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Mésange à longue queue : Aegithalos caudatus europaeus

Après les semaines hivernales pendant lesquelles de petites bandes de mésanges à longue queue voletaient dans les bois-taillis arrivent désormais, accompagnateurs du printemps, des couples agiles et virevoltants d’Aegithalos caudatus europaeus. Leur queue plus longue que le corps, leur chant aisément reconnaissable une fois identifié, leur quête de mousse, lichen et toiles d’araignée et leur parade nuptiale embellissent certaines journée de mars.

Ainsi ai-je eu la satisfaction ce matin d’observer puis photographier cet élégant oiseau.

mésange à longue queue

Il voltige à l’extrêmité de fines branches, s’y pose et inspecte alentour. Bientôt appelle le congénère en un chuintement peu puissant, en une trille sifflante. Ce dernier répond à l’invite puis vient.

mésange à longue queue

J’observe l’attention de l’oiseau orientée vers son partenaire, elle se manifeste par un léger balancement du corps et un lent déplacement du corps autour ou au long du support, un peu comme ferait une perruche ou un petit perroquet. Une rapide toilette ajoute de la prestance à l’élu.

Aegithalos caudalus europaeus

Voici le couple rassemblé. L’un pique les jeunes bourgeons, l’autre attrape des fragments de toile d’araignée et les organise tant bien que mal en boule en les coinçant dans une fissure du bois.

couple de mésanges à longue queue

Envolée rapide dans un grand épicéa et descente vertigineuse dans l’enchevêtrement des branches et aiguilles suivi, m’a-t-il paru, d’un accouplement des plus fugaces, avant de voleter à nouveau de tiges en brindilles, devant la vitre d’une baie, au long d’un mur refuge de tant de toiles d’araignée si prisées. Soudain, sautillant et lançant sa trille puissante le troglodyte mignon (Troglodytes troglodytes) participe lui aussi aux ébats, joint sa note aigüe au babillage assourdi, se réchauffe dans le levant.

troglodyte mignon

Ainsi viennent, devant ma fenêtre, un printemps et ses hôtes qui, dans l’éclat des trilles, la douceur pastel des couleurs et la frénésie reproductrice clament à tous vents la rupture des temps astronomiques que ce long hiver avait trop longtemps masquée.

Dans un ouvrage presque ancien rédigé par Otto Fehringer(1922), dans une autre musique de langue que la nôtre puisque allemande, ces mésanges sont rattachées à la famille des Paridés -celui de la plupart des autres mésanges visibles ici, alors que désormais elles sont les seules classées dans la famille des Aegithalidés. Cet hiver de nombreuses bandes de la variété A. caudatus caudatus, qui est nordique, ont envahi notre pays ; sa caractéristique principale est la tête blanche. Sur la planche aquarellée par Walter Heubach ci-dessous illustrant cet ouvrage les deux espèces sont représentées.

 

Otto Fehringer, Singvögel

mésange à longue queue par Walter Heubach

Vous n’aurez aucune difficulté à compléter votre information si besoin en cherchant sur le web, mais n’oubliez pas d’abord de guetter l’oiseau, de l’écouter et de bien l’observer dans la nature. Maintes fois répétées dans ces notes de blog ces remarques sont à mon sens capitales : rien ne remplacera jamais l’observation directe de la nature. Les écrans de toute nature qui envahissent nos vies sont un moyen rapide et pratique de s’informer, ils ne mettent cependant pas en branle l’ensemble de nos sens, ne permettent pas un stockage efficace de l’information. Un leurre, un miroir à alouettes alors ? Pas exactement non plus. Plutôt un pis-aller pour l’homme pressé du XXIe siècle qui ne prend pas assez le temps de vivre véritablement, de se passionner assez et donc, dit autrement, de s’aimer lui-même et d’aimer alentour en partageant les biens communs engrangés. Pensez à cela une fois ou l’autre même si vous n’êtes pas alors en présence de cette gracieuse boule de plumes à balancier, car ce qui vaut pour l’oiseau est vrai pour toute autre forme de vie ou d’espace. Quant au temps il perd de sa prégnance dans l’attention vive et concentrée, il s’annihile par oubli tant vous êtes immergés dans l’instant qui …dure, sans avant et sans après perceptibles : un éternel paradis sur terre en quelque sorte.

Frais. Léger. Rémanent. -Sommelier : champagne ?

Quoi donc, ou avec qui ?

Mais la poésie ou certaine littérature sans doute, quelque musique et touches de peinture encore ! Et si j’ajoute des mets puis-je les incorporer au festin de l’esprit ? Ne vont-ils pas engendrer de ces lourdeurs qui ballonnent et le ventre et la tête ? Essayons, les recettes sont d’abord empiriques avant de rejoindre quelque illustre traité.

En ces jours je m’égaie en la compagnie fraîche et légère de James Gressier. Il est probable que vous ne le connaissez pas. Lui demander qui il est serait prudent, [http://www.james-gressier.fr ] à défaut de vous fier à cet avis.

Frais donc, léger aussi. Rémanent ? Son court recueil (30 feuillets disponibles chez : http://www.lesadex.com )  intitulé : « Mémoires d’automne » puise dans l’enfance du poète et dessinateur, en Valois, lors des années quarante. Là est sa propre rémanence. Y en aura-t-il une pour ses lecteurs ? Au futur de l’exprimer.

L’historien a ses rémanences du temps lu, étudié, intégré. Poétique, pourquoi pas. Flash venu de la fin du XIIe siècle d’une auteure dont on ne sait rien ou presque, sinon son nom et sa résidence outre-Manche : Marie de France. Après Hésiode et Esope, avant notre Jean de La Fontaine donc. Peu courageux au clavier ou au scanner j’ai choisi la plus courte des Fables du recueil publié par Françoise Morvan, Marie de France, Fables, chez Actes Sud / Babel, 2010

Avec ces nourritures de l’esprit fraîches, légères et rémanentes comme dit est, l’ami échanson m’a proposé judicieusement l’un de ces breuvages que l’on goûte parmi les collines autrefois du Saint-Empire qualifié encore de romain et même germanique, un « vin de glace », léger, frais, très rémanent.

Comme il est rare que des vers seuls nourrissent et sustentent assez le corps j’ai confectionné pour mes hôtes une recette élaborée par Bernard Loiseau qu’il serait hasardeux et injuste de ne pas associer aux trois adjectifs déjà trois fois énumérés (= abus dangereux). Je vous dis seulement qu’elle comprenait une purée d’oignons ragaillardie d’un coulis de crustacés, lui-même soutenu d’une once de girofle en infusion lente. Je suppose ainsi déclencher chez vous une inoffensive salivation, procédé traître à ne pas suivre souvent si je souhaite encore être lu.

D’autant qu’en accompagnement, notes de fond ou épicerie d’ouïe la pianiste, du bout des doigts, avec fraîcheur et légéreté, égrenait avec délicatesse les mesures de (ainsi titré) « trois morceaux en forme de poires », « pièces froides » et à la demande des hommes (d’armes ?) « vieux sequins et vieilles cuirasses », le tout d’Erik Satie comme on peut l’entendre interprété par Anne Queffélec et Catherine Collard, par exemple, chez EMI, 2002, un CD nommé ‘Serenity’.

Sur ce, amis d’écran, qui me lisez à heure propice , tombez, sombrez dans les bras de Morphée ou d’une autre  personne très chère ou à défaut remontez le fil de ce blog qui commence à s’étendre, le résultat pourrait fort bien être de même effet.

P.S. En amuse-gueule j’avais écrit ‘touches de peinture’. Suggestion ici, pour ne pas alourdir ce menu qui se veut léger et frais je verrais bien -outre un tutti frutti, Edgar Degas avec quelque voile gazeux saupoudré de lumières, de ces tutus de tulle qu’il touchait si bien … au pastel. Alors, mais c’est vous qui déciderez, peut-être conviendrait-il, par surcroît, de ‘sabrer‘ l’un de ces carafons de vin lanceur d’étincelles (‘sparkling wine‘) empli de liqueur ‘pelure d’oignon‘ ou ‘oeil de perdrix‘ qui illustre désormais ma province, la Champagne, dont il a pris tardivement le nom ?

Musée d'Epernay verreries XVIII e siècle

Musée municipal d’Epernay, ensemble de verrerie, XVIIIe siècle, montage et cliché JPB avec l’aimable autorisation de M. le Conservateur

De Reims tous les chemins… via Monte-Carlo

Si ‘tous les chemins mènent à Rome’ depuis Reims on y accède parfois aussi par Monte-Carlo. J’y songeais précisément hier soir où, à ma fenêtre sans double-vitrage ouvrant sur la rue Cérès (tiens donc !) les vroum-vroum des vrombissements me tenaient en alerte encore vers 21 h 30.

voiture du Rallye Reims-Monte-Carlo 2011

Le site internet et la presse m’avaient informé, pas de surprise donc, d’autant que ma rue est depuis quelques siècles située sur le decumanus et à deux pas du cardo, ces deux axes majeurs qui constituent trame et chaîne du tissu urbain de notre chère cité qui fut alliée de Rome et se croisent désormais Place Royale, tout près du Forum où cette année se donnait le départ de la course.

Reims cité romaine

 

départ du Reims-Monte-Carlo Place du Forum Reims

vous en saurez davantage sur le site de la Ville de Reims qui a publié cette photo  http://www.ville-reims.fr/index.php?id=185 

Cette année 2011 le Rallye Historique Monte-Carlo rend hommage au « Rallye Automobile Monte-Carlo » qui fête ses Cent Ans. Le départ a été donné à Varsovie ce vendredi 28 janvier à 12 h. GMT, ainsi qu’à Glasgow, Marrakech, Barcelone et Reims ; ces deux dernières pour les véhicules de collection ou les petites cylindrées.

Le site internet de FR3 Champagne-Ardenne donne le détail des événements depuis Reims qui seront également l’objet d’un reportage vidéo dans l’après-midi sur cette chaîne régionale : http://champagne-ardenne.france3.fr/info/le-rallye-monte-carlo-historique-a-reims-66994184.html

photo du rallye historique Monte-Carlo

photographie copiée sur le site FR3 Champagne-Ardenne et provenant du site de l’Automobile-Club de Monte-Carlo où vous trouverez quantité de détails sur ce  quatorzième Rallye Historique Monte-Carlo :

http://www.acm.mc

Parmi les autres usagers de la route en centre-ville les véhicules du Rallye s’ouvrent une voie impériale très incertaine, mais ce n’est qu’un début. Bonne route donc aux pilotes et accompagnateurs jusque mardi 1 février !

voiture du Rallye Reims-Monte-Carlo rue Cérès à Reims

On n’oublie pas qu’ont été organisées sur le territoire de Gueux, dans la proximité de Reims, de 1926 à 1957, un grand nombre de courses automobiles ; une association maintient vivante la mémoire du lieu. Vous trouverez une documentation ici :

http://www.amis-du-circuit-de-gueux.fr

 

 

 

 

 

 

De la chaise à porteurs de Versailles, au mobile, en passant par Google Earth…

Louis XIV appréciait ses promenades fréquentes dans le parc de Versailles qu’il effectuait jeune à pieds, âgé en chaise à porteurs. Il a lui-même rédigé un livret afin de proposer à ses invités une visite descriptive de ses jardins dont voici un court extrait :

« …On ira à la montagne, on fera un demy tour dans la petite allée qui tourne devant que d’entrer dans le centre de l’Etoille, et quand on y sera, on fera un tour de la montagne.

 On ira après à Cérès pour aller au théâtre, on verra les changements, et l’on considérera les jets des arcades »

L’argent offrant toute possibilité de création quelle que soit l’époque, Mademoiselle de Scudéry a bien noté l’effet du pouvoir royal sur la nature, et nous le signale dans son opuscule : « la promenade de Versailles » écrit en 1669 :  « …Je n’ai qu’à vous dire que ce n’est pas une affaire pour lui [Louis XIV] des changer des étangs de place… ….on dirait à vous entendre parler, dit Glicère, que le roi change aussi facilement des étangs de place, qu’on change les pièces du jeu des échecs. »

les jardins de Versailles d'après Google Earth en 2010

Infiniment moins riche que les puissants de ce monde, qui oserait cependant m’interdire un vagabondage planétaire depuis ma tablette, mon mobile, mon Ipad ? Serai-je alors égaré, perdu, désorienté ou bien plutôt, ne trouverai-je pas quelques analogies de formes entre le parc du Roi Soleil, les composants électroniques du circuit assemblés en ordre et des coins de notre planète entrevus lors d’un survol virtuel et réel tout à la fois ? Humm, voyez plutôt, si vous ne me croyez :

montage électronique d'un combiné cellulaire

plaque d’assemblage d’un combiné téléphonique

Abu Dhabi d'après Google Earth en 2010

Abu Dhabi, complexe en aménagement via Google Earth revisité

Revenons sur terre. L’avais-je quittée ? Que nenni mais l’errance profite au rêve et l’enrichit, c’est pourquoi il faut savoir revenir sur le plancher des vaches pour dépenser l’acquit des songes. Voici donc « le coeur des pierres » -ainsi avait décidé de titrer le peintre Guillaume Corneille (Cornelis van Beverloo, 1922-2010, l’un des fondateurs du Mouvement CoBrA, acronyme de Copenhague, Bruxelles, Amsterdam) cette huile sur toile de 91,5 x 73 cm, datée de 1955, suspendue aux cimaises d’un ami :

 

Et n’oubliez pas qu’entre Louis XIV et ses allégories partagées avec Le Nôtre et bien d’autres, la richesse aménageuse des émirs et autres princes du monde, votre connexion urbi et orbi, l’imaginaire cornélien, le Koru new-zélandais et votre serviteur = même combat pour le rêve et tourne la planète !

aménagement en terre rapportée

quelque part en Nouvelle-Zélande des hommes ont pris et transporté de la terre, comme ont procédé des seigneurs d’occident des Xe-XIIe siècles avec leurs mottes, basses-cours et autres aménagements de terre, pour mettre en scène un symbole.

Le château de sable édifié à l’âge adulte, n’est-ce pas ?

Heureux parcours, douces rêveries à toutes et tous, le monde en a besoin (également) !

Kodachrome : 1935-2010 = nostalgie

« Le Kodachrome est mort dans le Kansas » titre M. Michel Guerrin, un article étoffé et synthétique publié dans « le Monde » des 1-3 janvier 2011. Ainsi se manifeste l’influence des technologies dans le développement, l’essor et la mort des entreprises, dont ‘Kodachrome’, qui n’a pourtant démérité en rien. Simplement un changement de support qui rend peu à peu obsolète une technique qui s’était pourtant répandue sur toute la surface de la planète ou peu s’en faut. Ce faire-part a réveillé en moi des souvenirs qu’un bain dans les sels d’une enfance revisitée réactive. Laissons apparaître ces reflets d’antan. Des images dont je n’étais pas l’auteur avaient déjà fixé dans les années de l’après-guerre, entre autres ilustrations propres à résurgence, nos galopades insouciantes de cow-boys ou indiens des steppes :

au détour des années 50 des cow-boys en herbe

Mais très vite la passion de l’image me vint, elle commença je crois vers 1958 avec la boîte en bakélite toute carrée qui se nommait « Kodak Brownie Flash » et utilisait des rollfilm de 6×6. Au début surtout en noir et blanc, puis peu à peu en couleurs ; ainsi s’ébauchèrent sur le papier mes premières révélations d’une image que j’aimais aussi voir apparaître à la surface de la cuve, en une magie sombre à peine réveillée d’une lueur rouge. Tout un monde ! Les deux photographies suivantes témoignent de cet éveil à l’art photographique et l’on voit d’ailleurs que c’était presque une agence qui oeuvrait alors dans cette expérience qui prit fin en 1961, du moins avec cet appareil.

Kodak Brownie en bandoulière vers 1960

des apprentis photographes avec Kodak Brownie

L’intérêt de cette photographie est, outre son renvoi vers un passé connu de moi, de montrer ce qui reste aujourd’hui de l’une de ces photos enregistrées alors sur film 6×6 positif (peut-être un Agfachrome ?) et placée entre deux minces feuilles de verre dans un support destiné aux projections de diapositives qui allaient connaître une grande vogue dans les années 60.  J’ai encore de nombreuses diapositives de cette catégorie, certaines ont assez bien résisté à l’épreuve du temps (en gros 50 ans !), d’autres, à l’image d’un caméléon que je fréquentais alors, sont passées par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

En 1961 ou 1962, bénéficiant du concours d’un frère alors ‘sous les drapeaux’ en Algérie, secteur de l’Oranais, je m’équipe de mon premier reflex, un « Savoyflex Royer », objectif ‘Berthiot’ 50 mm – 1/2.8, svp !

appareil reflex Savoyflex

Dès lors des milliers de diapositives dont nombre de ‘Kodachrome’ se sont accumulées en boîtes rectangulaire plastique d’origine, en boîtes rectangulaires métalliques de rangement, en boîtes cylindriques de projection. La plupart sont répertoriées numériquement, beaucoup sont en excellent état de santé, quelques-unes ont un teint blafard virant au bleu, au verdâtre, ou même présentent des attaques de rougeole et autres ponctuations diaboliques et éruptives de maladies de peau.

diapositive Kodachrome des années 60

L’une de ces « diapos » du début des années 60 ; le fabricant, prudent, a bien imprimé sa marque. Si la photo se perd, au moins l’inscription survivra. Un temps.

Pour notre ‘Kodachrome’, 75 ans d’existence est déjà une longue vie, et radieuse : ce support disparaît en pleine possession de ses moyens.

Clic-clac. L’Histoire retiendra.

Il résulte de tout cela que la fin des choses et des êtres est inscrite dans leur commencement et que l’évolution fait naître, souvent à la marge, d’autres choses et êtres qui contiennent, dissimulés, les gènes tueurs de leurs géniteurs. Entrepreneurs souvenez-vous en, inventeurs prenez-en de la graine, révélez-vous !

Voeux 2011 pour mes lectrices et lecteurs

Pour l’historien le cérémonial des Voeux lors du passage vers la nouvelle année n’est pas un phénomène bien ancien. L’année a lontemps commencé en mars, à Noël, à Paques… En fixer le début le 1er janvier et le fêter entre le 31décembre et ce jour a eu l’avantage d’uniformiser l’affaire entre états d’Europe ; l’acte de naissance est établi par l’édit de Roussillon du 9 août 1564.

L’habitude de présenter ses voeux quant à elle ne se généralise guère qu’au début du XXe siècle. Elle s’affadit de nos jours.

Toutes ces réflexions ne m’empêchent nullement de vous souhaiter une année 2011 aussi proche que faire se pourra de vos espérances et éloignée des soucis qui ne manquent jamais de marquer nos existences fragiles. Très Bonne Année donc à toutes et tous ! 

photographie-carte de voeux de JP Boureux

Entre Noël 2010 et l’An nouveau 2011

neige sur le Chemin des Dames à Paissy

neige sur le Chemin des Dames à Paissy

traces d'oiseau dans la neige

 

croix dans la neige

Dans le ‘grand nord’ du sud laonnois, au royaume des garennes, des sangliers et du blaireau qui a freiné sa glissade sur la mare gelée,

traces de garenne dans la neige sur la mare gelée

traces de faisan sur la neige

trace de sanglier dans la neige

glissade de blaireau

incontestablement, tout juste sorti de son abri improvisé,

abri en forme d'igloo dans la neige

trappeur équipé de raquettes

le trappeur est roi. D’un pas assuré il part à la recherche d’autres traces, d’autres reliefs éoliens là-haut sur le plateau du Chemin des Dames surplombant les abris rupestres du village de Paissy. Il a en tête les hordes giboyeuses bondissantes peintes sur les parois par ses lointains ancêtres ou celle rassurante du traîneau tel que l’a vu de haut le peintre Adolf von Menzel (1815-1905) :

Adolf von Menzel, traîneau et attelage

Aquarelle sur papier de 1846, 16,1 x 25,9 cm du ‘Staatliche Museen, National Galerie de Berlin. Dans : Christopher Finch, l’aquarelle au XIXe siècle, Ed. Abbeville, 1994, n°219, p.166

Mais déjà la nuit tombe. Viennent les rêves, les espoirs du lendemain

couchant enneigé à Paissy

 

Presque étonnant un texte de Jean-Paul Sartre prenant pour thème d’une scène de théâtre celui de la Nativité, écrit il est vrai dans les circonstances spéciales d’une veillée de Noël dans le Stalag XII à Trêves, le 24 décembre 1940. Il s’intègre à la pièce : ‘Baronia ou le fils du tonnerre‘ :

 … »Elle le regarde et elle pense : « Ce Dieu est mon enfant. Cette chair divine est ma chair. Il est fait de moi, il a mes yeux, et cette forme de sa bouche, c’est la forme de la mienne, il me ressemble. Il est Dieu et il me ressemble…

…Aucune femme n’a eu de la sorte son Dieu pour elle seule, un Dieu tout petit qu’on peut couvrir de baisers, un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire, un Dieu qu’on peut toucher et qui rit. »

La nuit venue la neige et les falaises s’illuminent et réfléchissent le bleu irréel glacé ponctuellement réchauffé du rouge des fonds de creutes :

éclairage nocturne sur fond de neige et de calcaire

A quelques pas Marie allaite et Joseph s’affaire près du berceau improvisé sous le souffle et le regard bienveillant -on penserait même goguenard, de l’âne et du boeuf. Mon Dieu quelle soirée ! Etrange action, curieux spectacle dans l’abri rocheux :

Nativité de lumière dans la creute

crèche dans la creute de Paissy

un âne et un boeuf ordinaires et devenus célèbres

crèche dans la creute de Paissy

Carte de Noël minimaliste : décryptage

Souhaitant placer sur ce blog une carte de Noël à l’intention de mes fidèles lectrices et lecteurs je me suis posé la question suivante :

Comment faire en sorte que cette carte soit la moins chargée possible tout en étant dans la catégorie des images ‘écran’ (et non un dessin ou peinture) ?

A l’évidence le choix des symboles vient en premier dans cette réflexion : le nombre est bien grand mais les étoiles et la lumière s’imposent puisqu’ils font penser aux jours très courts et sont contenus dans les textes sacrés relatifs à Noël.

Assez difficile fut de photographier une bougie allumée : sur fond clair les ombres sont trop fortes, sur fond sombre la lumière de la flamme fait ressortir certaines couleurs du fond. Reste à trouver le fond le plus ‘noir’ possible et là le peintre et le photographe savent que les noirs et les blancs existent bien davantage que le noir et le blanc.

Le texte le plus sobre à joindre est évidemment le ‘Joyeux Noël’ que je vous adresse de tout coeur ! Une légère illumination via ‘photoshop’ ou un autre logiciel de retouche d’images est bienvenue. Pourquoi pas ajouter encore l’expéditeur ou l’auteur et voilà qui suffit semble-t-il au bonheur du jour (et de la nuit !). On pourrait certes lancer un concours et nul doute que bien des variantes recevables pointraient à partir de vos vives imaginations croisées dans vos blogs et qui sont toujours l’objet de mon étonnement et de mon admiration.

Place à l’image et « Joyeux Noël » à toutes et tous !

 

carte de Noël de Jean-Pierre Boureux

Très nombreux hélas sont ceux qui n’ont pas la chance de vivre décemment et entourés. Ma mémoire renvoie entre autre le souvenir imagé de mon père, Louis Boureux, qui de 1940 à 1945 a connu les souffrances de l’emprisonnement en Poméranie orientale. Je suis sûr qu’alors il s’était posé la question de peindre une carte minimaliste à l’occasion de la Nouvelle Année afin de l’envoyer à son fils en France. Vous vous doutez de la difficulté de trouver dans le stalag ou au Kommando le matériel nécessaire ! Pourtant ce fut peint, envoyé et reçu :

si vous souhaitez en savoir plus sur cet épisode de la vie de mon père :

http://boureux.fr/LB/ArtStalag.htm

Cependant aujourd’hui l’esprit de la réconciliation entre nos deux nations voisines rayonne bien plus que la guerre et c’est donc une « stille Nacht » toute illuminée d’un « O Tannenbaum » que je vous souhaite.

Solstice d’hiver du 21 décembre 2010

En ce jour du solstice d’hiver qui se produit le plus souvent les 21 et 22 décembre et très exceptionnellement les 20 ou 23 de ce mois je n’ai guère pu vérifier le mouvement du soleil et la durée du jour et de la nuit.

Un brouillard léger et tenace, une neige en fusion depuis quelques jours mais bien présente -hauteur moyenne encore 22 cm- ainsi que l’observation des traces d’animaux et quelques bricolages maison m’ont empêché de noter significativement la course de l’astre du jour. En son sens et terminologie latine le mot est employé depuis le premier siècle avant J-C. Presque évident. On peut même avancer que la course du soleil fut notée avec précision depuis sans doute le troisième millénaire avant notre compteur, que la période de quelques jours pendant laquelle le soleil hésite entre ses déplacements apparents est et ouest dans notre ciel a de longue date été marquée par des fêtes de la nuit et de la lumière avant d’être récupérée par les religions monothéistes.

Loin de ces pensées presque savantes j’ai pelleté. Cela offre la liberté de ne point penser à autre chose qu’au mouvement du dos et du bras, j’ai lancé de la neige pour former un igloo destiné aux jeux d’enfants. La luge donne l’échelle :

faux igloo pour enfant dans un jardin

faux igloo pour enfant

Je laisse votre imagination déambuler tout comme celle des enfants et souligne avec l’appareil photographique la magie des jours enneigés mise en valeur par des lignes horizontales surlignées de blanc par la neige :

jardin sous la neige

jardin sous la neige

Le graphisme des lignes dans un paysage est admirablement évoqué par M. Pierre Gilloire dans sa « Petite collection de paysages » chez ‘l’Arpenteur’, Gallimard, 2009. S’agissant des terrasses, par exemple, il note, p.30 : « leur valeur esthétique est le fruit d’une heureuse combinaison entre lignes horizontales, verticales et obliques. Horizontalité des murets, des gradins et des sillons épousant les courbes de niveau ; verticalité des piquets et des rideaux d’arbres ; rythme oblique des rampes d’accès et des escaliers perpendiculaires à la pente ou longitudinaux. »

Je suis d’autant plus sensible à cette argumentation que notre jardin est bâti entièrement sur ces modules optiques que dégagent le rythme des pans de falaises auquel répond celui de notre propre ordonnancement.

Quant à la représentation de l’hiver chez les peintres, si fréquente, peu parviennent à un rendu suffisamment évocateur de la neige sans inutiles rajouts. L’incomparable dessinateur que fut Millet nous donne un crayon noir saisissant, pensé et rendu à Barbizon en 1853, sous l’appellation de ‘la porte aux vaches par temps de neige’, petit dessin sur papier beige de 28,2 x 22,5 cm tel que je l’ai extrait du riche catalogue de Roseline Bacou, Millet, Dessins, Bibliothèque des Arts, Paris, 1975, p. 59 :

Millet, 'La porte aux vaches par temps de neige'

Vous aussi guettez bien les nuances infinies des coloris de la neige en ses paysages que tout spécialement cette année elle nous offre en abondance !

Dans le sens des lignes du paysage, de celui du vent parmi les flocons, une lectrice fidèle d’un village au nord de Beauvais -Le Crocq, Mme Baumer, m’a envoyé une photographie que je m’empresse de placer en vitrine de cette note toute blanche orientée en verticales, horizontales et obliques :

la place du village de Le Crocq, dans l'Oise

Reims, bleu, blanc, froid : son histoire autrement.

neige à Reims rue Cérès Il a donc neigé à Reims ce 8 décembre 2010, comme il arrive en hiver. Pourtant on dit en ville et dans les fauxbourgs que le Général Hiver tente un blocus de notre bonne ville désormais en état de siège au point qu’on ne pourrait plus ni y entrer ni en sortir. Bigre, ça fait froid dans le dos et plus grave, on se les caille. Bien au chaud après avoir accueilli un rescapé de la route très habitué de nos murs j’ai attendu le lendemain pour apprécier la situation.

Par chance un soleil radieux illuminait la neige et un champ libre blanc abandonné par les voitures aux humains piétonnants s’étalait devant mes pas entre Forum, Place Royale et cathédrale. Que du beau, que du rêve, je vous y entraîne, glissons ici et là !

Forum rémois

Place du Forum le clair matin allume sa lanterne solaire et laisse dégouliner des pétales neigeuses depuis des suspensions florales, alors qu’en contrebas des palmes étoilées ploient sous la poudreuse. Quel décor de Noël arrivé tant à point avec la menue indélicatesse d’une légère avance que la maîtresse de maison pardonnera !

Forum rémois : branchages enneigés

Alors j’ai voulu savoir ce que pense de ce temps d’hiver notre marchand en laines de la Place Royale, penseur accoutumé de mes déambulations citadines : l’esprit gelé et les bras chargés d’un blanc manteau il a la tête trop près du bonnet pour penser vraiment, à peine songe-t-il :

le marchand de la Place Royale de Reims

Nul doute qu’il songe à sa belle voisine au sein rond comme blanche boule et que le roi protège ou bénit de sa main, pauvre roi couvert de neige et qui hésite entre tenue de sortie romaine ou parure républicaine à la française mise à disposition à ses pieds ; ma pauvre dame quelle période vit-on ? !

monument en l'honneur de Louis XV

Louis XV en empereur romain à Reims

Si je n’avais presque froid je vous conterai et la Place et le roi et le sculpteur (1), mais là franchement je préfère suivre le pavé vers le soleil et d’un coup d’un seul surgit Jeanne qui caracole en tête, intrépide, l’épée levée. Mais quoi, se serait-elle rendormie, levée du mauvais pied ? Toujours est-il que son page ne lui a livré que la moitié de son caparaçon, bien séant du reste, de blanche couleur comme celle du cygne, du lis et de la vertu.

Jeanne d'Arc à Reims

Ah, Paul Dubois (1829-1905), vous n’aviez pas imaginé que cela fut possible, et bien si !

Remué par cette vision je m’en suis vite allé au-delà, trouver refuge vers l’Amérique et « Carnegie » était dans l’espérance du jour. En route cependant c’est d’abord une grille dantesque qui me barre le chemin ; qu’à cela ne tienne, outragé je passe outregrille du jardin de la bibliothèque municipale Carnegie de Reims

dans sa rigueur géométrique soulignée par les capelines neigeuses des ifs en topiaire, fermement assise en son jardin de ville, la façade majestueuse de notre bibliothèque municipale ‘Carnegie’ rayonne d’une fière assurance :

façade de la bibliothèque Carnegie à Reims

L’esprit trop lent pour lire je poursuis ma route citadine par le jardin qui mène au chevet de Notre-Dame et là encore, que du bonheur. Celui que suscite l’agencement presque naturel des troncs, celui qui organise l’ordre divin dans une architecture de pierre étonnante toujours renouvelée à mes yeux d’explorateur

jardin public au chevet de Notre-Dame de Reims

chapelle épiscopale de Reims

Une brodeuse au crochet a bordé les pinacles des arcs-boutants de jours lactés délicats et le vêtement neigeux entraîne l’architecture gothique vers des allures ordonnées de Grand Siècle,

pignon sud du transept de Notre-Dame de Reims

Rassuré de constater qu’une courageuse équipe de soignants en rappel veille sur elle

travaux d'entretien au chevet de ND de Reims

je quitte le chevet de la malade pour m’emplir le regard de sa face finement saupoudrée :

pas de doute Reims est un couronnement

couronnement de la Vierge à Reims

et bientôt la Cité, la Ville entière et le peuple vont célébrer le huitième centenaire de l’édification de cette cathédrale unique : mai 1211 – mai 2011

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(1) « Il ne faut jamais dire aux gens : Ecoutez un bon mot, oyez une merveille.           Savez-vous si les écoutants en feront une estime à la vôtre pareille ? «                         Jean de La Fontaine, Les souris et le chat-huant