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Histoire encerclée : pistes d’explications.

Du cercle cherchons le sens. Le premier exemple donné, un cercle dans un marécage, montre les vestiges de ce que l’on appelle une « motte« , une butte de terre élevée de mains d’homme, ici en un lieu marécageux favorisant la défense, défense renforcée par une élévation complétée ou non de palissades et d’un fossé résultant de la terre prise du fossé et rejetée vers l’intérieur. La technique pourrait être utilisée pour et par quelques individus. Souvenez-vous de vos classiques : attaqués par les Indiens les soldats disposent charriots et matériaux en cercle pour affronter l’ennemi tout en se protégeant.

L’exemple que nous donnons est situé dans le département des Ardennes, commune de Thin-le-Moûtier.

motte de Thin-le-Moûtier

aperçu de cette modeste fortification du Xe s. Photographie JP Boureux

Si l’historien par chance trouve un texte contemporain de la construction, c’est pain béni ; sans quoi il lui faudra procéder par recoupement et raisonnement, à partir d’une typologie des sites d’une région, et proposer une hypothèse fiable. Pour cet endroit nous avons un texte rédigé peu avant 971 qui raconte que les moines du monastère de Thin se plaignent des ennuis que la garnison du château (castrum et castellum) de Thin leur cause. L’endroit est nommé Chantereine, terme qui désigne le chant de la grenouille, amphibien lié à la présence de l’eau. La présence défensive du marécage présente l’inconvénient de ne pas laisser de place à d’autres équipements et bâtiments. Restent sur le tertre, d’un diamètre de 50 m. à la base et d’une hauteur de 4 m., quelques vestiges de murs.

marais de Thin devenu ensemble d'étangs

J’ai photographié environ 1000 ans (1971) après la réalisation de cet ouvrage. De nos jours le marais est en partie asséché et draîné, des étangs ont été créés. Ces sites de petite taille et faible élévation sont fortement menacés et il faut aimer son patrimoine avec passion pour les préserver. Google Earth qui les laisse voir peut ainsi contribuer malgré lui à leur conservation.

Revenons à Montaigu. Cette fois nous ne sommes plus dans un bas-fond marécageux mais sur une éminence détachée de la cuesta d’Ile-de-France, l’une des nombreuses buttes de la région au sud de Laon. A cet endroit que l’on discerne bien sur l’extrait de carte IGN 1/25000e ci-dessous, aidé par le relief, un seigneur a bâti sa demeure, naturellement protégée et dominante, tout en aménageant pour renforcer ce site naturel : il y détache et/ou construit une motte castrale.

cartographie IGN de la butte et village de Montaigu

Montaigu, la motte castrale

Photographie Michel Boureux 1976

Pour faire apparaître la structure par le dessin j’ai repris ci-dessous la technique employée par les dessinateurs topographes du XIXes. = une série de courbes est remplie de hachures dont l’espacement est égal au quart de la distance séparant deux courbes successives. Cela procure un rendu très expressif mais moins scientifique que les techniques actuelles développées par ordinateur.

motte castrale de Montaigu en hachures

relevé M. Bur, N. et J.-P. Boureux, dessin J.-P. Boureux

En ce lieu l’origine de la fortification remonte à 948 et plusieurs textes d’auteurs connus des historiens (Flodoard, Richer,Suger, et plus tard de Monstrelet) racontent les péripéties relatives aux sièges de la butte par le roi Louis IV, ses successeurs et les grands du royaume au long des Xe, XIe et XIIe s. Au reste les siècles suivants verront encore des épisodes de siège en ce lieu très stratégique où la famille seigneuriale des Roucy-Pierrepont est inféodée. Toutefois, rappelons-le, le but de ce blog n’est pas d’entrer dans le détail des faits mais d’inciter à observer et comprendre, en évitant cependant si possible l’erreur par excès de simplification.

Nous restons dans la thématique du cercle perçu comme moyen de ligne défensive, dans le cadre d’une origine artificielle voulue par un puissant, un groupe d’hommes restreint, ayant emprise sur le territoire. La butte de Montaigu est haute d’une cinquantaine de mètres et la motte dégagée d’environ six mètres. Sa largeur à la base oscille entre 90 et 65 m. et le sommet a un diamètre voisin de 27 m. Quelques vestiges de murs subsistent.

Autre cas encore, l’emploi de l’eau par le moyen de fossés, en zone basse et à l’aide d’une motte ou enceinte peu élevée. On appelle enceinte une fortification elliptique établie à partir d’un talus qui délimite une zone centrale de faible élévation protégée par ce talus et le large fossé. Parfois seule la fouille permet de trancher clairement entre motte et enceinte.

Ainsi, à Manre, Ardennes, canton de Montois apparaît clairement ce qui est probablement une enceinte. Un fossé large de 7 à 16 m., renforcé par un cours d’eau extérieur alimentant un moulin, protège un espace circulaire d’environ 70 m. de diamètre à la base, entouré d’un talus de 5 m. de haut. Comme vous pouvez voir en-dessous ce cas de figure est d’une grande lisibilité et il est pour l’instant fort heureusement préservé.

enceinte de Manre en 1976

photographie JP Boureux 1976

Manre en 2009

La végétation arborée a envahi le terrain et les fossés ne sont plus visibles de haut, comme on s’en rend compte à partir de cette image enregistrée sur Google Earth. On devine assez bien une seconde ellipse incluant l’église et des maisons et qui est probablement la basse-cour initiale.

Nous n’avons pas de renseignements écrits anciens (= preuve absolue et nécessaire pour l’historien) sur l’histoire de cette fortification qui n’est documentée qu’à partir de 1273. Antérieurement sont cependant signalés des seigneurs du lieu. En 1273 les habitants sont affranchis et doivent payer une redevance « pour la fermeture de la ville de Menre ». Il est probable pourtant que la fortification existait antérieurement mais que son état défensif avait dû faiblir ou que, peut-être, sont alors édifiés des murs plus forts autour des deux enceintes. Toujours est-il que durant les combats de la Guerre de Cent-Ans la place est prise ou occupée par les divers protagonistes et que les actes du XVIIe s. mentionnent toujours le château, sa basse-cour et les fossés de l’ensemble. Vous percevez ici combien est délicate parfois la datation des structures pour l’historien et que la topographie résultant de l’analyse après observation a autant d’importance que les textes.

Vous pourrez consulter avec profit le blog sérieusement documenté de mon collègue Pascal Sabourin consacré aux « Ardennes Médiévales » et sa page sur Manre ici:

 http://ardennes-medievales-450-1500.over-blog.com/article-35853581.html

Vous vous remémorez Vailly-sur-Aisne et son tracé de remparts évoqué dans la première note du thème du cercle d’Histoire. Je place une autre photographie prise par Michel Boureux qui excellait dans l’art de détecter mais aussi d’enregistrer différentes images sous divers angles. Il s’est attaché ici à obtenir un cliché zénital, qui est confirmé du reste avec l’extrait Google Earth qui suit en second, de manière à obtenir une lecture immédiate du plan (inconvénient : relief écrasé, on ne peut pas tout avoir en même temps…).

Vailly-sur-Aisne : anciens remparts

et ci-dessous image Google Earth

Vailly-sur-Aisne

Interprétation : il s’agit ici non plus d’une enceinte érigée par une personne ou un groupe limité mais par une collectivité. Son diamètre moyen est de 400 m. Cette dimension entre 350 et 500 m de diamètre, fossés compris correspond à celle des enceintes de la plupart de nos villes et bourgs qui ont connu une évolution historique semblable. Les créations nouvelles, par exemple des bastides du sud-ouest français, ont une forme et taille semblables. Très souvent ces noyaux étaient des villes véritables au moyen-âge et ils sont devenus des bourgs qui correspondent bien souvent à nos chefs-lieux de canton.

Le lieu peuplé existe de long temps puisqu’on a confirmation d’un habitat gallo-romain suffisamment étoffé pour comprendre des villas à mosaïque et peut-être un édifice public, l’ensemble alimenté par un ou plusieurs aqueducs dont il subsiste des vestiges. Il est probable que la fortification ne date pas de cette période. La période mérovingienne est mal connue topographiquement mais un cimetière était installé au hameau perché de Saint-Précord, ainsi que probablement une église. Tout porte à croire que l’agglomération du bas existait toujours, dessinée à partir du substat antérieur antique. Au Xes l’archevêque de Reims Flodoard estime qu’il conviendrait de qualifier ce lieu de ville et au XIVes. les Dominicains y fondent un couvent, ce qu’ils n’engagent que dans des villes et ce qui est un peu étonnant ici du reste. Toujours est-il que parmi les péripéties d’existence de la bourgade figure un récit par le chroniqueur Jehan Froissart de la prise par échellement de « la bonne ville de Vailly » en 1359 (le terme même de ‘bonne ville’ désigne une ville forte). De même, lors de l’échange de Vailly contre Mouzon par le roi  avec l’archevêque de Reims en 1379, ces remparts sont mentionnés. En juillet 1429, Charles VII, Jeanne d’Arc et une partie de l’armée dorment à Vailly. Ces renseignements et d’autres m’avaient permis de figurer ainsi la localisation de quelques bâtiments du centre ville dans une brochure de 1979 :

restitution du plan de Vailly au M.A.

Nous limitons là cette note bien longue sur le sens du cercle dans le paysage vu de haut, conscient du fait que ces exemples trop courts ne sauraient constituer une base solide de réflexion mais seulement une prise de conscience de cette thématique riche de développements potentiels. Or une prise de conscience est nécessaire dans la préservation nécessaire de ces sites et malheureusement nous avons des exemples de destruction volontaire scandaleux et injustifiés, sinon par la volonté d’augmenter son bien matériel immédiatement et sans considération aucune de la valeur d’un patrimoine à transmettre.

A ma connaissance n’existe qu’une tentative de reconstitution de motte en France, sous un aspect de maquette développée, pour un parcours ludique à Saint-Sylvain d’Anjou. N’importe quel moteur de recherche vous y enverra.

Un développement conséquent et fort sérieux existe sur la motte castrale sur l’encyclopédie collaborative Wikipedia. Si vous avez le courage de lire les critiques d’auteurs vous constaterez que la recherche historique est désormais riche sur ce thème. A Caen, le doyen Michel de Boüard fut l’initiateur de l’archéologie médiévale en France dans les années 60, puis à Reims, dans sa lignée, M. le Pr. Michel Bur, de l’Institut, nous a engagés dans cette aventure alors nouvelle et certains des éléments évoqués ci-dessus ont fait partie de nos programmes de recherches dès la fin des années 60. Vous pourrez compléter vos données sur le web assez aisément là-dessus. Des étudiants rémois dont quelques-uns sont devenus spécialistes de ce type de recherches, à l’université de Reims ou de Nancy, ou dans des équipes CNRS poursuivent encore d’autres recherches dans le même esprit. De nombreuses publications, pas toujours facilement accessibles au grand public, témoignent de ces travaux. Seule l’optique voulue de ce blogue limite mon propos à des généralités forcément simplificatrices voire simplistes… Y dominent j’espère, outre ma volonté d’aider à découvrir, celle de porter un regard comme affectueux sur l’environnement naturel et sur des aspects qui me paraissent essentiels lors de mes balades impromptues : car c’est bien ainsi que naissent ces notes, c’est-à-dire avant tout selon l’inspiration du moment.

Des plans, des formes pour des traces et pans d’Histoire

Avez-vous déjà observé à tire-d’ailes, ou depuis un avion d’aéroclub un paysage quelconque ? A défaut vous pouvez fort bien utiliser l’excellent outil qu’est devenu Google-Earth.

Ensuite il vous faut chercher le détail qui frappe l’oeil et vous allez constater que la plupart du temps il va s’agir d’une forme, de lignes, de couleurs agencées qui constituent ce qu’on peut appeler un plan. Bien souvent vous aurez sous votre regard d’aigle soit un quadrilatère, soit un cercle ou des figures proches de ces deux aires géométriquement définies. A partir de là votre imagination va pouvoir vagabonder à sa guise et tenter de trouver une explication à ce dessin singulier vu puis lu depuis le ciel ou une élévation.

Alors vous entrez vraisemblablement dans le domaine de l’Histoire, encore que des formes peuvent être engendrées évidemment par la géologie ou les effets du climat à la surface du globe. En effet l’Homme modifie l’espace terrestre et l’adapte, il aime à dessiner ses marques. En action il géométrise, par intuition, par goût, et par besoin d’ordonnancer. Dans cette première notice nous allons tourner autour du cercle, toujours dans notre espace de prédilection à portée de jambes ou d’automobile. Nous le ferons du plus simple au plus complexe et du plus petit au plus grand.  Observons donc d’abord.

motte de Chantereine à Thin-le-Moûtier

s’agit-il d’un cercle naturel ? (photographie JP Boureux)

 

Manre, la motte

ici la présence de l’eau intrigue ou met sur la voie (photographie JP Boureux)

motte de Montaigu, Photographe Michel Boureux

le sommet de la butte ne semble pas plat, on accède en colimaçon…(photographie Michel Boureux)

Vailly-sur-Aisne, tracé des anciens remparts

ici une sorte d’ellipse visible dans le tracé actuel des rues (photographie JP Boureux, 1975)

irriguation vers Chaudardes

image satellitale extraite du site Google Earth 2009 vers Chaudardes 02)                                            sur laquelle vous reconnaissez aisément des traces d’arrosage

Ces formes circulaires vous donnent une idée de ce que l’on peut voir depuis le ciel. Une prochaine note proposera une clé de lecture de ces photographies. En attendant vous pouvez fort bien tenter de trouver des explications à ces formes inscrites dans le paysage. Bonnes recherches ! La recherche c’est aussi et déjà cela, au moins dans les débuts.

 

Craonne se souvient de la Suède.

Le « 11 novembre« , plus encore que d’autres jours, Craonne se souvient toujours de sa disparition jamais tout à fait compensée par un renouveau. Cette année lors des 7ièmes « Journées du livre de Craonne » et des conférences présentées la veille, l’accent était mis sur la reconstruction du village après sa totale destruction.

La première fois que l’on monte l’escalier d’honneur de l’Hôtel de Ville on est surpris par la plaque commémorative ci-dessous :

des Suédois à Craonne

Hôtel de Ville de Craonne

Il peut en effet paraître étrange que ce modeste village de 80 habitants (mais 600 en 1914 ; 10 en 1919 ; 40 en 1921 et 116 en 1926) ait un lien affectif prononcé pour la Suède. Suspendu au contrefort oriental du plateau du Chemin des Dames le nouveau Craonne (prononcez : [krane]) a été déplacé de quelques centaines de mètres de son ancien berceau. Sur 152 maisons présentes en 1914 seules 28 avaient été construites en contre-bas à la fin des années vingt.

Paisible est pourtant le terme qui vient à l’esprit lorsque, promeneur du XXIe s., on s’attarde quelque peu entre ‘plateau de Californie’ et ‘tranchée du balcon’ tant est harmonieuse ici la distribution des courbes du paysage et plaisants ces dénivelés pourtant si meurtriers en 14-18 :

maisons et église sont des années Vingt

Ce 7 novembre, grâce à l’érudition de M. Stéphane Bedhome -doctorant en histoire contemporaine, originaire du secteur- contenue dans une conférence très bien documentée et magistralement prononcée, on sait désormais comment tout cela fut, quand bien même l’approche prudente de l’historien propose des pistes et laisse des pans dans l’ombre. Le parrainage initié à Paris par des Suédois amis de quelques compatriotes engagés volontaires dans la Légion Etrangère et hélas tués dans  les parages, a permis après passage par l’ambassadeur de Suède en France puis la cour de Suède, de verser à la commune anéantie la somme de 550 000 francs, encore complétée par des dons venus du Canada, des USA, de Bordeaux et de Cannes.

On s’étonne donc moins mais une pensée émue et reconnaissante demeure. Elle s’est exprimée ce soir-là par un agréable et chaleureux concert donné en l’église Saint-Martin (architecture d’Adrien Bastié, comme l’Hôtel de Ville). L’orchestre « Camerata  Champagne » était dirigé par Madame Léna Gutke ; des commentaires de M. Bedhome en lien étroit avec sa conférence furent lus par Madame Odile Lumbroso, présidente, ou lui-même. Ont été exécutés des fragments d’oeuvre de compositeurs du début du XXe s., tant Français que Suédois et en final, l’hymne suédois transporta l’assemblée qui l’écouta debout. Deux belles journées d’hommage donc comme on s’habitue à les fréquenter en ce tout petit chef-lieu de canton, peut-être le plus modeste de France par sa taille mais non le moins connu par sa dramatique situation lors de la Première Guerre Mondiale et sa célèbre et poignante « chanson de Craonne » née des multiples versions remaniées à mesure par des soldats submergés de douleurs et d’incompréhension.

Concert à Craonne par 'Camerata Champagne'

'Camerata Champagne' à Craonne

de gauche à droite Mmes Gutke et Lumbroso, M. S. Bedhome, les musiciens de ‘Camerata Champagne’ et au micro M. Noël Genteur Président de la Communauté de Communes du Chemin des Dames.

Informations complémentaires sur : http://www.chemin-des-dames.fr

sur : http://www.cameratachampagne.free.fr

sur : http://www.crid1418.org

sur :http://dumultien.over-blog.fr = cartes postales d’avant 1914 dans la région

sur : http://www.dictionnaireduchemindesdames.blogspot.com 

sur la culture suédoise lire par exemple le site de l’Institut suédois de Paris : http:www.ccs.si.se

Ces journées sont subventionnées ou aidées notamment par le Conseil Général de l’Aisne et le CRID. Des volontaires de tous horizons participent avec coeur et nous les en remercions.

« Ma préférence après avoir tout admiré tant de fois, est pour le site de l’ancien Craonne, ces hauteurs couvertes d’arbres, de taillis, de fourrés, où s’étendait et s’étageait jadis le village. Pas la trace d’une maison, d’un quelconque édifice, hormis les éclats de briques ou de tuiles mêlés à la terre. Seules subsistent les fondations de l’église, au sommet d’un tertre, quasiment invisibles sous l’amas d’herbes et de ronciers. »

in ‘Chemin des Dames’ par Yves Gibeau (textes) et Gérard Rondeau (photographies). Ed. Albedo, 1984, p.46

Dans son « Réveil des morts » Roland Dorgelès s’effrayait de la disparition inévitable de la mémoire de 1914 au cours du temps. Il avait raison en ce qui concerne le long terme et 1914 finira un jour dans les mémoires comme il en est de la Guerre de Cent Ans. Mais de nos jours la guerre de 14-18 est plus que jamais l’objet de commémorations, de récits, de films. Avoir entendu ce jour l’hymne allemand sous l’Arc de Triomphe devrait encore accentuer ce phénomène et c’est justice face aux infinies souffrances d’hommes de toutes nations qui ont combattu en cette contrée et tant d’autres.

Van der Weyden, Rogier

Actuellement une riche exposition présentée par le nouveau musée ‘M’ de Louvain (Leuven) nous fait entrer en moyen-âge finissant, essentiellement à partir des oeuvres de Rogier Van der Weiden (Rogier de la Pasture en français du temps), né à Tournai en 1400. Il travaille le plus souvent à Bruxelles et la qualité exceptionnelle de son travail est remarquée par les princes de son temps et il va par exemple oeuvrer pour les illustres ducs de Bourgogne. Des élèves, des tapissiers, des sculpteurs s’inspirent de ses peintures et dessins dans leurs multiples et variées productions.

Louvain, Hôtel de Ville

Comme ses monuments anciens Louvain est hérissé :

dynamisme immobilier de Louvain

et depuis la terrasse du ‘M’ l’Histoire s’arrête au temps présent :

Louvain depuis la terrasse du 'M'

Dans les années 80 je m’étais intéressé de près aux peintres qualifiés de « Primitifs », cherchant à retrouver leur technique à partir de rares textes d’époque ou peu postérieurs (dont Ceninno Ceninni), et à ‘faire comme eux’, sans chercher toutefois à ‘faire pareillement’. Ainsi ai-je alors copié un portrait de femme conservé à la ‘Washington national gallery of art’ et reproduit dans un ouvrage édité par Skira. Vous verrez le résultat de ce travail en fin de note.

Une fois le déferlement des vélos de la jeunesse étudiante interrompu au seuil de la nouvelle et lumineuse architecture du M le visiteur est subitement immergé dans les années 1450 et intégré à la délicatesse sentimentale et l’infinie précision des traits du maître, reconnu comme l’un des plus grands artistes de son temps. Une part de sa technique magistrale s’exprime sur des supports de bois spécialement préparés.

Sur une planche de bois blanc est collée (marouflée) une fine toile sur laquelle de trois à cinq couches de plâtre amorphe sont superposées. Cet enduit ainsi nommé résulte d’une pâte issue d’un bain de plâtre et d’eau de pluie renouvelée chaque jour pendant un mois, puis séchée et moulue. La poudre ainsi obtenue est mélangée à de la colle de peau de lapin et posée sur la toile, puis finement poncée. Le support à peindre ressemble alors un peu à de l’albâtre et présente une relative souplesse. Les couches de peinture déposées dessus ont quasiment la finesse d’une couche de peinture à l’eau et se superposent en glacis -les pigments sont délayés avec de la « térébenthine de Venise », elle-même obtenue à partir de la résine du mélèze. Plusieurs mois plus tard un vernis fabriqué avec des plantes succulentes africaines recouvre le tout et donne aux oeuvres un aspect émaillé tout à fait singulier. Par ce procédé de préparation des fonds les peintures ont une excellente capacité à bien vieillir car la couche picturale repose sur un support ayant une certaine souplesse qui va lui permettre de bien affronter les variations du bois dans le temps.

La reproduction ci-dessous est réalisée selon cette technique, seuls les pigments sont des couleurs à l’huile contemporaines cependant mêlées à la térébenthine de Venise. Evidemment cette technique nécessite un très long temps de préparation du support et parfois un temps de positionnement des glacis assez long ou très court, certains exigeant le séchage de la couche inférieure, d’autres nécessitant au contraire de travailler dans le frais comme on procède en fresque. L’expérimentation de la technique nécessite de nombreux essais avant d’acquérir quelque habileté après bien des déboires.

copie d'un portrait de femme de Rogier Van der Weyden

Huile sur panneau de bois (36 x 26 x 2 cm) et toile marouflée. Réalisation : JP Boureux

Alain et Rouen ou d’autres voiles pour la liberté

Quoi de plus banal que des voiles en un port ? Nous allons dévoiler.
Sous les voiles de la Salle du Conseil Municipal décorée par Maxime Old au début des années soixante

plafond de la Salle du Conseil de Rouen

 

étaient présentées ce samedi 3 octobre 2009 trois conférences en rapport étroit avec le philosophe Alain -Emile Chartier- qui a enseigné dans cette ville de 1900 à 1902. Peu de temps donc mais un temps utilement exploité par Alain qui développe ici le concept d’Université Populaire, enseigne au lycée Corneille, et écrit *. L’Association des Amis du musée Alain et de Mortagne, l’Association des Amis d’Alain de Paris et la Ville de Rouen se sont associés pour manifester leur attachement à cet auteur épris de liberté, liberté qu’il souhaitait faire éclore dans la conscience de ses élèves. De plus c’est dans « la Dépêche de Rouen et de Normandie » qu’Alain publiera ses « Propos d’un Normand« , de 1906 à 1914, écrits à thèmes qui vont le rendre célèbre en tant que ‘journaliste engagé’ comme on formulerait aujourd’hui.

Avant que d’écouter les conférenciers sous les voiles de Old, un autre voile a été ôté, celui qui revêtait provisoirement une sculpture de la tête d’Alain issue d’un bloc de calcaire de Sénozan, par le sculpteur Henri Navarre en 1957.

Tête d'Alain par le sculpteur Henri Navarre

Cette sculpture avait été commandée par André Marie ministre de l’Education Nationale, pour la Ville de Rouen. Elle sera ultérieurement installée au lycée Corneille de Rouen après sa réfection.

De nombreuses personnes ont participé aux activités de ce jour comme en témoignent les photographies. Ci-dessous : quelques mots de Mme D. Ferey, adjointe au maire de Mortagne

l'assistance pendant les discours

discours de Mme Valérie Fourneyron

M. Th. Verger proviseur du lycée Corneille, M. Ph. Monart initiateur du projet, Mme C. Guimond Présidente des Amis du musée Alain et de Mortagne, Mme V. Fourneyron Députée Maire de Rouen, au micro. Et ci-dessous, discours de Mme L. Tison, Vice-Présidente du Conseil Régional de Haute-Normandie

discours de Mme L. Tison vice-présidente de la Région

des élèves d'un cours de philosophie

Et, réconfortant pour la philosophie et ses maîtres, d’anciennes élèves du regretté professeur J.-Pierre Maupas font cercle autour de M. E. Blondel professeur de philisophie et de Mme R. L. Maupas. Ainsi peut s’initier un cénacle, ainsi vit la philosophie au travers du temps.                                                                                                                                                     * Parmi les écrits de ce temps figure en particulier le discours d’Alain prononcé lors de la distribution des prix de juillet 1902 au lycée Corneille, tout orienté vers la pensée antique et ses vertus pérennes. Vous le trouverez ici sur le site Alinalia :                                                                                                                                                                                                        http://alinalia.free.fr/spip.php?article19&var_recherche=discours%20distributiondes%20prix                                                                                                                                                                                          Des vertus pérennes il s’en trouve aussi dans nos associations comme le faisait remarquer Mme C. Guimond, dans son discours de présentation de notre journée :                                                                                                                                                                                                    discours de Mme C. Guimond         

« …Je terminerai par cette citation d’un Propos d’Alain de 1933 : « Chaque partie de statue est un grain de marbre ou de pierre, qui par lui-même n’a point d’importance, et qui dans la statue a toute importance. » (Propos, 17 février 1933)

 

Ainsi en est-il de nos réunions et de nos associations un peu comme ces grains de marbre. Elles n’existent que par ce que chacun y apporte. Sans vos personnalités uniques, sans vos compétences multiples : point d’association, point d’actions, point de mémoire. »                                                                                                                                                                                 Alors sous le voile dévoilé, sous les voiles de tous temps, au souffle de l’esprit alinien propagé par les orateurs du jour, naviguent Rouen et nos pensées :

les conférenciers de l'après-midi

et pour compléter cette note rendez-vous ici :

http://www.rouen.fr/edition/laissezvousconteralain                                                                                                                                                                                                          Photo M. Arnaud Bertereau/Ville de Rouen                                                                                                                                                           Buste photographié par M. Arnaud Bertereau / Ville de Rouen

Un mirage à Reims, en l’attente du grand meeting 1909-2009.

     Vous savez bien, par hautes températures apparaissent au sol des images virtuelles d’étendues d’eau et parfois des représentations inattendues. Aussi bien, à peine ai-je été surpris de voir s’élever, ce matin-même, du pavement de la Place d’Erlon un mirage. Je m’approche, sachant pourtant qu’il en est du mirage comme de l’arc-en-ciel. Et là, oh surprise ! J’ai cru pouvoir toucher mon mirage, je l’avais au bout de la main. Pas n’importe lequel, un vrai, un Mirage F1, de la série C, mise en service en octobre 1973.

un Mirage F1 C place d'Erlon à Reims

grosplan sur réacteur de Mirage F1

     Mes amis de penser : avec sa vue qui baisse, il rêve encore ce JPierre. Voyez vous-même ! Ce dernier a été placé à l’extrêmité septentrionale de notre célèbre place. Me retournant pour photographier l’avant surgissent alors, plein sud, deux coucous, de ces modèles tout droit sortis des cervelles de nos ancêtres du début du dernier siècle : un Morane H et un Monocoque Déperdussin dans leur écrin transparent.

exposition d'appareils anciens Place d'Erlon

     Epatant me dis-je, il doit bien y avoir raison à cette débauche d’ailes, sans compter les centaines de paires d’ailes d’anges qui montent une céleste garde autour de Notre-Dame. Des tours de cette dernière semblent être descendus les appareils anciens prêtés par le Musée de l’Aéroport de Paris -Le Bourget, la Demoiselle de Santos-Dumont, un Wright Flyer A, un Blériot XI. Pas fréquents en ce lieu, amis de l’insolite, profitez de leur présence pour leur rendre visite.

Parvis de la cathédrale, Demoiselle Santos Dumont

     C’est que le vent de l’Histoire souffle : 1909-2009, le compte est juste.

Affiche du programme Aéropolis à Reims en 2009

Pour en savoir plus, consultez ici le programme détaillé, histoire…. :

http://www.reims.fr

http://www.aeropolis-reims.fr

http://www.meetingducentenaire.com

     Imaginez en 1908 et 1909 lorsque les premiers pilotes descendaient de leurs grands oiseaux, l’effet que cela pouvait avoir sur les gens ! Sans doute un peu comme notre émerveillement d’avoir vu marcher les premiers hommes sur la lune. Et aujourd’hui, avec quoi pourrai-je comparer ? Je ne sais trop et peut-être que l’esprit d’aventure commence à quitter l’Occident ? Non, j’espère encore.

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Voir deux photographies d’un tour de France aérien en juillet 1933 effectué par mon père et un ami pilote, époque où l’aviation faisait infiniment rêver :

http://jpbrx.perso.sfr.fr/LB/Annees30.htm

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     Ecoutons Farman à sa descente d’avion lors de la première liaison de ville à ville, savoir Bouy-Reims, le 30 octobre 1908 :

-le journaliste : « en somme, vous n’avez pas eu l’occasion de faire de mauvaises rencontres ?

– Henri Farman : « Si fait, les peupliers m’ont donné beaucoup de tracas car ils sont hauts, les peupliers champenois, et j’avais toujours peur que la queue de mon appareil ne les accrochât au passage. Et puis le moteur n’est pas encore parfait et l’atterrissage n’est pas toujours facile. Mais tout a bien été, ne pensons pas à autre chose !

Grande semaine d’aviation de la Champagne, Reims, Almanach Matot-Braine, p. 24-27. Extrait d’un dossier d’exposition réalisé en 1981 par le CRDP de la Marne à Reims, les Archives départementales de la Marne, dépôt de Reims et mon ami Pierre-Dominique Toupance.

Avaient participé à ce meeting de 1909, parmi d’autres : Blériot (qui venait de traverser la Manche), Latham, Sommer… et les appareils Wright, Curtiss, Voisin, Farman, Blériot, Antoinette ( de Levasseur). Avec la présence d’environ un million de personnes (total de la semaine) et celle du Président de la République, du Président du Conseil, de ministres, de visiteurs étrangers : Churchill, Lloyd George, le Gl French, etc.

Reims est aussi le lieu de création de « la Patrouille de France » en 1953, celui d’installation d’industries aéronautiques et à proximité, à Jonchery-sur-Vesle, celui du premier combat aérien de 1914, le 5 octobre entre un Voisin et un Aviatik abattu par la mitrailleuse Hotchkiss des servants du Voisin.

     Alors ce week-end sera sans doute une grande date de l’aviation à Reims, parmi les plus illustres fêtes aéronautiques de France. Mais notre BA 112 nous quittera bientôt, elle n’a pas bénéficié toujours du soutien des habitants ni de celui massif et uni des politiques locaux qui craignent que l’agacement des oreilles riveraines… Enfin c’est une page d’histoire qui se tourne, un miroir qui se brise. Mais ayons au coeur de la fête une pensée émue en solidarité et reconnaissance avec les hommes et femmes de notre pays qui, par vocation, consacrent une partie de leur vie, à leur péril, à la protection aérienne de notre territoire national ou au maintien du rang de la France dans le monde. Ce n’est pas rien, ça fait moins de bruit qu’un réacteur. Pour eux : silence, un ange passe.

Première leçon

    Est-ce bien raisonnable ? Est-ce dans l’esprit d’un enfant d’à peine 10 ans de s’entendre dire en mots ce qu’il souhaite voir et faire ? Ainsi le praticien ou l’enseignant, c’est tout un en ce cas, est rétif à expliquer : trop d’eau ou pas assez, trop de vert, blanc à réserver ici et là… Pourtant la demande et l’attente sont bien là et il faut y répondre.

     Le choix du sujet importe peu ; ici on s’accorde à prendre pour thème d’inspiration un fond rocheux encadré de verdure, et forcément la voiture de papa, en circulation sur la photographie ci-dessous.

le motif à peindre importe peu

     Faut se lancer, mouiller la feuille ou non, après avoir tracé les grandes lignes du décor. Et surtout observer longuement avant de jeter la couleur sur le papier.

application à faire

     L’ancien lavoir de Paissy, ruiné depuis la Grande Guerre, aux pierres grises chauffées d’autant qu’elles ne voisinent plus avec l’eau, sont propices au fondement de la réflexion. Commencer par de claires touches est prudent, laisser la lumière envahir le papier plutôt que de vouloir remplir tout l’espace par d’énergiques tours de pinceau. Quel vert de la boîte ? Surtout pas du tout fait, fabriquer ses verts, ne point trop en mettre. Laver, griser, colorer ces verts envahissants ; mais là est la difficulté et pas seulement pour le débutant, tout à sa tâche ici.

au plus près du sujet

     Yannick est entré dans son sujet et s’engage dans le motif comme dans le papier, fait corps avec la feuille sans trop s’occuper de ce qui est dit. Le sujet n’est pas d’imagination mais la liberté de s’échapper du réel doit être vécue au travers de la recherche des couleurs les plus appropriées à rendre un effet de chaleur et de végétation dense.

l'oeuvre est achevée

     C’est une première. On reviendra sur le motif ou sur le papier sans modèle. La satisfaction est grande d’avoir réalisé quelque chose de nouveau, quelque chose à soi. Des phrases dites resteront en mémoire, blotties jusqu’à la prochaine ouverture de la boîte de couleurs, indisciplinées comme des djins soudainement libérés.

     Devenez magiques, mots bruissants des espoirs du peintre : aquarelle, aquatinta, watercolor. Rêves d’eaux luxuriantes, de couleurs ruisselantes, d’ exactes lumières. Alors le maître aura gagné. A suivre donc, pour confirmer.

     C’était un matin de juillet 98, crachinant comme il en est chez Millet, vers Gruchy et Gréville. Notant à l’aquarelle sur le carnet, entre gouttelettes, un passant s’approche : –vous peignez par ce temps, Monsieur ?   –oui, de la peinture à l’eau, ai-je répondu. –Excusez-moi, je n’y avais pas pensé ….répliqua-t-il.

Gruchy, lande et rochers sous la pluie

Gruchy, rochers schisteux sous la pluie, aquarelle JP Boureux

      Cette ambiance bon enfant m’incite à conclure avec Alphonse Allais :

« Les aquarelles faites à l’eau de mer se gondolent au moment des grandes marées. »

 

Pierre Teilhard de Chardin, Paissy, et le Chemin des Dames

Le cinq juin dernier je racontais sur ce blogue la présence d’un philosophe dans les cavernes de Paissy. Ce jour je vous annonce la tenue d’une journée commémorative prochaine dédiée à la mémoire du Père Pierre Teilhard de Chardin en ce même village et sur le Chemin des Dames en avril-juin 1917. Nous reviendrons bien entendu sur cette évocation d’un aumônier du 4e RMZT, 38 D.I. engagé dans les combats d’alors, après la cérémonie du 2 mai 2009 prochain.

portrait du P. P. Teilhard de Chardin

encre et plume, JPB, d’après photographie

Le cinq avril 1917 le Père P. Teilhard écrit à sa correspondante et cousine, Marguerite Teilhard-Chambon, presque de son âge, érudite et animée de sentiments chrétiens qu’il conforte :

« …Demain, je pense dire ma messe près d’ici dans la caverne-chapelle bien entretenue. »

     la grotte-chapelle et école de Paissy

la « grotte-chapelle » servant aussi d’école

     Je vous dirai en mai bien des détails sur tout cela et si histoire, littérature, environnement et religion vous inspirent tout à la fois, venez vous joindre à nous le

2 Mai 2009 dans le village troglodyte de Paissy

10h 30 messe célébrée par le Père Olivier Teilhard de Chardin, soit dans la creute-chapelle, soit dans l’église, en fonction de la météorologie

11h 45 dévoilement d’une plaque faisant mémoire de l’événement et discours des autorités présentes

Présentation d’une exposition d’oeuvres d’art inspirées par Teilhard de Chardin : travaux de Mmes Anne-Marie Ernst-Caffort, Marie Bayon de La Tour et M. Jean-Pierre Boureux

Vin d’Honneur

Déjeuner libre ; nombreuses possibilités dans un rayon de 10 km

15h 30 conférence de J.-Pierre Boureux : P. Teilhard de Chardin et le Chemin des Dames

16h 30 balade patrimoniale dans les rues du village et ses creutes

Tout ceci avec le concours de :

Municipalité de Paissy

Fondation Teilhard de Chardin du Muséum National d’Histoire Naturelle (Paris)

http://www.mnhn.fr/teilhard 

Association des Amis de P. Teilhard de Chardin 

http://www.teilhard.org

Centre Teilhard de Chardin (Lille)

informations complémentaires et contact :

Fondation et Associations : M. André Peltre 0175470008 

 ajpeltre[arobase]aol.com

localement : Jean-Pierre Boureux 0326474848 ou 0323258511

jp[arobase]boureux.fr

Encore une tour : Septmonts.

     Implantée sur la marge de l’une des sept collines qui enferment Septmonts elle domine élégamment le village et son église, clamant haut et fort la puissance de son constructeur.

     Il peut paraître étrange aux yeux d’un promeneur du XXIe s. que le seigneur bâtisseur soit…un évêque. Mais c’est ainsi que les choses se passèrent : depuis les années 1130, et tout spécialement en 1226 lorsque Jacques de Bazoches reçut là Louis IX, le domaine appartient aux évêques de Soissons. Dès lors il faut bien considérer que ce seigneur est issu le plus souvent des familles nobles, appartient à la culture occidentale et féodale du temps et, comme tel, vit et réagit comme ferait n’importe quel seigneur. Donc ici il construit, et la tour donjon que nous avons sous les yeux est une résidence princière, au goût des années 1370, édifiée par Simon de Bucy dont la famille comptait des gens influents à la cour de France. Les historiens le savent par un « aveu et dénombrement » de 1373 dans lequel cette tour est décrite. Ce seigneur avait du goût et la richesse suffisante pour manifester ainsi ses droits sur le domaine et ses habitants. Les habitués de l’architecture du XIVe s. y verront des analogies de détail avec le décor élégant de Vez évoqué dernièrement et celui de Pierrefonds, que tout le monde a en mémoire.

donjon de Septmonts

     Un pavillon résidentiel, à la mode Renaissance, a été bâti à proximité à l’intérieur de l’enceinte, puis au milieu du XVIIe s. l’évêque Charles de Bourbon installe là un jardin avec allées et canal. Enfin, peu à peu, le château est laissé à l’abandon car les évêques préfèrent leur palais soissonnais et dès les années 1720 le mobilier et les décors sont récupérés pour être vendus ou installés ailleurs. 1791 et la Révolution le voient changer de mains (vente à la bougie pour 11500 livres nous fait savoir feu Bernard Ancien) et une quarantaine d’années plus tard les lieux ont toujours et cependant, quelque chose de magique s’il faut en croire Victor Hugo. L’homme aime les voyages, surtout quand des femmes les agrémentent et on n’est pas étonné de lire dans une lettre adressée à sa femme Adèle :

« …je te l’achèterai mon Adèle, c’est la plus ravissante habitation que tu puisses te figurer… »

bien évidemment il ne dit rien de sa montée au vieux donjon où, en compagnie de Juliette Drouet, il grave dans la pierre :

« Victor – Hugo – Juliette – 29 juillet 1835 »

     Le château résiste aux deux guerres mondiales et est aujourd’hui aux mains de la commune. Cerise sur le gâteau d’une commune gâtée, coût de la confiserie aussi. Mais saluons dans l’au-revoir, l’action intelligente et dynamique de l’Association des Amis de Septmonts qui fait en sorte de préserver au mieux et rendre vivant ce lieu charmant. Alentour croît un arboretum, repose une église digne d’être visitée, s’étale un village aux maisons de pierres garnies des ‘sauts de moineaux’ si joliment caractéristiques des villages du Soissonnais et du Valois.

http://www.amisdeseptmonts.net

Jeux de lumières depuis la tour : Vez.

      donjon de Vez depuis la courtine 

      Vez. Le toponyme dérive de « vadum », le gué ; v, g, et b se confondant bien souvent dans la prononciation. Le passage dont il est question est sur la bien jolie rivière d’Automne et il conduit au plateau passant par un éperon sur lequel est édifié le « donjon de Vez ».

     Délimité par un carré d’environ 60 à 70 m. de côté ce domaine seigneurial fortifié comprend murailles, donjon et logis. On sait que l’ensemble a été dévasté par les Jacques en 1358, puis reconstruit. Le logis l’a certainement été par Raoul d’Estrées dans les années 1360 alors que le donjon est une construction attribuée à Jean de Vez, sans doute entre 1380 et 1390. C’est ce donjon qui attire l’oeil dès l’entrée par la légéreté de son style et une froide élégance. La lumière s’accroche sur ses mâchicoulis et chute vers les courtines accessibles depuis son premier niveau. Lieu quelque peu stratégique mais de médiocre force durant la Guerre de Cent Ans, il est assez vite dénué de tout caractère militaire, sauf de celui d’observation. Crépy-en-Valois et Pierrefonds sont tout près, ainsi que Villers-Cotterêts.

donjon de Vez

américain l’X anime le vieux donjon

donjon de Vez

végétalisé comme pour conduire au jardin

jardin de M. Pascal Cribier

Du paysagiste M. Pascal Cribier le jardin et son bassin accueillent le « Pot doré » de M. Jean-Pierre Raynaud, ici vu de dessus, sans or apparent. ‘Tout ce qui brille n’est pas d’or’.

     Le logis et sa chapelle, beaucoup trop restaurés par Léon Dru

tombeau de Léon Dru

cosaque endormi, Léon Dru gardé par un drôle de hibou

au tournant du XXe s., ont perdu leur caractère de témoin d’époque mais non leurs charmes.

     Ces derniers sont notablement accentués par des présentations d’art contemporain que M. Francis Briest et l’association des « Amis du donjon de Vez » qu’il préside proposent chaque année, et qui enrichissent petit à petit le site depuis les années 1990. C’est pourquoi l’oeil vagabonde de découvertes en découvertes, se délectant d’un Bourdelle ou se vivifiant d’un Buren.

     Descendant du grenier abrité de sa charpente de fer -tiens Eiffel est aussi passé là !

charpente d'Eiffel

du fer agencé par Eiffel

mon regard fut attiré par de vives lumières colorées, d’abord entr’aperçues puis fixées. Bien qu’elles soient créées par un vitrail de M. Daniel Buren qui projette sur les parois des murs et le dallage du sol des bandes chaudes et froides ordonnées géométriquement, ce n’est pas à lui que j’aie d’abord pensé mais à Frantisek Kupka, à cause des couleurs, à cause de l’agencement des lignes :

F. Kupka série CVI

Kupka, « Série CVI », huile sur toile, 1935-1946, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, in revue « Beaux-Arts », 1989, N°74, p.95 

Daniel Buren, « Transparences colorées »

d’où l’on voit, en Art, que transparences et projections, autrement dit irréalité matérielle engendrée par l’artifice, sont tout un.

Ainsi quittons-nous VEZ, non sans regrets, mais illuminés.

JPB, visite du 27 juillet 2008