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Au firmament du Chemin des Dames, des anges pour Martin.

     Depuis les collines qui dominent l’Ailette et ouvrent l’horizon du Chemin des Dames, d’un repli d’ailes ils surgissent et prennent place autour de l’écrin pour signifier que là est merveilleuse richesse enclose.

clocher de Martigny-Courpierre

     Trop loin des hommes ils s’ennuient. Je les appelle. Virevoltant et planant ils daignent descendre du piédestal céleste et entrent dans l’église dédiée à saint Martin, qui protège les Francs. Là, surprise, ils volent alors directement vers le maître-autel où ils se posent élégamment. Laissez-vous aller à chantonner avec le ténor : « Anges du paradis couvrez-là de votre aile… » in Mireille, de Charles Gounod » ou bien encore le plus connu « les anges dans nos campagnes » et son Gloria’ évoqué ici.

     Il faut dire qu’ici tout a été combiné pour impressionner le pèlerin. Pas un mètre carré laissé libre : verre, fer, terre cuite, terres des fresquistes, tout concourt à glorifier Dieu dans le travail des hommes de l’art.

céramique de Saint-Martin de Martigny

     Le céramiste Maurice Dhomme, les verriers Louis Barillet, Théodore Hanssen et Jacques Le Chevallier illustrent le Nouveau Testament dans ses messages simples, qu’accompagne également le fresquiste Eugène Chapleau.

Christ de la voûte du choeur de Martigny

     Il ne serait pas judicieux que je vous dévoile tous les trésors de cette église d’un si petit village momentanément anéanti dans la grande tourmente que fut 1914-1918. Quand vous serez de passage dans la région, quand vous serez peut-être assez imprégnés des eaux tropicales du Center Parc de L’Ailette aux rives proches, pensez à venir ici plonger aux sources vives de l’Art Déco. Cherchez par vous-même la signification des symboles employés * et des phrases peintes. Partez à la chasse au trésor dans les ors rutilants, soyez assez observateurs pour dénicher quelque part les portraits des collaborateurs de l’architecte Paul Müller qui a oeuvré là, ainsi qu’au village de Monthenault à proximité, ou, à peine éloigné, dans celui de Brancourt-en-Laonnois.

les artistes de Martigny

     Et comme il n’est jamais interdit de rêver, planez donc et voletez de concert et de conserve avec les anges, tournoyez autour et dans Saint-Martin de Martigny-Courpierre. Cela décoiffe mais vous n’y laisserez aucune plumes, à la différence des pigeons qui s’abandonnent ici trop fréquemment, singeant malhabilement nos anges.

     « L’univers et l’histoire chantaient, dans un silence assourdissant, la gloire de l’Eternel. Toute une vallée de larmes coulait sur mon visage. J’étais plus mort que vif -mais j’étais déjà mort. … …L’archange qui se tenait dans l’ombre du Très-Haut se déplaçait avec la grâce que je lui connaissais, mais les ailes lui étaient revenues et un feu intérieur semblait le consumer. « 

Jean d’Ormesson, le rapport Gabriel, Gallimard, 1999, p. 414

clocher de Martigny-Courpierre

     * Bavard je ne résiste pas plus longuement et vous mets sur la voie. Les anges de l’autel sont des thuriféraires selon l’assemblage des mots latins qui signifie ‘porte -encensoir’. Ils font partie de cette cohorte innombrable si souvent représentée dans l’art religieux, notamment sur des pierres tombales car l’encens est utilisé pour manifester la part divine des corps humains. Les anges [du grec aggelos=messager] sont très présents dans l’Ancien Testament et semblent directement issus des cultes babyloniens et perses, le Nouveau Testament minimise leur part mais l’Apocalypse de Jean, par exemple, en est toute peuplée.

La « blessure de Vailly » et Joë Bousquet.

Vailly, qui se prononce ‘Véli’ est un bourg d’environ 2200 habitants situé à 18 km à l’est de Soissons et à 45 km à l’ouest de Reims. L’Aisne borde sa limite sud et le plateau du Chemin des Dames s’incline en de multiples découpes digitées sur son flanc nord. Au cours de l’Histoire sa position l’a souvent placé sur le trajet des troupes, 1914-1918 étant la période qui l’a vu presque totalement détruit.

Carte postale allemande célébrant la victoire de Vailly

carte postale allemande célébrant la victoire à Vailly le 31 octobre 1914

Prise et reprise la ville sera à nouveau sous le feu de l’ennemi lors de son avancée éclair du 27 mai 1918. Le général Ludendorff parvient quasiment à retrouver lors de cette offensive les positions allemandes de septembre 1914.

Dans ce contexte survient un épisode célèbre en littérature que l’Association du Patrimoine et de l’Environnement Vaillysiens mettra en valeur entre les 8 et 21 novembre prochain comme en témoigne l’affiche ci-dessous que j’ai conçue pour l’occasion.

Affiche relative à Joë Bousquet et Vailly

Nous appuyant sur l’aide du Centre Joë Bousquet de Carcassonne qui nous prête l’exposition relatant les deux rencontres entre Denise Bellon photographe et J. Bousquet en 1946 et 1947 et avec la participation des institutions représentées par leur logo sur l’affiche, nous présentons en effet un ensemble de photographies et de correspondances, moyen pour nous de mettre en avant et faire connaître l’événement singulier que fut la « blessure de Vailly » dans la vie littéraire de Joë Bousquet.

            Contexte affectif propre à Joë Bousquet en mai 1918 : 

Il a reçu trois jours auparavant, le 24 mai, une lettre de sa bien aimée Marthe qui lui fait part de la réaction de son père à l’annonce de leur amour, fait qui l’oblige à s’engager moralement. Il décide alors de la quitter et lui en fait part. Il se trouve donc en position de dépit et réagit en s’exposant inutilement à l’ennemi. Réaction isolée de sa part ? Non.

En juin 1917 et vers le même lieu il s’était déjà illustré par bravade, peu de temps après son baptême du feu le 16 avril 1917 car engagé le 10 janvier 1916, à l’âge de 19 ans, il n’avait pas encore eu l’occasion de combattre. Mais ce 2 juin 1917 donc, alors qu’il était en observation il prend seul la décision de tirer sur un Allemand de la tranchée adverse, ce qui déclenche une riposte immédiate et un assaut au cours duquel est tué son ami le sergent Canet et bien d’autres soldats français.

De plus en janvier 1918 il avait reçu une lettre de Marthe qui lui annonçait son intention de se suicider : sa réaction d’alors était encore et toujours la même, s’exposer et combattre. Par chance son engagement volontaire dans le combat lui vaut cette fois non la mort mais une nouvelle citation à l’ordre de l’armée.

      Toujours est-il qu’on est en présence d’un jeune combattant audacieux prêt à tout pour prouver sa bravoure et pensant de cette manière contrôler des sentiments personnels qui ont pour objet la passion amoureuse. Dit d’une manière plus abrupte cela donne : la mort il l’a bien cherchée ! Et de tout cela nous avons la preuve en recoupant tous les témoignages qu’il a lui-même donnés à ses correspondants et visiteurs au cours de sa vie d’écrivain et d’amateur d’art. On ajoute encore, s’il le fallait, que ce jour du 27 mai notre jeune homme (21 ans) agité portait une paire de bottes rouges, sans doute un modèle du genre : ‘bottes d’aviateur’ et de couleur sans doute plus proche du fauve que du rouge vif. Une façon bien voyante en tout cas de monter à l’attaque, plus proche de la tenue flamboyante des premiers mois de la guerre que des vêtements bleu horizon portés peu à peu depuis l’année 1916. 

Conséquences de « la blessure à Vailly » :

     Paralysé des membres inférieurs J. B. passera le restant de ses jours dans sa chambre aux volets fermés de la rue de Verdun ou dans quelques rares lieux proches. Il entre progressivement en littérature et fait du même coup entrer « la blessure de Vailly » dans la littérature française et internationale.

      Hier 8 novembre nous inaugurions cette exposition racontée ci-dessous par quelques instantanés numériques faisant écho en quelque sorte aux clichés argentiques de Denise Bellon  :

 Mme Annick Venet, Maire et M. Jean-Marie Lebrun, Président de l’APEV

partie de l’assistance

 quelques panneaux de l’exposition photographique

Joë Bousquet par Denise Bellon en 1947

 Joë Bousquet par Denise Bellon en 1947, collection du Centre J. Bousquet de Carcassonne

     Au moment où J. Bousquet fait retour dans la littérature par la publication récente de « Lettres à une jeune fille » par Nicolas Brimo chez Grasset, Vailly-sur-Aisne s’honore d’être associé aussi vivement et douleureusement à la littérature du XXe s. et notre association s’active pour que localement la vie et l’oeuvre de ce poète, écrivain et résistant, amoureux épistolaire des jeunes femmes faute de pouvoir l’être physiquement et passionné d’art, soit mieux connue et demeure vivante.

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     Parmi les nombreuses pages consacrées à J. Bousquet sur le Web on retiendra par exemple la présentation du Centre Joë Bousquet et la Maison des Mémoires de Carcassonne par le Conseil Général de l’Aude :

http://www.cg11.fr/www/contenu/perspectives/P131-05.pdf

Le blog très riche et précisément documenté ‘choses lues, choses vues’ de M. Alain Paire, galeriste et critique d’art aixois qui évoque dans plusieurs notes la singularité de Joë Bousquet, notamment dans un entretien avec Louis Pons ici :

http://www.galerie-alain-paire.com/index.php?option=com_content&view=article&id=35:louis-pons-parle-de-joe-bousquet-et-de-gerald-neveu&catid=7:choses-lues-choses-vues&Itemid=6

http://www.galerie-alain-paire.com/index.php?option=com_content&view=article&id=273:1928-1950-max-ernst-et-joe-bousquet&catid=7:choses-lues-choses-vues&Itemid=6

le site personnel très synthétique et à caractère pédagogique suivant :

http://poete.villalier.fr

La présentation de notre exposition par le Conseil Général de l’Aisne :

ici

Une évocation personnelle de Joë Bousquet sur le blogue original, littéraire et aux mille facettes que voici :

http://le-blog-a-vincent.blogspot.com/     (note en date du 7 août 2009)

Paissy, ses cavernes et son philosophe.

Le lien est connu entre philo et caverne. Beaucoup moins celui tissé entre Alain (Emile Chartier 1868-1951) et le village troglodyte de Paissy qui apparaît souvent sur ce blog, au moins en toile de fond, en habitat pour la faune et la flore.

En dépit d’une pluie tenace qui semble-t-il aurait réjoui le philosophe selon ce qu’il écrit dans l’un de ses Propos, un après-midi culturel célébrait ici ce samedi 31 mai 2008 le centenaire de l’achat d’une maison le 30 mai 1908 en ce village par Alain et sa soeur Louise.

Placée sous le patronage de M. le Président du Conseil Général de l’Aisne, Yves Daudigny, une cérémonie eut lieu avec dévoilement d’une plaque commémorative sur la maison appartenant aujourd’hui à M. et Mme François Cureau

discours de Mme C. Guimond

photographie M. F.-M. Legoeuil

pose d'une palque sur la maison du philosophe Alain

M. Cureau, M. F. Béroudiaux maire de Paissy, Mme C. Guimond, Directrice du Musée Alain et de Mortagne-au-Perche, M. le P. Y. Daudigny

aquarelle d'Alain et sa maison vers 1908

Aquarelle d’Alain sur Paissy ; Alain, sa mère Juliette et sa soeur Louise

plaque apposée sur la maison d’Alain à Paissy, par les propriétaires en 2008

L’Association des Amis d’Alain et de Mortagne a prété une exposition installée en mairie et ouverte ces deux jours,

exposition sur Alain

exposition relatant la vie et l’oeuvre d’Alain

     M. Pierre Zachary, éditeur scientifique de l’intégrale des Propos d’Alain a prononcé une conférence sur Alain dans la Première Guerre Mondiale (août 1914-octobre 1917)

conférence de M. P. Zachary

     Quant à moi j’ai tenté, entre les gouttes et ne pouvant appuyer mon propos sur l’aspect du paysage comme j’avais prévu de procéder, d’évoquer sous l’abri rocheux à la fois l’histoire de Paissy, ses liens avec l’environnement et l’attachement que lui portaient Alain et ses amis. Entre géologie et habitat troglodyte défilèrent trop rapidement Teilhard, Apollinaire, Despujols, Owen et quelques autres soldats de passage à Paissy ou sur le Chemin des Dames.

commentaires sous la roche

commentaire de Jean-Pierre Boureux

photographies M. F.-M. Legoeuil

Terminons cette note avec Alain ou ses amis :

     « …fait déjà 3 aquarelles. Beau temps. Pas une goutte de pluie. Rayon de soleil un peu chaque jour. Musique. Joie de la vieille amie. Tout cela est bien. … »

Lettre à Marie-Monique Morre-Lambelin, Paissy, 3 novembre 1907

     « Ma Chérie, j’étais hier un vrai bûcheron. J’ai émondé les sureaux immenses qui finissaient par être galeux ; je les ai mis à bois neuf sur les têtes, comme on fait pour les ormeaux ; et tu penses après cela si j’étais sale et suant ; un grand lavage du linge blanc et une bonne pipe m’ont mis dans un état d’heureuse rêverie, où je dormais à moitié… »   [22 septembre 1932, Paissy]

     « Ma Chérie, je t’écris de Paissy, dans ce même fauteuil, devant cette même vallée. Je chante les poèmes qui sont nés ici. Je pense au grand horizon, à la trouée de Soissons pleine de brume, à la lune de Ciry. Y a-t-il changement ? Oui, car ce matin à l’épaule la brûlure ou zona qui ne m’était pas connue en ce temps-là !… » [24 juillet 1933, Paissy]

     Florence Halévy, femme d’Elie, amis d’Alain, écrit dans une note ultérieure relative à un séjour paissois d’août 1910 :

« … La maison des Chartier était si petite qu’il alla coucher chez les amis Maréchal et nous céda sa chambre : un grenier tout blanc aux rideaux d’andrinople rouge. Belles, bonnes, joyeuses journées. Longues causeries couchés dans l’herbe, à l’ombre de la jolie église. Longues promenades. Chartier nous mena au chemin des Dames, et dans l’auberge où Napoléon avait couché la veille de la bataille de Craonne. Je crois que cette auberge a disparu au cours d’une autre bataille. Et la jolie petite église aussi. »

 Alain, correspondance à Elie et Florence Halévy, Gallimard, 1958

pour en savoir plus sur Alain :

site Alinalia :                                http://alinalia.free.fr

site des Amis du Musée Alain et de Mortagne :

 http://pagesperso-orange.fr/fb/amisdu.htm

16 avril 1917, l’heure H

Il n’est pas anodin d’habiter un champ de bataille, chaque pas vous menant droit dans la mémoire du lieu. Ainsi en est-il quelque part entre le carrefour de l’Ange gardien et Craonne, entre Ailette et Aisne, vers Soissons, vers Laon, sur le Chemin des Dames.

Ravins du Mourson

Musée de la Caverne du Dragon

Un jour vous trouvez un paquet de cartouches, l’autre un fragment d’obus ou de douille.

paquet de huit cartouches françaises      douille éclatée d\\\\\'un 75

En cet avril 2008 souvenons-nous du 16 avril 1917, dans le matin glacial quand des milliers d’hommes sautèrent le parapet des tranchées vers ce qui devait être une victoire, vers ce qui fut leur destin. Des milliers n’en revinrent pas.

ordre d\\\\\'attaque du 16 avril 1917

montre 1914-1918

Beaucoup auraient voulu la paix, beaucoup la trouvèrent dans la mort.

marque à la fumée : Vive la paix

Quelques jours auparavant, le 5 avril 1917 à Paissy l’aumônier Pierre Teilhard de Chardin avait dit la messe dans l’une des nombreuses ‘creutes’ du village en grande partie détruit, grotte qui servait alors d’école et de chapelle.

« Demain, je pense dire ma messe près d’ici dans une caverne-chapelle bien entretenue. Il y a ici plusieurs aumôniers : un entre autres est typique et touchant : un vieux missionnaire, à longue barbe blanche, à bonne figure paternelle, qui s’appuie sur un bâton de 2 mètres de long, aussi patriarcal que sa personne. »

     Pierre Teilhard de Chardin, Genèse d’une pensée, Lettres (1914-1919), Grasset, 1961.

une grotte école et chapelle à Paissy 

     Plus de documentation sur Teilhard de Chardin et le Chemin des Dames dans mon article publié dans le bulletin de la Société des Amis de Pierre Teilhard de Chardin ici :

http://www.teilhard.org/panier/P/site/ACTIVITES/Pierre-Teilhard-de-Chardin-et-le-Chemin.pdf

     Dans la nuit du 16 avril 2008 lors d’une cérémonie simple et émouvante 2000 bougies furent allumées au pied de chaque tombe du cimétière militaire de Craonnelle et des chants basques résonnèrent dans les collines :

cimetière militaire de Craonnelle

tombes de Craonnelle

chorale basque

Ambiances d’hiver

     Evidemment ce peut être le brouillard avec le risque de ne rien voir, avec cependant la possibilité de suggérer, de rendre compte autrement. Par exemple la tour du Palais communal de Sienne, ou les champs cultivés qui furent de bataille sur le Chemin des Dames et qui prennent alors un sens particulier auquel la pleine lumière n’aurait pas fait songer.

brouillard sur la tour de Sienne

brouillard sur le Chemin des Dames

     Davantage carte postale l’église ou le paysage sous la neige demeurent charmants. Toujours ils évoquent la première neige attendue des jours d’enfance, la valeur ajoutée au convenu, à ce que l’on ne regarde plus parce qu’on le voit chaque jour.

église de Paissy sous la neige

Ravin du Mourson à Paissy sous la neige

     Mais au fond, lorsqu’il s’agit de restituer une ambiance, de raconter, de laisser sourdre des émotions cachées dans des souvenirs masqués est-il rien de mieux que l’habileté du peintre ? Le thème de l’hiver et de la neige est l’un des plus abondants et vous avez sans doute en mémoire l’un ou l’autre de ces tableaux. En mémoire de mon ami Raymond Buttner je clos ces ambiances d’hiver par l’une de ses suites qu’il affectionnait. Détrempe et gouache sur papier teinté, beaucoup de sobriété et de vérité pour évoquer ici l’hiver dans un paysage de bosquet germinois.

gouache d'un sous-bois sous la neige

Lumières et artistes

     Ombres et lumières dernièrement approchées en photographie nous orientent vers la perception puis le rendu par tout artiste. La coquille d’oeuf précédemment photographiée peut être évoquée au crayon ou tout autre médium. L’idée est de ne retenir que l’essentiel, le minimum nécessaire à donner l’illusion de la présence. Les contours qui cernent disparaissent dans les « passages », anneaux et foulards de l’artiste magicien.

coquille au crayon

dessin JPB

     La concentration de l’enfant appliqué à son devoir d’écriture, l’idée que l’on a de cet exercice et la présence du gosse sont traitées magistralement par Israël Sylvestre (XVIIe s.) : on ne peut rien retrancher, on ne doit rien ajouter à cette splendide gravure.

gravure d'Israêl Sylvestre

coll. part.

     Saisi par la circulation de la lumière dans les élégants volumes architecturaux de l’abbatiale de Cruas j’ai tenté de rendre par le lavis cette impression première que je venais d’enregistrer différemment par la photographie. Cette dernière capte tout, le premier élimine avant tout. Grande différence qui ramène les données saisies à presque rien mais dont la soustraction rend toujours aussi bien compte du tout.

lavis = abbaye de Cruas

     Le sculpeur, lui, choisit son matériau en fonction de ses goûts, du sujet à traiter et du rendu qu’il en attend par rapport aux effets physiques de la lumière sur sa création. Le fer ne sera pas abordé de la même manière que le marbre, la pierre que le cuivre.

héron en fer par Maurice Belvoix

héron de fer par Maurice Belvoix

buste de femme en marbre

artiste inconnu, coll. part.

dinanderie par Gladys Liez

dinanderie de Gladys Liez

chouette en calcaire du Soissonnais

chevêche par JPB, pierre calcaire du Soissonnais

     Le contraste est grand entre réflexion partielle et absorption ; l’artiste réfléchit et tire profit de l’une et de l’autre. Dans tous les cas la réduction de la quantité de données retenues est essentielle à l’expression finale. Julien Gracq avait déclaré : « le roman ne doit jamais faire voir, il est lui-même vision ». Cette pensée vaut me semble-t-il pour toute production artistique.