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Que d’agitation dans les nids !

     Ne pas se fier à l’eau qui dort dit-on. Ici dans le sous-bois peuplé de ces scolopendres qui viennent de prendre l’habit vert éclatant du printemps le vacarme des nids semble bien improbable.

miroir d'eau

     Pourtant les couvées vont bon train. Juste au-dessus de cette mare un couple de sittelle torchepot (Sitta europaea L.) a pris possession -comme il se plaît à faire, d’un ancien nid de pic à environ six mètres de hauteur et dont il a maçonné l’entrée pour la rétrécir. L’oiseau rebondi, ocre et cendre, monte ou descend, parfois cul par dessus tête, poussant de petits sifflements et quelques roulades finales flûtées. J’aime à le rencontrer en toute saison ou presque ou à trouver, coincée dans l’écorce la noisette qu’il a oubliée là. On le sent vif, un maître dirait intelligent. En tous cas il s’active à nourrir sa nichée qui pour l’instant stridule doucement ; à peine l’entendrai-je si la roche proche ne faisait réflecteur dans ce cirque d’ordinaire paisible à peine troublé par les discrets chuintements brefs et répétitifs des écureuils.

sittelle nourrissant ses petits

sittelle devant l'entrée du nid

     Près de la maison l’agitation est à son comble dans le nichoir à mésanges. Des charbonnières (Parus major), les plus nombreuses, ravitaillent une colonie de becs oranges toujours grands ouverts et constamment en manque. Les vols se succèdent à une fréquence élevée (de l’ordre de 500 par jour) et le couple s’habitue à ma présence. Les cris ne cessent pas de l’aube au crépuscule et les jeunes commencent à utiliser le langage des parents. Ces derniers apportent surtout ce jour des chenilles vert tendre et des tipules.

adulte et jeunes mésanges au nid charbonnière au trou de vol

      Du balcon les adultes attendent parfois que l’un des deux soit sorti pour prendre la suite des becquées, ils doivent repousser les oisillons plus âgés qui occupent l’entrée et à leur sortie emportent dans leur bec l’enveloppe fécale qu’ils ont pincée depuis la source de manière à ne pas encombrer le nid qui serait vite un cloaque puant sans cette opération de salubrité familiale.

attente de nourrissage sur le balcon

mésange au trou de vol

que de contorsions pour parvenir à ses fins

opération de nettoyage

     Lorsque Mathieu 6, 26 fait dire à Jésus que :  » regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment ni ne moissonnent… » on constate là que l’image n’est pas celle d’un naturaliste d’aujourd’hui, encore moins d’un ornithologue mais uniquement celle de celui qui veut montrer que Dieu protège d’abord l’homme. Aujourd’hui on sait mais on ne pratique pas assez que c’est à l’homme qu’il revient de protéger les oiseaux du ciel (et la nature en général) s’il veut se préserver lui-même et seul des calamités qui vont advenir s’il continue à détruire la biodiversité. Du reste depuis peu l’Eglise a pris le train en marche et s’inquiète des dérives et excès du temps à ce sujet. Elle aurait pu ne pas oublier saint François, cela lui aurait fait prendre une longueur d’avance sur les naturalistes vigilants. Agir peut être une suite logique à l’observation.

     Dans le même temps d’autres couvent encore. Dans la discrétion comme la poule faisanne invisible à quelques pas du chemin

poule faisanne couvant

     ou en pleine visibilité comme cette merlette qui a installé son nid dans une niche de la creute

nid de merlette

    Il en est souvent de même des linottes qui construisent quantité de nids à des emplacements visibles de tous côtés de l’approche et d’où vient peut-être l’expression ‘avoir une tête de linotte’ ?

     Conclusion ‘à la Renard Jules’ :

…. »Tant qu’elle peut, elle nargue, piaille, siffle et s’égosille. Ainsi de l’aube au crépuscule, comme des mots railleurs, pinsons, mésanges, martins et pierrots s’échappent des jeunes arbres vers le vieux noyer. Mais parfois il s’impatiente, il remue ses dernières feuilles, lâche son oiseau noir et répond : Merle ! ».

Jules Renard, Histoires naturelles, Flammarion, 1967, p.161

Crachat et cratère, habitats inattendus.

     Crachat de coucou, ainsi est formulé l’avis de maison d’hôtes. Est-ce si surprenant ? Pas tant que cela quand on voit cette architecture au fond très contemporaine d’assemblage de bulles comme ferait tel poisson.

bulles de larve de cicadelle

 nid de bulles d’air de la cicadelle.

     Toquons et entrons, chassant ces bulles précautionneusement. Au beau milieu est la larve, vert tendre aux yeux foncés. Sitôt repérée elle cherche à s’abriter du soleil en secrétant un liquide qu’elle insuffle d’air par une réserve qu’elle a dans l’abdomen. Ainsi se forme ce curieux cocon protecteur. Gonflé, non ? L’insecte adulte est celui qui saute plus qu’il ne marche et qui se pose parfois sur nous lors des chaudes journées d’été. Son nom est philène spumeuse ou cicadelle écumeuse [de Cicada = cigale, pour la forme générale] (Aphrophora spumaria L.), les deux adjectifs évoquant bien la mousse. Le maître en observation et description que fut Jean-Henri Fabre n’a pas manqué notre insecte : .. »L’insecte relève le bout du ventre hors du bain où il est noyé. La poche s’ouvre, hume l’air atmosphérique, s’emplit, se referme et plonge, riche de sa prise… l’air captif jaillit comme d’une tuyère et donne une première bulle d’écume… » Jean-Henri Fabre, Souvenirs entomologiques, T.II, Bouquins, R. Laffont, 1989, p.362 et ss.

larve de cicadelle

          Autres moeurs. A l’abri du promontoir rocheux, dans le sable provenant de l’érosion accumulé là au pied de la falaise s’étend une zone au relief lunaire : une multitude de cratères ponctue la surface terreuse.

cratères de fourmilions dans le sable

     Tout à coup l’entonnoir s’anime. Des jets de sable fusent du fond vers la surface car un insecte minuscule, une cicadelle en fait, a glissé le long de la paroi et n’en revient pas de ce qui lui arrive. Sous la force des grains de sable qui lui tombent dessus en permanence elle ne peut regagner la bordure du cratère. Bientôt deux longues pinces l’enserrent, son compte est bon.

piège mortel du fourmilion

on voit la bête retournée et saisie par des pinces dont l’une se devine à droite

     En fait la larve de fourmilion cachée au fond de ce piège diabolique jette du sable dès que des grains de sable parviennent au fond, sur son corps enfoui. Si elle sent une proie comestible elle s’empresse alors de la saisir et de s’en nourrir, aspirant ses sucs et vidant la proie dont on retrouve parfois l’enveloppe.

larve du fourmilion en gros plan

gros plan sur la larve, les pinces sont bien visibles.

Conclusion : ces architectes aiment l’habitat fonctionnel mais ne donnent pas dans le social ! Âmes sensibles passez votre chemin.

7 mai 1945 à Reims

Quand on est Rémois le jour du 7 mai n’est pas celui du 8. En effet l’événement historique que fut la reddition des armées nazies de l’ouest garde ici toute sa signification. Il est patrimonial, quand bien même cela soit un peu oublié ailleurs. La signature de l’acte de reddition fut accomplie dans ce qui est aujourd’hui le Lycée Roosevelt de Reims, le 7 mai à 2H41 du matin. L’heure complique la mémoire du fait et une autre signature voulue par l’U.R.S.S. le lendemain à Berlin ne facilite pas la compréhension des événements. Le lycée, « la petite école rouge » selon l’appellation donnée par la secrétaire d’Eisenhower est situé au nord de la ville, le long de la voie ferrée et proche de la gare. Le voici tel qu’il apparaît sur ‘Google Earth’ :

lycée Roosevelt où fut signée la reddition

on voit ci-dessous l’arrivée du Gl allemand von Friedeburg quelques heures avant la signature

arrivée du Gl allemand von Friedeburg

puis la signature elle-même qui eut lieu dans la salle de jeux des internes du lycée où avait été apportée une table de la salle des professeurs.

signature de la reddition le 7 mai 1945

la salle des cartes du QG devenue Salle de Reddition

la salle de Reddition sur un dépliant édité par la Ville de Reims

Pour plus d’informations vous pourriez consulter le site que j’ai construit sur cet épisode :

http://lyc-roosevelt.fr/reddition/index.html

quant aux amateurs éclairés qui voudraient approfondir :

http://www.cndp.fr/crdp-reims/memoire/lieux/2GM_CA/musees/reddition.htm

ou bien encore, si vous appréciez les panoramiques :

http://www.ecliptique.com/vrac/ww2.html

     Evidemment la Ville de Reims commémore avec faste lors des anniversaires majeurs. Ainsi en 1995 j’avais eu la joie de rencontrer par hasard un vétéran américain, Walter R. Christopher qui avait participé à la libération de mon bourg natal, Vailly-sur-Aisne, en 1944 et qui figure sur une photographie pour la bonne raison qu’il est porte-drapeau de son unité, devant le Monument aux Morts en 1945. Extraordinaire circonstance s’il en est !

avec W.R. Christopher en 1995 à Reims

Walter Christopher à Vailly en 1945

     Ainsi l’Histoire a-t-elle prise avec plus ou moins de force sur nos sentiments selon les circonstances et les événements. En 2005, pour le soixantième anniversaire d’autres cérémonies eurent lieu. J’illustre ci-dessous avec la présence dans notre lycée Roosevelt de Mme la Ministre de la Défense avec notre proviseur M. S. Gautier lors de la participation d’une classe à cette commémoration, après la visite du Musée de la Reddition.

visite officielle au lycée Roosevelt en 2005

  et nous nous souvenons

Reims, le Monument aux Morts

heureux de vivre en paix, une paix qui nécessite de combattre pour qu’elle puisse durer.

     Allant faire cours il m’arrivait tôt le matin, dangereusement depuis le boulevard, de passer sous la Porte-Mars, arc de triomphe romain, avant de franchir celle du lycée qui vit la chute du Reich, et de penser au texte de Pline vantant la Pax Romana : … »ce bienfait des dieux qui semblent avoir donné les Romains au monde comme une seconde lumière pour l’éclairer. » (Histoire naturelle, XXVII,3)

Concomitance

     En même temps que la plus célèbre des fleurs porte-bonheur que trouve-t-on dans le sous-bois ? Quels sons emplissent la futaie ? Sous quels cieux ?

giboulées annoncées 

d’encre et d’émeraude, grêle en vue…

éclaircies

… »si tu te fais nuage, nuage blanc, je me ferai étoile… »

Voilà bien des questions qui connaissent des centaines de réponses possibles. Un tri sévère s’impose, celui que le hasard des rencontres propose au marcheur du jour.

clochettes du muguet

muguet sur un gobelet ciselé à Verdun

gros plan d’une fleur stylisée de muguet ciselé par un Poilu à Verdun sur un gobelet

     Ce muguet, ‘lis de la vallée’ est un puissant cardiotonique utilisé dès le XVIe s. dans la pharmacopée mais peu employé de fait car trop dangereux. A ses côtés commence à fleurir l’aspérule, qualifiée avec raison ‘odorante’ (Asperula odorata) mais qui exhale surtout un parfum de coumarine quand elle se déssèche. Les Alsaciens fabriquent avec ces fleurs le ‘Maitrank’ ou vin de mai.

aspérule odorante

fleurs d'aspérule

     Sur le bord du chemin, nonchalamment, de noir et de violacé vêtus, tout en rondeur se positionnent des chrysomèles noires en vue du maintien et peut-être même de l’accroissement de l’espèce. Ce sont des timarques (Timarcha tenebricosa)ou ‘crache-sang’ parfois abondants à proximité des gisements de gaillets dont leurs larves raffolent. Dérangés ils laissent sourdre de leurs mandibules quelques gouttes rouge-orangé clair, d’où leur appellation.

timarque crache-sang

     Dans la nuit le rossignol plaçait bien haut sa ritournelle mélodieuse ; au matin la linotte qualifiée de même commence à transporter des brins d’herbe pour construire n’importe où de multiples nids tandis que la fauvette à tête noire s’égosille. Concert qui aurait fait plaisir à Olivier Messiaen et qui sans doute réjouit les deux imitateurs d’oiseaux de la baie de Somme qui excellent désormais dans cet art et que M. J.-Fr. Zygel invite dans sa « boîte-à-musique » régulièrement.

     Les oreilles et les yeux emplis des plaisirs de mai sans doute allez-vous pouvoir attendre ma prochaine note pour suivre encore ce chemin buissonnier en compagnie des hôtes des clochettes du joli muguet ?

Bien roulées !

     Tandis que dans la grotte, drapée de ses ailes enroulées du manteau de la nuit, rêve la pipistrelle…

pipistrelle endormie

     Au-dehors voyez ces herbes comme roulées en un cylindre, presque une sphère de 7 cm de long et 6 cm de diamètre suspendue entre les branches griffues des épines noires au pied du talus pierreux. Une entrée -à peine plus d’un centimètre de diamètre, permet à l’architecte et constructeur d’aller et venir. L’occupant a pour nom muscardin (Muscardinus avellanarius L.), est de moeurs nocturnes et de grande discrétion. Sa famille est celle des gliridés, tout comme le loir et le lérot, il en a hérité une queue touffue, vous savez bien qu’on ne choisit pas son physique. Je ne l’ai vu qu’une seule fois au cours de mes balades naturalistes.

nid du muscardin

     Bien roulées encore ces curieuses frondes de fougère scolopendre (Scolopendra scolopendra L.). Les plus délurées évoquent des najas encapuchonnés dodelinant du chef au son du flûtiau.

jeunes frondes de scolopendre

     Les plus timides, faisant coeur, font penser aux crosses ornées médiévales des évêques et des abbés, aussi bien processionnent-elles tout au long du revers humide de la falaise tertiaire où les rayons du couchant les revêtent d’un placage argenté soyeux.

frondes de scolopendre

     J’attendrais bien là leur lent déroulement avec l’impatience du voyeur qui, transporté dans ses rêves illumine ses nuits d’une vision de filles bien roulées, sauvageonnes apprivoisées qu’a si bien fait surgir de ses toiles, dans la luxuriance d’une végétation tropicale chauffant la scène, le peintre Anders Zorn, comme ci-dessous dans une toile nommée ‘Hindar‘ :

peinture de A. Zorn

huile sur toile, in Sotheby’s Preview, 1998, p. 83

     A mon réveil la linotte mélodieuse égrène les notes pointées d’une roulade de symphonie pastorale qui s’égouttent depuis la jeune frondaison.

couple de linottes mélodieuse

     Pas de doute le printemps est bien là, se déroulant en majesté. Cafardeux s’abstenir d’y voir, enjoués promeneurs claironnez donc cette renaissance avec les cuivres les plus sonnants !

16 avril 1917, l’heure H

Il n’est pas anodin d’habiter un champ de bataille, chaque pas vous menant droit dans la mémoire du lieu. Ainsi en est-il quelque part entre le carrefour de l’Ange gardien et Craonne, entre Ailette et Aisne, vers Soissons, vers Laon, sur le Chemin des Dames.

Ravins du Mourson

Musée de la Caverne du Dragon

Un jour vous trouvez un paquet de cartouches, l’autre un fragment d’obus ou de douille.

paquet de huit cartouches françaises      douille éclatée d\\\\\'un 75

En cet avril 2008 souvenons-nous du 16 avril 1917, dans le matin glacial quand des milliers d’hommes sautèrent le parapet des tranchées vers ce qui devait être une victoire, vers ce qui fut leur destin. Des milliers n’en revinrent pas.

ordre d\\\\\'attaque du 16 avril 1917

montre 1914-1918

Beaucoup auraient voulu la paix, beaucoup la trouvèrent dans la mort.

marque à la fumée : Vive la paix

Quelques jours auparavant, le 5 avril 1917 à Paissy l’aumônier Pierre Teilhard de Chardin avait dit la messe dans l’une des nombreuses ‘creutes’ du village en grande partie détruit, grotte qui servait alors d’école et de chapelle.

« Demain, je pense dire ma messe près d’ici dans une caverne-chapelle bien entretenue. Il y a ici plusieurs aumôniers : un entre autres est typique et touchant : un vieux missionnaire, à longue barbe blanche, à bonne figure paternelle, qui s’appuie sur un bâton de 2 mètres de long, aussi patriarcal que sa personne. »

     Pierre Teilhard de Chardin, Genèse d’une pensée, Lettres (1914-1919), Grasset, 1961.

une grotte école et chapelle à Paissy 

     Plus de documentation sur Teilhard de Chardin et le Chemin des Dames dans mon article publié dans le bulletin de la Société des Amis de Pierre Teilhard de Chardin ici :

http://www.teilhard.org/panier/P/site/ACTIVITES/Pierre-Teilhard-de-Chardin-et-le-Chemin.pdf

     Dans la nuit du 16 avril 2008 lors d’une cérémonie simple et émouvante 2000 bougies furent allumées au pied de chaque tombe du cimétière militaire de Craonnelle et des chants basques résonnèrent dans les collines :

cimetière militaire de Craonnelle

tombes de Craonnelle

chorale basque

Joyeuses Pâques 2008 !

Chers lectrices et lecteurs,

     Je vous souhaite de Joyeuses Fêtes de Pâques, quand bien même le printemps ne serait pas au rendez-vous, ce qui sous nos latitudes est un grand classique de ce temps pascal, y compris lorsque Pâques arrive fin avril. Fin observateur et habile plume, Julien Gracq a très bien décrit le phénomène :

     « …Pour moi c’est le printemps qui me mine et me désunit de fond en comble : l’aigre printemps de France, acide, mordant, quinteux, giflé de grêle et d’orages. »

Carnets du grand chemin, José Corti, 1992, p. 152

     Joyeuses Pâques à tous !

oeuf gravé et peint

     Pour prolonger le mystère et pourquoi pas la fête je vous propose de vous rendre à l’adresse suivante pour visualiser un message en diaporama :

http://boureux.fr/Oeuf2Pak_fichiers/frame.htm

Temps d’hiver, hiver des temps


Hiver, ne seriez-vous qu’un vilain ?

    Le froid est revenu et la mare s’en trouve toute changée. Ce serait là belle occasion pour Ysengrin de pêcher, en toute bonne foi, sous l’œil goguenard de Renart. Observons un peu cette surface qui ne laisse pas de glace : 

coupe d'agate

Perdu ! 

  La réponse est dans le temps de la terre. Nous sommes ici en gros plan sur une coupe d’agate polie, celle que l’on  trouve aisément chez les distributeurs de minéraux et fossiles. Voici la preuve ci-dessous, à échelle moins trompeuse des sens :  

agate

J’ai bousculé votre imaginaire en l’invitant à suivre une lecture erronée. Une manipulation mentale certes, mais aussi une description qui fait exister des choses initialement sans contenu signifiant. Roger Caillois a déjà formulé mieux que moi dans « Pierres« , toutes variations sur ce thème : 

      « …Ils sont bleu de mer profonde ou empruntent le vert pâle, glacé, glissant des yeux nyctalopes des félins et des hiboux. A l’extérieur, un dernier cercle lamellé, d’un blanc absorbant de neige ou de porcelaine, ajourne la broussaille des cristaux chargés d’éclairs. » 

Roger Caillois, Pierres, NRF, Gallimard, 1966, p.50

(Voyez aussi la bannière de ce blog qui montre de la glace dans une ornière de chemin.)  

      Promenons-nous encore un peu sur la glace et la toile du peintre. Voici l’imagination peu commune de Jérôme Bosch en prise avec la réalité de la glace, surface glissante qu’il connaît bien. Aussi équipe-t-il ses créatures ‘virtuelles’ de patins pour glisser ou de semelles en planches et pointes pour assurer la marche :

    

Jérôme Bosch

  gros plan sur patins à glace Tout est là, dans cette célèbre "Tentation de Saint-Antoine" du musée de Lisbonne (dont ces deux extraits) pour se réjouir de la glace ou se préserver de ses méfaits.On pourrait se poser la question de savoir depuis quand les hommes ont entrepris cette démarche. Question vaine tant la volonté de jouer ou de se protéger a sans doute été mise en oeuvre depuis

des millénaires.

 

(photographies extraites de FMR, oct-nov 2005, N° 9, article de Laurinda Dixon : La tentation de

Saint-Antoine de Jérôme Bosch, p.1-24)

 

Une trace archéologique relative au plaisir de la glisse est cependant signalée dans le Cataloguede l'exposition "la France romane au temps des premiers Capétiens" Paris, Musée du Louvre,Hazan, 2005 :

patin en os

Il s’agit d’un patin taillé dans un radius gauche de jeune bovin ; deux biseaux aménagés aux extrémités permettaient de le fixer à la chaussure. Dix-sept patins de ce type ont été retrouvés dans les fouilles de Saint-Denis, dans une fourchette chronologique des IX-XI e s. La chaussure est contemporaine. Du reste l’usage de ces patins est mentionné dans la « Vie de saint Thomas Becket » écrite v. 1170-80, donc un siècle plus tard environ : 

    « Il y en a d’autres, plus doués, qui pour jouer sur la glace attachent des os de  patte d’animaux à leurs pieds et se propulsent à l’aide d’un bâton à pointe de fer,  aussi vite que le vol d’un oiseau ou le javelot d’une catapulte… »

En guise de conclusion, nous vous proposons, in memoriam
monument des institutrices

     in Martin de la Soudière, L’hiver, A la recherche d’une morte saison, Lyon, La Manufacture, 1987, p.48

Cet épisode met un terme à cette longue série sur l’hiver : en raison du réchauffement climatique le printemps arrive.

Au Bazar de l’Hôtel de Vie

     Je viens de faire mon marché au grand étal de la nature toujours magnifiquement garni et présenté. Bien achalandé aussi, ce qui me vaut une queue d’attente modérée propice à la réflexion devant la caisse. Autant le choix des articles en rayon avive mes sens, autant leur suspension devant le lecteur de codes les endort. Désormais tout est un, tout se confond dans cet échantillon de barres dénuées de sens. Voyez plutôt :

écorce de cerisier

écorce de frêne

Peut-être allez-vous interpréter plus aisément le suivant :

polypore blanc  vous donnez votre langue ?

polypore blanc sur frêne

« Rassurez-vous mon caddy n’est pas rempli, ce ne sera plus long » dis-je au client suivant

aile de sphinx gazé  sphinx gazé

     Article ci-dessous déjà enregistré, voir en date du 28 janvier dernier. « pour échange ? » me dit la caissière

spores de scolopendre

     Quant au dernier, ramassé dans un rayon de nature, il s’est sans doute égaré et s’est collé sur l’un de mes paquets  code-barre

     En tant que client j’ai droit à un bonus que je vous communique, il vous permettra d’en savoir plus sur l’historique du code-barre, système inventé vers 1970 par l’ingénieur George Laurer, chez IBM, pour décrire universellement des objets quelconques et connu sous le nom de code UPC, composé de 8 barres noires et blanches.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Code-barres_EAN

     Le panonceau « Client suivant » est mis en place, je dis au-revoir à la dame, pense qu’il ne « faut pas décoder », mais plutôt partir au fond des bois à la recherche d’autres signes, à lire dans le grand livre de la nature. Pour mes lecteurs j’ajoute un amical « au-revoir et à bientôt ! »

N.B.  La nature ne causerait donc qu’en barres. Point du tout, elle parle. Parle en points :

lichens sur écorce

     Ces lichens en cercles sur écorces en témoignent. Et histoire de terminer l’article que vous pensiez clos depuis trois lignes, j’ajoute : points-barre ou point/barre !

Dans mon jardin l’hiver…

     Le jardin sous la neige est un concentré d’hiver ; chaque recoin, chaque bordure, toutes touffes renferment des tableaux à diluer dans la grande toile boréale, synthèse de la saison en cours.

jardin sous la neige

     Attirés par la nourriture offerte les oiseaux s’attablent selon leur habileté, qui à guetter au sol les miettes du festin en cours, qui à becqueter suspendu les noix au travers du grillage ou le saindoux collé aux parois de la demie coque de noix de coco. Familiers on les observe comme jamais, notant au passage les vives couleurs portées sur le guide ornithologique et qui ne sont nullement exagération du peintre.

rouge-gorge

mésange bleue à table

mésange bleue

     S’agissant de la couleur des oiseaux et si vous aimez l’exotisme des Terres Australes et Antarctiques Françaises, allez-donc voir le blog du Chef de District de la République aux Kerguelen, M. Y. Libessart qui raconte sur des pages tout en humour la vie dans ces contrées lointaines (« les manchots de la République« , blog en liens à gauche):

http://kerguelen.blogs.liberation.fr/libessart/2008/03/la-diagonale-du.html

et spécialement sur cette page les moeurs du Gorfou-sauteur

gorfou sauteur

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     Dans le sous-bois, devant la creute aux blaireaux et renards la neige accumulée sur les pieds de scolopendres dessine des structures de rosaces que l’approche transforme en étoiles pour le spectacle joué en nocturne pour les hôtes de ces lieux.

la colonie de scolopendres

pied de scolopendre en étoile

     A quelques pas, profitant de l’éclairage de la bordure, surgit le perce-neige, lui le bien nommé, royal décor d’hiver comme l’est le lys estival. Quand vous en aurez le temps, approchez-vous de la corolle suspendue la tête en bas à son olive d’émeraude, c’est bien du vert que vous verrez en un accent qui cache son coeur nivéal à peine piqueté par l’orange des discrètes étamines.

perce-neige

gros plan sur fleur de perce-neige

« Les perce-neige sont les comètes mouchées de vert d’un Soleil de cristal en fusion. Fin d’hiver… »

Yves Paccalet, L’odeur du soleil dans l’herbe, Journal de nature, R. Laffont, Paris, 1992, p. 141