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Je pube* : idées de sorties culturelles dans l’Oise

Le Musée Archéologique de l’Oise, où donc ? Mais à Vendeuil-Caply,, mais encore ?  -Oups ! près de Breteuil dans l’Oise, çà y est, je l’ai cette fois sur ma carte…

Le M.A.O donc use des technologies de pointe, du 3D, de vos 5 sens -plutôt 4 ou 3 – et parfois de vos 10 doigts pour vous égarer les sens. Incrédules, pas dupes,  vous êtes venus dans l’Oise, histoire de satisfaire votre curiosité.

Déjà au Musée Départemental de l’Oise à Beauvais, tout contre la cathédrale et sa célèbre flèche trop forte en gueule qui s’est retrouvée le bec dans l’eau pour avoir trop nargué le ciel, vous vous êtes laissé emporter par la magie du livre -ringarde technologie aviez-vous estimée, et par la créativité exceptionnelle de l’éditeur Bernard Dumerchez.

Et voici qu’au M.A.O vous survolez les siècles, des Celtes à notre présent, par l’habileté des artisans d’art, des artistes de la beauté du monde. Peut-être qu’à la suite de nos ancêtres vous vibrerez aux ondes caressantes issues des gradins du théâtre reconstitué, des sculptures et des bijoux antiques, qui, tels des sirènes sont toujours ravis d’extirper l’humain des pesanteurs du présent.

Présentation sur une idée de l’ex conservateur M. Adrien Bossard, mise en oeuvre par Mme Valérie Kozlowski, actuelle Conservatrice du Patrimoine et Directrice du M.A.O.

titre de l’exposition sur les vitres d’entrée et reflets

Pour ma part j’ai flashé sur les entrelacs superbement organisés d’une plaque de harnachement découverte à Paillart (descriptif sur le site, rubrique « objets du mois, juillet 2015 »), j’ai ânonné sur les lettres ciselées d’une dédicace trouvée à Nizy-le-Comte (prêt du musée   ) et suis tombé raide amoureux du minois en marbre de Diane, un prêt du musée départemental de l’Arles antique.

plaque de harnais, métal cuivreux et émail, 1er siècle apr. J.-C.

Inscription sur pierre calcaire (0,80 ; 0,42 ; 0,14 cm) découverte en 1850 à Nizy-le-Comte (Aisne), prêt du Musée de Soissons.

NUM.AVG.DEO.APO./LLINI.PAGO.VENNECTI./PROSCAENIVM.L.MAGIVS.SECVNDVS.DO//NO.DE.SVO.DEDIT.

A LA DIVINITE DE L’EMPEREUR. AU DIEU APOLLON, AU PAGUS VENECTIS LUCIUS MAJUS SECUNDUS A SPONTANEMENT FAIT DON D’UN PROSCAENIUM.

Traduction dans : Ben Redjeb Tahar. Une agglomération secondaire des Rèmes Nizy-le-Comte (Aisne). In: Revue archéologique de Picardie,
n°1-2, 1987. pp. 33-60;
doi : 10.3406/pica.1987.1509
http://www.persee.fr/doc/pica_0752-5656_1987_num_1_1_1509

Tête de Diane, marbre blanc, Musée de l’Arles antique

Pendant ce temps quelques arrêts sur images me révèlent au-devant, dans un lointain de contre-jour un peu trop vif, les gradins et l’agencement général du théâtre, l’érection froide de la tymélée, et à l’arrière la vacuité enveloppante et toute pascale d’un sacellum  abandonné par son dieu. Venez et voyez !

projection de la restitution en 3D

sacellum (niche abritant la statue du dieu)

salle d’exposition permanente au M.A.O

Et demain, me direz-vous, que voir encore ? Et bien Gerberoy, pourquoi pas, en ses ruelles et ses pans de bois, ses maisons de maître aussi et le souvenir visuel d’Henri Le Sidaner ? Ou bien encore l’intemporelle Noyon et la médiévale Senlis, ou encore les impériales Compiègne et Pierrefonds qu’encadreraient et Champlieu et Morienval ? Euh, un week-end suffira-t-il ?

site internet du M.A.O = http://www.m-a-o.org/

*puber, non pas terminologie latine ici, mais, au choix, néologisme boureusien non enregistré ou bien slogan à lire sur une banderole du futur Centre de la Francophonie à Villers-Cotterêts = faire de la réclame pour une pub ou de la pub pour une réclame.

Ronde de mars 2018

J’ai grand plaisir pour cette Ronde de mars d’accueillir la création de Marie-Noëlle Bertrand relative au mot : « Dialogue (s)« .

Ce mois la Ronde tourne dans ce sens et je remercie nos fidèles organisateurs.

Marie-Noëlle Bertrand http://ladilettante1965.blogspot.fr/
chez…
Jean-Pierre Boureux http://voirdit.blog.lemonde.fr/
Dominique Autrou ladistanceaupersonnage.fr

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Dialogue bien entamé

– Livingston, I suppose ?

– Ouek, ouek… (Késako ?*)

– Bonjour, Jonathan.

– Kriou, kriou, kriou, kriou… (Le seul Jonathan que je connais, il est capitaine et il a un pélican).

– Je suis ici pour le festival…

– Ouek, ouek… (J’ai vu les prospectus mais ce qui m’intéresse c’est le sandwich, tu partages ?)

– J’ai lu tes aventures quand j’étais adolescent, tu es vraiment un étonnant voyageur.

– Kriek, kriek, kriek… (Pfff ! Vous me bassinez avec ces histoires. Allez, file-moi z’en un morceau !!!)

– Le ciel est bleu, on est bien. Vas-y, montre-moi…

– Kwak, kwak, kwak… (Bois ta bière et donne-moi un bout du sandwich).

– Raconte-moi, apprends-moi…

– Aow, aow… (Assez noyé le poisson).

Le goéland se saisit du reste du sandwich et s’envole sans demander son reste.

Dialogue, photographie et traduction (*) en italiques : Marie-Noëlle Bertrand.

Reims et Jeanne d’Arc : épisode 2 = histoire locale

           Elle part, s’enfuit presque pour obéir à ses voix, n’a qu’environ 17 ans, parvient peu à peu à constituer une petite troupe de chevaliers armés qui grossit en chemin. Nous sommes à la fin de l’hiver 1429. Sa chevauchée est bien connue, des plaques commémoratives nous rappellent les lieux de son séjour ou passage. Elle rencontre son ‘gentil Dauphin’ le 6 mars à Chinon, puis Orléans est libéré le 8 mai !

            Le vendredi 15 juillet des négociations ont cours dans la forteresse de Sept-Saulx,   appartenance de l’archevêque de Reims, au sujet de la soumission de Reims. Et le 17 juillet Charles VII est sacré dans la cathédrale de Reims, la cérémonie est longue : 5 à 7 heures. Les parents de Jeanne sont venus pour l’occasion et ont logé à « L’Âne rayé » près du Palais épiscopal, Jeanne on ne sait où. Le roi et son entourage demeurent à Reims jusqu’au 21 où le cortège se rend à Corbeny dans le Laonnois proche où les rois ont coutume de toucher les malades atteints des écrouelles (scrofules) et ainsi de les guérir peut-être, preuve du pouvoir divin du roi que l’on dit alors « thaumaturge », c’est-à-dire qui a pouvoir de guérir, tel un saint. Puis le 22 juillet le cortège royal et militaire gagne Vailly-sur-Aisne, ville forte nouvellement échangée par le roi (1379) contre Mouzon, à l’archevêque de Reims. Là, on dort sur place et l’on reçoit la soumission de Laon, avant de gagner Soissons le lendemain. Voilà pour notre région, voilà pour l’essentiel de la mission de Jeanne, qui, – elle ne le sait pas, -a moins d’un an à vivre. Parmi les lettres qu’elle a pu envoyer aux Rémois nous avons connaissance de trois, dont l’une (écrite à Sully-sur-Loire le 16 mars 1430), après divers lieux de séjour, fut promise à la Ville de Reims et fut apportée à Jean Taittinger le 17 février 1970, elle est conservée aux Archives communales de la cité :

Du 15 au 18 juillet 1907 (après la béatification) des journées festives avec bénédiction de la statue « Jeanne au sacre » d’ivoire et d’or de la cathédrale due au sculpteur Prosper d’Epinay se déroulent à Reims. Il en sera de même après la canonisation (1920) dont la fête liturgique se célèbre le jour anniversaire de sa mort, le 30 mai ; ensuite à partir de 1921 sont organisées annuellement des cérémonies de diverse nature. On retiendra le retour de la statue du sculpteur Paul Dubois, sous les auspices de l’Académie Nationale de Reims (1921) et le don (souscription) par des Britanniques de la réplique de l’étendard de Jeanne à la cathédrale. Ce sont là les souvenirs tangibles et la mémoire de Jeanne à Reims.

statue par Prosper d’Epinay, cliché J.-P. Boureux

Dans la victoire elle demeura modeste et respectueuse de ses ennemis chaque fois que ce fut possible ; dans la défaite et les doutes elle fit preuve de la plus grande détermination et audace et ce jusque son exécution par le bûcher. Quelques-unes de ses répliques à ses juges, ironiques, percutantes et surprenantes, sont devenues célèbres à juste titre. Nous ne donnons ici qu’un extrait de la description qu’elle fait de son enfance, le jeudi 22 février 1431, deuxième séance publique du procès :

« Quand j’eus l’âge de treize ans, j’eus une voix de Dieu pour m’aider à me gouverner. Et la première fois j’eus grand peur. Et vint cette voix environ l’heure de midi, au temps de l’été, dans le jardin de mon père, en un jour de jeûne. Je n’avais pas jeûné la veille. J’ouïs la voix du côté droit vers l’église, et rarement je l’ouïs sans clarté. … »

statue par Paul Dubois sous la neige du 7 février 2018, cliché J.-P. Boureux

Documents utilisés = Abbé Jean Goy, brochure de la Direction des Relations publiques de la Ville de Reims, 1984, 28 p.    [dont illustration de la lettre avec la signature de Jeanne]     Jacques Trémolet de Villers; Jeanne d’Arc. Le procès de Rouen, Tempus, mai 2017, 361 p.

 

Ronde épistolaire du 15 janvier 2018

En ce mois de janvier 2018 j’ai le grand plaisir d’accueillir Dominique Hasselmann, « Métronomiques » dans le contexte d’une ronde amicale devenue tradition. Le thème est : Paysage(s). Elle tourne dans le sens suivant :

Jean-Pierre Boureux http://voirdit.blog.lemonde.fr/
chez …
Noël Bernard http://cluster015.ovh.net/~talipo/?tag=noel-bernard
Noel chez
Giovanni Merloni https://leportraitinconscient.com/
Giovanni chez
Franck http://alenvi.blog4ever.com/articles
Franck chez
Jacques https://jfrisch.wordpress.com/
Jacques chez
Hélène Verdier http://simultanees.blogspot.fr/
Hélène chez
Dominique Autrou https://dom-a.blogspot.fr/
Dominique chez
Guy Deflaux http://wanagramme.blog.lemonde.fr/
Guy chez
Marie-Noëlle Bertrand http://ladilettante1965.blogspot.fr/
Marie Noeële chez
Marie-Christine Grimard https://mariechristinegrimard.wordpress.com/
Marie Christine chez
Dominique Hasselmann https://hadominique75.wordpress.com/
Dominique chez Jean-Pierre etc..

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Ce paysage insoupçonné

La vitesse impressionne, on se croirait dans un TGV, cela décoiffe. La traversée du tunnel ne dure pas longtemps, les branches des arbres s’accrochent comme autant de caténaires désordonnées. Le ciel est violet, violent, des oiseaux s’envolent en tous sens, ils crient leur instinct de vivre ou de mourir. Mais les chasseurs sont désorientés, l’âme – soi-disant – de leurs fusils ne sert plus à rien. Le fracas des lumières s’amplifie. Des gorgones apparaissent puis s’évanouissent. Jérôme Bosch est le maître du bal masqué. Une danse de clowns enfarinés tourne au ralenti. Le rouge et le noir se marient au jaune et au vert pourrissant des habits de fête. Des arlequins chamarrés s’envoient en l’air. La chute des dominos produit un bruit rectangulaire. Un rassemblement d’animaux (licornes, rhinocéros à trois cornes, moutons à cinq pattes…) se déplace tranquillement au milieu des bouleaux argentiques. Je plane comme un aéronef sans moteur ni palonnier : la campagne, en dessous, est riante, la rivière paresseuse, ses méandres jouent comme Joëlle Léandre. Ce paysage insoupçonné n’a pas de fenêtres donnant sur le dehors : il est purement intérieur. Au milieu des nuages, des tramways verts ou jaunes se croisent sans jamais se percuter. Je me laisse porter par le rêve qui n’en finit pas, un peintre nommé Chagall m’offre sa palette à l’odeur de térébenthine et me salue en yiddish. Tout à fait étourdi, je suis embrigadé, sans m’en rendre compte, dans une colonne d’étourneaux. Dans la bourrasque, nous naviguons à l’estime, à moins que des GPS soigneusement cachés ne déterminent en réalité notre destination. Il n’existe pas encore une police des aigles ou des mouettes : chacun replie soigneusement ses ailes avant de rentrer chez lui. Quand je me réveille le lendemain matin, je constate que quelques plumetis blancs sont collés sur mon blouson en nylon.

texte et photo : Dominique Hasselmann

 

 

Ronde épistolaire du 15 novembre 2017

En ce mois de novembre j’ai le grand plaisir d’accueillir les propos de Noël Bernard « le Talipo », dans le contexte d’une ronde amicale devenue tradition. Le thème en est : lettre(s). Elle tourne dans le sens suivant déterminé par tirage au sort sous la vigilance habituelle de Dominique. Cette ronde tourne ainsi ce mois :

chez…
Marie-Noëlle Bertrand http://ladilettante1965.blogspot.fr/
Dominique Autrou https://dom-a.blogspot.fr/
Jean-Pierre Boureux http://voirdit.blog.lemonde.fr/
chez DH, etc.

 

L’e

Le cercle déferlé de cette lettre belle
Semé, perle de sel, en mes lemmes légers,
Etend l’extrême mètre en mes versets femelles,
En desserre le temps, tel le vent des vergers.

En cette frette, emblème en grecque répété,
J’entends le bercement des gréements, des échelles,
L’enflement des vents d’est, des sternes les crécelles
Et, de jetées en nefs, les fêtes de l’été.

Mes lèvres, tel l’évent de ce cerne éthéré,
Versent l’èbe dément des sentences rebelles.
D’encre, célère penne, en ce scel excentré,
Mets en germe le rêve et les mers éternelles.

 

« La grande vague de Kanagawa », par Hokusai. Source : Wikimedia

Exaucée ! Tournus, 8 juin 2017

Le bandeau autoroutier se déploie sans cesse tel un mirliton et lasse mon regard, Tournus est fléché, j’y retrouverais volontiers les volumes novateurs de l’architecture de Saint-Philibert, dans son choeur, sa galilée, sa crypte, clignotons en sortie !

Novatrice parce que la première identifiée, la circulation dans le déambulatoire, bien qu’encore incomplète est plaisante. La salle principale de la crypte sous-jacente favorable à la méditation élève la vue au long de ses fines colonnes ornées de chapiteaux très frais.

Connue des spécialistes de l’art roman l’architecture du sanctuaire plaît tout autant au curieux qui se sent bien là. Et la chapelle supérieure de l’avant-nef (ou galilée) surprend par l’audace de l’architecte pour ce début du XIe siècle.

Quant à moi je viens également pour l’aigle du lutrin de l’ambon, signé par l’orfèvre Goudji que je retrouve chaque fois avec la même émotion esthétique, de l’art intemporel. J’apprécie également le style des rares mosaïques du déambulatoire, dont ce chasseur à l’oiseau si représentatif d’une partie de la vie seigneuriale médiévale et qui, peut-être, se perchera tantôt sur ce lutrin .

Quant à la vision par la face sud-est elle offre depuis le cloître un aperçu de l’élégante massivité des structures romanes encore de petit ou moyen appareil et que des lésènes animent par leur jeu d’ombres et de lumières raffinés.

En ville les traces du moyen-âge apparaissent dans l’architecture civile où l’on observe ici et là quelques vestiges faciles à lire, par exemple l’emplacement à peine modifié des étaux de marchands dans les rues du bourg proche de la Madeleine :

Ne serait-ce que pour tout cela j’aime à revisiter Tournus. Ce n’est pas tout : le musée  Greuze et de l’Hôtel-Dieu, lové lui dans une architecture Grand Siècle fonctionnelle et de taille humaine a lui encore de quoi vous séduire. Il raconte les efforts des hommes et femmes de ce temps pour soulager les misères humaines, de par son hôpital, façon « hospices de Beaune » en plus modeste et les attributs qui le caractérisent. L’étain et le bois ont ici quelque chose de réconfortant ou rassurant, sous le regard de Dieu en sa chapelle. Le Musée « Greuze » en ses murs présente bien entendu quelques oeuvres de ce peintre très réputé en son temps ainsi qu’un ensemble archéologique, panorama régional des civilisations préhistoriques, gallo-romaines et mérovingiennes pour l’essentiel. J’en retiens un bien curieux coffret d’ophtalmologiste pour le traitement de la cataracte (vous n’en croirez pas vos yeux !) ainsi qu’une casserole au fond très étudié et fort ‘design’.

trousse d’ophtalmologie

Et même, et encore, et en plus, j’oubliais presque le titre de l’article : « exaucée ». Mais bien sûr, c’est cela qu’elle souhaite cette ingénue, qu’on vienne la voir, la surprendre en son désir le plus profond. Et bien oui, elle est exaucée, nous sommes devant elle, dans sa rêverie et son imploration.

Nommée « la Prière » une toile très connue de Jean-Baptiste Greuze est exposée au musée Fabre de Montpellier. Ici  nous sommes en présence d’une copie exécutée par une élève talentueuse et jusque-là inconnue de Jean-Baptiste Greuze, récemment offerte au musée par un descendant de la famille de la copiste. Je suis certain qu’un jour ou l’autre, vous aussi allez quitter l’autoroute pour venir la surprendre en ses songes qui seront dès lors les vôtres, car l’art s’approprie pour vivre mille vies. Voyez plutôt, ou mieux, venez voir plus tard !

D’autres surprises vous attendent en ce musée, dont une exposition temporaire de bonne facture consacrée au peintre tournusien Paul Perreaut et bien entendu des oeuvres de Greuze et des sculptures du XIXe siècle, au sujet desquelles vous serez peut-être attentif comme paraît l’être le visage inquiet de la femme de cette sanguine de l’artiste, qui semble désapprouver quelque chose. Serait-ce le désir ardent d’un faune ?

gros plan sur un plâtre (1893)de Bénédict Rougelet (1834-1894) intitulé : « Faune et faunesse »

Pour en savoir plus : http://www.musee-greuze.fr/expositions-en-cours

N’hésitez pas à poser des questions au personnel du musée, attentif aux demandes des visiteurs.

Ronde épistolaire du 15 juin 2017

En ce mois de juin j’ai la satisfaction d’accueillir les propos de Jacques dans le contexte d’une ronde amicale devenue tradition. Le thème en est : Parfum(s). Elle tourne dans le sens suivant déterminé par tirage au sort sous la vigilance habituelle de Dominique :

Guy (Emaux et gemmes des mots que j’aime ) / chez  Noël (talipo) / chez Dominique A.  (la distance au personnage) / chez  Élise (Même si) / chez  Dominique H. (Métronomiques) / chez  Giovanni  (Le portrait inconscient)  / chez Hélène (simultanées)  / chez   Jacques ( jfrisch)  / chez  Jean-Pierre (Voir et le dire, mais comment ?)  chez  Franck (à l’envi)  / chez Marie-Christine (Promenades en Ailleurs) / chez Guy …

Mon texte est publié chez Franck (à l’envi) que je remercie.

IXELLES

Comme le mot tombe
Sur la terre
Le bruit des étoiles est
Leur signature dans
Le ruissellement du ciel

Sur la tranche de l’arbre
Le temps trace des cercles
Ainsi le bois qui dure
Et le temps qui passe
Dansent
Se rencontrent

Je rentre, je m’arrête dans le soir à l’écoute d’un chant
De merle 
Et le mauve ne
Touche pas l’instant

Hésitation de la pie
Sur les feuilles mortes
Cette décoration d’un instant
Me comble

Un moment
Je ne crois plus à la mort
Je chante, je respire

Parfums offerts
Dans la brocante du monde
Je tremble au milieu de vous dans Bruxelles

Merci à tous les participants et organisateurs de cette ronde.

Cent ans, dix ans : in memoriam Pierre-Gilles De Gennes

Le 18 mai 2007 Pierre-Gilles De Gennes nous quittait, il manque à ceux qui l’ont aimé. Sa présence à la science et la technologie demeure partiellement par ses écrits, par le Prix Nobel qui l’honora. Les journalistes de nos médias oublient trop souvent les hommes de la science, à tort car cela participe de la désaffection de cette dernière. Ayant eu la chance de connaître ce savant fidèle en amitié, j’évoque ici quelques souvenirs qui mystérieusement reviennent à ma pensée selon des circonstances liées au fonctionnement cérébral qui reste quelque peu obscur.

Combien étais-je ravi et honoré de recevoir un jour un mail, un autre l’une de ses cartes enrichie bien souvent d’un dessin au trait, trace récupérée au hasard d’un cheminement dans ses pensées ou dans une allée du Jardin du Luxembourg. Evocation fréquente d’un imaginaire miroir de la beauté féminine, parfois humoristique, condensé de la pensée qu’il aimait ailleurs illustrer lors des nombreuses conférences qu’il fit pour les scolaires et les étudiants et, en ce qui me concerne, événement déclencheur de notre amitié. Le contenu de nos échanges épistolaires n’avait pas de direction obligée ni contrôlée, et pour cause : je ne suis pas physicien et lui s’intéressait à tous les domaines de la pensée. Dix ans ! Cent ans pour celle-ci :

montage photographique d’un recto-verso et d’une illustration de P.-G. De Gennes en date du 7-12-2005

… »J’ai déjeuné aujourd’hui dans un restaurant de la rue Laplace. Un des desserts avait pour nom « 17 mai 1917″. Le patron (Frédéric Bethe) m’a expliqué que son grand-père était au Chemin des Dames. Avant l’attaque du 17 mai l’artillerie devait battre les tranchées allemandes, en étant guidée  par des fusées lancées au dessus d’elles. Par erreur une fusée est partie droit au dessus des tranchées françaises : désastre. Parmi les survivants le grand père a eu le courage de ramper et d’envoyer une fusée depuis le côté allemand. Il a sauvé ses amis, mais il est revenu aveugle et amputé. … »

J’ajoute encore ce témoignage publié avec d’autres sur le site : « le complot des papillons » du journaliste scientifique Patrice Lanoy : témoignage pour P.-G. De Gennes

Pierre-Gilles De Gennes, 24 octobre 1932 (Paris) – 18 mai 2007 (Orsay)

Jardin des Poilus à Paissy

A Paissy, 34 rue de Neuville, le « Jardin des Poilus » sera ouvert le samedi 3 juin 2017 de 10 h à midi et de 14 h à 18 h. Même horaire le dimanche 4 juin 2017. Visite libre, des guides seront à votre disposition pour toute question et documentation.
Cette ouverture correspond au week-end national des « Rendez-vous au jardin » dont le thème de l’année est : ‘le partage au jardin’. Nous échangerons donc autour des écrits des soldats de la Grande Guerre qui concernent des plantes, ces dernières étant, autant que faire se peut, présentées au pied des panneaux documentés. Le partage se poursuivra encore par l’exposition de la plasticienne Céline Prunas qui suspendra des toiles ornées de gravures, ainsi que par un stand du Conservatoire des espaces naturels de Picardie animé par un scientifique du conservatoire et une représentante de la Communauté de Communes du Chemin des Dames.Jardin des Poilus à Paissy

Ronde du 15 mars 2017

Selon ce qui est quasiment devenu une habitude, voire une coutume, nous avons le plaisir d’accueillir pour la ronde du 15 mars la contribution de M.- Christine Grimard : ‘Promenades en Ailleurs’ — https://mariechristinegrimard.wordpress.com/

Le thème de la ronde s’appuie sur le mot « cuisine(s) et l’incipit : « ils vont où les oiseaux ? » Pour ma part je serai accueilli par Jacques, ‘la vie de Joseph Frisch’ : https://jfrisch.wordpress.com/

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« Ils vont où, les oiseaux, maman, quand l’hiver revient ?

Ils se cachent au fond de leur nid ?

Ils s’envolent jusqu’au bout du ciel ?

Ils partent pour les îles ?

Dis maman : ils vont où les oiseaux ? »

L’enfant, le menton dans les paumes, regarde l’oiseau noir posé sur la fenêtre de la cuisine. Le petit animal réchauffe ses plumes au premier soleil de mars. Il déploie ses ailes, les secoue puis les replie. Il regarde sans crainte l’enfant qui l’observe. Au moindre geste inquiétant, il lui suffirait de s’envoler. Ses ailes sont sa planche de salut, elles ne lui ont jamais fait défaut. Mais il n’en aura pas besoin, il a vu le regard de l’enfant. Il sait qu’il l’aime. Il n’a rien à craindre.

L’enfant chantonne pour l’oiseau :

« Il est allé où, l’oiseau, posé là sur mon balcon ?

Il est allé dans les îles pour goûter à la vanille

Il est allé dans la plaine pour tricoter de la laine

Il est allé dans la brume pour lisser ses belles plumes

Il est allé sur la mer pour trouver des éphémères

Il est allé en forêt pour y cueillir des bleuets

Il est allé au marché pour trouver sa fiancée

Il est venu par ici pour devenir mon ami. »

Maman s’approche, le sourire aux lèvres. Son petit poète a bien du talent ! Il déroule les mots comme un peintre étale ses couleurs. Il entend son pas et se tourne vers elle :

« Ecoute, écoute, Mamounette, ma chanson pour l’oiseau !

Tu crois qu’elle lui plaira ? Tu crois qu’il m’aimera ?

Oh, il est parti…

Tu crois qu’il reviendra demain ?

Je voudrais qu’il soit mon ami ! 

Et toi, tu l’aimes ma chanson ? »

La mère entoure ses épaules de ses bras. Elle est si fière de lui. Elle lui murmure à l’oreille :

« Elle est très belle ta chansonnette mon poussin. Belle et douce comme ton cœur. L’oiseau l’aime beaucoup, je l’ai vu dans ses yeux. Il reviendra demain et les autres jours pour que tu lui chantes encore. Et il chantera avec toi, tu verras… »

L’enfant ferme les yeux. Il rêve qu’il vole avec l’oiseau. Il appuie sa joue contre le bras de sa mère. Elle sent si bon. Son parfum le berce, mélange de cannelle et de jasmin.

L’air est doux, on sent que le printemps arrive.

« Tu sens la fleur de sucre, maman. Tu sens bon comme le printemps ! »

« C’est parce que je t’ai préparé des petites surprises sucrées pour le goûter. Elles seront bientôt cuites, il suffit d’un peu de patience. »

L’enfant fait la moue. Il n’aime pas le mot « patience », un mot qui signifie qu’il faut attendre son plaisir. Un mot qui montre que l’on a du temps devant soi. Il sait qu’il n’a pas de temps à perdre. Il a tant de choses à voir, à entendre, à goûter. Il n’est pas sûr d’avoir tant de temps à vivre. Demain est si loin et le monde est si grand.

« Mamounette, claque tes doigts et ça sera prêt ! »

Maman sourit. Elle jette un coup d’œil vers le four où des cannelés dorés caramélisent doucement. Encore quelques minutes et la cuisson sera parfaite, ils seront craquants à extérieur et moelleux à l’intérieur, doux et savoureux comme le miel à peine sorti de la ruche.

« La cuisine c’est de l’amour et c’est aussi du plaisir à partager, toi et moi. » dit-elle en berçant l’enfant.

« Ta cuisine c’est de la magie, Mamounette. Répond l’enfant. Tu mélanges des choses bizarres dans un grand pot, tu claques des doigts et c’est parfait ! »

« Même la magie a besoin de temps, mon poussin. Une grande dame nommée Colette qui aimait les animaux autant que tu les aimes, disait : « Si vous n’êtes pas capable d’un peu de sorcellerie, ce n’est pas la peine de vous mêler de cuisine. »

« Tu vois, dit l’enfant, j’avais raison. Ta cuisine, c’est de la magie ! »

Maman, sort les cannelés du four. Un parfum de sucre mêlés de fleur d’oranger embaume la cuisine. Le regard de l’enfant est doux comme le goût du plaisir qu’ils partageront bientôt. Elle n’oubliera pas ce regard, celui de l’amour infini qu’ils ont l’un pour l’autre. Un amour plus fort que le temps.

L’homme pose le sachet sur la tablette. La vieille dame se redresse sur ses oreillers. Elle regarde ce grand jeune homme et le trouve très beau.

« Vous êtes très beau, jeune homme, lui dit-elle. Qui êtes-vous ? »

Il ne relève pas, lui sourit et sans se décourager, lui dit :

« Regarde, Mamounette, je t’ai apporté des cannelés. Ils embaument la fleur d’oranger. »

Sa mère ouvre le sachet. Elle se délecte du parfum qui s’en dégage. Son regard pétille. Elle sort un cannelé et le tend au jeune homme, puis se ravise, le dévisage et lui dit :

« Tiens mon poussin, ils ont l’air très bons ces cannelés. Je ne me souviens pas les avoir sortis du four, même s’ils sont encore tièdes. Tu t’es bien amusé à l’école aujourd’hui ? Raconte-moi pendant qu’on partage le goûter. Après, on ira voir si l’oiseau est revenu pour écouter ta chanson. »

L’homme la regarde, un peu interdit. Voilà bien longtemps qu’elle n’avait pas prononcé autant de mots à la suite. Elle ne parlait plus depuis quelques semaines. Il prend le cannelé qu’elle lui donne et le pose au coin de la table, puis la serre dans ses bras et l’embrasse. Elle se blottit contre lui. Il fait durer l’étreinte, il est inutile qu’elle voie les larmes qui coulent sur sa joue. Puis elle s’écarte de lui et dit :

« Tu vois, mon poussin, Colette avait raison, la cuisine c’est de la sorcellerie ! ».

Texte et photos : M. Christine Grimard