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Renard de garde et chiens de chasse.

Laissons défiler la meute d’une quarantaine de chiens que l’on imagine donnant de la voix aux quatre vents. Pourtant certains sont assis, pourtant d’autres encore demeurent silencieux dans le ciel d’été. Agité paraît le sanglier, paisible le cerf. Bien curieuse meute en effet, originale et élégante, à jamais figée dans la pierre du Valois, à deux lieues au nord-est de Senlis. Les deux « « organisent ce courre inspiré de l’art toscan de la fin du XVIe siècle. Le seigneur du lieu, Nicolas de Lancy, avait épousé en 1594 Lucrèce de Lanchise, fille du banquier Bartolomeo Lancrisi, représentant à Paris du florentin Francesio degli Albizzi. Nicolas de Lancy est alors assez riche pour avoir édifié cette architecture, surtout depuis 1611 lorsqu’il obtînt la charge de ‘trésorier de l’ordinaire des guerres’.

Les photographies ci-dessous donnent idée de la sculpture et de l’architecture dans leurs découpes au cutter présentées en silhouettes.

aspect du château de Raraysanglier du château de Raraycerf et chien du château de Raraygalerie au cerf du château de RarayAinsi vont et viennent les chiens et les chasseurs depuis des siècles. Les uns privilégient à outrance le gibier noble et comestible au détriment de la faune locale, les autres, plus ou moins bien dressés accompagnent l’action de chasser, lui apportent aide, lui donnent couleurs.

Par tempérament et culture j’ai une préférence marquée pour ladite faune locale. En ces nuits chaudes d’août, depuis une quinzaine de jours un renard monte la garde sur notre terrasse, devant la porte fenêtre de la cuisine ; il guette en espoir de lapereau, plus sûrement de mulots, de vers et insectes. De grands lombrics il raffole, de même de hannetons de la Saint-Jean déjà disparus à cette date et qu’il sait capturer au sortir de la mue, à ras du gazon. A la brune je le vois muloter dans les chaumes, gracile dans ses sauts bondissants. Je sais hélas qu’il sera dans les jours qui viennent l’objet d’un coup de fusil et voudrais que ce jour soit lendemains ou même ne soit point. Lorsqu’on a eu le privilège et la chance de vivre quelques années en compagnie de cet animal singulier, de lui parler en son langage, autrement dit de s’être apprivoisés l’un et l’autre, il ne semble guère possible de penser à lui autrement que dans l’esprit d’Antoine de Saint-Exupéry dans « le Petit Prince » :

– Ah ! dit le renard… je pleurerai                                                                                                               – C’est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t’apprivoise….  – Bien sûr, dit le renard. -Alors tu n’y gagnes rien.                                                    – J’y gagne dit le renard, à cause de la couleur du blé.   ….       

Dans ces nuits d’été quand des couches d’air tiède sont prises en sandwich dans des courants frais et glissent lentement le long des poils des jambes que le short a provisoirement libéré j’ai des renards plein la tête et des fouines, des blaireaux et des martres quand d’autres semblent se contenter de lièvres, de garennes et de faisans. Difficile ou même impossible de se séparer des éblouissements de l’enfance qui dérangent la vision de l’après. Tant mieux !

Donc ‘Renart‘ guette, sur la terrasse et dans ma tête comme le loup dans celle de l’enfant qui dans son cauchemar sait que la bête est et non sous le lit. Ceux qui me connaissent bien appréhendent à peu près la réalité de cette proximité entretenue au cours des ans entre la nature sauvage -du moins ce qu’il en reste c’est-à-dire un peu moins chaque année, et mon être pensant ou ressentant. Mais vous, lectrices et lecteurs, allez-vous me croire sur parole ou préférez-vous une preuve au moins partielle de ce que j’avance ? La voici pour votre contentement plus que votre certitude :

renard de garde assis sur une terrasse de jardin

et par ce lien, en vidéo =renard de garde sur la terrasse

Vous savez maintenant pourquoi la chasse au renard je l’apprécie fort peu voire uniquement quand elle est tatouée sur la peau comme le fut la scène de chasse au renard sur le corps du marin décrite par Pierre Loti dans son roman, ‘mon frère Yves‘. Et encore ! On n’y voyait que la moitié du renard qui était en partie entré dans son terrier.

Squatters jaunes : onagre, orpin âcre, molène, soleils d’été.

S’installer sans être invité, le propre du squatter. Sans gêne ! Ainsi cet été, avec l’aplomb et la suffisance de l’occupant, de nombreux pieds d’onagre ( Oenothera erythrosepala Borbas) surgissent ici et là dans notre jardin. Si j’avais eu l’oeil, ou le temps de biner, j’aurais peut être enlevé cette envahisseuse l’an passé puisque la plante est bisannuelle. Les fleurs s’ouvrent d’ordinaire le soir -guettez vous aussi ! – et ne durent guère plus d’un jour, parfois deux, avant de pendouiller, avachies et flétries au sommet de la hampe tandis que des soeurs sont déjà en boutons avancés. Le stigmate à quatre lobes vaut le coup d’oeil et vient presque lécher la bordure de l’un des quatre pétales. Odeur plutôt fade et des plus discrètes mais quelle éclatante couleur ! Bien connue des Pieds-Noirs d’Amérique du Nord elle leur fournissait un calmant pour la toux. Très velue. Certains poils présentent une base renflée en bourse pourpre qui donnent à la plante une allure de ponctuation dont on ne connaît pas l’usage, de scarification votive ou encore de parure pour élégante tant que l’on n’a pas découvert la raison d’être de ces points. A moins que ce ne soit le ‘feu du rasoir’ ? Pas poil de carotte non, mais de tomate ou de cerise ou de ? ça me rase de chercher mais vous allez voir c’est poilant de constater qu’un simple poil translucide change tout.

onagre en fleursfleur d'onagreQuatre espèces principales, deux n’ont pas de tubercules rouges à la base des poils. Toutes s’hybrident aisément. Expérimentez dans les croisements si vous sentez venir une passion pour les poils colorés de rouge à la base. Pour la trouver si vous ne l’avez chez vous arpentez les terres remuées, les digues, les talus de gravières.

Vous trouverez sur cette page une video sur l’éclosion de la fleur et des compléments d’information http://www.jardindelasource.net/05_onagre01.htm

  • ouverture des fleurs de l'onagre
  • une fleur s’ouvre quasiment toutes les minutes
  • ouverture de deux fleurs d'onagre
  • même phénomène d’ouverture : deux fleurs dévelopées en cinq minutes

L’onagre a d’ordinaire pour compagne la molène, notamment le Bouillon blanc ou Bonhomme (Verbascum thapsus) si commune que je ne l’illustre que par une aquarelle personnelle. Différemment de l’onagre la plante est également très velue, une véritable fourrure qui à l’automne retient sur ses feuilles de base une couverture de rosée ou de gelée blanche qui la fait distinguer à cent pas. Elle est également un remède contre la toux, à condition de bien filtrer la tisane à cause desdits poils.

Ouverture d’une fleur d’onagre en direct

touffe de bouillon blanc

Beaucoup plus discret parce que peu élevé voire rampant l’orpin âcre (Sedum acre L.) colonise l’espace aérien, visuel s’entend. En effet je le rencontre sur le moindre rocher en encorbellement de falaise. Dans le contre-jour ou le couchant il ne manque cependant pas d’auréole :

fleur d'orpinSi vraiment vous vouliez ajouter du piquant à la scène, broutez donc une feuille ou deux, sa saveur âcre vous évoquera certainement celle du poivre d’où le nom commun de « poivre des murailles » qui le désigne parfois là où il abonde.

Enfin, désiré et un peu rare cet été le soleil s’invite aussi parfois dans la solitude et la pénombre de nos creutes qu’il anime d’un éclat soudain. Son entrée par effraction est alors pardonnée d’autant plus que sa présence si temporaire ne l’incite pas même à demander la permission d’occuper les lieux. Il tient du nomade l’audace et la fierté d’être là pour un temps qu’il sait compté et se garde bien de le manifester.

quand l’arrogant métal solaire caresse le minéral poudreux, juste récompense après la blessure de l’outil

De l’aube à l’aurore ou des lueurs aux couleurs

Avez-vous déjà observé, en ces jours les plus longs leurs commencements et en ces nuits les plus courtes leurs disparitions ? Le passage de la nuit au jour a ceci de singulier qu’il emplit votre observation au point d’en annihiler le principe d’analyse : tout va très vite et se fixer sur un élément dérange la compréhension de l’ensemble. La photographie peut-elle aider ? Sans doute mais le rendu peu fidèle des couleurs par manque de lumière nuit (c’est le cas de l’écrire…).

Il faut rappeler d’abord le sens des mots : l’aube précède l’aurore, l’aube est affaire de lueurs. On n’y voit goutte mais on perçoit déjà des lueurs qui permettent l’identification de quelques formes. Il est 4 heures 8 minutes 42 secondes (heure légale en France), clic-clac voici le résultat :

aube du premier juilletPhotographie : f/2,8 ; 1/15 s. ; 6400 iso. Les deux suivantes sont prises dans les mêmes conditions techniques. On commence à distinguer les lignes du paysage et la forme des végétaux qui se découpent sur un ciel bleuté ; le vert de la végétation apparaît sur le fond de ciel le plus clair et sur certains reflets du feuillage, selon les espèces. Il s’agit bien de l’aube telle que définie dans les textes de maints observateurs depuis l’Antiquité. La coloration d’ensemble (et non des couleurs précises) est blanchâtre à bleutée, imprécise.

Le temps de noter et de réfléchir puis une minute plus tard tout bascule :

entre aube et aurore d'un premier juilletIl est 4 heures 09 minutes 34 secondes. Le ciel prend des tons bleus plus marqués qui font ressortir des tons rosés en lisière de ce bleu ou jaunâtres vers les verts mieux définis dans les lumières qu’à la minute précédente. Sur la roche calcaire que je sais parsemée de différents ocres certaines couleurs peuvent être observées et nommées. Toutefois un nuancier chromatique photographié dans la minute qui suit et dans les mêmes conditions techniques montre que toutes ses teintes ne sont pas encore identifiables :

couleurs entre aube et auroreOn parvient à isoler relativement bien certains bleus et violets, des jaunes et ocres et difficilement la gamme des verts et des rouges. Pour comparaison optique nous donnons ci-dessous ce nuancier photographié à 9 heures 26 minutes ce même jour et tempéré par charte de couleurs :

L’oeil est donc trompé quand il croit déceler beaucoup de couleurs à l’apparition du jour c’est à dire à l’aurore, moment pourtant où les roses, les ocres et des bleus commencent à illuminer la clarté du jour naissant. L’aurore a des couleurs que ne connaît pas l’aube.

Des écrivains, des peintres, des soldats en campagne, des ‘chemineaux’ ou marcheurs connaissent l’émotion de ces instants. Je retiens le célèbre Robert-Louis Stevenson qui avec Modestine contemple les Cévennes et note ses impressions de voyage en 1879. Il exprime le dernier temps de la nuit. Rappelons qu’à la même époque des peintres créent le mouvement  ‘impressionniste’ dont l’une des toiles fut presque involontairement nommée : ‘impression, soleil levant’ ; école ou courant qui s’appuie en particulier sur l’observation des couleurs physiquement explorée antérieurement par les travaux de Chevreul.

….Il s’y découvrait un gris rougeâtre derrière les pins jusqu’à l’endroit où apparaissait un vernis d’un noir bleuté entre les étoiles. …je portais une bague d’argent, je pouvais la voir briller doucement, lorsque je levais ou abaissais ma cigarette…Le monde extérieur de qui nous nous défendons dans nos demeures semblait somme toute un endroit délicieusement habitable. Chaque nuit, un lit y était préparé, eût-on dit, pour attendre l’homme dans les champs où Dieu tient maison ouverte. »

Et l’aurore, vue par Chateaubriand, quelque part vers Arlon en septembre 1792, lorsque blessé et malade il quitte « l’Armée des Princes » pour gagner bientôt Jersey :

… « Je me levai néanmoins dans l’intention de faire ma cour à l’aurore : elle était bien belle, et j’étais bien laid ; son visage rose annonçait sa bonne santé ; elle se portait mieux que le pauvre Céphale de l’Armorique ».

François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, 1ère partie, Livre VII.

C’est avec ces formulations très inspirées que je clos cette note, vous incitant sinon à marcher comme Stevenson, du moins à prendre le temps, l’un de ces matins, entre aube et aurore,  de décrire vous aussi ces précieux instants où l’émotion prend le pas sur l’observation et que l’univers entier semble offert à votre contentement. Simple, gratuit, onirique et hautement mémorisable. Essayez donc !

Nature croquée, nature racontée

Quoi de plus changeant que la nature et pourtant l’homme a toujours tenté de la mettre en images avec plusieurs intentions en tête. A cet exercice je me suis essayé, complétant des aquarelles, pastels ou dessins « d’Eclats de nature » par de courts textes descriptifs précisant ou mettant en scène un caractère qui m’a frappé. Après tout cela correspond parfaitement au titre de ce blog, « voir et dire mais comment ? »

Dans un premier temps l’ensemble des planches et textes a constitué un carnet originel rédigé au fil des saisons, entièrement manuscrit et donc exemplaire unique. Dans un second temps j’ai regroupé les données et repris les textes de manière à les rendre disponibles pour tous, à la demande d’amis qui souhaitaient obtenir ce carnet. Les planches ont été photographiées de manière à délivrer un rendu le plus proche possible de l’original.

Ainsi ai-je réuni dans un ‘carnet naturaliste‘ une quarantaine de planches dans un livret de 80 pages, à votre disposition si vous le souhaitez. Quelques exemples suivent ici :

exuvie de Grande aeschne bleueSi cela vous intéresse vous pourrez compléter votre information sur ce carnet et le moyen de l’obtenir par ce lien :

http://boureux.fr

Pourquoi pas une idée de cadeau ? Et si par aventure vous y trouviez beaucoup d’intérêt je vous serez reconnaissant de bien vouloir diffuser l’information autour de vous !

Oh la vache ! Autre histoire courte

Ce à quoi conduit la passion du terrain. Encore en pleine jeunesse, celle qui mène à tout, j’aidai ce jour-là mon frère aîné à étudier et relever des traces géologiques dans la haute vallée de l’Aisne. Nous avions laissé la voiture, alors une Simca 1000, à l’entrée d’une pâture, sans déceler aucune présence alentour. Au retour quelques heures plus tard nous avons eu la surprise de découvrir le troupeau encerclant notre voiture et l’une des bêtes s’intéressait de très près à son contenu. Un imperméable posé sur le siège a fait les frais de l’affaire et beaucoup de bave recouvrait le siège arrière. Ce fut donc l’objet d’une photo surprise. Surprise qui fait dire : « oh la vache » dans une expression admirative alors qu’en langue courante imagée on trouve aussi bien l’expression dans un sens péjoratif et de rejet.

Laissons là ces subtilités de langage et revisitons Rimbaud, le jeune adolescent de seize ans qui en 1870 dans un poème contenu dans ‘le cahier de Douai’ et intitulé : « les réparties de Nina«  nous emmène bucoliquement dans les prés ardennais :

…  …

« Nous regagnerons le village
Au ciel mi-noir ;
Et ça sentira le laitage
Dans l’air du soir ;

Ca sentira l’étable, pleine
De fumiers chauds,
Pleine d’un lent rythme d’haleine,
Et de grands dos

Blanchissant sous quelque lumière ;
Et, tout là-bas,
Une vache fientera, fière,
A chaque pas  » …

Terminons avec Lepetit, non le camembert qui ne serait pas trop calembredaine avec la vache mais avec le peintre Luc Lepetit (1904-1981) et sa « rentrée du troupeau à Manneaux« . Je suis le troupeau avec Noël Coret, Autour de l’impressionnisme, Les peintres de la vallée de la Marne, La Renaissance du Livre, Tournai, 2000, p.110

peinture de Luc Lepetit

Oh les vaches ! et chèvre, et cheval, et âne

Couchant du 3 octobre 2011

Cette note ne nécessite pas de commentaire, les photographies racontent la plongée du soleil indirectement, par les couleurs chaudes rouge-orangé qui sont reflétées par la roche.

Une fois le soleil disparu la roche renvoie encore une nouvelle coloration, à partir de la couleur du ciel d’occident. Si les rouges dominent encore, en revanche les autres couleurs et notamment les verts sont éteintes. Les crépuscules sont intéressants à observer dans le détail des couleurs qui s’allument ou s’éteignent imperceptiblement.


La peur du gendarme n’effraie en rien l’épeire diadème.

Sachant que l’habit ne fait pas le moine, tiré à quatre épingles, un ‘gendarme’ ou ‘Suisse’ (Pyrrochorus) prend la poudre d’escampette. Abusé, prenant vessies pour lanternes, il s’élance sur le fil comme il ferait sur un pont de lianes. Le rouge et le noir lui vont si bien, le protègent tant d’ordinaire des coups de becs qu’il en oublie que les oreilles ennemies sont toutes ouïes. « Vas où tu veux, meurs où tu dois ! » bravache il n’en a cure et se soucie comme de l’an 40 de toutes ces fariboles entendues, colportées, oubliées.

gendarme ou suisse = Pyrrhocoris apterus

Pyrrochorus apterus

Las, comme la misère sur le monde, la flèche qui vole en plein midi, l’ennemi fond sur lui, le pique, l’endort. Attend quelque peu, revient. Se dit ‘qu’un tien vaut mieux que deux tu l’auras’. L’emballe de cent tours de soie. Quel (co)con pense-t-il un peu tard.

fils de soie de la tégénaire recouvrant un insecte

du producteur au consommateur, emballage très écolo pour cette tégénaire

Plat de roi ? Je ne sais. L’épeire diadème (Araneus diadematus), semble apprécier, qui laisse ses sucs en sauce préparer le mets.

au final un beau cocon pour une table bien mise et bien garnie

autre toile d'une autre espèce, à l'horizontale

Ces beaux jours d’automne que nous apprécions permettent d’observer tous ces drames, ces facéties de la nature. La rosée du matin tend dans les rayons du soleil naissant des constructions fabuleuses qu’il faut regarder patiemment, faisant varier l’angle de vue qui va permettre la meilleure mise en valeur de cette architecture :

toiles des épeires revêtues de rosée

l’espèce Epeire, Araneus diadematus, construit des toiles admirables et parfaitement fonctionnelles

Quant aux enfants ils savent rendre la perception immédiate et juste de ce type de scène naturaliste telle l’expression ci-dessous recueillie sur « la toile du web » et issue apparemment d’une école de Doue en Seine-et-Marne, sauf erreur de ma part. Le site a pour source :

http://cyberechos.creteil.iufm.fr/cyber19/Environ/index.htm

une courte vidéo de la même scène :‘gendarme’ emballé par une tégénaire

 

 

Taille de guêpe

L’homme aime beaucoup rendre perceptibles ses déclarations en accentuant ses propos à l’aide d’images, de comparaisons et certaines d’entre elles sont si prisées qu’elles deviennent locution. Ainsi en est-il de la forme du corps de la guêpe et autres hyménoptères de même allure qui montrent une quasi rupture entre thorax et abdomen.

Le mot ‘guêpe’ au sens figuré au XIXe siècle désigne une personne à l’esprit fin et rapide, d’où l’expression : « pas bête la guêpe ». S’en suit un relatif oubli, puis en 1939 Arletty, dans le film  » Circonstances atténuantes » remet à l’honneur notre insecte avec la nouvelle expression : « pas folle la guêpe » encore conservée aujourd’hui.

Quant à la taille fine, très à la mode vers les années 1880, elle prend en anglais l’appellation de ‘wasp wait’ = taille de guêpe‘ depuis la création de la ‘Gibson Girl‘ par Ch. Gibson en 1887. Mais n’oublions pas que le mot guêpière trouve son origine au XVIe siècle en France, [guespière]mot désignant une sorte de corset serré à la taille et la faisant ressortir. L’habit ne faisant pas le moine, venons-en cependant à l’insecte lui-même.

Il se trouve que cette année, à l’été d’abord précoce avant que d’être frais et humide en juillet, certaines espèces d’hyménoptères, dont certaines guêpes ont été favorisées par ce type de climat. Ainsi ai-je pu photographier; à cause d’une destruction hélas nécessaire car en un lieu de passage obligé, le nid de l’espèce Dolichovespula media. En voici quelques images.

coupe d'un nid de Dolichovespula

on observe les étages successifs enveloppés à mesure dans des couches isolantes, hauteur 20-30 cm

Dolichovespula media, alvéoles

de la régularité dans le travail

larve de Dolichovespula media

larve de Dolichovespula en phase tardive

reine de Dolichovespula de profil

reine de Dolichovespula media, légèrement plus grande que les ouvrières

Cette espèce, à la différence de la guêpe commune, Vespula vulgaris, construit à l’extérieur. Elle mesure environ 15 à 22 mm de long contre 11 à 19 mm pour l’espèce commune. Elle peut présenter sur son clypeus tout jaune (entre yeux et mandibules) de face, un bâtonnet vertical noir.

face de Dolichovespula media

entièrement jaune comme ici (reine) ou bien avec bâtonnet vertical

le thorax de la Dolichovespula media ressemble fort à celui du frelon

Dans le nid dont il est question étaient rassemblées environ 200 individus et plusieurs dizaines de larves réparties sur les étages d’alvéoles empilées.

Cette guêpe que piquante vous craignez, qu’à taille de guêpe et esprit subtil vous louez, vous raillez, vous… voyez-là ci-dessous telle qu’illustrée dans l’excellent blog graphiste : ‘Design et Typo le Blog‘ à partir de la revue « L’essentiel de la Mode« , année 1943, juin.                                                                   http://paris.blog.lemonde.fr/2011/08/01/l%E2%80%99officiel-de-la-mode-les-archives-de-la-mode-depuis-1920-publication-2/  

couverture de l'officiel de la Mode, juin 1943

retour temporaire de la 'taille de guêpe'

 

Piégeur piégé

« Tel est pris qui croyait prendre » mais l’erreur reste humaine. Dans un article du journal « Le Monde » en date du mardi 19 juillet 2011, hier donc, page 8, ‘Planète’, madame Catherine Vincent publie « le massacre illégal d’oiseaux sauvages, une pratique très répandue en Europe. »

Remarques judicieuses et chiffres fournis à partir des données de Bird Life, de Face et de la LPO hélas probablement aussi vraies que peuvent l’être des sources se référant à des pratiques illégales. On lit, on s’émeut et une fois de plus l’erreur reste humaine. Les pratiques ancestrales ne sauraient se justifier par l’habitude dès lors que l’on sait que bien des espèces sont en danger à cause des hommes affairés à la production et oublieux de la préservation.

L’erreur est également humaine, selon l’acception ordinaire de l’adage quand la journaliste légende : « Un pinson piégé ». Peut-être a-t-elle été poussée vers cette erreur par « Nicolas Lelièvre, de Sud-Ouest » ? Toujours est-il que ce pauvre pinson est un chardonneret, ce qui ne change rien à son sort ni à la teneur de l’article.

un chardonneret pris au piège

chardonneret élégant (Carduelis carduelis)

Cet article du ‘Monde‘ me remet en mémoire une lettre que j’avais adressée en juillet 2005 à Madame Laurinda Dixon, chercheure américaine, après la lecture de l’un de ses articles dans la revue « FMR » aujourd’hui disparue dans sa version française, lettre dont voici le contenu résumé :

« Madame, je viens de lire l’article que vous avez publié dans la revue FMR au sujet de « la tentation de Saint-Antoine ».
… …Un oiseau qui figure à deux reprises est un chardonneret, une fois sous sa forme ‘normale’, [je ne dispose pas ici des photographies dont il s’agit et ne peux donc les joindre, du moins dans l’immédiat. La copie par copier/coller rend de plus bien imparfaite la présentation de cette note, veuillez m’en excuser chers lectrices et lecteurs]

une autre fois en représentation symbolique : on perçoit ses ailes avec leur bande alaire blanche caractéristique et variable. Dans ce second cas on peut lire également qu’il s’agirait de la plante qu’il affectionne et qui lui donne son nom : le chardon.
A mon sens c’est bien du chardon qu’il s’agit, représenté avec son capitule et son allure épineuse. Il fait office de casque ou de coiffe pour le cavalier (photo absente ici). S’agissant de l’oiseau vous savez qu’il fut souvent représenté avec des « Vierges à l’enfant », plusieurs ayant un enfant tenant un chardonneret. Quant à Jérôme Bosch il le fait figurer également dans « le jardin des délices » et je ne sais quelle signification vous lui avez trouvée dans vos travaux. On lit aussi qu’il était associé à l’Enfant Jésus à cause d’une légende médiévale selon laquelle, il devait sa tache rouge à une goutte du sang du Sauveur. Le Christ, en route vers le calvaire, l’aurait éclaboussé alors qu’il descendait sur sa tête pour lui arracher une épine du front. … … Chez Hildegarde de Bingen le chardonneret est dit chaud. Le chardon est également pris en compte au chapitre des plantes mais je n’ai pas l’ouvrage dans ma bibliothèque.
S’agissant de la plante on la trouve citée avec un emploi médicinal : notamment ses graines qui contiennent de la silymatine efficace pour lutter contre les infections ou empoisonnement. Sur les tableaux de ‘Vierge à l’enfant’ on dit parfois que l’oiseau représenterait l’âme, mais la plante dont les feuilles présentent des marbrures blanches sont parfois associées au « lait de la Vierge ».
Une variété répandue porte le nom de ‘Chardon-Marie‘. (Carduus marianus) Le nom de chardon-Marie vient d’une jolie légende du Moyen âge. La Vierge Marie, voulant cacher l’enfant Jésus aux soldats d’Hérode le Grand le dissimula sous les larges feuilles d’un chardon. Dans sa hâte, quelques gouttes de lait tombèrent de son sein sur les feuilles de chardon, qui en ont gardé une trace héréditaire près de leurs nervures. Je n’ai pas le texte originel de cette légende mais peut-être le connaissez-vous ? Autrefois il était utilisé comme substitut de l’ergot de seigle. Mais quand ? Cela est cependant assez curieux pour être signalé ici.

Une autre espèce, très proche d’aspect, Eryngium campestre, ou Chardon Roland était utilisée contre certaines maladies de la peau.
On aurait alors une double allusion, plante et oiseau associés. Reste à trouver comment rapporter cela au ‘mal des ardents’, à moins que vous n’ayez déjà trouvé la solution ? Le chardon entrait-il dans la composition des remèdes ?
L’espèce Cnicus benedictus contient de la cnicine qui peut provoquer des brûlures dans la bouche. On l’utilise en usage externe contre les engelures. Tout cela est en accord avec la maladie soignée par les Antonins. »

Nous voilà ainsi entraînés, au travers des mailles du filet, à de plus amples réflexions qui vont bien au-delà de l’erreur d’illustration qui m’a servi d’amorce. Il est certain que l’Homme ferait bien de réfléchir avant d’agir comme le montre, entre autre et s’il le fallait, cette évocation du chardon et du chardonneret. Merci donc, Madame Catherine Vincent, de m’avoir permis involontairement ce vagabondage culturel.