Archives mensuelles : juin 2009

Un mirage à Reims, en l’attente du grand meeting 1909-2009.

     Vous savez bien, par hautes températures apparaissent au sol des images virtuelles d’étendues d’eau et parfois des représentations inattendues. Aussi bien, à peine ai-je été surpris de voir s’élever, ce matin-même, du pavement de la Place d’Erlon un mirage. Je m’approche, sachant pourtant qu’il en est du mirage comme de l’arc-en-ciel. Et là, oh surprise ! J’ai cru pouvoir toucher mon mirage, je l’avais au bout de la main. Pas n’importe lequel, un vrai, un Mirage F1, de la série C, mise en service en octobre 1973.

un Mirage F1 C place d'Erlon à Reims

grosplan sur réacteur de Mirage F1

     Mes amis de penser : avec sa vue qui baisse, il rêve encore ce JPierre. Voyez vous-même ! Ce dernier a été placé à l’extrêmité septentrionale de notre célèbre place. Me retournant pour photographier l’avant surgissent alors, plein sud, deux coucous, de ces modèles tout droit sortis des cervelles de nos ancêtres du début du dernier siècle : un Morane H et un Monocoque Déperdussin dans leur écrin transparent.

exposition d'appareils anciens Place d'Erlon

     Epatant me dis-je, il doit bien y avoir raison à cette débauche d’ailes, sans compter les centaines de paires d’ailes d’anges qui montent une céleste garde autour de Notre-Dame. Des tours de cette dernière semblent être descendus les appareils anciens prêtés par le Musée de l’Aéroport de Paris -Le Bourget, la Demoiselle de Santos-Dumont, un Wright Flyer A, un Blériot XI. Pas fréquents en ce lieu, amis de l’insolite, profitez de leur présence pour leur rendre visite.

Parvis de la cathédrale, Demoiselle Santos Dumont

     C’est que le vent de l’Histoire souffle : 1909-2009, le compte est juste.

Affiche du programme Aéropolis à Reims en 2009

Pour en savoir plus, consultez ici le programme détaillé, histoire…. :

http://www.reims.fr

http://www.aeropolis-reims.fr

http://www.meetingducentenaire.com

     Imaginez en 1908 et 1909 lorsque les premiers pilotes descendaient de leurs grands oiseaux, l’effet que cela pouvait avoir sur les gens ! Sans doute un peu comme notre émerveillement d’avoir vu marcher les premiers hommes sur la lune. Et aujourd’hui, avec quoi pourrai-je comparer ? Je ne sais trop et peut-être que l’esprit d’aventure commence à quitter l’Occident ? Non, j’espère encore.

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Voir deux photographies d’un tour de France aérien en juillet 1933 effectué par mon père et un ami pilote, époque où l’aviation faisait infiniment rêver :

http://jpbrx.perso.sfr.fr/LB/Annees30.htm

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     Ecoutons Farman à sa descente d’avion lors de la première liaison de ville à ville, savoir Bouy-Reims, le 30 octobre 1908 :

-le journaliste : « en somme, vous n’avez pas eu l’occasion de faire de mauvaises rencontres ?

– Henri Farman : « Si fait, les peupliers m’ont donné beaucoup de tracas car ils sont hauts, les peupliers champenois, et j’avais toujours peur que la queue de mon appareil ne les accrochât au passage. Et puis le moteur n’est pas encore parfait et l’atterrissage n’est pas toujours facile. Mais tout a bien été, ne pensons pas à autre chose !

Grande semaine d’aviation de la Champagne, Reims, Almanach Matot-Braine, p. 24-27. Extrait d’un dossier d’exposition réalisé en 1981 par le CRDP de la Marne à Reims, les Archives départementales de la Marne, dépôt de Reims et mon ami Pierre-Dominique Toupance.

Avaient participé à ce meeting de 1909, parmi d’autres : Blériot (qui venait de traverser la Manche), Latham, Sommer… et les appareils Wright, Curtiss, Voisin, Farman, Blériot, Antoinette ( de Levasseur). Avec la présence d’environ un million de personnes (total de la semaine) et celle du Président de la République, du Président du Conseil, de ministres, de visiteurs étrangers : Churchill, Lloyd George, le Gl French, etc.

Reims est aussi le lieu de création de « la Patrouille de France » en 1953, celui d’installation d’industries aéronautiques et à proximité, à Jonchery-sur-Vesle, celui du premier combat aérien de 1914, le 5 octobre entre un Voisin et un Aviatik abattu par la mitrailleuse Hotchkiss des servants du Voisin.

     Alors ce week-end sera sans doute une grande date de l’aviation à Reims, parmi les plus illustres fêtes aéronautiques de France. Mais notre BA 112 nous quittera bientôt, elle n’a pas bénéficié toujours du soutien des habitants ni de celui massif et uni des politiques locaux qui craignent que l’agacement des oreilles riveraines… Enfin c’est une page d’histoire qui se tourne, un miroir qui se brise. Mais ayons au coeur de la fête une pensée émue en solidarité et reconnaissance avec les hommes et femmes de notre pays qui, par vocation, consacrent une partie de leur vie, à leur péril, à la protection aérienne de notre territoire national ou au maintien du rang de la France dans le monde. Ce n’est pas rien, ça fait moins de bruit qu’un réacteur. Pour eux : silence, un ange passe.

Ne file pas, va de travers : l’araignée-crabe

     Je vous l’ai déjà montrée, en ombre chinoise ou plutôt portée, sur une feuille ; c’était dans une note relative aux lumières et ombres en art, le 28 janvier 2008.

     Il est exact qu’elle marche de côté et qu’elle aime étendre latéralement ses pattes antérieures un peu comme un cormoran séchant ses ailes. Et si j’ajoute qu’elle ne file pas de toile pour piéger ses proies mais préfère se poster à l’affût et fondre au dernier moment sur sa victime qu’elle paralyse d’un coup de crochet, alors vous penserez peut-être, avec raison, à l’araignée-crabe, Misumena vatia.

araignée-crabe

vue de dessous

     Rien de tel qu’une série de profil, de côté, du dessus et de l’arrière pour vous présenter le sujet, de telle sorte qu’en la voyant un jour sur un végétal quelconque vous vous souviendrez de l’avoir déjà rencontrée quelque part.

araignée-crabe de profil

araignée-crabe de dessus

     Serait-elle un peu raccoleuse, au point d’attirer le regard et la pensée du géographe et démographe qui croit lire sur le postérieur renversé la figure d’une pyramide des âges ?

araignée-crabe de l'arrière

     Vous vous doutez bien que notre merveilleux observateur que fut Jean-Henri Fabre l’a décrite (cherchez Thomise ou araignée-crabe dans la table). Je donne ici seulement le passage étonnant où il met en scène la dispersion des jeunes que vous pourrez lire en entier dans la Série IV, chapitre V des Souvenirs entomologiques, édités par Robert Laffont, T.II, 1999, p. 703-708.

     « …C’est alors sur la cime de la broussaille, un jet continu de partants, qui s’élancent pareils à des projectiles atomiques, et montent en gerbe diffuse. A la fin, c’est le bouquet d’un feu d’artifice, le faisceau de fusées simultanément lancées. La comparaison est exacte jusque dans l’éclat. Flamboyant au soleil en ponctuations radieuses, les petites Araignées sont les étincelles de cette pyrotechnie vivante. Quel glorieux départ, quelle entrée dans le monde ! Agrippé à son fil aéronautique, l’animalcule monte dans une apothéose. »

     Le vocabulaire employé dans ce texte me renvoie aux années 1960 lorsque, adolescent imaginatif il m’arrivait, avec le soutien réel et l’émulation supposée de mes frères, de concevoir quelques engins pyrotechniques et balistiques. Alors je songe à ces recettes semblables à celles du grimoire ci-dessous publié en 1859 qu’il nous fallait recopier à une époque où nul secours ne pouvait venir d’internet, ce qui du reste augmentait plaisir de la recherche et satisfaction de l’expérimentation. 

Traité de pyrotechnie 1859

Montez, montez haut dans l’azur, fusées d’enfance et ne retombez jamais, fusez rouges feux de bengale et continuez à illuminer nos rêves ! Ceux qui ont fabriqué et ceux qui  ont vu savent, ceux qui ont entendu dire, croient, imaginent et embellissent. Alors vous aussi croyez à la magie verbale qui consiste à rendre merveilleux l’univers de la nature, comme au temps de l’enfance !

 

Première leçon

    Est-ce bien raisonnable ? Est-ce dans l’esprit d’un enfant d’à peine 10 ans de s’entendre dire en mots ce qu’il souhaite voir et faire ? Ainsi le praticien ou l’enseignant, c’est tout un en ce cas, est rétif à expliquer : trop d’eau ou pas assez, trop de vert, blanc à réserver ici et là… Pourtant la demande et l’attente sont bien là et il faut y répondre.

     Le choix du sujet importe peu ; ici on s’accorde à prendre pour thème d’inspiration un fond rocheux encadré de verdure, et forcément la voiture de papa, en circulation sur la photographie ci-dessous.

le motif à peindre importe peu

     Faut se lancer, mouiller la feuille ou non, après avoir tracé les grandes lignes du décor. Et surtout observer longuement avant de jeter la couleur sur le papier.

application à faire

     L’ancien lavoir de Paissy, ruiné depuis la Grande Guerre, aux pierres grises chauffées d’autant qu’elles ne voisinent plus avec l’eau, sont propices au fondement de la réflexion. Commencer par de claires touches est prudent, laisser la lumière envahir le papier plutôt que de vouloir remplir tout l’espace par d’énergiques tours de pinceau. Quel vert de la boîte ? Surtout pas du tout fait, fabriquer ses verts, ne point trop en mettre. Laver, griser, colorer ces verts envahissants ; mais là est la difficulté et pas seulement pour le débutant, tout à sa tâche ici.

au plus près du sujet

     Yannick est entré dans son sujet et s’engage dans le motif comme dans le papier, fait corps avec la feuille sans trop s’occuper de ce qui est dit. Le sujet n’est pas d’imagination mais la liberté de s’échapper du réel doit être vécue au travers de la recherche des couleurs les plus appropriées à rendre un effet de chaleur et de végétation dense.

l'oeuvre est achevée

     C’est une première. On reviendra sur le motif ou sur le papier sans modèle. La satisfaction est grande d’avoir réalisé quelque chose de nouveau, quelque chose à soi. Des phrases dites resteront en mémoire, blotties jusqu’à la prochaine ouverture de la boîte de couleurs, indisciplinées comme des djins soudainement libérés.

     Devenez magiques, mots bruissants des espoirs du peintre : aquarelle, aquatinta, watercolor. Rêves d’eaux luxuriantes, de couleurs ruisselantes, d’ exactes lumières. Alors le maître aura gagné. A suivre donc, pour confirmer.

     C’était un matin de juillet 98, crachinant comme il en est chez Millet, vers Gruchy et Gréville. Notant à l’aquarelle sur le carnet, entre gouttelettes, un passant s’approche : –vous peignez par ce temps, Monsieur ?   –oui, de la peinture à l’eau, ai-je répondu. –Excusez-moi, je n’y avais pas pensé ….répliqua-t-il.

Gruchy, lande et rochers sous la pluie

Gruchy, rochers schisteux sous la pluie, aquarelle JP Boureux

      Cette ambiance bon enfant m’incite à conclure avec Alphonse Allais :

« Les aquarelles faites à l’eau de mer se gondolent au moment des grandes marées. »