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Ne file pas, va de travers : l’araignée-crabe

     Je vous l’ai déjà montrée, en ombre chinoise ou plutôt portée, sur une feuille ; c’était dans une note relative aux lumières et ombres en art, le 28 janvier 2008.

     Il est exact qu’elle marche de côté et qu’elle aime étendre latéralement ses pattes antérieures un peu comme un cormoran séchant ses ailes. Et si j’ajoute qu’elle ne file pas de toile pour piéger ses proies mais préfère se poster à l’affût et fondre au dernier moment sur sa victime qu’elle paralyse d’un coup de crochet, alors vous penserez peut-être, avec raison, à l’araignée-crabe, Misumena vatia.

araignée-crabe

vue de dessous

     Rien de tel qu’une série de profil, de côté, du dessus et de l’arrière pour vous présenter le sujet, de telle sorte qu’en la voyant un jour sur un végétal quelconque vous vous souviendrez de l’avoir déjà rencontrée quelque part.

araignée-crabe de profil

araignée-crabe de dessus

     Serait-elle un peu raccoleuse, au point d’attirer le regard et la pensée du géographe et démographe qui croit lire sur le postérieur renversé la figure d’une pyramide des âges ?

araignée-crabe de l'arrière

     Vous vous doutez bien que notre merveilleux observateur que fut Jean-Henri Fabre l’a décrite (cherchez Thomise ou araignée-crabe dans la table). Je donne ici seulement le passage étonnant où il met en scène la dispersion des jeunes que vous pourrez lire en entier dans la Série IV, chapitre V des Souvenirs entomologiques, édités par Robert Laffont, T.II, 1999, p. 703-708.

     « …C’est alors sur la cime de la broussaille, un jet continu de partants, qui s’élancent pareils à des projectiles atomiques, et montent en gerbe diffuse. A la fin, c’est le bouquet d’un feu d’artifice, le faisceau de fusées simultanément lancées. La comparaison est exacte jusque dans l’éclat. Flamboyant au soleil en ponctuations radieuses, les petites Araignées sont les étincelles de cette pyrotechnie vivante. Quel glorieux départ, quelle entrée dans le monde ! Agrippé à son fil aéronautique, l’animalcule monte dans une apothéose. »

     Le vocabulaire employé dans ce texte me renvoie aux années 1960 lorsque, adolescent imaginatif il m’arrivait, avec le soutien réel et l’émulation supposée de mes frères, de concevoir quelques engins pyrotechniques et balistiques. Alors je songe à ces recettes semblables à celles du grimoire ci-dessous publié en 1859 qu’il nous fallait recopier à une époque où nul secours ne pouvait venir d’internet, ce qui du reste augmentait plaisir de la recherche et satisfaction de l’expérimentation. 

Traité de pyrotechnie 1859

Montez, montez haut dans l’azur, fusées d’enfance et ne retombez jamais, fusez rouges feux de bengale et continuez à illuminer nos rêves ! Ceux qui ont fabriqué et ceux qui  ont vu savent, ceux qui ont entendu dire, croient, imaginent et embellissent. Alors vous aussi croyez à la magie verbale qui consiste à rendre merveilleux l’univers de la nature, comme au temps de l’enfance !

 

Première leçon

    Est-ce bien raisonnable ? Est-ce dans l’esprit d’un enfant d’à peine 10 ans de s’entendre dire en mots ce qu’il souhaite voir et faire ? Ainsi le praticien ou l’enseignant, c’est tout un en ce cas, est rétif à expliquer : trop d’eau ou pas assez, trop de vert, blanc à réserver ici et là… Pourtant la demande et l’attente sont bien là et il faut y répondre.

     Le choix du sujet importe peu ; ici on s’accorde à prendre pour thème d’inspiration un fond rocheux encadré de verdure, et forcément la voiture de papa, en circulation sur la photographie ci-dessous.

le motif à peindre importe peu

     Faut se lancer, mouiller la feuille ou non, après avoir tracé les grandes lignes du décor. Et surtout observer longuement avant de jeter la couleur sur le papier.

application à faire

     L’ancien lavoir de Paissy, ruiné depuis la Grande Guerre, aux pierres grises chauffées d’autant qu’elles ne voisinent plus avec l’eau, sont propices au fondement de la réflexion. Commencer par de claires touches est prudent, laisser la lumière envahir le papier plutôt que de vouloir remplir tout l’espace par d’énergiques tours de pinceau. Quel vert de la boîte ? Surtout pas du tout fait, fabriquer ses verts, ne point trop en mettre. Laver, griser, colorer ces verts envahissants ; mais là est la difficulté et pas seulement pour le débutant, tout à sa tâche ici.

au plus près du sujet

     Yannick est entré dans son sujet et s’engage dans le motif comme dans le papier, fait corps avec la feuille sans trop s’occuper de ce qui est dit. Le sujet n’est pas d’imagination mais la liberté de s’échapper du réel doit être vécue au travers de la recherche des couleurs les plus appropriées à rendre un effet de chaleur et de végétation dense.

l'oeuvre est achevée

     C’est une première. On reviendra sur le motif ou sur le papier sans modèle. La satisfaction est grande d’avoir réalisé quelque chose de nouveau, quelque chose à soi. Des phrases dites resteront en mémoire, blotties jusqu’à la prochaine ouverture de la boîte de couleurs, indisciplinées comme des djins soudainement libérés.

     Devenez magiques, mots bruissants des espoirs du peintre : aquarelle, aquatinta, watercolor. Rêves d’eaux luxuriantes, de couleurs ruisselantes, d’ exactes lumières. Alors le maître aura gagné. A suivre donc, pour confirmer.

     C’était un matin de juillet 98, crachinant comme il en est chez Millet, vers Gruchy et Gréville. Notant à l’aquarelle sur le carnet, entre gouttelettes, un passant s’approche : –vous peignez par ce temps, Monsieur ?   –oui, de la peinture à l’eau, ai-je répondu. –Excusez-moi, je n’y avais pas pensé ….répliqua-t-il.

Gruchy, lande et rochers sous la pluie

Gruchy, rochers schisteux sous la pluie, aquarelle JP Boureux

      Cette ambiance bon enfant m’incite à conclure avec Alphonse Allais :

« Les aquarelles faites à l’eau de mer se gondolent au moment des grandes marées. »

 

Jeux de lumières depuis la tour : Vez.

      donjon de Vez depuis la courtine 

      Vez. Le toponyme dérive de « vadum », le gué ; v, g, et b se confondant bien souvent dans la prononciation. Le passage dont il est question est sur la bien jolie rivière d’Automne et il conduit au plateau passant par un éperon sur lequel est édifié le « donjon de Vez ».

     Délimité par un carré d’environ 60 à 70 m. de côté ce domaine seigneurial fortifié comprend murailles, donjon et logis. On sait que l’ensemble a été dévasté par les Jacques en 1358, puis reconstruit. Le logis l’a certainement été par Raoul d’Estrées dans les années 1360 alors que le donjon est une construction attribuée à Jean de Vez, sans doute entre 1380 et 1390. C’est ce donjon qui attire l’oeil dès l’entrée par la légéreté de son style et une froide élégance. La lumière s’accroche sur ses mâchicoulis et chute vers les courtines accessibles depuis son premier niveau. Lieu quelque peu stratégique mais de médiocre force durant la Guerre de Cent Ans, il est assez vite dénué de tout caractère militaire, sauf de celui d’observation. Crépy-en-Valois et Pierrefonds sont tout près, ainsi que Villers-Cotterêts.

donjon de Vez

américain l’X anime le vieux donjon

donjon de Vez

végétalisé comme pour conduire au jardin

jardin de M. Pascal Cribier

Du paysagiste M. Pascal Cribier le jardin et son bassin accueillent le « Pot doré » de M. Jean-Pierre Raynaud, ici vu de dessus, sans or apparent. ‘Tout ce qui brille n’est pas d’or’.

     Le logis et sa chapelle, beaucoup trop restaurés par Léon Dru

tombeau de Léon Dru

cosaque endormi, Léon Dru gardé par un drôle de hibou

au tournant du XXe s., ont perdu leur caractère de témoin d’époque mais non leurs charmes.

     Ces derniers sont notablement accentués par des présentations d’art contemporain que M. Francis Briest et l’association des « Amis du donjon de Vez » qu’il préside proposent chaque année, et qui enrichissent petit à petit le site depuis les années 1990. C’est pourquoi l’oeil vagabonde de découvertes en découvertes, se délectant d’un Bourdelle ou se vivifiant d’un Buren.

     Descendant du grenier abrité de sa charpente de fer -tiens Eiffel est aussi passé là !

charpente d'Eiffel

du fer agencé par Eiffel

mon regard fut attiré par de vives lumières colorées, d’abord entr’aperçues puis fixées. Bien qu’elles soient créées par un vitrail de M. Daniel Buren qui projette sur les parois des murs et le dallage du sol des bandes chaudes et froides ordonnées géométriquement, ce n’est pas à lui que j’aie d’abord pensé mais à Frantisek Kupka, à cause des couleurs, à cause de l’agencement des lignes :

F. Kupka série CVI

Kupka, « Série CVI », huile sur toile, 1935-1946, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, in revue « Beaux-Arts », 1989, N°74, p.95 

Daniel Buren, « Transparences colorées »

d’où l’on voit, en Art, que transparences et projections, autrement dit irréalité matérielle engendrée par l’artifice, sont tout un.

Ainsi quittons-nous VEZ, non sans regrets, mais illuminés.

JPB, visite du 27 juillet 2008

Coquetteries

fougères scolopendres

     A l’abri des regards, dans le bosquet près de la creute aux blaireaux, longuement elles se préparent puis vérifient leur apparence en ce miroir d’eau d’un jour sans vent. Sans doute ne vont-elles pas me tirer leur « langues de cerf » lancéolées mais bien plutôt disposer à ma vue, comme si de rien n’était, leurs jeunes frondes qu’elles tournent en accroche-coeurs pour midinettes.

jeunes frondes de scolopendres

     Apparemment peu convaincues de l’effet tant espéré elles se mettent alors à danser, siffler, dodeliner du chef, certaines de leurs appas.

frondes érigées

     A ce manège de najas je fais mine de ne rien voir. Alors d’un coup d’un seul et dans un geste élégant, subrepticement me montrent leurs dessous. Il faut bien que jeunesse se passe. Et puis avouez que cet ordonnancement brun-orangé, ces lignes disposées en feuilles de fougères, annoncent immanquablement un travail de professionnelles : elles ont gagné ces sirènes, mon coeur chaloupe et s’emballe ; elles connaissent la faiblesse du poète, la bonhommie des sylves et la vigueur des passions inassouvies.

sporanges de scolopendres

     Mais là comme ailleurs la concurrence est rude et l’une d’elles tente encore de raffler la mise dans la surabondance d’un goût douteux. Oh oui, assurément elle en rajoute :

effet de perturbation sur frondes

     Redevenons sérieux. Que se passe-t-il ici ? Je ne sais trop. Ces ruptures de direction dans les cellules apicales qui s’orientent en plan orthogonal, ces découpes multiples des extrêmités qui se divisent en fractales ou par dichotomie évoquent une perturbation par hormones, par virus ou par transmission de maladies dues à un insecte vecteur. Bien fait ! Diriez-vous par anthropisme exagéré, le vice est toujours vaincu par la vertu. N’empêche, j’aimerais en savoir plus, comprendre la cause derrière l’effet. Je constate la déformation initiale : d’une fronde en faire deux, toujours le besoin d’en rajouter. Mais je suis mauvaise langue d’écrire que nous sommes ainsi en présence d’une langue, non de cerf, mais de vipère.

     division apicale de fronde

Et vous, ami(e)s, qu’en pensez-vous ?

     A ce moment de l’année elles semblent pourtant spécialement en forme après un été frais et humide qui convenait parfaitement à leurs exigences et leur mise éclatante s’en ressent. Sur environ 300 pieds seuls 3 présentent ces anomalies, ce qui correspond à environ 1% de l’effectif, pourcentage bien faible.

     Sans doute est-ce raisonnable de penser que l’anomalie va disparaître d’elle-même. En décembre dernier, j’ai pour la première fois observé (cela fait six ans que je suis ce peuplement) que les blaireaux ont ravagé presque totalement les pieds situés à proximité de leurs terriers dans les creutes pour rendre confortables leurs ‘nids’, coupant et transportant les frondes séchées comme on le devine sur la photographie ci-dessous :

scolopendres coupés par les blaireaux

A moins que ce ne soit à titre médicinal ? On sait en effet qu’autrefois un bon matelas de fougères était fort apprécié.

     Toujours est-il que faute de combattants les minauderies cessent séance tenante et que bientôt un édredon de neige va revêtir ces belles pour quelques jours ou semaines, comme je l’ai déjà présenté sur ce blog en date du 28 février. Alors, comme ce sont des stars, l’une d’elles me fait un (dernier ?) caprice : elle se prend pour une étoile des neiges !

scolopendre et neige

 

     Qu’écrire encore ? Son nom bien sûr. Il s’agit de Phyllitis scolopendrium (L.) et en français Scolopendre ou Langue-de-cerf. Autrefois officinale (Herba linguae cervinae) la plante était utilisée contre les affections hépatiques, la diarrhée et la dysenterie. On lui prêtait aussi quelque vertu contre bronchites et tuberculose. Cette fougère aime avant tout les sous-bois sombres et humides sur pentes d’éboulis calcaires. On la trouvera donc aussi dans les ruines d’anciens bâtiments ou les entrées de puits. De jeunes pieds se sont établis dans les canaux anciens de circulation d’eau à l’intérieur du banc du lutétien moyen, bien abrités en ces cavités aujourd’hui mises à jour à l’intérieur de quelques parois de nos creutes, comme on le constate ici :

jeune pied de scolopendre dans une creute

La langue-de-cerf, en ses goguettes et goguenarde, dans tous ses états, vous tire la langue et vous salue.

Merops apiaster L. : pour un portrait haut en couleurs

     Le nom français dit son mode alimentaire et localise l’espèce : Guêpier d’Europe. Il se peut que vous ne l’ayez jamais vu en France septentrionale car il y niche ou y séjourne localement seulement, depuis la fin des années soixante, quittant alors le couloir rhôdanien entre Avignon et le delta, sa zone de prédilection.

     Grégaire il ne passe pas inaperçu. Son vol d’abord, rapides ascensions, brusques virages, longs vol planés attirent l’oeil. Son perchement aussi sur de vieilles tiges sèches, des brindilles, des fils téléphoniques que souvent il fait ployer. Son chant permanent que vous n’oublierez plus sitôt entendu : comme un gazouillis ample, un peu roulant, liquide et qui pourrait trouver dans cette écriture une approche phonétique = kruii, kruik, gruil….répétés à l’infini par la meute en jeux, en chasse.

    L’individu est gracile, de forme allongée, de taille entre merle et tourterelle. Une paire de jumelles au thorax n’est pas de trop pour espérer distinguer un bec long et pointu à peine courbé et une queue effilée elle-même prolongée d’une pointe, comme une signature supplémentaire. La paire de jumelles est une précaution car le sujet est craintif et capricieux, un jour il s’approchera à dix mètres et le lendemain s’envolera à cinquante. Ou rentrera dans son terrier. Oui vous avez bien lu cet oiseau creuse des galeries à l’aplomb d’une berge, d’une falaise, profondes d’environ 2 mètres et parfois un peu plus, au fond desquelles il installe son nid. A force de l’écouter, de l’observer, de noter son comportement on finit par se languir de ce bel oiseau qui hélas disparaît au milieu d’août après un court séjour d’environ six à huit semaines. Pour moi il chante désormais l’été, depuis qu’il a pris l’habitude de nicher dans les ballastières abandonnées des terrasses de l’Aisne ou des sablières avoisinantes.

     Je sens que cette description commence à vous agacer car vous attendez son portrait photographique. Bien sûr il vient. Vais-je vous décrire ou vous laisser contempler ses splendides couleurs tropicales ? Par facilité, pour le plaisir des yeux, je vous les montre de suite, vous laissant le soin de tourner les pages d’un manuel d’ornithologie pour préciser ces lignes.

couple de guêpiers d'Europe

guêpier d'Europe

groupe de guêpiers

     Encore une ? J’ai tiré le portrait de cet oiseau magnifique après une longue attente, plusieurs heures à guetter immobile et dissimulé, peu après le lever d’un jour d’été, un affût d’incertitude puis, magique, imprévisible, merveilleux cadeau de la nature la pose soudaine d’un individu sur une tige de bouillon blanc (Verbascum trapsus).

guépier d'Europe

     Serait-ce une aile d’oiseau de cette espèce que Dürer a peinte en 1512 ? Non mais celle d’une espèce voisine, le rollier d’Europe aux couleurs tout aussi prononcées. Cette peinture au pinceau, encre et aquarelle sur parchemin est conservée à l’Albertina de Vienne et je la tire de l’ouvrage :

Madeleine Pinault, le peintre et l’histoire naturelle, Flammarion, 1990, p. 188.

rollier d'Europe par DÛrer en 1512

et voici le guêpier vu par John Gould en 1867 :

guêpiers par J. Gould en 1867

in « Les oiseaux, John Gould, CELIV, Paris, 1987, p. 60

A défaut de le contempler de visu, que ceux qui rêvent en couleurs l’engrangent dans leur mémoire et que ceux qui rêvent en noir et blanc reviennent une autre fois sur cette page !

Cette année, en ce mois de mai 2009, un aimable internaute m’offre l’une de ses photographies récentes, un portrait en gros plan, afin que nous partagions ensemble les joies de la découverte et de la photographie de cet oiseau. Je remercie par ces lignes l’auteur, M. Frédéric Florentin.

portrait d'un guêpier d'Europe

des gris

     Tout peintre a déja tenu un petit gris, ce pinceau formé des poils du ‘petit gris’, écureuil du nord de l’Europe qui fournit aussi le vair des héraldistes. Mais le peintre oeuvre-t-il en gris pour autant ? La difficulté est grande d’animer la toile par des gris, la baie par une grisaille.

vitrail à allure de grisaille

dans l’église de Glennes (02) l’Atelier rémois J. Simon a réalisé ce vitrail protégé en arrière par un grillage qui lui donne une allure de grisaille, ce qu’il n’est pas.

     Quand le peintre appelle un gris mille s’approchent. Ils sont riches, chauds ou froids. Certes ajouter du blanc au noir donne un gris, fade et qui va tirer vers la teinte qui a permis de donner le noir, un noir forcément particulier et non un noir absolu. C’est pourquoi on peut pratiquement écrire que la majorité des peintres peignent en gris colorés séparés par quelques teintes primaires pures. 

     La souris peut être grise, la taupe et la musaraigne également ainsi que nombre d’animaux.

musaraigne

     Sorex araneus L., la musaraigne ou musette (ci-dessous) appartient à la famille des soricidae ; longue queue et museau de même animé de vibrisses et se terminant presque en trompe. Agile et rapide vous la repérez facilement dans l’herbe du jardin à la recherche de nombreux insectes.

  La prochaine fois que vous verrez un gris, pensez qu’il n’y en pas deux pareils et essayez de préciser sa teinte. Le métal délivre de jolis gris, voyez cet étain et cet argent mis en  médaille et pièce.

médaille d'étain

ici l’effet de lumière inverse le volume : on voit en creux ce qui est en relief ! Sans être gris pour autant…. Médaille d’étain réalisée à l’occasion de la naissance de notre aîné.

Ci-dessous des gris chauds animent les reliefs poinçonnés d’un denier de Charles VI :

pièce de monnaie dite 'gros' du roi Charles VI

     L’exercice est tentant, effectivement, de peindre en gris. Un jour d’été, en plein soleil, sur le versant sud d’une de ces collines de la Montagne de Reims si apte à l’élevage des trois cépages réservés au champagne je me suis entraîné à cette forme d’expression si chère à tant de grands peintres -Morandi, Le Greco, Millet, Cézanne,  noms qui m’arrivent sur le champ en mémoire et ouvrent l’une de leurs oeuvres avec abondance de gris. Voici le résultat exprimé au pastel tendre sur fond de papier gris bleuté sur lequel vibrent et miroitent nombre de gris argentés qui évoquent la vapeur chaude faisant danser les images au midi caniculaire. Mirage de gris que même les Mirages gris de la B.A. 112 de Reims ne parviennent à disloquer dans leur vrombissement de flèches d’acier. Brisant parfois le mur du son ils font momentanément éclater la pacifique beauté de l’ordonnancement de cette bourgade proche d’Ay et d’Epernay au pied du Val d’Or, bordée par le ruisseau de la Livre que naguère Berthe avait fait jaillir. Touches colorées qui éclatent à la surface du gris, harmoniques sonores qui s’échappent du verre quand, en fête et en liesse, mille bulles diffusent vers le monde entier le nom de ma Champagne. J’aurai bien l’occasion de revenir vers ces bulles un autre jour et d’ici là je vous souhaite, amis lecteurs et fidèles lectrices une soirée à l’esprit festif à laquelle la couleur grise n’est pas généralement associée. D’où la sottise de ce blog sans queue ni tête.

Avenay, pastel JPB

Après la pluie le beau temps…

     On espère tous quelque chose de mieux après une épreuve. Ce proverbe illustré par une image météorologique a été repris par des titres de film, de roman, de chanson. Qu’en est-il de son aspect naturaliste ? L’averse, on connaît, on la sent venir, elle s’annonce par l’emballement des couleurs dans le ciel.

l'averse menace

     Et quand s’échappent les nues alors il faut courrir et saisir les rayons de soleil capturés dans les milliers de gouttes déposées ici et là, en particulier par temps de pluie fine et sans vent, ce qui n’est pas si fréquent et ne correspond pas à l’averse mais à l’embellie attendue après la pluie. La feuille d’herbe d’ordinaire si banale revêt d’un coup un costume de soirée et les touffes cotonneuses de clématite sauvage une parure diamantée. Folles les herbes jettent des étincelles qui allument le feu aux sens endormis et font ralentir le pas du promeneur attentif qui guette le prochain éclat.

perles d'eau

gouttelettes

     Et voici, voici deux pas plus loin la toile peinte d’un pointillisme de peintre inspiré. Les gouttes d’eau s’accrochent aux fils radiants, désespérées déjà de devoir s’évaporer l’instant d’après. Ces spectacles sont éphémères. Tant mieux. Pas possible de savoir s’ils reviendront demain, ou dans un an. Pour la nature la durée n’a guère de sens, le millème de seconde vaut une éternité. Mais l’homme, lui, qui se sait mortel, veut toujours conditionner les choses du monde à son attente pressée. Ce faisant il lui arrive de passer près d’elles sans les voir : on a tôt fait de détacher les guirlandes de Noël.

toile d'araignée enguirlandée

    Mais là je lis bien que ce que je viens d’écrire ne correspond plus à l’idée du proverbe d’entrée. Alors il me faut inventer, et en plein soleil je peins au lavis. C’est-à-dire qu’avec rien je décris un monde ancien que cette manière de voir rend vivant. Le rien c’est l’eau du pinceau qui vient délaver l’encre que la plume a déposé sur la feuille, comme l’eau du ciel s’était amassée sur la toile de l’arachnide. Seule une pensée orientée -donc rien de mesurable- fait la différence entre les deux phénomènes. Parce qu’alors je ne suis pas pressé de placer ce clocher extraordinaire d’une église du dernier quart du XII e s. sur mon support de papier. Sans doute sur cette note suis-je assez fidèle au titre du blog, à défaut de l’être au proverbe.

église de Nouvion-le-Vineux (02)

église de Nouvion-le-Vineux, sud de Laon, Aisne

Solstice

     En nos creutes bien souvent, intéressé, le soleil pérégrine. Avec la faconde des puissants il mégote, espérant trouver le gîte et le couvert. Plusieurs fois je l’ai surpris tel un rôdeur, passant de l’ombre, s’excusant à peine une fois la lumière faite sur ses véritables intentions : dormir à l’oeil mais pas à la belle étoile. Un jour il est entré par effraction dans la chambre :

soleil au travers du volet roulant

un autre, franchissant le portail grand ouvert, ce qui lui permit d’explorer chaque cavité :

couchant automnal

porte

roche ensoleillée

     En chemin, inquisiteur, il demande l’heure à l’horloge de Yannick, non remontée ce jour-là, et quelque peu déconfit de la farce,

horloge

 

s’en inquiète auprès de la Piéride du chou qui, flattée du peu mais honorée, lui répond négligemment d’un signe de tête, cinq heures moins deux :

horloge de la piéride du chou

     dubitatif il questionne l’escargot qui se languit de la fraîcheur vespérale et lui rétorque : « -six heures et quart ! »

horloge d'escargot

 

     Enfin, incommodé par tant d’irrévérence, s’en est allé sonner à d’autres portes. Curieux il s’attarde un long moment dans l’axe de l’entrée de la vieille carrière -est-ce un hasard ?

entrée de la carrière

     éclabousse un oeil dedans, histoire de marquer son territoire

gouttes de soleil dans le vestibule de la carrière

     Il est déjà 21 heures (heure de Paris) lorsque reprenant sa course de char solaire, blindé qu’il est des réactions des créatures terrestres, il franchit le ravin du Mourson qu’il éclaire parcimonieusement, sans dérangement

ravin du Mourson, solstice d'été

avant de le saluer, majestueusement de ses rayons du 21 juin, à 21 h 40, heure de ce royal coucher paissois du solstice d’été.

21 juin 2008 solstice et couchant

(aucun montage, la diffraction des rayons sur la lentille de l’objectif a produit cet effet)

     Toujours aussi à l’aise, fier du prestige millénaire que son aura clame au monde, il se couche dans de beaux draps, assuré d’un réveil royal. La cour applaudit, un héraut d’or vêtu lit quelques lignes d’au-revoir :

     « J’ai beaucoup aimé ce monde qui est si dur et les horreurs de la vie. Je n’ai jamais pensé, comme Cioran, que le mieux, pour un homme, était de ne pas être né. J’étais content d’être né et d’avoir vu des arbres, des chats, la mer, le soleil qui n’en finit pas de se coucher le soir pour se relever le matin, les étoiles et la lune dans le ciel de la nuit, des coccinelles sur les feuilles blanches où je racontais Gabriel et de grandes catastrophes. »

Jean d’Ormesson, Le rapport Gabriel. Gallimard, 1999, p.256

et tire le rideau sur cette royale journée, découvrant ainsi le char d’Apollon auquel déjà le Grand Roi avait naguère songé, abandonnant momentanément à Morphée les rênes du pouvoir :

Werner, Louis XIV sur le char d'Apollon

Werner, Louis XIV sur le char d’Apollon

     Chers lectrices et lecteurs le rideau sera également tiré sur ce blog pendant la période estivale et s’ouvrira de nouveau en septembre prochain. Cependant quelques rappels offriront peut-être une scène ou une autre. Bonnes vacances et bel été à tous !