Archives pour la catégorie carnet personnel

Au Bazar de l’Hôtel de Vie

     Je viens de faire mon marché au grand étal de la nature toujours magnifiquement garni et présenté. Bien achalandé aussi, ce qui me vaut une queue d’attente modérée propice à la réflexion devant la caisse. Autant le choix des articles en rayon avive mes sens, autant leur suspension devant le lecteur de codes les endort. Désormais tout est un, tout se confond dans cet échantillon de barres dénuées de sens. Voyez plutôt :

écorce de cerisier

écorce de frêne

Peut-être allez-vous interpréter plus aisément le suivant :

polypore blanc  vous donnez votre langue ?

polypore blanc sur frêne

« Rassurez-vous mon caddy n’est pas rempli, ce ne sera plus long » dis-je au client suivant

aile de sphinx gazé  sphinx gazé

     Article ci-dessous déjà enregistré, voir en date du 28 janvier dernier. « pour échange ? » me dit la caissière

spores de scolopendre

     Quant au dernier, ramassé dans un rayon de nature, il s’est sans doute égaré et s’est collé sur l’un de mes paquets  code-barre

     En tant que client j’ai droit à un bonus que je vous communique, il vous permettra d’en savoir plus sur l’historique du code-barre, système inventé vers 1970 par l’ingénieur George Laurer, chez IBM, pour décrire universellement des objets quelconques et connu sous le nom de code UPC, composé de 8 barres noires et blanches.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Code-barres_EAN

     Le panonceau « Client suivant » est mis en place, je dis au-revoir à la dame, pense qu’il ne « faut pas décoder », mais plutôt partir au fond des bois à la recherche d’autres signes, à lire dans le grand livre de la nature. Pour mes lecteurs j’ajoute un amical « au-revoir et à bientôt ! »

N.B.  La nature ne causerait donc qu’en barres. Point du tout, elle parle. Parle en points :

lichens sur écorce

     Ces lichens en cercles sur écorces en témoignent. Et histoire de terminer l’article que vous pensiez clos depuis trois lignes, j’ajoute : points-barre ou point/barre !

Dans mon jardin l’hiver…

     Le jardin sous la neige est un concentré d’hiver ; chaque recoin, chaque bordure, toutes touffes renferment des tableaux à diluer dans la grande toile boréale, synthèse de la saison en cours.

jardin sous la neige

     Attirés par la nourriture offerte les oiseaux s’attablent selon leur habileté, qui à guetter au sol les miettes du festin en cours, qui à becqueter suspendu les noix au travers du grillage ou le saindoux collé aux parois de la demie coque de noix de coco. Familiers on les observe comme jamais, notant au passage les vives couleurs portées sur le guide ornithologique et qui ne sont nullement exagération du peintre.

rouge-gorge

mésange bleue à table

mésange bleue

     S’agissant de la couleur des oiseaux et si vous aimez l’exotisme des Terres Australes et Antarctiques Françaises, allez-donc voir le blog du Chef de District de la République aux Kerguelen, M. Y. Libessart qui raconte sur des pages tout en humour la vie dans ces contrées lointaines (« les manchots de la République« , blog en liens à gauche):

http://kerguelen.blogs.liberation.fr/libessart/2008/03/la-diagonale-du.html

et spécialement sur cette page les moeurs du Gorfou-sauteur

gorfou sauteur

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     Dans le sous-bois, devant la creute aux blaireaux et renards la neige accumulée sur les pieds de scolopendres dessine des structures de rosaces que l’approche transforme en étoiles pour le spectacle joué en nocturne pour les hôtes de ces lieux.

la colonie de scolopendres

pied de scolopendre en étoile

     A quelques pas, profitant de l’éclairage de la bordure, surgit le perce-neige, lui le bien nommé, royal décor d’hiver comme l’est le lys estival. Quand vous en aurez le temps, approchez-vous de la corolle suspendue la tête en bas à son olive d’émeraude, c’est bien du vert que vous verrez en un accent qui cache son coeur nivéal à peine piqueté par l’orange des discrètes étamines.

perce-neige

gros plan sur fleur de perce-neige

« Les perce-neige sont les comètes mouchées de vert d’un Soleil de cristal en fusion. Fin d’hiver… »

Yves Paccalet, L’odeur du soleil dans l’herbe, Journal de nature, R. Laffont, Paris, 1992, p. 141

Ambiances d’hiver

     Evidemment ce peut être le brouillard avec le risque de ne rien voir, avec cependant la possibilité de suggérer, de rendre compte autrement. Par exemple la tour du Palais communal de Sienne, ou les champs cultivés qui furent de bataille sur le Chemin des Dames et qui prennent alors un sens particulier auquel la pleine lumière n’aurait pas fait songer.

brouillard sur la tour de Sienne

brouillard sur le Chemin des Dames

     Davantage carte postale l’église ou le paysage sous la neige demeurent charmants. Toujours ils évoquent la première neige attendue des jours d’enfance, la valeur ajoutée au convenu, à ce que l’on ne regarde plus parce qu’on le voit chaque jour.

église de Paissy sous la neige

Ravin du Mourson à Paissy sous la neige

     Mais au fond, lorsqu’il s’agit de restituer une ambiance, de raconter, de laisser sourdre des émotions cachées dans des souvenirs masqués est-il rien de mieux que l’habileté du peintre ? Le thème de l’hiver et de la neige est l’un des plus abondants et vous avez sans doute en mémoire l’un ou l’autre de ces tableaux. En mémoire de mon ami Raymond Buttner je clos ces ambiances d’hiver par l’une de ses suites qu’il affectionnait. Détrempe et gouache sur papier teinté, beaucoup de sobriété et de vérité pour évoquer ici l’hiver dans un paysage de bosquet germinois.

gouache d'un sous-bois sous la neige

Confiseries hivernales

     Sur la vitre embuée le froid nocturne a dessiné des motifs que le confort des intérieurs contemporains renvoie aux temps préhistoriques, aux mazures des pauvres. S’ils n’ont que cela, à défaut d’un mieux-être toujours reporté aux lendemains qui chanteront, heureux sont-ils cependant si leur regard accroche sur leur fenêtre ces morsures de l’hiver que l’on nomme fleurs de glace. J’ai connu de ces bouquets fanés aux premiers rayons du jour, dans ma jeunesse et même au-delà ; ils demeurent somptueux dans la mémoire.

fleurs de glace

     Plus étonnants encore sont ces emballages inattendus provoqués par une pluie suivie d’une chute rapide et forte de la température. Redoutées de ceux qui doivent se déplacer ces anomalies climatiques sont un réservoir inouï de richesses temporaires pour qui prend alors le temps de regarder autour de lui. Avez-vous jamais été saisi d’admiration devant des baies glacées, de vielles grappes de graines desséchées et métamorphosées en lumineuses chenilles  ?

baies de cotoneaster enrobées de glace

chenilles de glace

     Semblent alors banales toutes formes de stalactites bien qu’à y regarder de près on ait de quoi se satisfaire de ces fantaisies d’un jour d’hiver.

stalactites de glace sur l'église de Paissy

Lumières et artistes

     Ombres et lumières dernièrement approchées en photographie nous orientent vers la perception puis le rendu par tout artiste. La coquille d’oeuf précédemment photographiée peut être évoquée au crayon ou tout autre médium. L’idée est de ne retenir que l’essentiel, le minimum nécessaire à donner l’illusion de la présence. Les contours qui cernent disparaissent dans les « passages », anneaux et foulards de l’artiste magicien.

coquille au crayon

dessin JPB

     La concentration de l’enfant appliqué à son devoir d’écriture, l’idée que l’on a de cet exercice et la présence du gosse sont traitées magistralement par Israël Sylvestre (XVIIe s.) : on ne peut rien retrancher, on ne doit rien ajouter à cette splendide gravure.

gravure d'Israêl Sylvestre

coll. part.

     Saisi par la circulation de la lumière dans les élégants volumes architecturaux de l’abbatiale de Cruas j’ai tenté de rendre par le lavis cette impression première que je venais d’enregistrer différemment par la photographie. Cette dernière capte tout, le premier élimine avant tout. Grande différence qui ramène les données saisies à presque rien mais dont la soustraction rend toujours aussi bien compte du tout.

lavis = abbaye de Cruas

     Le sculpeur, lui, choisit son matériau en fonction de ses goûts, du sujet à traiter et du rendu qu’il en attend par rapport aux effets physiques de la lumière sur sa création. Le fer ne sera pas abordé de la même manière que le marbre, la pierre que le cuivre.

héron en fer par Maurice Belvoix

héron de fer par Maurice Belvoix

buste de femme en marbre

artiste inconnu, coll. part.

dinanderie par Gladys Liez

dinanderie de Gladys Liez

chouette en calcaire du Soissonnais

chevêche par JPB, pierre calcaire du Soissonnais

     Le contraste est grand entre réflexion partielle et absorption ; l’artiste réfléchit et tire profit de l’une et de l’autre. Dans tous les cas la réduction de la quantité de données retenues est essentielle à l’expression finale. Julien Gracq avait déclaré : « le roman ne doit jamais faire voir, il est lui-même vision ». Cette pensée vaut me semble-t-il pour toute production artistique.

Ombres et lumières

     La faible lumière d’hiver conduit l’observateur curieux à analyser les effets de l’éclairage sur les choses. Aujourd’hui place au photographe, un autre jour le peintre et le sculpteur se tiendront devant le chevalet. Le volume le plus simple, la sphère, n’existe que par le jeu des échanges entre ombre et lumière. Pensez à la lune et voyez soit la boule de souris blottie dans cet indispensable outil, soit l’oeuf tout juste sorti de sa boîte. La force et l’angle des rayons lumineux modèlent ces volumes auxquels notre oeil est habitué :

boule de souris

coquille d'oeuf

     Le photographe modèle l’espace par l’utilisation choisie des ombres et de la lumière sur l’objet inanimé, lui donnant vie ou âme pour formuler comme le poète :

médaille de bronze

     Ou encore, utilisant le plein contre-jour qui projette une ombre par transparence il donne l’illusion d’une présence cachée que seule la forme trahit. La fleur de phalaenopsis, l’araignée-crabe et les spores de scolopendre ci-dessous témoignent de cet exercice.

ombre d'araignée-crabe

fleur de phalaenopsis en éclairage de face

fleur en contre-jour

spores de scolopendre en contre-jour

spores véritables sur la feuille

     Oublions la technique et laissons-nous surprendre par le fabuleux spectacle de la nature. Bien inattendue cette vitrine de toiles d’araignée dans le levant chargé de rosée et quel éclat dans cette pézize rouge, hôte des sous-bois riches en brindilles décomposées qu’une roulante goutte d’eau vivifie par un effet de loupe !

toiles d'araignées

pézize rouge

Des traces en hiver

     Espoir de jeux la neige permet aussi de poser sa réflexion au sol, de lire des hypothèses à partir des traces nouvelles qu’elle révèle. On sort de chez soi disposé à lire autrement notre environnement. Il est facile de gamberger. Voyez ce paysage dont la neige facilite l’interprétation de son évolution mise en relief par les constructions humaines et leurs réseaux aux formes géométriques. A Fumay, cercles et radiantes illustrent la superposition des temps historiques à l’intérieur d’une boucle de la Meuse.

Fumay sous la neige

     Quittons la Meuse ! Avec Péguy de préférence : « Adieu Meuse endormeuse et douce à mon enfance, Qui demeures aux prés où tu coules tout bas. Meuse, Adieu : j’ai déjà commencé ma partance Vers des pays nouveaux où tu ne coules pas. » (in Le Mystère de Jeanne d’Arc)

     A Vanault-le-Châtel l’enceinte féodale du début du XIIe s. développe depuis l’avion et sous la neige fondante tout le tracé de ses structures. Les archéologues de l’air, oiseaux de proies des temps enfouis, se délectent à l’annonce de la chute imminente de cette froide visiteuse et s’en lèchent les faces du bec. Leur oeil de faucon a en effet bien souvent découvert en cette circonstance bien des témoignages cachés que les autres indices n’avaient pas permis de détecter.

enceinte féodale de Vanault-le-Châtel (51)

Information synthétique sur ce thème ici :  http://www.archeologie-aerienne.culture.gouv.fr/fr/ 

   Dans le vieux cimetière de Paissy les pierres tombales au dessin plus apparent que d’ordinaire racontent sous la blanche protection de la neige des bribes du vécu de leurs occupants.

vieille tombe à Paissy

tombe britannique 14-18

calvaire sous la neige

     Le Christ du calvaire sait dès Noël enneigé que Pâques illuminé enroulera et pliera ce linceul blanc, attribut scripturaire devenu inutile parure. Plus opportuniste l’homme ordinaire se contente de dire « Noël aux tisons, Pâques au balcon ! »

     Quant aux activités humaines actuelles la couverture neigeuse les fige et comme des indiens accroupis sur la piste du bison nous aimons décelé les indices  et peut-être savoir qui est passé là et quand. Rêve de pare-buffles à l’avant de nos 4 x 4 !

sentier enneigé

     Si le nombre d’habitants du village est réduit il sera aisé de connaître le propriétaire de l’engin qui a signé bien malgré lui son parcours

traces de pneus

     D’autres locataires de la terre piétinent ici et là. Il ne leur est pas nécessaire de montrer patte blanche pour s’affranchir de facto de nos lois. Ils franchissent nos limites à la légère, passent au travers des mailles comme le confirme ce théâtre d’ombres portées d’un grillage. Cause toujours mon lapin !

pattes de lapin dans la neige  

Cristaux

    Approchons-nous de ces curieux assemblages de cristaux de glace que le gel, l’absence de vent et une certaine humidité constuisent certains jours d’hiver.

givre dans le pré

    Percussions crépitantes, craquements sous les pas, étincelles dans le pré. Approchons encore.

diamants de givre

paillettes glacées

Il apparaît ici que ce givre évoque assez une couche de verre blanc pilé, sens du mot « givrée ». Terminons avec un contraste, celui du support que constitue une tige de ronce rouge corail et les cristaux qui curieusement se sont développés parallèlement au sol et non perpendiculairement au support.

givre sur ronce

    M’accompagnerez-vous encore la semaine prochaine dans ce cheminement hivernal, ces feuilles bloggeuses paraissant les 7, 14, 21 et 28 du mois ?

 

Voeux

         Le soleil d’hiver, bas sur l’horizon, favorise la vue en contre-jour. J’en joue. Que ce bouquet de graines de liane commune, que ces cristaux de givre soient, chers lectrices et lecteurs de ce blog, mes messagers vous souhaitant une année 2008 paisible !

graine de liane

                      feuille lierre et givre

         Un blog de plus ? Celui-ci, comme le laisse entendre son titre, souhaite montrer par la photographie et d’autres procédés quelques réalités dérobées à mon environnement du moment et vous en faire part avec l’étonnement de la passion, visant à vous séduire. Son titre fait allusion à une oeuvre célèbre de Guillaume de Machaut rédigée en 1364 en l’honneur de la jeune Péronnelle d’Armentières, inspiratrice du poète.