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11/11/11/11

Ecrit ainsi on parvient à lire onze novembre deux mil onze onze heures selon le moyen d’écriture conventionnel de la date, hors des habitudes anglo-saxonnes. En poursuivant la même logique avec les heures et en ajoutant encore deux ’11’ on pourrait encore comprendre onze minutes onze secondes ce qui n’est d’ailleurs pas nécessaire ici puisque faux si l’on réfère au cessez-le-feu officiel sonné à onze heures, soit six heures après la signature officielle de l’armistice signé dans la clairière dite de « Rethondes » dans le célèbre wagon.

Tout cela est si connu que je ne vais pas développer cet aspect de la question mais deux autres thèmes qui retiennent plus spécialement mon attention cette année 2011 et que je présente dans deux notes distinctes qui suivent. L’une est consacrée à la mémoire de l’engagement souvent admirable des infirmières dans le secours aux blessés, vocation qui a fait perdre la vie à plusieurs centaines d’entre elles de par le monde et l’autre à un poète et dramaturge français aujourd’hui oublié, Raymond Genty, qui a connu ses heures de gloire dans les années vingt et trente et dont l’attachement sentimental à la petite ville de Vailly-sur-Aisne sera évoqué et sa mémoire rappelée par les enfants des écoles en ce 11 novembre 2011 en cette localité.

Vailly-sur Aisne : le cimetière des pauvres et le docteur Jean-Joseph Brocard.

monument audocteur Brocard en 2011

monument élevé par des Vaillysiens en 1847 en hommage au docteur Brocard

L’Ancien Régime et l’Eglise avaient institué l’obligation de réserver un endroit dédié à l’ensevelissement des plus démunis, à l’intérieur du cimetière paroissial ou en un autre lieu de la paroisse. Les nouvelles normes d’hygiène apparues dans le même temps et qui vont se développant à mesure que les découvertes scientifiques croissent vont amener le législateur à isoler le cimetière du centre des agglomérations. Il en est ainsi à Vailly en 1829. A cette date les inhumations ne se feront plus que dans le cimetière actuel dans lequel on trouve donc des sépultures datant du second tiers de ce siècle et notamment celle des généraux d’Empire.

Cependant un médecin du bourg philanthrope et soucieux de la dignité des plus pauvres leur avait légué sa fortune, souhaitant être enterré en leur voisinage en un lieu réservé à l’origine pour les défunts dits de « la maison des pauvres vieillards » (cette « Maison des pauvres vieillards » n’est pas documentée par les archives, j’ai seulement trouvé dans l’inventaire de la série B aux AD Aisne qu’elle avait été réparée en 1787, mais ces archives font hélas partie de celles  détruites lors du bombardement de Laon en 1940).

Ainsi, au-delà de la date de désaffection officielle, le docteur Brocard fut inhumé dans ce cimetière de la rue des Jardinets où des Vaillysiens reconnaissants lui élevèrent le monument que l’on voit toujours aujourd’hui et que le Général Vignier décrivait comme « en bien mauvais état » vers 1920, dans ses « documents pour servir à l’histoire de Vailly-sur-Aisne » publiés en 1927. On ne s’étonnera guère outre mesure que 90 ans plus tard il soit toujours dans un état dégradé.

A l’arrière de ce monument figurait la liste des donateurs et à l’avant une autre plaque portait le texte suivant :

                                                                    Ci -gît                                                                                      M. Jean-Joseph Brocard                                                                                                Maître en chirurg(ie) à Vailly décédé le 18 juin 1847                                                               Agé de 68 ans                           

     Le général Vignier  ajoute encore que « son zèle pour la vaccine lui mérita une médaille du gouvernement royal » dont je ne trouve pas trace. Soucieux de son prochain ce médecin examinait avec attention tout ce qui pouvait être nocif à l’être humain et nous pouvons lui en être reconnaissants. Aussi serait-il opportun que le texte de cette plaque retrouve sa place sur son monument. Réfléchissons-y, nous Vaillysiens amoureux du passé de notre bourg et trouvons une solution afin que nul n’ignore qui il fut ni ce qu’il fit.

La place où se trouve le monument est aujourd’hui réduite et l’implantation d’un cimetière, même de taille réduite apparaît peu. Autrefois cet espace était bien plus vaste comme a pu le lire le général Vignier avant la disparition de cette liasse d’archives. Ainsi en 1787 il était entouré d’une haie de 21 vieux ormes âgés de plus de 60 ans. Elle ne figure pas sur le cadastre ancien de 1832 car il n’y a alors aucune construction dans cette zone extérieure aux anciens remparts.

 

A la recherche du « M »

« Le Monde magazine » invite désormais ses lecteurs à rechercher des « M » autour d’eux et à les photographier, ou bien à visionner leur iconothèque pour les y trouver. Ce jeu est fertile en découvertes et correspond par bien des aspects à ma démarche personnelle sur ce blog. En effet des analogies de formes et de couleurs, des correspondances entre les mondes de l’écrit et ceux de la vision sont fréquemment établies dans mes notes.

logo du Monde magazine

sans doute gothique en référence aux incunables et Gütemberg ?

Dès lors je suis tenté, esprit joueur, de me lancer dans cette quête. Dans ma mémoire d’abord, assez sensible et fidèle aux formes, aux objets et aux couleurs. Sans doute depuis l’enfance où je fus vite attiré par toute forme d’observation, favorisé que j’étais par la présence à portée de mains des milliers d’objets dans la droguerie parentale et ses réserves débordantes. Puis l’attribution d’un ‘Kodak Brownie’ lors de la traditionnelle ‘communion solennelle‘ m’a lancé dans le mouvement photographique jamais interrompu depuis la fin des années cinquante et donc de la mise en boîte de tant de découvertes.

Ensuite, affecté du défaut de tout chercheur et de l’archéologue en particulier, je trouve déjà ce que je cherche. Ainsi de ces stylisés « M » qui ne tardent pas à paraître et dont je vous propose quelques exemples.

"M" de lumière sur la façade gothique de Notre-Dame de Reims

"M" inscrit dans le ciel neigeux de Reims sur la façade néogothique de l'Hôtel Le Vergeur par la découpe de sa toiture

"M" naturaliste des pattes de la grande sauterelle verte

abstraction de deux "M" naturalistes par contre-jour au travers d'une feuille sur les sporanges de la fougère 'scolopendre'

Trouver des « M » de tout aspect n’est donc pas bien difficile et j’M. Passera-t-on ensuite à L, N, O, D, E ? Pourquoi pas ? Voyez LL le jeu ! Quant à moi je vais relire Rimbaud pour les sonorités et les images, et Malcom de Chazal pour le tout. Aurai-je un stock suffisant d’images ?

Cadeau ! Encore un pour finir en lourdeur. On ne sait pas s’il s’agit d’une minuscule caroline ou d’une majuscule quasi gothique car c’est un poids lourd qui est passé par là par temps de neige et a montré patte blanche et noire : le sanglier, que l’on ne prend pas pour un délicat qui signerait sur parchemin enluminé :

le sceau de plomb ou le saut plombé du sanglier dans la poudreuse

Pour participer et vous laisser prendre au jeu du « M », rien de plus simple, rendez-vous sur le site http://www.lemonde.fr/m

 

Paul Landowski, vos « Fantômes » sont revenants !

Dans le contre-jour d’un soir d’automne ils surgissent de l’argile enherbée de la Butte Chalmont’. Vers quel dernier assaut s’élancent-ils ? La mort ? Une nouvelle vie ? Ils sont huit et l’un d’entre eux n’appartient pas au même monde, il revêt la légèreté que seule la nudité habille. Tous scrutent les collines de ce Tardenois de juillet 1918 quand le sort des armes hésite entre vainqueurs décimés et vaincus agrippés au moindre relief dans une retraite solide et organisée ; un même panache ceint leurs casques d’acier.

les Fantômes de Landowski à Oulchy-le-Château      Sept hommes lourdement équipés, sept combattants des différentes armes engagées dans la Grande Guerre. On ne sait trop qui est le huitième, bien présent et tout aussi absent au groupe ; il s’envole. En bas, 250 mètres plus loin, « la France », forte femme que protègent trois boucliers assignés à la devise républicaine, les devance, leur montre la voie de la victoire tant attendue après quatre années de combats symbolisées par les quatre terrasses successives.

les sept soldats évoquent les sept armes présentes lors des combats

      Déjà ils voient au-delà, contemplent, se recueillent, acquiescent. Immobiles dans l’attente comme ils furent habitués à être depuis tant de mois ; désormais ils semblent rassurés par la présence de ce jeune homme nu au regard volontaire, martyr parmi d’autres.

le paysage du Tardenois depuis la butte Chalmont

affrontement des masses d’ombres et de lumières, élans d’immobilité

En 1916 Paul Landowski était affecté à une section de camouflage. Il aurait un jour déclaré : « ces morts je les relèverai ! »

Mission accomplie est-on amené à affirmer devant un tel monument, peut-être l’un des plus émouvants qui ait été élevé après la guerre. Commande de l’Etat dès 1919, une maquette de plâtre est honorée au Salon des Artistes de 1923. Le lieu choisi, cette « butte Chalmont » s’ouvrant sur des horizons amples vers les villes de Soissons, Laon et Reims s’inscrit sur le territoire d’Oulchy-le-Château, à proximité de Fère-en-Tardenois, deux bourgs ayant connu quelque célébrité durant le Moyen-Age. Vers 1920 ils s’honorent de la proche et illustre présence de Paul Claudel et la force de son verbe ainsi que de celle d’Etienne Moreau-Nélaton pour son engagement dans l’art, l’histoire et l’écriture, que deux deuils cruels cruels enracinent à jamais dans cette terre. Ce lieu est le point de départ de la reconquête territoriale après le 28 juillet 1918 dans le mouvement qualifié de « seconde bataille de la Marne« .

Plus près de nous, le Général De Gaulle, libérateur de la France illustre par sa présence et un discours  l’exceptionnelle attraction et l’insigne symbole du lieu et du monument, en juillet 1968, à l’occasion du cinquantenaire de la fameuse bataille.

La commande officielle est passée en 1926 et Albert Lebrun, Président de la République, inaugure le monument le 27 juillet 1935, monument classé « Monument historique » en 1934, avant même son achèvement. Cette sculpture monumentale est placée dans un rectangle d’environ 260 m sur 100 mètres, qui la met en perspective et que le Conseil Général de l’Aisne a décidé avec raison de réaménager quelque peu car la nature avait repris beaucoup de vigueur autour d’elle depuis quelques 80 ans.

A titre d’information je souligne que ce secteur géographique au sens large a la chance de présenter dans l’église Saint-Martin du village de Ciry-Salsogne (une vingtaine de km au nord) une maquette de pierre (1924) haute de plus de deux mètres, du Christ Rédempteur du mont Corcovado dominant la baie de Rio de Janeiro par Paul Landowski.

Sur l’oeuvre de Paul Landowski et le Monument des Fantômes on lira avec profit : Thomas Compère-Morel, Paul Landowski, La pierre d’éternité, catalogue de l’exposition présentée à l’Historial de la Grande Guerre de Péronne, éditions Somogy, 2004.

Sur la bataille de l’été 1918 le site suivant fournit des détails historiques précis http://batmarn2.free.fr/chalmont.htm

détails soldats et homme du monument des Fantômes

L’écrivain Michel Bernard évoque et transcrit en phrases sensibles et précises ses impressions ressenties sur place au pied et autour de ce monument d’exception : « Ceux qui ont approché ce monument solitaire, campé au bord du désert, ont été frappés par sa troublante grandeur, par l’émotion violente qu’il impose. L’artiste officiel a dépassé son talent. Toute son oeuvre indiquait qu’il n’atteindrait jamais que la froide éloquence de la pierre. Il a produit avec les Fantômes, à l’effrayante mesure de la Grande Guerre, un monument essentiel de la miséricorde humaine. »        

Michel Bernard, Le Corps de la France, La Table Ronde, Paris, 2010, p. 179-190        

Couchant du 3 octobre 2011

Cette note ne nécessite pas de commentaire, les photographies racontent la plongée du soleil indirectement, par les couleurs chaudes rouge-orangé qui sont reflétées par la roche.

Une fois le soleil disparu la roche renvoie encore une nouvelle coloration, à partir de la couleur du ciel d’occident. Si les rouges dominent encore, en revanche les autres couleurs et notamment les verts sont éteintes. Les crépuscules sont intéressants à observer dans le détail des couleurs qui s’allument ou s’éteignent imperceptiblement.


La peur du gendarme n’effraie en rien l’épeire diadème.

Sachant que l’habit ne fait pas le moine, tiré à quatre épingles, un ‘gendarme’ ou ‘Suisse’ (Pyrrochorus) prend la poudre d’escampette. Abusé, prenant vessies pour lanternes, il s’élance sur le fil comme il ferait sur un pont de lianes. Le rouge et le noir lui vont si bien, le protègent tant d’ordinaire des coups de becs qu’il en oublie que les oreilles ennemies sont toutes ouïes. « Vas où tu veux, meurs où tu dois ! » bravache il n’en a cure et se soucie comme de l’an 40 de toutes ces fariboles entendues, colportées, oubliées.

gendarme ou suisse = Pyrrhocoris apterus

Pyrrochorus apterus

Las, comme la misère sur le monde, la flèche qui vole en plein midi, l’ennemi fond sur lui, le pique, l’endort. Attend quelque peu, revient. Se dit ‘qu’un tien vaut mieux que deux tu l’auras’. L’emballe de cent tours de soie. Quel (co)con pense-t-il un peu tard.

fils de soie de la tégénaire recouvrant un insecte

du producteur au consommateur, emballage très écolo pour cette tégénaire

Plat de roi ? Je ne sais. L’épeire diadème (Araneus diadematus), semble apprécier, qui laisse ses sucs en sauce préparer le mets.

au final un beau cocon pour une table bien mise et bien garnie

autre toile d'une autre espèce, à l'horizontale

Ces beaux jours d’automne que nous apprécions permettent d’observer tous ces drames, ces facéties de la nature. La rosée du matin tend dans les rayons du soleil naissant des constructions fabuleuses qu’il faut regarder patiemment, faisant varier l’angle de vue qui va permettre la meilleure mise en valeur de cette architecture :

toiles des épeires revêtues de rosée

l’espèce Epeire, Araneus diadematus, construit des toiles admirables et parfaitement fonctionnelles

Quant aux enfants ils savent rendre la perception immédiate et juste de ce type de scène naturaliste telle l’expression ci-dessous recueillie sur « la toile du web » et issue apparemment d’une école de Doue en Seine-et-Marne, sauf erreur de ma part. Le site a pour source :

http://cyberechos.creteil.iufm.fr/cyber19/Environ/index.htm

une courte vidéo de la même scène :‘gendarme’ emballé par une tégénaire

 

 

Braine : En son couronnement, en son assomption Notre-Dame veille, et saint Yved..

ne pas vous faire lanterner

Perfection géométrique de la tour-lanterne de Saint-Yved de Braine

 s’approcher en douceur

Saint-Yved depuis la route de Fère-en-Tardenois

paisible coup d'oeil la-haut, en montée vers 'La Folie'

Saint-Yved de Braine

nef raccourcie, flèche absente mais quelle présence !

Entrons enfin, car là est notre contentement

l'oeil parcourt l'espace agréablement flatté par la douce harmonie d'ensemble

Que Dieu vous bénisse !

Christ bénissant de Braine

Christ bénissant à la clé de la chapelle des fonts

et Marie de même, avec Jésus :

Notre-Dame de Braine

Vierge à l'enfant assise, en pierre, avec traces de polychromie, dernier quart du XIIe siècle, sauf la tête de la Vierge qui est moderne

cependant que les anges encensent :

ange thuriféraire de Braine

la fumée d'encens lancée par l'ange nuit à la netteté de la photographie mais embaume l'espace de la chapelle mariale de Braine. Habile sculpteur qui anime pour toujours la pierre.

Malicieux, le sculpteur a presque caché un autre ange décorant la clé des voûtes du choeur :

ange caché dans une boule de végétaux à Braine

inattendue exubérance végétale, dont a profité l'oiseau pour son nid et qui cache encore un peu plus un ange blotti là

tandis qu’un autre devient portefaix au tympan, à moins que, les anges étant asexués, elle ne soit cariatide. Traces de polychromie verte et pourpre :

ange supportant une charge, Braine

et que vibrent les couleurs mises en scène par Jacques Gruber à la fin des Années Vingt et jusqu’en 1934:

vitrail des béatitudes à Braine par Jacques Gruber

toutes les verrières de Braine ont été composées par le peintre verrier Jacques Gruber dans un style allant de l'Art Déco le plus vif à une figuration plus sage en référence aux imagiers du XIIIe siècle

rose du transept sud de Braine par Jacques Gruber

Notre-Dame de Braine vue par Jacques Gruber dans la rose du transept sud illustrant les Vertus de Marie

sculptures XVIe s Braine

sculptures du XVI e siècle, ayant sans doute orné une poutre de gloire, de nos jours dans la chapelle des fonts

vie de Marie par Jacques Gruber dans les verrières de Braine

deux scènes illustres inscrites dans un quadrilobe et une mise en scène toute médiévale pour les verrières de la chapelle mariale de Braine par Jacques Gruber

et maintenant retournez-vous, sortez en esprit et voyez :

tympan de Braine, le couronnement de la Vierge

comme si vous étiez dehors contemplez cette scène du Couronnement de Marie par le Christ, scène remontée à Braine en 1970 et présentée avec d'autres éléments au revers de la façade actuelle

Dormition de la Vierge au tympan de Braine

Dormition de la Vierge au tympan de Braine, sur le linteau, en vis-à-vis d'une Assomption aujourd'hui disparue

Cette trop courte présentation de l’abbatiale Saint-Yved de Braine devrait vous inciter à venir sur place observer l’un de ces joyaux médiévaux qui sont la renommée du Soissonnais et du Laonnois, en dépit des énormes destructions de 1914-1918. Elevée vers la fin du XIIe siècle ou le tout début du XIIIe siècle, l’abbatiale des ex-chanoines prémontrés de Braine fondée en ce lieu vers 1130 doit une part de sa splendeur à la richesse des initiateurs de la nouvelle église dont la tradition donne la date de 1216 pour sa consécration. Elle découle de la volonté d’Agnès et de Robert de Dreux, frère du roi de France Louis VII. Elle servit ensuite de nécropole à cette famille de Dreux et présentait dans l’église de splendides tombeaux de bronze émaillé dont nous n’avons conservé que des dessins aquarellés qui en disent assez la richesse et la dextérité d’exécution. Bâtie selon les proches modèles de Soissons et de Laon, elle inspira Saint-Michel en Thiérache, Notre-Dame de Trêves et la Sainte-Chapelle de Dijon. Malmenée lors des guerres du XVIe siècle elle fut vendue en 1793 et heureusement restaurée en grande partie sous la Monarchie de Juillet.

plaque marquant l'emplacement de l'ancienne façade de l'abbatiale

Utilisée chaque semaine lors des offices, elle est généralement ouverte au public lors des après-midi d’août et lors des Journées Européennes du Patrimoine en septembre (merci à celles et ceux qui assurent ces animations).

Dans un style proche on rencontre à proximité les églises de Mons-en-Laonnois, Orbais l’Abbaye et le souvenir de l’ancienne église détruite de Mont-Notre-Dame. Des vestiges de son tympan sont présents au Musée Saint-Léger de Soissons et des fragments de ses vitraux dans la cathédrale de Soissons.

Pour en savoir plus lire par exemple l’excellente synthèse rédigée par M. Dany Sandron dans :

Dany Sandron, La Picardie gothique, Autour de Laon et Soissons, l’Architecture religieuse, Paris, A. et J. Picard, 2001, p.110-119.

 

Taille de guêpe

L’homme aime beaucoup rendre perceptibles ses déclarations en accentuant ses propos à l’aide d’images, de comparaisons et certaines d’entre elles sont si prisées qu’elles deviennent locution. Ainsi en est-il de la forme du corps de la guêpe et autres hyménoptères de même allure qui montrent une quasi rupture entre thorax et abdomen.

Le mot ‘guêpe’ au sens figuré au XIXe siècle désigne une personne à l’esprit fin et rapide, d’où l’expression : « pas bête la guêpe ». S’en suit un relatif oubli, puis en 1939 Arletty, dans le film  » Circonstances atténuantes » remet à l’honneur notre insecte avec la nouvelle expression : « pas folle la guêpe » encore conservée aujourd’hui.

Quant à la taille fine, très à la mode vers les années 1880, elle prend en anglais l’appellation de ‘wasp wait’ = taille de guêpe‘ depuis la création de la ‘Gibson Girl‘ par Ch. Gibson en 1887. Mais n’oublions pas que le mot guêpière trouve son origine au XVIe siècle en France, [guespière]mot désignant une sorte de corset serré à la taille et la faisant ressortir. L’habit ne faisant pas le moine, venons-en cependant à l’insecte lui-même.

Il se trouve que cette année, à l’été d’abord précoce avant que d’être frais et humide en juillet, certaines espèces d’hyménoptères, dont certaines guêpes ont été favorisées par ce type de climat. Ainsi ai-je pu photographier; à cause d’une destruction hélas nécessaire car en un lieu de passage obligé, le nid de l’espèce Dolichovespula media. En voici quelques images.

coupe d'un nid de Dolichovespula

on observe les étages successifs enveloppés à mesure dans des couches isolantes, hauteur 20-30 cm

Dolichovespula media, alvéoles

de la régularité dans le travail

larve de Dolichovespula media

larve de Dolichovespula en phase tardive

reine de Dolichovespula de profil

reine de Dolichovespula media, légèrement plus grande que les ouvrières

Cette espèce, à la différence de la guêpe commune, Vespula vulgaris, construit à l’extérieur. Elle mesure environ 15 à 22 mm de long contre 11 à 19 mm pour l’espèce commune. Elle peut présenter sur son clypeus tout jaune (entre yeux et mandibules) de face, un bâtonnet vertical noir.

face de Dolichovespula media

entièrement jaune comme ici (reine) ou bien avec bâtonnet vertical

le thorax de la Dolichovespula media ressemble fort à celui du frelon

Dans le nid dont il est question étaient rassemblées environ 200 individus et plusieurs dizaines de larves réparties sur les étages d’alvéoles empilées.

Cette guêpe que piquante vous craignez, qu’à taille de guêpe et esprit subtil vous louez, vous raillez, vous… voyez-là ci-dessous telle qu’illustrée dans l’excellent blog graphiste : ‘Design et Typo le Blog‘ à partir de la revue « L’essentiel de la Mode« , année 1943, juin.                                                                   http://paris.blog.lemonde.fr/2011/08/01/l%E2%80%99officiel-de-la-mode-les-archives-de-la-mode-depuis-1920-publication-2/  

couverture de l'officiel de la Mode, juin 1943

retour temporaire de la 'taille de guêpe'

 

Piégeur piégé

« Tel est pris qui croyait prendre » mais l’erreur reste humaine. Dans un article du journal « Le Monde » en date du mardi 19 juillet 2011, hier donc, page 8, ‘Planète’, madame Catherine Vincent publie « le massacre illégal d’oiseaux sauvages, une pratique très répandue en Europe. »

Remarques judicieuses et chiffres fournis à partir des données de Bird Life, de Face et de la LPO hélas probablement aussi vraies que peuvent l’être des sources se référant à des pratiques illégales. On lit, on s’émeut et une fois de plus l’erreur reste humaine. Les pratiques ancestrales ne sauraient se justifier par l’habitude dès lors que l’on sait que bien des espèces sont en danger à cause des hommes affairés à la production et oublieux de la préservation.

L’erreur est également humaine, selon l’acception ordinaire de l’adage quand la journaliste légende : « Un pinson piégé ». Peut-être a-t-elle été poussée vers cette erreur par « Nicolas Lelièvre, de Sud-Ouest » ? Toujours est-il que ce pauvre pinson est un chardonneret, ce qui ne change rien à son sort ni à la teneur de l’article.

un chardonneret pris au piège

chardonneret élégant (Carduelis carduelis)

Cet article du ‘Monde‘ me remet en mémoire une lettre que j’avais adressée en juillet 2005 à Madame Laurinda Dixon, chercheure américaine, après la lecture de l’un de ses articles dans la revue « FMR » aujourd’hui disparue dans sa version française, lettre dont voici le contenu résumé :

« Madame, je viens de lire l’article que vous avez publié dans la revue FMR au sujet de « la tentation de Saint-Antoine ».
… …Un oiseau qui figure à deux reprises est un chardonneret, une fois sous sa forme ‘normale’, [je ne dispose pas ici des photographies dont il s’agit et ne peux donc les joindre, du moins dans l’immédiat. La copie par copier/coller rend de plus bien imparfaite la présentation de cette note, veuillez m’en excuser chers lectrices et lecteurs]

une autre fois en représentation symbolique : on perçoit ses ailes avec leur bande alaire blanche caractéristique et variable. Dans ce second cas on peut lire également qu’il s’agirait de la plante qu’il affectionne et qui lui donne son nom : le chardon.
A mon sens c’est bien du chardon qu’il s’agit, représenté avec son capitule et son allure épineuse. Il fait office de casque ou de coiffe pour le cavalier (photo absente ici). S’agissant de l’oiseau vous savez qu’il fut souvent représenté avec des « Vierges à l’enfant », plusieurs ayant un enfant tenant un chardonneret. Quant à Jérôme Bosch il le fait figurer également dans « le jardin des délices » et je ne sais quelle signification vous lui avez trouvée dans vos travaux. On lit aussi qu’il était associé à l’Enfant Jésus à cause d’une légende médiévale selon laquelle, il devait sa tache rouge à une goutte du sang du Sauveur. Le Christ, en route vers le calvaire, l’aurait éclaboussé alors qu’il descendait sur sa tête pour lui arracher une épine du front. … … Chez Hildegarde de Bingen le chardonneret est dit chaud. Le chardon est également pris en compte au chapitre des plantes mais je n’ai pas l’ouvrage dans ma bibliothèque.
S’agissant de la plante on la trouve citée avec un emploi médicinal : notamment ses graines qui contiennent de la silymatine efficace pour lutter contre les infections ou empoisonnement. Sur les tableaux de ‘Vierge à l’enfant’ on dit parfois que l’oiseau représenterait l’âme, mais la plante dont les feuilles présentent des marbrures blanches sont parfois associées au « lait de la Vierge ».
Une variété répandue porte le nom de ‘Chardon-Marie‘. (Carduus marianus) Le nom de chardon-Marie vient d’une jolie légende du Moyen âge. La Vierge Marie, voulant cacher l’enfant Jésus aux soldats d’Hérode le Grand le dissimula sous les larges feuilles d’un chardon. Dans sa hâte, quelques gouttes de lait tombèrent de son sein sur les feuilles de chardon, qui en ont gardé une trace héréditaire près de leurs nervures. Je n’ai pas le texte originel de cette légende mais peut-être le connaissez-vous ? Autrefois il était utilisé comme substitut de l’ergot de seigle. Mais quand ? Cela est cependant assez curieux pour être signalé ici.

Une autre espèce, très proche d’aspect, Eryngium campestre, ou Chardon Roland était utilisée contre certaines maladies de la peau.
On aurait alors une double allusion, plante et oiseau associés. Reste à trouver comment rapporter cela au ‘mal des ardents’, à moins que vous n’ayez déjà trouvé la solution ? Le chardon entrait-il dans la composition des remèdes ?
L’espèce Cnicus benedictus contient de la cnicine qui peut provoquer des brûlures dans la bouche. On l’utilise en usage externe contre les engelures. Tout cela est en accord avec la maladie soignée par les Antonins. »

Nous voilà ainsi entraînés, au travers des mailles du filet, à de plus amples réflexions qui vont bien au-delà de l’erreur d’illustration qui m’a servi d’amorce. Il est certain que l’Homme ferait bien de réfléchir avant d’agir comme le montre, entre autre et s’il le fallait, cette évocation du chardon et du chardonneret. Merci donc, Madame Catherine Vincent, de m’avoir permis involontairement ce vagabondage culturel.