Ronde de septembre 2015

Nous voici de nouveau réunis amicalement dans une nouvelle ronde et j’ai le plaisir d’accueillir ce mois : Dominique A, http://dom-a.blogspot.fr/

Notre ronde tourne autour du mot « vacance(s) » et nous publions dans l’ordre des blogs suivants, dont l’adresse indique également l’ordre de publication :

Jean-Pierre,http://voirdit.blog.lemonde.fr/
Céline, http://mesesquisses.over-blog.com/
Guy, http://wanagramme.blog.lemonde.fr/
Hélène, http://simultanees.blogspot.fr/
Elise, http://mmesi.blogspot.fr/
Franck,http://quotiriens.blog.lemonde.fr/
Jacques,http://2yeux.blog.lemonde.fr/                                                                                               Dominique A, http://dom-a.blogspot.fr/

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laronde-autrou-1WLes filtres coquins

On est répartis sur la plage, immense. Quelques rochers polis par les marées affleurent, on dirait des phoques endormis. Hors d’atteinte, l’horizon noie le ciel et la terre dans une sorte de vapeur, ou de brume ; peu de choses, donc, et pourtant cette rumeur infime des vagues lointaines qui couvre tout, comme un bruit rose en dégradé bleu-beige. Seuls les cris des enfants qui rient comme des huîtres déchirent ce voile apocalyptique en éclaboussant au passage quelques mouettes sans voix. À la queue-leu-leu, ils font la navette avec leurs haveneaux symboliques qu’ils utilisent comme s’ils sarclaient des patates. Non sans résultat, d’ailleurs, mais pour l’instant, des légumes on n’aperçoit guère que la verdure. Les grands, cependant — disant ce mot on pense aux moins petits par la taille — sondent la grève avec le sérieux d’un démineur. Il faut d’abord repérer le mini volcan parfois caché sous une algue, distinguer l’orientation de son cratère puis, à dix centimètres dans l’axe, creuser doucement avec un petit bout de bois pour ne pas réveiller le bivalve. Excellent avec la verdure, un peu d’ail et du persil, paraît-il.
Paraît-il. Sinon, il est possible aussi de marcher sur le sable les pieds nus, avec pour seul objectif de dessiner une trace plus droite que celle du passant précédent, cet étourdi qui chaussait au moins du 44 et devait atteindre le quintal, ou celle de l’autre frimeur aux enjambées inhumaines, à moins qu’il ne courût. Tiens, ici un chien accompagnait une jeune fille et un garçonnet (ou un couple de nains). L’un des trois devait être très obéissant, car leurs traces se croisent et ondulent sans jamais s’éloigner, et l’usage d’une laisse en ce lieu semble incongru. En tout cas c’est beau comme un fragment d’ADN, ce serait péché de le briser alors on prend son élan et on saute par-dessus.
Un peu plus loin, difficile d’imaginer précisément à quelle distance tant l’appréciation en est rendue malaisée, fluctuante, par le jeu conjugué des heures qui vont et des nuées qui viennent, un bras de mer enjambe la plage en faisant un coude. Il y a un homme, un homme au milieu de ce bras, on dirait qu’il marche dessus. En zoomant fortement avec la pupille, on se rend compte que l’homme tient en mains un bâton avec lequel il fait des huit. Un examen encore plus attentif met en évidence le fait qu’à défaut de marcher sur l’eau, il est debout sur une planche, excluant par là même, mince alors, l’hypothèse du miracle.
Ce n’est donc, finalement, qu’un gugusse hissé sur un podoscaphe dépourvu de son banc, et dont la conception exiguë et inconfortable, fruit de l’imagination de quelque ingénieur misanthrope, élimine par ailleurs la possibilité d’emmener avec soi une amoureuse, par exemple la fille dans laquelle on vient de se cogner en ramassant des palourdes (alors qu’elle-même cherchait des couteaux en triturant idem, mais avec une tige en acier) et dont on est tombé raide love sur-le-champ à cause de sa ressemblance comme deux gouttes avec un cep de Pinot noir des hautes-côtes-de-nuits (et aussi, sans doute, à la faveur d’une prédisposition folle pour l’émoi aléatoire). Quoi qu’il en soit, le pagayeur s’éloigne sans un regard, debout sur son engin célibataire. Quelle tristesse. Merde, merde et merde, ce con de stylite va nous filer le bourdon avec sa planche en carbone kevlar stratifié.
Cette vision est tellement révoltante que le narrateur fait ici une crise d’apoplexie. Les yeux écarquillés d’horreur, il tombe la tête la première dans une flaque d’eau peuplée de crevettes, d’étrilles, de bigorneaux et autres berniques. Heureusement le séjour dans la mare est bref, mais dès le lendemain une étrange déformation de la vue se laisse, pour ainsi dire, voir. Le toubib consulté livre un verdict difficilement contestable : de jeunes et minuscules patelles, encore transparentes, ont réussi à peupler la cornée, et il n’est d’autre issue que de les laisser grandir ; dès qu’elles se seront calcifiées elles tomberont toutes seules. Le phénomène est courant, croit-on, chez les émotifs exposés sans surveillance au grand air des marées.
En attendant, donc, puisqu’il faut attendre, reclus dans la maison, les conséquences ne sont pas désagréables (surtout quand on sait que cela, hélas, ne durera pas). En effet, la réalité démultipliée par ce filtre inattendu fait très sérieusement penser à un vitrail contemporain, à une enluminure psychédélique ou à une robe des années soixante-dix. Il ne manque plus que l’odeur de l’encens ou celle du patchouli pour remonter le temps jusqu’aux années oubliées où l’on ne faisait, de septembre à juin, rien d’autre qu’élaborer une créature mentale qui un jour prendrait chair et avec laquelle, ultimo, on partirait pour toujours en vacances.

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Premier septembre 1715, « le roi est mort, vive le roi ! »

Un bien long règne et la jeunesse du roi artiste enfouie sous le poids de la fonction, des convenances et des pressions diverses. Trois cents ans, un espace de temps à la fois loin et proche selon le regard et les connaissances que l’on a. Vous avez lu sur ce blog ici et là, au gré de ma fantaisie, quelques notes relatives au bourg de Vailly-sur-Aisne. Y aurait-il aujourd’hui un rapport entre cette modeste agglomération et ce roi si connu de par le monde ? C’est la question que je me pose, sans pouvoir, une fois de plus, trouver une réponse immédiate. Un rapport oui, voyez donc :

Notre église Notre-Dame de Vailly abrite en son sanctuaire de remarquables boiseries XVIIIe siècle que l’on dit sans preuves provenir de l’abbaye de Vauclair. Pourquoi pas puisque des habitants du lieu ont acheté des objets ou biens nationaux mis en vente par les liquidateurs d’un temps. Ces boiseries ont été pillées par les Allemands durant le premier conflit mondial puis en partie restituées par la commission de Wiesbaden. Fort bien.

De fort belle facture, celle d’un professionnel à n’en pas douter, voyez en particulier les chérubins, elles attirent le regard et incitent à comprendre. Elles illustrent la fonction du sanctuaire qui est avant tout liturgique et qui ici met en avant l’eucharistie, l’ancienne et la nouvelle alliance ; elles s’organisent notamment autour de la célébration liturgique de la veillée pascale. A cela rien d’étonnant si ce n’est la qualité de ces sculptures sur chêne.CherubinsPuttiJPBW

DessinBibleCiboireManipuleColoriseWDessinArcheGlaiveEncensoirColoriseWDessinTablesTiareCroixEtoleColoriseWLes dessins favorisent la lecture des motifs et thèmes visibles sur les photographies ci-dessous :

VaseEtolleOffrandesW TablesLoiSacerdoceCroixWEncensoirArcheTrompettesWD’accord, un excellent travail de sculpteur qui connaît son affaire. Mais Louis XIV dans tout cela ?….

La prochaine fois que vous visiterez la chapelle royale de Versailles créée vers les années 1700 et terminée en 1710 regardez donc de près les sculptures sur bois, sur pierre et les bronzes ciselés et vous constaterez que le dessin de certains des trophées d’église qui ornent ce superbe édifice établi pour la gloire du roi et celle de l’Eglise sont très proches de celui présent à Vailly. Bien entendu si inspiration il y a, que nos boiseries proviennent ou non de Versailles, il faut bien considérer que ces motifs ont sans doute été copiés sur ceux de Versailles. Les artistes qui ont travaillé à Versailles n’ont peut-être pas oeuvré ailleurs mais les dessins de leurs sculptures ont été copiés. Ce n’est pas très original mais il serait très précieux d’en connaître davantage sur nos magnifiques boiseries vaillysiennes.

Pour des raisons de droits d’images je place ici un extrait iconographique capturé sur le travail de M. Sébastien Bontemps, chargé de cours à Paris I qui a étudié les sculptures de la chapelle royale de Versailles. Je mettrai ici plus tard de meilleurs documents si je peux en trouver qui soient libres de droits. Ci-dessous un lien vers l’article de M. Bontemps.

http://www.academia.edu/4348843/Lornement_sculpt%C3%A9_autour_de_1700_le_troph%C3%A9e_d%C3%A9glise_et_la_chapelle_royale_de_Versailles

L’ornement sculpté autour de 1700 : le trophée d’église et la chapelle royale de Versailles

VersaillesChapRoyaleTropheesArticleDenisBontempsWVous constatez sans peine qu’une analogie est présente dans le dessin entre Versailles et Vailly, ce qui surprend tout de même un peu, même si on lit entre Vauclair et Versailles !

Qu’on se le dise et que chacun apporte sa pierre à cet édifice de recherches, toujours en mouvement, jamais terminé.

Hè vous là-haut, pourquoi pleurez-vous à Menou ?

Quels étranges portraits sculptés ! Deux jeunes hommes pleurent :

Pleureurs PleureurGaucheW PleureurWet ce troisième, quelle face pathétique :

PathosOù sommes-nous donc ? Sur la hauteur d’une petite ville en un lieu où naguère fut un château et une bourgade s’y rattachant, ainsi qu’une église dans laquelle nous sommes. Je vous mets sur la voie, voici la ville basse et plus à l’est une construction du XVIIIe siècle qui devrait vous permettre de localiser :

1730 PanorWDans cette église un chapiteau historié de manière simple représente une glandée, activité automnale très souvent figurée :

GlandeeIci on va au-delà de la glandée car comme chacun sait : « dans le cochon tout est bon » et spécialement les pieds dont la ville tient sa réputation. Vous avez donc deviné que nous sommes en Argonne à Sainte-Menehould ou ‘Menou’ pour les intimes, ville que le graveur flamand Jan Peeters (1624-1677) a ciselé dans le cuivre et dont le Musée des Arts et d’archéologie de la ville montre une eau-forte que voici :

gravure de Johan PeetersMais revenons au sujet de cette note, nous sommes restés stupéfaits devant ces visages inscrits dans la pierre de Notre-Dame du château de Sainte-Ménehould. Ces personnages ne sont autres que des apôtres, ils entourent Marie morte. L’événement est connu sous le nom de ‘dormition de la Vierge‘ et précède la fête de l’Assomption beaucoup plus connue et célébrée en Occident, alors que dans la zone de tradition byzantine et orthodoxe c’est l’inverse. Le Nouveau Testament demeure discret sur cet épisode singulier alors que deux évangiles apocryphes des deuxième et quatrième siècles le développent. Marie aurait été ensevelie soit à Jérusalem, soit à Ephèse où elle aurait vécue sous la protection de saint Jean. Trois jours après sa mort ou son endormissement des anges la transportent au ciel.

Notre sculpteur, qui aurait oeuvré au XIVe siècle a donc représenté la scène de manière étonnante dans le traitement des portraits et dans la présentation du premier plan, jugez-en :

DormitionL’éclairage naturel est celui de la mi-août en fin d’après-midi, il illumine la scène depuis le haut comme le ferait un spot et attire immanquablement les regards vers ce panneau. Venez à Menou, vous ne pourrez rester indifférent, en particulier devant le pleureur de droite dont les larmes vont jaillir vers vous.

Sur place profitez-en pour découvrir le paysage sur la ville et dans le cimetière, appréciez le positionnement des défenses médiévales qui ferment l’éperon. Trois rues accueillent ce qui reste de l’évolution des maisons entre le Moyen-Age, l’époque moderne et nous. Plus loin vers l’est une statue de la sainte (1921) occupe une corne du plateau. Assez mal connue du public l’Argonne mérite de nombreuses incursions ou excursions et la région de Sainte-Menehould directement accessible par l’autoroute vaut bien des détours. Une prochaine note suggèrera quelques haltes.

Le « Jardin des Poilus »

Ce jardin, au fond comme tout jardin composé, n’existe que par la volonté de ses créateurs, il a du jardin la nécessaire artificialité. A sa manière il raconte un pan d’Histoire et n’appartient à la catégorie des jardins botaniques qu’à la marge. Sa petite surface vous permettra d’en faire rapidement le tour, si vous vous y perdez ce ne sera que par votre imagination.

Dans Paissy suivez la falaise, comme si vous étiez au bord de la mer. Vous êtes arrivés. Notre jardin s’ordonne dans l’opposition visuelle entre le vertical rocheux et l’horizontalité végétale, d’où de nombreuses lignes de niveau en correspondance avec les strates géologiques.
Ce n’est pas sa seule raison de paraître. En effet de sanglants combats affectèrent ce lieu dans les sombres années 1914-1918. Au printemps 1917, le seize avril, fut déclenchée ici la bataille du Chemin des Dames.
Alors pour promouvoir la paix quoi de mieux qu’un Eden parsemé d’arbustes et de fleurs ! Cent ans plus tard vous déambulez en compagnie d’espèces végétales souvent communes sur une faible surface d’un demi hectare, accompagnés de citations d’époque en provenance d’écrits de « Poilus ».
Notre choix : mettre en scène dans ce jardin l’histoire locale marquée par la vie des troglodytes qui ont perforé la falaise pour en extraire la pierre des cathédrales et le drame national et mondial que fut la Grande Guerre. Ici interfèrent la topographie du lieu et le souvenir des Poilus vivifié par des textes qu’ils ont écrits et dans lesquels le monde végétal qu’ils évoquent fut comme un havre de paix, un paradis perdu.
Ouvert les samedi 6 et dimanche 7 juin, de 10 à 12 et de 14 à 18 heures
Chez M. et Mme Boureux Jean-Pierre, 34 rue de Neuville, 02160 Paissy.
Contact :  jpbrx[arobase]club-internet.fr
Coordonnées GPS : 49° 25’ 37,67 N et 3° 41’ 58,30 E
Parking à proximité pour trois voitures, les autres le long de la rue.
Quelques détails supplémentaires ici : http://www.jardindespoilus.wordpress.com
Le « Jardin des Poilus » sur le site national du « Rendez-vous au jardin » :
http://rendezvousauxjardins.culturecommunication.gouv.fr/Histoire-s-de-jardins/Paix-retrouvee

Logo officiel "Jardin des Poilus" Paissy

 

 

 

 

 

un aspect du jardin en mai une arche découpée par la guerre dans le sous-boisci-dessous article du journal « l’Union« , édition de Soissons, datée du 30 mai 2015, p. 12 :

 article L'Union30mai2015W

image Google Earth

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exemple d'un des textes affiché dans le jardin

exemple d’un des textes affiché dans le jardin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nouvelle ronde de mai 2015

Ce mois j’ai le grand plaisir d’accueillir « , http://simultanees.blogspot.fr/  » dans le cadre d’une ronde périodique qui tourne  dans l’ordre du tirage au sort :

écrira chez :
qui écrira chez :
puis :
etc.
chez
chez
chez
Jean-Pierre Boureux : http://voirdit.blog.lemonde.fr/
chez
chez
Dominique Autrou (c’est moi) : http://dom-a.blogspot.fr
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Voici le texte d’Hélène Verdier pour cette ronde :

le mai des phoques

cliché NASA, via Wikipedia

cliché NASA, via Wikipedia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est une immense péninsule, un croc de sable et de marais arrimés à la mer, une curiosité géologique fatalement promise à la disparition. C’était une fin de journée, j’avais envie de bout du monde. Il fallut pourtant s’arrêter, renoncer à l’atteindre, le soleil s’apprêtait à plonger sur les terres dans ce monde à l’envers. C’étaient les derniers jours d’avant le mois de mai.

Il aurait pu habiter, il habitait sans doute, dans l’une des ces maisons — gris d’argent des essentes de bouleau qui se marient au bonheur des lumières de toutes les saisons. Les encadrements blancs des fenêtres transformaient en tableaux les reflets des paysages, ramures encore nues des arrières-hivers en surimpression sur les flamboyances d’automne, et tout ce blanc de neige maintenant délaissé. Il marchait ce soir là sur la plage, sur la fin de sa vie. Son chien noir gambadait, comme gambadent les chiens sur l’étendue des dunes, courses, bonds, volte-faces, arrêts la truffe au vent, amical et joyeux. Sous les lumières jaunes du soleil qui se couche, Il désirait parler.

Tendant la main vers le banc de sable, Il montra les minuscules points noirs agglutinés aux limites de l’invisible, entre terre et océan. Les phoques, dit-il, les phoques sont là — je me souvins alors de la baie de la Somme, près et lointaine derrière l’horizon au mois de mai dernier, les phoques nageaient, plongeaient, gracieux, disparaissant parfois pendant de longs moments pour réapparaître plus loin, et nous les regardions.

Au mois de mai, dit-il, ils sont là, en bancs agglutinés. Ils arrivent, attirés par les saumons dont ils se nourrissent. Puis viennent les  requins blancs qui dévorent les phoques. À l’approche des monstres, on entend alors, a-t-il dit, aux rives de l’océan pleurer les phoques. Les saumons quant à eux ne savent pas pleurer.

Le soleil dessinait sur la dune des portraits en série, le vieil homme en Thoreau, son ombre sur le Cape Cod, et la mienne. Nos vies se sont croisées dans l’ordre des saisons un même mois de mai. Ce mois de mai 1862 il quitta le monde, ce même mois je trouvai ce même et autre monde quelques années plus tard.

HelenePhoto2

HelenePhoto3Cape Cod, 26 avril 2015, Franges du Bray, 12 mai 2015. Clichés de l’auteur sauf mention contraire

Cervantès, ses os retrouvés

Vraisemblablement le squelette de Cervantès (1547-1616) a été retrouvé là où lui-même avait souhaité être inhumé. Pour cela il a fallu d’abord reconnaître l’emplacement de l’église détruite dans laquelle depuis 1871 on subodorait sa sépulture. Il y serait inhumé avec au moins seize autres individus, dont un prêtre, selon l’anthropologue Francisco Eetxeberria directeur de l’équipe de recherches. Les registres de 1616 mentionnaient cet état de fait. Les squelettes sont rassemblés en ‘réduction’ dans une fosse située au troisième niveau inférieur de la crypte de l’ancienne église. Il semblerait que les analyses ADN préconisées ne puissent affirmer quoi que ce soit, faute de comparaison suffisante.

Cette nouvelle lue dans Le Monde daté du 19 mars 2015 et signée par Sandrine Morel, correspondante de ce quotidien à Madrid fut pour moi une incitation à relire certains passages du célèbre « Don Quichotte de la Manche ». Là, surprise !

Don Quichotte édition du Club français du livre

Comme si l’auteur avait anticipé son parcours dans l’au-delà dans l’une de ses séquences abracadabrantesques dont il a le secret, nous voici projetés dans une scène extraordinaire où nos héros Don Quichotte, Sancho et Rossinante sont aux prises avec une troupe d’une vingtaine de fantômes chevauchant, ‘enchemisés’ dans des robes blanches ou noires et escortant un cadavre dans une litière. Après les avoir questionnés don Quichotte s’impatiente et décide de foncer dans le tas, lance en avant. Il renverse et poursuit. Le premier jeté à terre, une fois les autres enfuis répond enfin au chevalier : « Je m’appelle Alonzo Lopez et suis natif d’Alcovendas. Je viens de la ville de Baéza, en compagnie de onze autres prêtres, ceux qui fuyaient avec des torches. Nous allons à Ségovie, accompagnant un corps mort qui est dans cette litière. … …nous portons ses os à Ségovie où est la sépulture de sa famille ». Le blessé reproche alors au chevalier redresseur de torts d’agir de bien vilaine manière, ce à quoi don Quichotte rétorque : « Vous cheminiez la nuit, vêtus de surplis blancs, des torches à la main, marmottant entre vos lèvres, et couverts de deuil, tels enfin que vous ressembliez à des fantômes et à des gens de l’autre monde ».

Après quoi Don Quichotte relève le blessé et lui permet d’aller rejoindre sa troupe. Son servant Sancho le qualifie alors du nouveau titre de ‘chevalier de la triste Figure‘ tant sa mine est déconfite et ses traits horribles. Sancho dissuade son maître de courir sus au-devant de la troupe afin de vérifier si le corps dans la litière était de chair ou d’os : « Croyez-moi, l’âne est pourvu, la montagne est près, la faim nous talonne : il n’y a rien de mieux à faire que de nous en aller bravement les pieds l’un devant l’autre ; et comme on dit, que la mort aille à la sépulture et le vivant à la pâture. »

Alors, faute de mieux pouvoir faire, pourquoi les autorités espagnoles ne laisseraient-elles pas les os blanchis de Cervantès et de ses compagnons de dernière heure là où ils se trouvent, refusant de désigner l’un plutôt que l’autre ? Les premiers ne seront-ils pas les derniers ? Cela ne dérangerait en rien l’érection d’un cénotaphe en hommage à l’un des grands auteurs du Siècle d’Or. Et l’aventure de nos héros de continuer, ravissant pour toujours le lecteur qui si longtemps après la mort du célèbre écrivain, sourit encore à la lecture du parcours rocambolesque du trio enchanté à travers la Mancha.

fac similé de l'édition de 1757fac-simile de l’édition de 1757

Notre ronde de mars 2015

Comme nous en avons pris l’habitude (tapez ‘Ronde’ dans le rectangle de recherche) un échange d’accueil réciproque d’auteurs de blogues nous renvoie ce mois-ci au tourniquet suivant :

En conséquence nous avons le plaisir et l’honneur de recevoir sur notre page le texte de l’écrivain et poète Dominique Boudou : dominique-boudou.blogspot.fr qui a rédigé les lignes qui suivent sur le thème commun du ou des « JEUX » alors que nous publions chez mesesquisses.over-blog.fr

                                                  Jeu (X)
Oui, bien sûr, on n’a pas les mêmes jeux à dix ans et à soixante.    Je passerais inévitablement pour un fou si je me promenais dans la ville avec une cape de Zorro ou portant dans un carquois les flèches que j’aurais taillées, pensif et appliqué. Et pourtant… Dès lors que je laisse mon esprit en ses vagabondages, que mon corps même s’affranchit de sa bride… Je suis Zorro. Je suis Geronimo. Modernité oblige, à la faveur d’un remuement dans le ciel, le pur-sang des vastes plaines se change en fusée ionique à l’assaut des galaxies. Tous ces mondes en moi font un joyeux charivari qui abolit les frontières de mes gestes. J’ai mille corps sous la voûte étoilée, mille ombres éparpillées dans la steppe où je galope. Oh ! il ne manquera pas de voix pour arraisonner mes rêves. On garde d’autant plus la tête sur les épaules qu’on s’est mis du plomb dans la cervelle. Tout de même, à votre âge, vous ne croyez pas qu’il serait temps de… Je souris. J’imagine les silhouettes autour de ces voix. Les crânes dégarnis par l’atrabile. Les dos courbés sous le poids des responsabilités. Les yeux délavés faute d’horizon. Ces gens-là n’ont pas vécus, morts avant d’être nés. Je remonte sur mon cheval sans les saluer. J’éperonne mes fantaisies et mes chimères. Je suis hors d’atteinte. j’ai dix ans.
Dominique Boudou

Merci aux organisateurs coutumiers de cette ronde !

Mudo : de son éclectisme goûter les saveurs

Logé comme un prince d’Eglise en un écrin qui hésite entre Renaissance et gothique, inspiré par un préfet éclairé, et dernièrement revisité avec talent, le Musée départemental de l’Oise (Mudo) vient de (ré)ouvrir avec le soutien du Conseil général de l’Oise et divers concours. En 1305 l’évêque de la cité avait eu à affronter l’ire des bourgeois, à se protéger parmi les vestiges des remparts gallo-romains derrière une porte fortifiée. L’un de ses successeurs, Louis Villiers de l’Isle Adam, deux siècles plus tard fit élever ce palais qui protège aujourd’hui les collections que vous pouvez fréquenter gratuitement, sauf le mardi. Profitez-en sans modération.

rempart gallo-romain de Beauvais

vestiges du rempart gallo-romain, consolidé ou reconstruit récemment

Protégé par une porte fortifiée édifiée au début du XIV e siècle, tout près de la cathédrale et de l'église antérieure visible ici à droite

Protégé par une porte fortifiée édifiée au début du XIV e siècle, tout près de la cathédrale et de l’église antérieure visible ici à droite

façade du palais épiscopal qui fut aussi palais de justice

façade du palais épiscopal qui fut aussi palais de justice

LanternonPalaisWle lanternon protège trois cloches dont l’une de 1508

Les collections de peinture, essentiellement du XIXe siècle, ainsi que d’autres expressions artistiques, se répartissent dans un espace lumineux centré sur une salle dédiée au peintre senlisien Thomas Couture. Sa grande oeuvre (9 m. x 5 m.) : l’Enrôlement des Volontaires de 1792, rayonne sur l’un des murs entourée de quelques toiles préparatoires de bel effet. On la scrute sur deux niveaux, en toute visibilité. Les deux photographies suivantes en présentent une vue partielle (partie supérieure) et l’une des études.

CoutureVendGPpartieSuperieureW enrôlement des volontaires de 1792Dans les autres salles chacun composera son menu comme il est naturel de faire lorsque les étals sont garnis d’abondance dans la diversité. Aucune règle autre que l’attirance personnelle, avec parfois une incitation des conservateurs à comparer, avec raison, un même endroit vu par deux peintres ou bien encore un même lieu à des moments séparés dans le temps et décrits par des personnalités que rien ne rapproche a priori. Ainsi ai-je retenu les ruines du château de Pierrefonds par Jean-Baptiste Corot presque débutant et sa reconstruction par Viollet-le-Duc selon Emmanuel Lansyer,

CorotRuinesPierrfdsWPierrefonds par Lansyerou bien encore la célèbre vasque romaine de la Villa Médicis par Corot toujours puis par Maurice Denis. Vous composerez à votre guise, apprécierez selon vos penchants et goûts.

   Corot, Vasque de la Villa MedicisWMaurice Denis, Vasque de la Villa MédicisRien n’est véritablement à comparer dès lors que l’éclectisme propre au XIXe siècle ne suggère en rien des rapprochements ou des oppositions systématiques. Pourquoi ne pas apprécier dans un même élan de sympathie la douce caresse d’ Albert-Ernest Carrier-Belleuse (sculpteur et peintre originaire d’Anizy-le-Château (1824) dans le marbre ou la sensualité très politique du peintre vendéen Merry-Joseph Blondel qui nous propose une synthèse des trois journées de juillet 1830, les Trois Glorieuses, que n’auraient sans doute pas dénigrée les trois cavaliers enfants de roi sans pour autant le faire savoir aux adeptes de la monarchie. Quant aux républicains ils touchent là de la vue l’objet de leurs supposés fantasmes :

Carrier-Belleuse, buste de femme au rosier, 1858

Carrier-Belleuse, buste de femme au rosier, 1858

Trois Glorieuses, Blondel, 1830Vous l’avez compris je pourrais vagabonder en votre compagnie sous les auspices de l’art, sans raison, sans but mais pas sans rêves. Là est l’essentiel. Sans doute est-ce pour cela aussi que la modernité dans ses installations surprenantes, pour reléguée qu’elle soit dans le grenier, n’en est pas moins stupéfiante, aimable et émouvante dans la surprise qu’elle engendre. Voyez plutôt, je vous tiendrai modérément informés ensuite :

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Deux vues captées de "Axis Mundi" par Charles Sanderson

Deux vues captées de « Axis Mundi » par Charles Sanderson

De quoi s’agit-il ici ? De mots projetés, mots sélectionnés par l’auteur Charles Sanderson, Finlandais, sur la charpente du XVIe siècle du ‘Mudo’. La surface de ce grenier est d’environ 500 m2 et sa hauteur = 14 m. Effet de surprise garanti. On y est on rêve, on sort : rêveries en tête. Heureusement les images ne touchent pas tant que la réelle présence de ce lieu ponctué de lettres.

Ce beaucoup est-il tout ? Pour cette note de blog un  peu longue, presque. Je réserve toutefois pour la sortie (mais en laissant pour votre soif un « espace boutique » qui présente aussi de séduisants vestiges de bois sculptés) une salle gothique de la porte d’entrée bâtie autour de 1305 et décorée de même. Dans un angle un curieux combattant gaulois du premier siècle vous dévisage, à moins que ce ne soit vous qui ne soyez scotché par son fixe regard. Il nous vient de près, Saint-Maur-en-Chaussée, et n’a daigné sortir de terre qu’en 1984, pour notre étonnement encore :

premier siècle de notre ère, mais au fond, sans âge, là est le mystère de l'art...

Quand, soudain, du voûtain, au-dessus de ma tête, tombèrent des sons de flûte, de viole, de cornemuse, de trompette marine, de tambourin. J’ai levé les yeux et vis les musiciennes, charmantes, charmeuses même et aussitôt j’ai aimé leurs écailles, leurs nageoires, leurs queues. Plusieurs se sont dérobées au photographe, pas les cinq. Voici l’une d’elle, ainsi s’offre-t-elle à vous comme à moi :

sirèneElles ont été peintes à fresque peu après l’édification de la porte, donc au tout début du XIVe siècle et ont été restaurées tout récemment.


En savoir plus : http://mudo.oise.fr

Mudo, Musée de l’Oise, 1 rue du Musée, 60000 Beauvais. 03 44 10 40 50

Autry, son château, son « fourmilleur ».

Le titre pourrait être le slogan d’appel d’une pancarte touristique. Peu de personnes connaissent Autry, modeste village ardennais ordonné au pied de sa falaise. Il fallait au moins être seigneur pour s’installer sur une butte rapportée pour partie sur un piton rocheux, même tendre, même blanc comme craie. J’ai rencontré cet habitat singulier voici assez longtemps, dans les années Soixante-dix, lorsqu’étudiant j’ai battu la campagne champenoise et précisément l’ancien comté de Grandpré dans le but de découvrir des fortifications médiévales connues ou non, cachées ou très visibles, des mottes ou maisons-fortes à documenter, cartographier et relever en courbes de niveaux. Action tout terrain qui convenait à des étudiants épris de liberté et curieux de tout, attachés au terroir et aux habitants. Dans ce territoire ardennais, plus que dans le vignoble ou la plaine de Champagne ex pouilleuse, l’accueil que nous ont réservé les autochtones fut le plus souvent compréhensif, simple et chaleureux. J’écris nous car ce travail de relevé topographique et d’enquête nécessitait la présence sur les lieux de deux personnes. Quarante ans après j’en garde un souvenir plein de chaleur humaine et ces lignes sont l’expression déguisée d’une forme de reconnaissance aux hommes et femmes du coin.

Une motte donc, perchée, habitée par une famille seigneuriale, point de convergence d’un réseau économique et expression d’une puissance politique un peu difficile à cerner de nos jours quand on n’est pas directement versé dans la science historique, plongé dans l’univers de mentalités qui échappent souvent à la rationalité des modernes. Vous observerez ci-dessous le site vu d’avion, le relevé en hachures tel que nous le pratiquions à l’époque, une photographie au sol lors d’une excursion récente et quelques éléments de situation et de datation :

vue aérienne d'Autryrelevé topographique en hachureséléments de datation de la motte d'Autry

la motte depuis la rue

Tout cela ne nous oriente guère vers le second thème du titre, venons donc maintenant à cet étrange intitulé.

Adolescent il m’arriva d’écouter les histoires familiales racontées par ma grand-mère ou ma grand-tante. Parmi ces relations j’ai noté des petits boulots de saison hivernale exercés par l’un ou l’autre de leurs frères. Ceux-ci quittaient le plateau de Pierrefonds, (Cne de St-Etienne-Roilaye en fait) lieu-dit ‘la carrière’ où leur père tenait équarrissage et se rendaient vers l’Argonne, région de Grandpré et d’Autry afin de récolter…. des oeufs de fourmis. Il s’agissait de cette espèce de fourmi alors * commune, Formica rufa ou fourmi rousse, qui construit de puissants dômes en forêt avec conifères. La récolte était destinée aux élevages de faisans mis en place par les propriétaires des grandes chasses de la forêt de Compiègne. Je ne sais si l’expédition sans doute un peu cuisante était lucrative, j’en doute fort. Récemment, classant des documents familiaux je trouve une carte postale adressée par l’un de mes grands-oncles, Octave, que je n’ai jamais connu, à son frère Jules en expédition entomologico-phasianesque dans la sylve ardennaise. Afin d’identifier aisément le sujet dans l’auberge d’Autry où il est hébergé, l’expéditeur a cru bon d’ajouter cette originale profession de : ‘fourmilleur’. La transmission orale était donc véridique. Nous sommes éloignés de l’origine du nom latin du faisan de Colchide qui tient son appellation du fleuve Phase, en Colchide, là où des compagnons de Jason s’étaient rendus pour la recherche de la Toison d’Or, mais, toute proportion gardée cette chasse aux oeufs hivernale laisse rêveur et conserve sa part de mystère quasiment initiatique, à peine plus d’un siècle après ces événements : la carte postale a circulé en 1908.

Parmi les professions anecdotiques dont je me suis plu à entretenir et/ou initier nos enfants cette dernière n’a pas figuré au tableau et je suis sûr qu’ils vont le regretter vivement à la lecture de ces lignes. Toutefois où vont-ils devoir se rendre pour trouver des dômes d’aiguilles accumulées par ces insectes ? Enfant je plaçai dans ces dômes des cadavres de petits animaux enfermés dans des boîtes métalliques fermées et percées de trous. Les fourmis venaient nettoyer le tout et en l’espace d’une à deux semaines le squelette était parfaitement propre et prêt pour un montage destiné au laboratoire de sciences naturelles du lycée ou à la collection d’objets de l’école communale où ils attendaient une ‘leçon de choses’ pour s’échapper de l’armoire-vitrine de merisier.

carte postale au fourmilleurDes habitants d’Autry se souviennent-ils encore de ces aventures forestières ?

* il est triste de devoir systématiquement noter « alors » ou « autrefois » dès lors qu’on évoque des espèces animales aujourd’hui absentes. Les responsabilités sont connues, mais l’homme attend toujours une catastrophe pour réagir. Devons-nous somnoler dans l’impatience propre à un retournement de situation souhaité ou nous réveiller en hurlant ?

Article signé : « l’émoustilleur culturel », mes proches comprendront.

Les documents historiques sont tirés de : Michel Bur, inventaire des sites archéologiques non monumentaux de Champagne, T.I. Vestiges d’habitat seigneurial fortifié du Bas-Pays Argonnais ; avec la collaboration de J.-P. Boureux, G. de Lobel-Mahy, M. Roger. Cahiers des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Reims édités par l’A.R.E.R.S. 1972, 116 p. (épuisé de longue date)

se reporter également sur des notes de ce blog dans la série autour de ce lien :

http://voirdit.blog.lemonde.fr/2009/12/03/histoire-encerclee-pistes-dexplications/

Ronde du 15 janvier 2015

Dans le cadre de notre ronde à périodicité variable j’ai le plaisir d’accueillir ce jour « MESESQUISSES ». Les autres membres de la ronde se répartissent ainsi :

( loin de la route sûre) louisevs.blog.lemonde.fr
écrira chez…
Dominique B  dominique-boudou.blogspot.fr
(Voir et le dire, mais comment ?)  voirdit.blog.lemonde.fr
(un promeneur) 2yeux.blog.lemonde.fr
(Émaux et gemmes des mots que j’aime) wanagramme.blog.lemonde.fr
Dominique A (la distance au personnage) dom-a.blogspot.fr
(Même si)  mmesi.blogspot.fr/
( loin de la route sûre) louisevs.blog.lemonde.fr
Lisons donc et regardons Céline de ‘mesesquisses’
Debout !

Tant qu’il y a un But
En tête
En ligne de mire

tant qu'il y a un BUT
Tant qu’il y a un Cap
En vue
Sans peine perdue
tant qu'il y a un CAP
Tant qu’il y a un sens
A l’effort
Des Visées de vie
tant qu'il y a un SENS
Va
Même à petits pas
Vers ce qui pousse
En avant

Ce qui donne
L’élan

D’être, debout.

VAMERCI à Céline !