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Un Monde sans blog ? sans blague !

En l’espace de deux jours les malheureux auteurs de blogs du Monde ont vu leur oeuvre gravement touchée par la suppression accidentelle de nombre de fichiers images et sons.

Je prie donc mes lecteurs de bien vouloir m’excuser pour des pages aux images absentes alors que l’essentiel de mes élucubrations passe par l’image.

Le Monde a-t-il admis les blogs pour faire comme les autres quotidiens ? S’est-il soucié suffisamment de la maintenance technique de ce support ? Nous autres auteurs et lecteurs sommes en droit de nous poser la question. S’il s’agissait de désinvolture ou d’une forme de marketing ordinaire alors il serait plus opportun de changer le nom de notre quotidien préféré « Le Monde » et de le nommer par exemple, « Le Village » ou « Le Hameau » ou encore « Le Lieudit ».

Espérons que la direction du Journal puisse trouver une solution optimale pour résoudre définitivement cette affaire qui va sans doute faire un peu de buzz dans les jours à venir .

22/11/1890 – 09/11/1970 Qui ?

La seconde date, plus connue de nous, devrait vous mettre sur la voie, surtout ce jour.

Il s’agit en effet de Charles de Gaulle, né à Lille le 22 novembre 1890 comme l’annonce ce faire-part parental reproduit d’une collection particulière :

 

faire-part de naissance de Charles de Gaulle

Vous savez toute la suite et ce n’est pas ici que vous apprendrez aujourd’hui quelque chose de nouveau sur cet illustre Français.

Je l’ai vu et entendu un jour de juin 1964 à Soissons où j’étais alors un élève de dix-huit ans pensionnaire au lycée de garçons des Cordeliers. Assez âgé donc pour me souvenir de quelques impressions très ordinaires. Très chaude journée. Ayant quitté clandestinement le lycée vers midi je me suis rendu Place de l’Hôtel de Ville où le général devait prononcer un discours. Foule très dense et police de même dans les rues, exclamations favorables et spontanées, tendance bon enfant. Comme un camarade de classe m’avait remis le matin même une boîte de cartouches longues « 22 long rifle » , je l’avais en poche. Par précaution, ayant déjà eu à entrer en contact avec des représentants de l’ordre, il m’a semblé nécessaire de m’en défaire provisoirement dans un canal d’écoulement d’un dauphin d’une rue proche, ce qui fut fait et ce qui a sans doute contribué à enregistrer l’événement historique dans ma mémoire. Je suis ensuite parvenu à me faufiler jusqu’au niveau du cinquième rang de la foule environ et le Président de la République m’est apparu tout à fait conforme aux images des journaux télévisés, des hebdomadaires et des livres d’histoire : Le verbe haut, tout comme la stature, les bras mobiles et le visage animé. J’étais heureux d’être là, de partager des émotions avec une foule bruyante peuplée d’inconnus et ce fut la première fois de ma vie que j’ai approché d’aussi près un personnage d’importance. Aujourd’hui je ne saurais rien dire de plus, sinon d’ajouter : « j’étais là », autrement dit de certifier le fait volontaire d’avoir vu et entendu de près l’un de ceux qui ont fait l’histoire de ce pays.

Ce sont des mots qui font exister les deux, et l’Histoire et le Pays. Des mots du jour je n’ai aucun souvenir, sans doute furent-ils assez anoduns pour ne pas inscrire Soissons ce jour-là dans l’Histoire. Alors je me borne, ou plutôt m’ouvre l’esprit dans la citation de deux passages des « Mémoires d’espoir », ouvrage que je me suis procuré le 7 octobre 1970, ne sachant nullement que l’auteur ferait définitivement partie de l’histoire le mois suivant. Quant au livre, plus de cent mille exemplaires ont été vendus en deux jours ! Les première phrases sont toute gaulliennes évidemment : « La France vient du fond des âges. Elle vit. Les siècles l’appellent. Mais elle demeure elle-même au long du temps. »

J’en extrait une autre citation relative aux ‘allocutions à la nation‘, du chapitre ‘le chef de l’Etat‘ :

« Toujours je leur parle beaucoup moins d’eux-mêmes que de la France. Me gardant de dresser parmi eux ceux-ci contre ceux-là, de flatter l’une ou l’autre de leurs diverses fractions, de caresser tel ou tel de leurs intérêts particuliers, bref d’utiliser les vieilles recettes de la démagogie, je m’efforce au contraire de rassembler les coeurs et les esprits sur ce qui leur est commun, de faire sentir à tous qu’ils appartiennent au même ensemble, de susciter l’effort national. »

Charles de Gaulle, Mémoires d’espoir, * Le renouveau 1958-1962, Plon, 1970, p.302.

A ce moment de ma vie ce Président n’était pas pour moi « l’Homme du 18 juin », ni le Libérateur de Paris, épisodes que je n’avais pas vécus mais celui qui avait permis à la France de sortir tout récemment du bourbier algérien, quel qu’en fut le coût pour lui, militaire d’abord. Alors pour cela entre autre j’étais gaulliste.

Rubans, vignettes et paillettes d’or d’automne

coucher de soleil novembre Paissy      Ce jour à la recherche de la lumière changeante de novembre me voici attrapant ces paillettes que les feuillages et la roche dérobent au soleil quand il daigne émerger des sombres nuages pourtant somptueusement colorés.

coucher de soleil novembre Paissy

un ruban d’or flotte au-dessus des falaises

feuillages d'or de  novembre

or et bronze des feuillages

ou bien des post-it sont déplacés au fil des heures sur la roche, dedans et dehors :

éclats végétaux et éclats solaires

projections solaires sur la roche

projections solaires au-dedans

pustules de lichens sur écorce de frêne

Vers quelle représentation en image, en peinture, orienter ma mémoire visuelle en référence à ces coloris métalliques d’automne ? L’évidence est de se tourner vers une scène automnale et nous y cédons plus bas. Mais avant cela nous souhaitons échapper un peu au tout prêt et avons pensé à une scène angélique toute parée d’or. Il s’agit d’une Annonciation exposée au Petit-Palais d’Avignon. Elle est l’oeuvre de Gherardo Starnina, de l’Ecole de Florence au tout début du XVe s. et appartient au style gothique international. Le fond doré à la feuille convient tout à fait à nos ors du moment.

Annonciation par Gh. Starnina, Avignon

Annonciation de Gh. Starnina, AvignonAnnonciation de Gh. Starnina, AvignonJean-Pierre Boureux, d’après G. Starnina, huile sur toile marouflée sur panneau et dorure à la feuille

Fermons la journée par une chasse interprétée par Claude Monet, 1876, huile sur toile de 170 x 137 cm publiée dans « Caillebotte au jardin » de Pierre Wittmer, Editions d’Art Monelle Hayot, 1990, p. 39. (original de collection privée)

une chasse vue par Claude Monet

une chasse par Claude Monet

L’automne en lumières

Une fois n’est pas coutume, je vous propose aujourd’hui dix images de suite, à peine commentées.

La journée commence ainsi. La gelée blanche s’évapore et le projecteur solaire tire sur la scène des rideaux vaporeux.      rayons solaires en contre-jour

Derrière ce rideau un autre acteur de l’ombre intervient, le photographe au travail, tel l’arroseur arrosé =                    théâtre d'ombres sur fond de falaises

Entre les deux scènes le cerisier tient la pose colorée

couleurs d'automne

Plus tard, plus loin, les brouillards matutinaux sommeillent

brouillard dans le chemin creux

quelque part sur le Chemin des Dames

lentement s'éveille le village

Enfin, bientôt couchant le jour resplendit dans les zébrures de l’air vif soutenues par les bouleaux, dans le Mourson :

entre Moulins et Paissy le Mourson et ses bouleaux

pastel sur papier granuleux, Jean-Pierre Boureux

danse de moucherons dans le couchant

Derniers éclats et scène finale avant le prochain lever de rideau dont nul ne peut prédire la première scène :

coucher de soleil vers Bourg-et-Comin

Sait-on jamais ? Et si l’acteur venait, dans l’élan de la dernière scène bissée, à s’égarer dans le temps et rejouer une scène de mai, au lieu d’automne ? Peu importe :

brouillard de mai sur fond de colzales bronzes d’automne font place à l’or du colza. Hurtebise, Oulches-la-Vallée-Foulon, Chemin des Dames en mai.

 

Paissy et les Journées européennes du patrimoine

Essai réussi dans ce village où nous souhaitions partager avec nos visiteurs nos découvertes depuis 2002. Que montrer en effet devant et au pied de la falaise lutétienne qui borde bien des côteaux en bordure du Chemin des Dames ? Selon les groupes et l’inspiration du moment Nicole et moi avons abordé la géologie, l’environnement, l’histoire et la littérature. Le thème de l’année a été évoqué à l’intérieur de ce schéma directeur, notre modeste village de 70 habitants ne pouvant avoir hébergé suffisamment de grands hommes pour  remplir intégralement notre présentation :

affiche des journées du patrimoine 2010

journées européennes du patrimoine Paissy

programme partiel de la visite

un groupe de visiteurs

Adapter le discours à l’auditoire et capter son attention. Montrer et démontrer, faire toucher presque. Ici pas de tableaux de maître, pas de mobilier précieux, pas de tympans ciselés : de la roche grossièrement excavée, adroitement adaptée à des épisodes de vie quotidienne souvent difficile et parfois tragique. L’histoire révèle l’ordinaire de la vie sous terre, la littérature émeut le visiteur sous la plume d’Alain ou de Teilhard de Chardin qui ont illustré magiquement ces lieux (voir nos notes des 14 avril 2008, 16 mars 2009, 13 mai 2009 et 7 octobre 2009).

     Le paysage reflète tantôt l’âpreté des combats, tantôt la quiétude d’un sous-bois où jaillissent, apprivoisées, les eaux vives, où gîtent les blaireaux incivils (voir par exemple les notes des 30 juin et 24 octobre 2008). Le guide se veut émoustilleur culturel qui place l’humour comme vertu d’échange avec ses visiteurs : ils n’ont pas vu les 45 minutes annnoncées devenir 60 ou 100. Magie des lieux et du verbe.

Amis de passage (139), si vous souhaitez voir figurer ici l’une ou l’autre de vos photos, envoyez-les nous !  

Merci à l’office de tourisme du pays de Laon pour la gestion des visites.

http://www.tourisme-paysdelaon.com

Vitré : anno Domini 1513

De passage à Vitré, l’oeil attentif aux lumières et aux formes, j’ai retenu dessinés dans le bois, dans la pierre quelques appels signifiants. L’un d’eux portait gravé dans la pierre comme il aurait pu l’être cursivement noté sur un parchemin une lettre, trois lettres puis quatre chiffres. Assez pour rappeler la fuite du temps aux passants du futur, en l’esprit du propriétaire qui n’imaginait pas sans doute qu’en 2010 encore quelqu’un lirait son message… Puis-je moi-même savoir si en 2507 cette pierre sera en place ? Non mais j’espère seulement qu’il en sera ainsi et qu’en 2013, tout près de nous donc, certains fêteront le demi millénaire. Assez écrit, de quoi s’agit-il ?

maison 1513 à Vitré

Au premier regard vous pensez être devant une toile abstraite. Il n’en est rien, que du concret mais abrégé. Il faut lire en effet, selon l’habitude des temps médiévaux : A(nno) D(omi)ni 1513 et ces signes sont gravés sur une pierre bien apparente d’un hôtel particulier que voici dans son entier :

hôtel particulier 1513

Un autre encore, à peine éloigné, jetait dans le ciel d’août une bien curieuse tourelle et des brillances d’ardoises fantastiques et même fantasmagoriques car elles m’ont fait penser aussitôt à l’un ou l’autre de ces lavis rouillés que Victor Hugo a tant aimé laisser à l’imagination de ses lecteurs.

Hôtel du Bol d'Or à Vitré

Un dernier appel encore, en bout de rue, en fin de parcours, laissait entendre qu’après le repas je pourrais reprendre ma quête de signes et de sens dans cette ville riche en inattendues demeures alors que dans ma mémoire ne restait apparemment inscrites que les lignes structurantes de son château, assez connu pour que je ne livre ici que deux photos ‘souvenir’.

vieilles maisons de Vitré

cour intérieure du château de Vitré

façade du château de Vitré

 

Comme nous le fait judicieusement remarqué Jeandler, ami du web (http://jeandler.blog.lemonde.fr) ces toitures de Vitré sont probablement sorties de quelque rêve. Et bien oui et c’est à Victor Hugo que j’ai pensé en les photographiant car qui mieux que lui sait illustrer des rêves par les mots ou par le dessin, le lavis ; ces encres diluées se meuvent dans les volutes cérébrales de ses lecteurs et l’emmènent en songe. Ainsi, retrouvant sa Juliette en des circonstances agitées que nous relate fort précisément et avec talent M. Jean-Pierre Montier dans « Deux voyages amoureux en Bretagne, Victor Hugo » ; Ed. Ouest-France, 2009 ; notre écrivain a profité de son séjour breton pour crayonner et j’ai extrait du livre de M. Montier une ‘plume et encre brune du Vieux saint-Malo’ où les toits surgissent :

 

 

vieux Saint-Malo

Il m’a semblé que les maisons et toitures de Saint-Malo ancien et disparu vues par Victor Hugo ont un air de parenté certain avec celles du Vitré d’aujourd’hui, restaurées et bien vivantes. Rien que pour cela quittez donc l’autoroute et parcourez les vieilles rues de Vitré. Graphitez, lavissez vous aussi !

 

 

Au-dessus des chaumes jaune paille

Au-dessus des chaumes jaune paille piquetées de rares brins encore verts surgit sur le plateau l’angle vif du vieux clocher ruiné encadré de grands arbres.

le clocher ruiné de Bourgon

A l’approche, intrigué après avoir lu sur la carte IGN au 100 000e que se tient là une ruine nommée exagérément « cathédrale », le promeneur découvre d’abord un chemin qui longe un étroit ravin et débouche à proximité du sol en place d’une ancienne carrière de pierres à ciel ouvert que l’on croirait une ma&re asséchée :

sol de base d'une ancienne carrière de pierres

Derrière des arbres apparaît bientôt ce qui reste d’un choeur d’église et d’une nef

choeur de Notre-Dame de Bourgon

 

nef et choeur

Des commentaires reproduits sur panneaux nous permettent de comprendre l’histoire du lieu. Nous sommes ici en présence d’un village des XI-XIVe siècles nommé Bourgon, détruit et donc abandonné en grande partie lors d’un épisode de la Guerre de Cent-Ans puis revigoré au XVIe siècle, moment où l’on fait quelques extensions à l’église alors réparée et toujours accompagnée de son cimetière.

Puis peu à peu le village décline à nouveau, est abondonné au bénéfice de Morcourt à moins de 500 mètres au nord-ouest. Morcourt modeste hameau dépendant de Feigneux qui a attiré quelques peintres au tournant du XXe siècle.

Après avoir salué et félicité en pensée le propriétaire du terrain et des ruines qui entretient joliment ce site d’allure très romantique nous lisons la description relatée en 1851 par un certain Victor Offroy, de Dammartin et publiée le 28 octobre dans « le Journal de Senlis« 

« …Bientôt on arrive à Morcourt ; ce village s’adosse sur le versant de la plaine qui descend dans la vallée, ses chaumières s’isolent chacune dans le petit champ qui l’enferme, et fument parmi les arbres qui les abritent ; on dirait des nids d’homme se cachant là, dans les touffes de végétation. Ses habitants vivent de la terre qu’ils cultivent, ils ne connaissent d’autres biens que ceux de leurs récoltes, d’autres révolutions que celles des saisons : c’est une petite colonie séparée du monde et demeurant étrangère à tout ce qui s’y passe ; heureux qui se plaît là ! »  

Ici encore debouts une pierre tombale de 1857, quelques bases de monuments funéraires, un chemin pierré et même la vieille porte du cimetière dorment en paix entre althéas et hybiscus.

Passants qui passez là laissez les choses en l’état et ne pensez qu’au repos des os et des pierres d’ici ; les uns attendent la résurrection annoncée, les autres repoussent grâce aux soins attentionnés de nos contemporains la lente érosion dans le temps !

J’attendais Froissard et les Chroniqueurs mais je suis plutôt chez Gérard de Nerval et ses « Filles du feu » et « Sylvie ».  Entre chevauchées et rêveries il faut choisir pour préserver au mieux ces pierres, dentelle mîtée du temps qui est, qui était et qui fut.

Le sujet des ruines peint évoque chez l’amateur Hubert Robert parmi d’autres peintres. Pourtant je choisis une église de Rouen, en ruines, dessinée par Corot, sans doute lors de sa jeunesse. Il doit s’agir de l’église Saint-Pierre de Rouen et je la prends dans : Dessins français, de Prud’hon à Daumier par André Vantoura et coll., Ed. Art et dessins S.A., Fribourg, 1966, n°79.

église Saint-Pierre de Rouen, dessin par Corot

mine de plomb du Musée du Louvre ; 28,4 x 22,9 cm

Un extrait d’un poème de Pierre Seghers s’accorde à l’harmonie du site :

« Qui passe renaîtra                                                     Se fera mot, couleur, musique, sera pierre                     et poussière demain, mais la vie reviendra                      et tous les incendies, les guerres, les massacres              la corrosive écume,les pollens et les vents                     en vain seront sur nous. Rien ne nous atteindra. » 

Pierre Seghers, Derniers écrits, Poèmes pour après           Eclats. Postface de Colette Seghers.                               Editions Fanlac, 2002, p.66




Maternité : constantes et surprises.

Au niveau de l’espèce quoi de plus banal qu’une naissance. Elle perpétue tout en modifiant légérement, elle est sensée adapter en permanence l’individu à son environnement global par le processus évolutif. En somme rien que de la normalité.

A titre personnel elle est événement, suscite les émotions. Les artistes l’ont en permanence représentée, dans tous les domaines du sensible. J’en retiens trois en peinture. Deux que l’on peut qualifier de ‘classique’ et une plus inattendue dans le traitement de la scène. La plus simple, sobre en moyens est extraite de l’oeuvre de Mary Cassatt : une pointe sèche de 1891, 23,5 x 17,6 cm, des collections du MMA de New-York que j’ai copiée dans Jay Roudebush, Mary Cassatt, Flammarion, 1989, p. 66

mère et enfant par Mary Cassatt 1891

A peine plus complexe d’apparence, des traits à la pierre noire et quelques notes colorées au pastel, nous vient du talent de Whistler : ‘Mother and Child, the Pearl’. Pastel sur papier gris-brun de 18,4 x 27,7 cm, v. 1880-90, conservée à la Freer Galery of Art de Washington. Elle est publiée dans James Abott McNeill Whistler, pastels, par Robert H. Getscher (trad. Pierre Janin), ed. Anthese, Arcueil, 1991, p. 150.

Whistler, mère et fille, la perle.

‘Mère et Fille, la Perle.’

La dernière, sobre mais délicatement réfléchie, est une sanguine rehaussée de blanc qui révèle immédiatement son auteur, Auguste Renoir. Elle mesure 92 x 73 cm, exécutée sur toile préparée. Présentée au Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg elle figure dans l’ouvrage récent (2009) édité chez Hazan : Renoir, Pastels, crayons, sanguines, aquarelles par Emmanuelle Amiot-Saulnier, pl. 30 p. 119.

Auguste Renoir, Maternité

deux petits portraits du bambin, comme apparitions dans un nuage, s’accrochent  discrètement dans les volûtes de craie blanche. Des anges en langes ?

Evénement, émotions.

Simone de Beauvoir va jusqu’à écrire quelque part dans ‘le deuxième sexe’ que :

« le mystère de l’incarnation se répète en chaque femme ; tout enfant qui naît est un Dieu qui se fait homme ».

Joie et allégresse pour nous grands-parents de découvrir Benoît le premier jour de sa vie ce 17 juillet 2010. Nous lui souhaitons tout le bonheur du monde, toutes découvertes et tous émerveillements. Exceptionnellement nous dévoilons à nos lecteurs deux images de sa présence parmi nous.

« Lorsque l’enfant paraît… » vers toujours d’actualité…

Benoît

 

Benoît et sa maman

 

s’il pleure je lui ferai entendre Schubert : Mille cherubini in coro

Dormi, dormi, sogna, piccolo amor mio

Dormi, sogna, posa il capo sul mio cor.

De la proximité d’Orléans et de Fontaine-sur-Ay

Si Orléans est connu de tous il n’en est pas de même de Fontaine-sur-Ay modeste village viticole sur les pentes sud de la Montagne de Reims, à proximité d’Ay et d’Epernay.

Le fait de lire ‘viticole’ serait un indice de proximité certain, les vins ayant bonté en rives de Loire et en celles de Marne et même de Livre. Tout vigneron sait cela. J’avais même noté naguère qu’un archevêque de Reims avait fait venir des cépages de Loire et d’Orléans vers la fin du XIV e siècle ; toutefois mes notes étant rémoises et mon séjour paissois je n’ai pas cette assertion sous les yeux et complèterai peut-être un jour prochain. Quoi qu’il en soit je me trouvais tout dernièrement, le 10 exactement, à Fontaine en compagnie d’amis dont certains ont des attaches tant fontainoises qu’orléanaises mais cette privauté n’a pas à tenir lieu de proximité dévoilée.

Alors que reste-t-il à trouver ? Et bien ce que je vis dans l’église de ce village de Fontaine. Quand vous saurez qu’elle a pour patron saint Aignan en personne alors vous serez sur la voie d’Orléans. En effet saint Aignan fut évêque de cette cité aux tous premiers temps du christianisme gaulois. Il serait né vers 358 et est mort en 453. Or dans l’église de Fontaine figure un tableau du XIXe siècle où l’on voit ceci :

siège d'Orléans par Attila

Attila tient haut les cornes, diantre !

Les historiens disent que la scène se déroule en 451 devant Orléans assiégée. L’évêque Aignan échange avec le roi des Huns tandis qu’au-delà des remparts de la ville (vus par des yeux et l’imagination d’un peintre d’autrefois) on devine l’armée d’Aétius le général Romain et celle de Théodoric venues au secours de saint Aignan qui était allé demander leur aide à Arles peu auparavant. Une nuée tempétueuse anime les cieux comme il est fait mention dans les récits d’alors.

Toujours est-il qu’Orléans fut épargnée en partie et que Aignan trouva là le chemin de la gloire (bien que peu fréquente en Champagne la dédicace de plusieurs lieux en France et le patronage de quelques églises ne font pas de doute sur la renommée d’Aignan et sa sainteté dès l’époque mérovingienne) et même celui de la sainteté comme il en fut aussi pour d’autres évêques négociateurs avec Attila, ce dernier n’était point celui derrière lequel l’herbe ne repousse plus -comme les maîtres d’école nous enseignaient jadis, mais un prince des steppes tout aussi cultivé que ses interlocuteurs gaulois et romains ou encore wisigoths et francs.

Où l’on voit donc qu’une proximité bien réelle existe bien entre Fontaine et Orléans mais qu’il était sage de  la démontrer car son chemin n’est pas celui de fer et de certitude qui firent de la ligne Paris-Orléans l’une des premières liaisons régulières de France vers 1840 peu après l’établissement de la compagnie qu’évoque la médaille d’argent ci-dessous gravée en 1838 par Bovy :

Compagnie de Chemin de fer de Paris à Orléans

la Seine et la Loire pour le Chemin de Fer

Aucune nécessité n’impliquait cette illustration sauf à considérer que tous les chemins, même de fer sans doute, mènent à Rome comme l’a assez suggéré ici Aignan dans ses saintes préoccupations pour ses ouailles.

Ma tonkiki matonkiki ma tonkinoise…

jonque tonkinoise, maquette du XIXe s.

Comme vous le voyez, ma tonkinoise est cette jonque. Elle me vient d’un arrière-grand-oncle côté maternel qui selon la tradition orale familiale aurait participé à l’une des guerres du Tonkin, il était du reste surnommé le Tonkinois. Loin dans le temps et l’espace mais essayons d’y comprendre quelque chose. Le Tonkin est une ancienne province annamite, aujourd’hui rattachée au Viêt-nam, lui même issu d’une partie de l’Indochine française.

France et Tonkin sur un globe allemand de 1869

La France est intervenue dans cette région à partir de 1873. Elle a lutté (Garnier, Courbet) contre des troupes irrégulières chinoises nommées les ‘Pavillons noirs’ -T’ai-P’ing jusqu’en 1885 (Lang Son) puis la Chine accorde à la France le Tonkin et un protectorat sur l’Annam. A la fin du siècle la Chine est démantelée, la France et la Grande-Bretagne dominent le monde et l’Europe est la première puissance mondiale.

image d'Epinal représentant la guerre du Tonkin

troupes françaises contre ‘Pavillons noirs’ sur une image d’Epinal.

 

le Tonkin sur une carte d'atlas en 1923

carte du Bas-Tonkin sur l’Atlas Universel Quillet, le Monde français, 1923

 

Voilà comment à partir d’un objet on peut refaire le monde, s’interroger sur l’histoire, voyager jusqu’à cette magnifique Baie d’Along (orthographe française) et ses étranges pains de sucre surgissant des flots, formation karstique que l’on retrouve aussi dans la province de Guangxi, à Guilin en Chine. Bien des souvenirs de la colonisation demeurent, amers ou heureux, témoins d’une page de notre histoire souvent disputés avec nos voisins, britanniques en premier lieu car on ne prête qu’aux riches. Il est vain de débattre des avantages et inconvénients de la colonisation car c’est le principe même de colonisation qui est vicié dès l’origine ; il ne pouvait aboutir qu’à la décolonisation. Entre les deux points des êtres humains ont souffert pendant que d’autres ont amassé des biens, souvent dans des zones de non droit où règne la loi du plus fort.

carte postale de la présence française au Tonkin

carte postale extraite de l’ouvrage d’E. et G. Deroo et M.-C. de Taillac « Aux Colonies, où l’on découvre les vestiges d’un empire englouti », France-Loisirs, Paris, 1992, p.99

Je ne saurais clore sans évoquer l’illustre chanson ‘Ma tonkinoise’ musique de Vincent Scotto et paroles d’Henri Christiné, inspirée par ‘le Navigatore’ de G. Villard. Chantée par Polin en 1906 elle a intégré le répertoire de nombreux artistes dont Mistinguett, M. Chevalier puis Joséphine Baker en 1930. Ses paroles ont été détournées par Théodore Botrel qui en fit une romance d’amour troupier également célèbre. Si vous souhaitez en savoir plus sur cette chanson qui fait partie du répertoire culturel français en chansons vous pourriez consulter avec profit :

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Petite_Tonkinoise

et sur l’Indochine le très beau et riche site lié ci-dessous où vous pourrez admirer entre autres quelques clichés d’époque coloniale et lire des écrits des plus signifiants :

http://belleindochine.free.fr/sommaire.htm