Ne pas se fier à l’eau qui dort dit-on. Ici dans le sous-bois peuplé de ces scolopendres qui viennent de prendre l’habit vert éclatant du printemps le vacarme des nids semble bien improbable.

Pourtant les couvées vont bon train. Juste au-dessus de cette mare un couple de sittelle torchepot (Sitta europaea L.) a pris possession -comme il se plaît à faire, d’un ancien nid de pic à environ six mètres de hauteur et dont il a maçonné l’entrée pour la rétrécir. L’oiseau rebondi, ocre et cendre, monte ou descend, parfois cul par dessus tête, poussant de petits sifflements et quelques roulades finales flûtées. J’aime à le rencontrer en toute saison ou presque ou à trouver, coincée dans l’écorce la noisette qu’il a oubliée là. On le sent vif, un maître dirait intelligent. En tous cas il s’active à nourrir sa nichée qui pour l’instant stridule doucement ; à peine l’entendrai-je si la roche proche ne faisait réflecteur dans ce cirque d’ordinaire paisible à peine troublé par les discrets chuintements brefs et répétitifs des écureuils.


Près de la maison l’agitation est à son comble dans le nichoir à mésanges. Des charbonnières (Parus major), les plus nombreuses, ravitaillent une colonie de becs oranges toujours grands ouverts et constamment en manque. Les vols se succèdent à une fréquence élevée (de l’ordre de 500 par jour) et le couple s’habitue à ma présence. Les cris ne cessent pas de l’aube au crépuscule et les jeunes commencent à utiliser le langage des parents. Ces derniers apportent surtout ce jour des chenilles vert tendre et des tipules.

Du balcon les adultes attendent parfois que l’un des deux soit sorti pour prendre la suite des becquées, ils doivent repousser les oisillons plus âgés qui occupent l’entrée et à leur sortie emportent dans leur bec l’enveloppe fécale qu’ils ont pincée depuis la source de manière à ne pas encombrer le nid qui serait vite un cloaque puant sans cette opération de salubrité familiale.


que de contorsions pour parvenir à ses fins

Lorsque Mathieu 6, 26 fait dire à Jésus que : » regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment ni ne moissonnent… » on constate là que l’image n’est pas celle d’un naturaliste d’aujourd’hui, encore moins d’un ornithologue mais uniquement celle de celui qui veut montrer que Dieu protège d’abord l’homme. Aujourd’hui on sait mais on ne pratique pas assez que c’est à l’homme qu’il revient de protéger les oiseaux du ciel (et la nature en général) s’il veut se préserver lui-même et seul des calamités qui vont advenir s’il continue à détruire la biodiversité. Du reste depuis peu l’Eglise a pris le train en marche et s’inquiète des dérives et excès du temps à ce sujet. Elle aurait pu ne pas oublier saint François, cela lui aurait fait prendre une longueur d’avance sur les naturalistes vigilants. Agir peut être une suite logique à l’observation.
Dans le même temps d’autres couvent encore. Dans la discrétion comme la poule faisanne invisible à quelques pas du chemin

ou en pleine visibilité comme cette merlette qui a installé son nid dans une niche de la creute

Il en est souvent de même des linottes qui construisent quantité de nids à des emplacements visibles de tous côtés de l’approche et d’où vient peut-être l’expression ‘avoir une tête de linotte’ ?
Conclusion ‘à la Renard Jules’ :
…. »Tant qu’elle peut, elle nargue, piaille, siffle et s’égosille. Ainsi de l’aube au crépuscule, comme des mots railleurs, pinsons, mésanges, martins et pierrots s’échappent des jeunes arbres vers le vieux noyer. Mais parfois il s’impatiente, il remue ses dernières feuilles, lâche son oiseau noir et répond : Merle ! ».
Jules Renard, Histoires naturelles, Flammarion, 1967, p.161






































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