Archives mensuelles : février 2010

Dans la neige, des traces, des tracés.

Paissy, ravin du Mourson enneigé

Une fois laissée en son lointain stratifié, la plaque neigeuse, tout près, garde la trace de ses passants, indique leurs moeurs, leurs élans.

traces d'un merle

un merle a atterri, ses ailes et ses pattes révèlent son passage.

et la vieille motte, comme le hérisson se planque sous ses pointes

motte herbue devenue hérisson de neige

traces de garenne

la marche du garenne dans la neige en petits bonds tranquilles

et celle pataude du blaireau, chut… taisson(s)-nous !

traces de blaireau

on dirait la patte d’un petit ourson, d’un fouisseur né

gros plan sur trace de patte de blaireau

traces à la sortie du terrier

marche assurée du blaireau dès la sortie du gîte

coeur de neige

sur l’antique rocher la neige trace un coeur ourlé de broderies alors que sur le plateau du Chemin des Dames, quelques mètres plus haut

vieux rouleaux

elle renforce la rudesse du plateau en hiver par le contraste du métal des vieux rouleaux et la mise en avant d’une mâchoire d’acier aux dents broyeuses ; tout cela  par oubli de grasse graisse grince et grelotte.

crosskill

coudrier = noisetier

le général hiver n’en finit pas de manifester sa victoire… alors qu’en contrebas

pente enneigée paisible

la fine couche neigeuse renforce les lignes et les structures organisées par le fontainier auprès de la mare.

Sur la lune : certains n’ont pas voulu croire à cet exploit magique. Mais qui refusera de voir en cette sculpture appuyée la trace des semelles de sabots de votre serviteur ?

traces de semelles dans la neige

et la gendarmerie vous dira que c’est du 41 Made in France.

Mais là. Fichtre, quel bazar ! « bien que sous un joli toit protecteur… »

abri pour plante gélive

Vous trouverez la réponse en compagnie de Hermann Hesse dans une lettre qu’il envoie le 20 février 1934 à Gunter Böhmer :

« Le grand cactus devant l’atelier, qui cette année a passé pour la première fois l’hiver dehors, bien que sous un joli toit protecteur, me cause du souci. Nous ignorons encore s’il s’en sortira ou s’il a gelé… »

Hermann Hesse, Brèves nouvelles de mon jardin. Calmann-Lévy, 2005    depuis Freude am Garten, Insel Verlag Frankfurt am Main, 2002

P.S. : pour ce qui est du ‘joli toit protecteur’, chacun appréciera.

…pas très catholique !

Largement déployée par les médias ces jours derniers l’expression « pas très catholique » employée par M. Georges Frêches fait effectivement partie du registre populaire français. Dire que dans sa bouche elle fut neutre est une affaire entre lui et sa conscience mais elle pouvait et fut relevée dans la mesure où elle fait référence à M. Laurent Fabius.

Mme Martine Aubry chante-t-elle pour autant l’une des célèbres rengaines des Années Trente ? C’est à voir ou à entendre…

En effet écoutant avec attention : « c’est un mauvais garçon » je ne peux m’empêcher d’y découvrir une analogie de mots sinon de sens avec l’affaire qui occupe la pré-campagne des Régionales. Le refrain de cette chanson extraite et inspirée du film de Jean Boyer et Raoul Ploquin « Un mauvais garçon » (1936) interprétée par Henri Garat en 1936 (Emile-Henri Garat 1902-1959) est le suivant :

« C’est un mauvais garçon, il a des façons pas très catholiques, on a peur de lui quand on le rencontre la nuit, c’est un méchant P’tit gars, qui fait du dégât sitôt qu’il s’explique ; mais y a pas mieux pour donner de grands frissons qu’un mauvais garçon »

L’écriture bleue n’est qu’un clin d’oeil de ma part et ne saurait avoir aucun lien avec la querelle évoquée ci-dessus. Au reste le fait d’employer des tournures d’expressions populaires permet bien évidemment de jouer sur les mots quand on a assez de sagacité dans le maniement de la langue. Le plus souvent nos politiques n’en manquent pas.

Autant le dire en chantant. Ou en écoutant la chanson, par exemple sur ‘Youtube‘ telle que référencée ci-dessous, ou bien de manière plus approfondie sur le site de l’INA http://www.youtube.com/watch?v=Am9xDJgzvHo

http://www.ina.fr/art-et-culture/arts-du-spectacle/video/CAF91031349/henri-garat.fr.html

Henri Garat

Henri Garat, photographie dérobée au site « Encinematheque » ici :

http://encinematheque.net/seconds/S40/index.asp

Lettre morte ? Non, des mots dans la lettre qui disent des maux.

Coulvagny le [s.d. du jour] septembre 1899

             Cher Patron Je viens de faire une boulette comme je n’en ai jamais fait je suis

partis comme un fou dimanche matin sans savoir ou jallais je me suis reconnu aujourdhui

a Coulvagny et je suis honteux de moi je n’ose plus me represente chez vous apres une paraille

abcence je vous prie de bien vouloir me pardonne car je sais bien que je suis fautif quoi que je n’ai

fait de mal a personne qua moi et ama sante Vous me retiendrez 50 francs si vous voudrez j’y consent

Vous voudrez bien me repondre ce que vous voulez faire de moi car je compte bien que vous aurez

cher[cher] un berger pour me remplacer Reponse si vous plait je ne m’occupe pas de mes chiens car ils

sont bien j’en suis sur

Nommesch qui vous serre la main

Je suis a Coulvagny en attendant votre reponce je suis chez Comenil »

Adresse : Monsieur Camuset Maire de Vanault le Châtel par Vanault les Dames Marne

Cachet postal : 29 et 30 septembre 1899

Support standard = République Française, carte lettre prédécoupée avec adresse à remplir

Lettre adressée  par un employé de ferme, berger, à son patron en 1899 :

Ecriture sans ponctuation ni renvoi sauf là où cela figure sur cette frappe. Néanmoins la lecture étant aisée je vous laisse le soin de parcourir ces lignes émouvantes qui décrivent une situation sociale dans la dernière année du XIXes. en Champagne qualifiée alors de ‘pouilleuse’, terroir alors voué largement à l’élevage du mouton depuis le milieu de ce siècle et environ cinquante ans avant une nouvelle mise en valeur du sol qui aboutira à la situation actuelle d’une vaste plaine crayeuse céréalière.

Un berger nommé Nommesch, employé par le maire de Vanault-le-Châtel (51) a fugué et quitté son poste de travail. Il se retrouve là où il a dû faire un peu trop la fête et supplie son patron de bien vouloir le reprendre. Il s’inquiète également de ses chiens qu’il pense en bonnes mains. Il donne l’endroit où on doit lui écrire, dans ce village qu’il a gagné, sans doute à pieds, et éloigné d’une douzaine de kilomètres de Vanault-le-Châtel, chez Coménil à Coulvagny. (le long de la petite rivière du Fion, tout contre le charmant village aux maisons à colombages de Saint-Amand-sur-Fion et de sa superbe collégiale du XIIIes.)

Lettre d'un berger champenois à son patron en 1899