur toile de 170 x 137 cm publiée dans « Caillebotte au jardin » de Pierre Wittmer, Editions d’Art Monelle Hayot, 1990, p. 39. (original de collection privée)

une chasse vue par Claude Monet

une chasse par Claude Monet

Lumières d’automne.

     Dans le théâtre de roches, décor évolutif et grandiose pour pensées vagabondes, les rayons d’un soleil rasant burinent et sculptent les calcaires d’anciennes mers, agitent des guirlandes de lierre, mâts d’un havre repéré.

roches et lierres

enfilade de guirlandes de lierre

voûte et lierres

     Dans la quiétude du couchant, silencieux comme il se doit, froufroutant à peine comme l’aile de la hulotte, un ange passe, se réfugie dans le corridor du souterrain : je le cherche puis l’oublie.  

entrée ou sortie de souterrain refuge

     Vais-je appuyer sur la bonne case pour libérer mon djinn ? Serai-je le pigeon du boulin comme qui dirait le dindon de la farce ?

anciens boulins de pigeons

mangeoires dans la roche

     Où tout cela peut-il conduire ? A quelques mètres, perché sur le sumac de Virginie, le grand oiseau de feu va sans nul doute me renseigner :

feuilles d'automne du sumac

-demande aux enfants ! s’exclame-t-il tout feu tout flamme.

     Je sais bien qu’ils ont levé le camp d’été, que l’accumulation des feuilles brouille la piste près de la cabane vite bâtie en août :

cabane d'été en automne

 

et que les jouets sont remisés dans l’ancien four à pain, attendant la venue des joies enfantines clamées dans la roche qui leur fait écho :

remise à jouets dans la creute

     Tout cela est de la faute de celles qui subitement se colorent en rouge, s’empourprent sans raison autre que de passer le temps

de pourpre vêtues

alors je préfère m’éloigner, voir le jour décliner,

coucher de soleil d'octobre

 tirer un peu la couette duveteuse des clématites en lianes

clématites en lianes indigènes

et une dernière fois contempler les faisceaux orangés des spots du couchant qui embrasent les frênes de la creute aux blaireaux près de l’antre des renardeaux :

rayons de feu sur écorce de frêne

chut ! tout s’endort enfin dans la paix d’un soir d’automne.

« Pendant que, déployant ses voiles,

l’ombre,ou se mêle une rumeur,

s’emble élargir jusqu’aux étoiles

le geste auguste du semeur ».

Victor Hugo, Les chansons des rues et des bois, Paris, Hachette, 1879, p.272